SAINTE CHEMISE DE: NOTRE DAME
La Chemise, tunique, robe ou habit de la sainte Vierge doit être une relique très précieuse, puisque les moindres choses qui nous restent des saints, soit de leur corps, soit de leurs habillements, généralement de tout ce qui leur a servi, ont de tout temps été très estimées des chrétiens qui ont toujours eu pourelles une très grande vénération. Les Chartrains doivent être infiniment glorieux et témoigner beaucoup de joie de posséder, dans l'enceinte de leurs murailles et dans, la principale église de la ville, une chässe qui renferme ce vêtement sacré dont la Vierge était es lorsqu'elle concut et enfanta son cher fils N.-S. J.-C.
La manière dont cette précieuse relique a été conservée et portée à Constantinople, où on l’avait en particulière estime, puis de là transférée en Allemagne à Aïx-la-Chapelle et enfin envoyée en la ville de Chartres, est un sujet bien digne de nos Recherches et qui méritent une observation toute particulière. Nous ne devons pas omettre ce que Rouillard nous en a dit d’après Nicéphore qui est presque l’unique auteur ancien qui en ait parlé. I écrit au [T° livre, chap. xx1, de son Histoire de l’empereur Claudius : « le temps approchant de la mort de la mère de Dieu alors âgée « de $9 ans, elle fut avertie de la part de son cher fils, par Pange « qui lui avait annoncé sa conception, de l’heure où elle devait « mourir.-A yant préparé toutes choses, tous ses amis étant présents, « même saint Jean, qui avait toujours été avec elle depuis la mort « de son cher fils Jésus-Christ, demeurant alors au mont de Sion,
elle ordonna que ses deux habillements fussent donnés à deux veuves ses voisines qui, entre les autres, lui avaient porté le plus d'amitié et de révérence. Son fils descendit du ciel, avec un nombre infini d’anges, et, par un coup de tonnerre, assembla tous ses apôtres et tous ses disciples au lieu où était sa mère, laquelle dit adieu à toute la compagnie, l’avertissant de ne s’affliger point de son départ, qu’elle au contraire s’en réjouissait, rendant alors son âme bien heureuse en la remettant entre les mains de Dieu son créateur. » Ce même auteur écrit encore aulivre XV, chap. xx1v
de son Histoire : « Sous l’empire de Léon la robe de la sainte et
immaculée Vierge fut portée à Constantinople, demeurée entière jusqu’au temps de cet empereur, faisant beaucoup de miracles. Deux frères nommés Candidien et Gabbius Patrice, en pèlerinage à Jérusalem, et y visitant diligemment les saints Lieux, trouvèrent ce trésor soigneusement gardé par une juive, et, pour lavoir, firent faire une caisse de la mème figure que celle où était serrée la robe de la mère de Dieu, la mirent subtilement en la place de cette vénérable caisse, la couvrant d’un parement semblable à celui dont elle avait coutume d’être couverte et l'emportèrent à Constantinople, la voulant mettre en un temple qui était au faubourg de cette ville appelé Blachernes ; mais, ne l'ayant pu faire, furent contraints de l’emporter à l’empereur. Celui-ci en eut une joie inconcevable, la fit mettre en une chapelle ronde qu’il fit bâtir, où, du temps de Nicéphore, elle était gardée comme en un rempart perpétuel et un fort inexpugnable pour la conservation et pour la garde de la ville, guérissant toutes sortes de maladies et faisant en ce lieu des miracles, qui surpassaient la nature et la force du temps. Depuis, du temps de l’empire de Marcien, la princesse Pulcheria fit bâtir un grand temple en l'honneur de la mère de Dieu où elle fit mettre les bandelettes de sa sépulture. Léon le Grand en ayant depuis fait faire un autre, y consacra et dédia honorablement la robe de la même Vierge ».
Saint Jean de Damas, auteur bien plus ancien que Nicéphore,
en parle d’une bien autre manière. En la deuxième oraison qu’il
faite sur la fête de l’Assomption de la sainte Vierge, il rap-
porte comme ayant tiré du [TT° livre de l'Histoire Euthymiaque, chap. xL, que, au rapport de ce saint, Pulchéria, ayant fait bâtir plusieurs églises en l'honneur de Jésus-Christ en la ville de Constantinople, en fit bâtir une au faubourg appelé Blachernes, aux premiers jours de l’empire de Marcien, en l’honneur de la très sainte mère de Dieu, et que, l'ayant rendue illustre par toutes sortes d’ornements, rechercha aussi le corps très saint de celle qui avait recu en elle le fils de Dieu, qui est la véritable vie.
Juvénal, archevêque de Jérusalem, et quelques autres évêques du concile de Chalcédoine, se trouvant alors à Constantinople, l’empereur lui dit avoir appris qu'il y avait près de Jérusalem une belle église dédiée à la Vierge au lieu appelé Gethsemany où le corps de celle qui a porté la vie reposait dans un tombeau ; que lui et Pulchéria sa femme désiraient que ces saintes reliques fussent apportées à Constantinople afin de servir de garde à cette ville. Juvénal ayant entendu ces paroles répondit que, encore que les saintes Écritures n’aient point parlé de ce qui était arrivé à la mort de la mère de Dieu, ils avaient appris par une ancienne ‘et très véritable tradition que, au temps de sa mort glorieuse, tousles saints et les apôtres qui, pour prècher l’évangile aux païens, s'étaient répandus par toute la terre, furent enlevés dans les airs et transportés en un moment en Jérusalem où ils entendirent un agréable concert des anges qui les avertirent que l’âme de la sainte Vierge avait été transportée au ciel entre les mains de Dieu et que son corps fut mis en un tombeau à Gethsemany. Après que les anges eurent cessé de chanter, leur mélodie ayant duré trois jours, saint Thomas, qui ne s'était pas trouvé avec les autres apôtres, étant arrivé et désirant adorer le corps dans lequel Dieu avait été recu, ils ouvrirent le tombeau et n'y trouvèrent plus ce corps sacré, mais seulement les linges avec lesquels 1l avait été enseveli, de l'odeur agréable desquels ayant été embaumés, les y renfermèrent. Pleins d’admiration ils n’eurent autre chose à penser, sinon que la vertu de Dieu, seigneur de gloire, qui avait bien voulu, en sa propre per: sonne, prendre d'elle sa chair, et être fait homme en ses entrailles, avait décidé, après que sa mère eut quitté le monde, pour l’honorer, exempter son corps de corruption et l'enlever au ciel avant la com-
mune et générale résurrection des corps des autres morts. L'auteur ajoute que, avec tous les apôtres, Thimotée premier et très digne évêque d’'Éphèse et saint Denis l’Aréopagite s'y trouvèrent aussi, ainsi qu'en témoigne saint Denis lui-même au chap. 111 de son livre Des noms divins. L'empereur et l’impératrice, ayant entendu: ce discours, exigèrent de l'archevêque Juvénal que ce saint tombeau, avec tous les vêtements de la très sainte et très glorieuse Vierge qui y étaient enfermés, leur fussent sûrement apportés. Ceci fait ils les déposèrent en l’église bâtie en l'honneur de la sainte Vierge au faubourg de Constantinople appelé Blachernes. Supposé que ce sermon soit de saint Jean de Damas, on tient que la plupart a été tiré du livre intitulé de Transitu beate Maria que l’église a déclaré apocryphe et que le vénérable Bède désapprouve, tenant pour une fable tout ce qui y est porté. L’Æistoire euthymiaque était inconnue avant saint Jean de Damas et, encore depuis, pas un auteur n’en a parlé. Si ce que rapporte cette histoire était véritable et si cela était arrivé, saint Luc n'aurait pas manqué d’en faire mention dans son livre des Actes des Apôtres. Tous les auteurs qui ont parlé de l’empereur Marcien et de Pulcherya, ainsi que de Juvénal, archevèque de Jérusalem, n’en disent rien, pas plus que ceux qui ont écrit sur le concile de Chalcédoine, et de même les historiens admis comme Cedrenus, Joannes Caropitila, Zonaras, n’en disent rien. Nicéphore Calixte, qui a parlé de la mort de la Vierge et des choses qui s’y sont passées, n’en parle pas.
Si quelques-uns trouvaient à redire à ce que saint Jean de Damas et Nicéphore ont écrit de la mort de la sainte Vierge, on leur pourrait dire ce que le cardinal Bellarmin, en son livre des Écrivains ecclésiastiques, a remarqué au sujet de l'opinion formulée par saint Jean de Damas, que l’empereur Trajan aurait été délivré des peines de l’enfer par les prières de saint Grégoire : qu'il est admissible que ce grand et sage saint, et ceux qui l'ont suivi, aient facilement ajouté foi à ses histoires, sans se mettre en peine d’en examiner la vérité, mais l’on peut ajouter que les mérites de la sainte Vierge, l'affection que son Fils, Dieu tout-puissant, avait sujet de lui porter comme à sa mère, avait bien pu, par une grâce toute spéciale, dispenser et garantir son corps de la corruption à laquelle les corps
morts de tous les autres hommes sont sujets. Enfin saint Augustin dit que, encore que la sainte Écriture ne dise rien de l’Assomption de la sainte Vierge, que la raison nous oblige pourtant d’en croire et dire ce qui est convenable à la vérité, et que la vérité nous doit servir d'autorité puisque, sans la vérité, l’autorité ne doit pas être considérée. Se ressouvenant de la condition des hommes, on ne doit pas douter que la Vierge Marie ne soit morte, puisque Jésus- Christ, son Fils, dieu et homme tout ensemble, a été soumis aussi à cette loi à laquelle sont sujets tous le$ hommes, ayant comme homme été conçu et sorti de son ventre. En disant qu’elle a été soumise aux lois de la mort, il faut examiner si elle a été réduite en cendre, et si cela est convenable à la sainteté et à la dignité de celle qui a servi de logement et de palais à Dieu. Il est vrai que la chair de Jésus-Christ qu’il a prise de celle de la Vierge, n’a pas été corrompue, étant ressuscitée glorieuse trois jours après sa mort. Il est très croyable que la même chose soit arrivée à Ia chair de sa sainte Mère, étant convenable que ce qui est arrivé à la chair du Fils arrive aussi à la chair de la mère, ayant été en la puissance de Jésus-Christ de la préserver de la loi commune à tous les autres hommes, et, s’il a bien voulu conserver la virginité et la pureté tout entière de sa mère, pourquoi n’aurait-1l pas bien voulu préserver aussi son corps de corruption et de pourriture?
À ceux qui disent que saint Luc n’aurait pas manqué, dans les Actes des Apôtres, de mentionner tout ce que saint Jean de Damas et Nicéphore ont écrit de l’histoire de la mort de la sainte Vierge, on peut répondre encore que Modeste, évêque de Jérusalem, en un sermon duquel Phœæstus fait cet extrait (chap. xxvui), que la sainte Vierge et saint Jean, le disciple bien aimé, sont morts à Éphèse et que Marie-Madeleine, après la mort de la sainte Vierge, y alla demeurer et y finit ses jours par le martyre, ne voulant pas, jusqu'au dernier soupir, de sa vie, être séparée de saint Jean l’évangéliste ni de la sainte Vierge. Mais Phœstus remarque au même lieu avoir lu une oraison écrite à la louange du trépas de la Vierge mère de Dieu, en laquelle il dit n'avoir rien remarqué de nécessaire ni rien qui regarde la précédente oraison, ce qui doit bien faire croire qu'il n’y a rien de certain en toutes ces relations,
et qu'il suffit de les rapporter telles qu’elles sont, sans les examiner, et d’en tirer ce que raisonnablement on en peut conclure.
Si la mort de la Vierge est arrivée comme ces auteurs le rapportent, on peut répondre que saint Luc a bien omis d’autres choses, puisque Baronius remarque qu’il n’a point parlé de la fondation que saint Pierre a faite de l’église d’Antioche, ni de beaucoup d’actions particulières qui se sont passées de son temps dans l’Église, de même que beaucoup d’historiens n’ont pas relevé un grand nombre de particularités que d’autres plus anciens ont remarquées.
Au regard des apôtres et de quelques personnes que saint Jean de Damas dit s'être rencontrés à la mort de la sainte Vierge, comme sant Denis lParéopagite, c’est une chose dont on ne peut douter, puisque saint Denis lui-même le témoigne dans le 11° chapitre de son livre Des noms divins, quand, parlant à Timothée, 1] lui dit qu'il savait bien qu’en la conférence qui fut faite en la présence de leurs pontifes choisis de Dieu, lorsque lui Timothée, Denis et plusieurs autres de leurs confrères, s’assemblèrent pour voir le corps qui fut le principe de la vie et qui logea Dieu chez soi, que là fut présent aussi Jacques, frère du seigneur, et Pierre, la cime et le coryphée de tous les théologiens, avec tous les apôtres, et même Hiérothée qui parla après les apôtres en cette assemblée. C’est ainsi que le R. P. Goulu traduit cet endroit du livre de saint Denis, comme l'avait fait avant lui saint Thomas, après la version, le témoignage et l'interprétation desquels on ne peut pas douter de l’histoire de la mort et de l’assomption de-la Vierge, de l'assemblée des apôtres et de quantité d’autres personnes qui s'y rencontrèrent. L'auteur de ce livre, saint Denis, étant très ancien et approuvé par plusieurs saints auteurs, son autorité ne peut être rejetée. Ce serait inutilement qu'on s’arrêterait à défendre l'opinion de tous les auteurs qui tiennent que les apôtres et d’autres personnes ont assisté au trépas de la sainte Vierge, qui n’est pas morte en Jérusalem, mais en Éphèse. Nous ne les avons cités que pour montrer ce qu'ils ont dit des vêtements de la sainte Vierge, ayant à faire voir par d'anciennes preuves plusieurs témoignages qui peuvent servir à confirmer la vérité de ce que saint Jean de Damas et Nicéphore ont écrit de ces habillements.
Procope parle du temple bâti près de Constantinople, et quoi qu'il en attribue la construction à Justinien, il est certain que Marcian et Pulcherya avaient fait bâtir ce temple. Peut-être n'ayant pas été parfaitement achevé de leur temps, l’empereur Justinien l’aurait-il fait achever, rétablir, ou travaillé à sa décoration. Procope dit aussi que ce temple était très célèbre non seulement par la beauté de sa structure, mais parce que la robe ou le pallium de la Vierge y était très religieusement gardé. On adapte plusieurs étymologies à ce nom de Blachernes; il y en a qui la font venir de alacerna beatæ virginis, mais ils se trompent parce que ce nom se trouve dans Dionisius de situ orbis, et que la ville de Byzance, depuis appelée Constantinople, ainsi que le mot de Blachernes, sont bien plus anciens que Marcien et Pulcheria.
Quoi qu'il en soit, 1l est très certain que dans ce temple était gardée la robe de la bienheureuse Vierge, et Georgius Codinus Curopulus écrit que le deuxième jour de juillet, on célébrait la mémoire de la vénérable robe de la Vierge, qui avait enfanté Jésus- Christ, et que l’empereur y allait en dévotion avec toute sa suite. Grothère, de la compagnie de Jésus, dit, sur ce passage de Codinus, que les Grecs célébraient tous les ans ce jour-là comme une de leurs principales fêtes ; même le calendrier des Grecs, dans le commentaire de Gouelsard sur les Psaumes, apprend qu’au 2 juillet ils célébraient aussi la fête de la Ceinture de la sainte Vierge et des sacrées bandes ou langes.
Cette vénérable robe de la Vierge était en telle estime à Constantinople, et la fête de sa déposition si solennelle que, dans une Constitution de l’empereur Manuel Comnène, le jour de cette fête est mentionné comme un des jours où on ne plaidait pas.
C'est cette même robe, manteau, chemise ou habit qui, apportée de Constantinople à Aix-la-Chapelle par l’empereur Charlemagne, comme le dit Nicolas Gilles, fut transportée en France par le roi Charles le Chauve, qui la donna à l’église de Chartres, où elle a toujours été soigneusement gardée et conservée dans une riche châsse, donnant lieu continuellement à de grands miracles.
Pour montrer que c’est la relique qu’on appelait à Constantinople la robe vestis, c’est que dans un fort vieux nécrologe qui était en
ma bibliothèque et que j'ai depuis donné au chapitre de Chartres, il est porté que le 9 des calendes d'avril est décédé Hilduin, chanoine de Notre-Dame, qui était le gardien de la châsse custos scrinit, de la robe sacrée sacræ vestis et totius ecclesiæ ornamenti, et que le 14 des calendes du mois d’août était décédée une nommée Hauisa, qui avait donné une chaîne d’or pesant sept onces pour orner la châsse dans laquelle était la tunique de la bienheureuse Vierge Marie. Les archives de l’église de Saint-Père disent que ce fut sous Raginfroy, évêque, vers l’an 091. Il y a encore, dans le même nécrologe, que le 18 des calendes de janvier mourut un nommé Teudo, qui avait fait la châsse d’or, dans laquelle a été mise la tunique de la bienheureuse Marie, le frontispice ou portail de l’église et sa couverture, et qui a donné au chapitre la terre de Clévilliers. Tout cela nous fait voir que la relique de la chemise de Notre-Dame conservée à Chartres est celle qui a été transportée de Jérusalem à Constantinople puis à Chartres, le roi Charles le Bel (sic) l'ayant donnée à l’église de Notre-Dame (Histoire de France, par Nicolas Gilles) où cette chemise fut l’occasion d’un très beau miracle. Le même auteur ajoute que Charlemagne l’emporta de Constantinople, ce qui est confirmé par Philippe Bergomas en son livre intitulé Le Supplément des Chroniques sur l’année 801, qui dit l'avoir tiré de Jean de Voragine.
L'opinion commune est que cette chemise, tunique ou habillement, a été porté lorsque la sainte Vierge concçut et qu’elle enfanta J.-C., ainsi qu’en témoigne Guillaume lé Breton en sa Philippide quand il dit, parlant de la ville et de l'église de Chartres :
Cujus et interulam cuncti venerantur ibidem, Qua vestita fuit partum cum protulit Agnum Qui mundi peccata tulit.
Cette chemise a toujours été en très grande vénération à Chartres, les Chartrains l’ayant toujours considérée comme la tutrice et conservatrice de leur ville, comme avant eux les empe-
. . Ce Nécrologe figure à la Bibliothèque de Chartres (fonds du Chapitre) sous le n° 1C32. Il porte à la page 35 (69) l’obit d’'Hilduin, et à la page 71 (139) celui d'Havise.
reurs et le peuple de Constantinople, qui, au rapport de Nicéphore, la tenaient pour la protectrice, le boulevard, le fort inexpugnable de l’empire. Elle conserve les mêmes titres à Chartres où elle est appelée gardienne, protectrice et tutrice de la ville de Chartres, Carnutum tutela. |
Chartres n’a pas recu de légères preuves de sa protection, car l’an 908 ou selon d’autres 009, Charles le Simple régnant en
MépaiLLoN pu Tour pu CHŒUR.
France, et Gancelin séant au siège épiscopal de Chartres, Rolland ou Raoul duc de Normandie, se prévalant de l’imbécillité du roi, après avoir avec les Danois et les Normands pillé plusieurs villes, était venu assiéger Chartres, défendue seulement par l’évêque et les habitants. Gancelin, vu l’état de la France, n’espérant de secours que de Dieu et de la sainte Vierge protectrice des Chartrains, après avoirexhorté le peuple à leur adresser ses vœux et ses prières, prit la sainte chemise et la mit comme un étendard sur les murailles. Les ennemis s’en moquèrent et commencèrent, de leurs
arcs et arbalètes, à tirer sur cette relique sacrée, mais il arriva par la toute-puissance de Dieu que, tout éblouis et aveuglés, ils donnèrent aux habitants occasion de faire une sortie avec leur évêque porteur de la sainte chemise et d’une autre enseigne faite d’un voile de la Vierge, et, comme si la Vierge, accompagnée d’une légion d’anges, eut combattu pour la ville, Raoul et ses troupes furent pris d’une épouvante telle qu’ils tournèrent bride et s’enfuirent en tel désordre et si vite qu’un pré où ils étaient en bataille, proche la ville, en mémoire de leur fuite et de leur recul, est appelé encore aujourd’hui le pré des Reculets ou d’Hercule.
Outre ce poète ancien, qui a mis en vers l’histoire des miracles de N.-D. et beaucoup de faits ayant trait à la ville de Chartres, plusieurs auteurs célèbres rapportent ce miracle. Guillaume de Malmesbury, anglais, qui vivait sous Henri I® d'Angleterre, le place en 897; Antoine, archevêque de Florence, en 878 (2° part., tit. 16, chap. 11, art. $); Vincent, en son Miroir historial, iv. XXV, chap. xzvi; Thomas Valsinghan, Guillaume Gemeticensis, les Chroniques de Hénault ; et des modernes : Gaguin, liv. IV, Bernardo Ressi, Camaldonense, en son livre intitulé Miraculi de nostra Madona, imprimé à Florence en 1592, iv. [°, miracle 23, qu’il tire de la légende des saints sur le sermon de l’Assomption; les Centuriateurs de Magdebourg rapportent aussi le même miracle en la 9° centurie, lv. 13 des Miracles, et le tiennent de Danultius, Liv. VI, chap. 11.
Du temps du vénérable Fulbert, évêque de Chartres, un miracle eut encore lieu grâce à cette sainte chemise. Le feu ayant pris dans l'église la veille de la Nativité de Notre-Dame, et l’embrasement survenu si soudainement qu'en un instant les flammes devinrent intenses, quelques Chartrains pleins de zèle pour la sainte Vierge, voulant sauver la châsse de la sainte chemise qui était sur l'autel, se jetèrent au travers du feu, la prirent et la portèrent dans la grotte située sous l’église. À peine y étaient-ils arrivés que la couverture, la voûte, les piliers et les clochers tombèrent et encombrèrent de telle sorte l'entrée de la grotte qu’il ne fut pas possible à ceux qui étaient dehors de les secourir, le feu s'étendant: jusqu'aux portes. Ces emmurés, qui n'avaient aucuns vivres et auxquels il ne restait
aucune autre alternative que d’être consumés par les flammes ou de mourir de faim, furent néanmoins miraculeusement préservés de l’un et de l’autre par l'assistance de Dieu et les prières de la sainte Vierge. Bien qu'ils fussent demeurés en cette sainte prison autant de temps qu'il en fallut employer, après avoir laissé tomber la fureur des flammes, pour décombrer les passages par lesquels on allait aux grottes, quand l'entrée fut ouverte, on les trouva pleins de santé à côté de la sainte chässe en son entier. On en rendit grâces à Dieu et à la sainte Vierge par une procession solennelle où la chàsse fut portée par l’évêque et le doyen, chacun se réjouissant de ce que Dieu leur avait conservé cette précieuse perle qui, ainsi que le dit l’ancien poète des Miracles de la sainte Vierge, est la gloire de notre cité.
Si la possession de cette sainte relique a quelquefois attiré diverses graces de Dieu sur la ville de Chartres qui la conserve avec tant de dévotion, elle n’a pas manqué aussi, en une occasion très pressante, de lui concilier celle des hommes, ayant disposé le roi Louis le Gros à lui faire miséricorde lorsque, en l’an 1137, en indignation de ce que Thibault, 4° comte de Chartres, l'avait fait appeler en duel et avait proféré contre son honneur plusieurs méchants discours, il avait résolu de la ruiner. Geofroy, alors évêque de Chartres, étant, avec tout le clergé et le peuple, allé processionnellement au-devant de lui avec la chässe de la sainte chemise, le respect que Sa Majesté lui porta, ainsi qu'à l’église de la Vierge, lui obtint le pardon pour la ville et le disposa à retirer son armée, et, en outre, à gratifier le chapitre de la permission de pouvoir affranchir ses esclaves, comme il paraît par les Jettres-patentes de lan 1138 qui sont gardées dans le trésor. Suger, abbé de Saint-Denis, alors prêtre, en la Vie du roi Louis le Gros dont il était conseiller, et Guillaume le Breton, en sa Philippide, en écrivent l’histoire.
Cette chemise de la Vierge est dans un coffre d’or pur, fait comme nous l'avons ci-devant remarqué par le nommé Teudo qui auream scrinium composuit, in quo est tunica, qui décéda le 8 des calendes de janvier, ainsi qu'il est porté dans un très ancien nécrologe ou obituaire, qui ne marque pas plus l’année de son décès que de tous les autres dont il fait mention. Ce livre écrit sur parchemin que je
Phot. Giraudon.
HARTRES.