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ARMURE DE GUERRE ET VÊTEMENT

(Musée de Chartres).

avaient remportée en Flandre contre les Flamands vers 1304, dont il sera ci-après parlé. | Le crâne de saint Théodore, dont une grande partie des reliques emplissent, en l’église de Josaphat, une châsse qui a été levée en septembre 1670, par feu M. de Neuville, évêque de Chartres. Toutes ces reliques et précieux ornements sont fort soigneusement gardés dans les superbes dômes, trésors et autres lieux de l’église.

Entre toutes ces reliques, deux châsses très considérables sont celles de saint Taurin et de saint Piat. La première est exposée au public et réclamée, lorsque, durant une grande sécheresse, les biens de la terre ont besoin de pluie; la seconde, au contraire,

lorsque les pluies sont continuelles, nuisent à ces biens, et que l’on a besoin de beau temps. À la vérité, il n’arrive guère que l’on ait recours à Dieu par l’intercession de ces saints que l’on n’en ressente incontinent les secours réclamés. |

La première châsse, dans laquelle il n’y a qu'une partie du corps de saint Taurin, a été apportée de Pezy, village distant de trois lieues de Chartres, où elle était, dans l’église de Notre-Dame, pour être conservée durant la fureur des guerres civiles, alors que les ennemis de la religion réservaient leurs plus généreux exploits à ruiner les églises et à profaner et brûler ce qu’elles possédaient de plus saint et de plus auguste.

Celle de saint Piat a été apportée à Chartres par un autre hasard, comme :l sera remarqué au chapitre des cérémonies qui se . font en l’église de Chartres. Quelques soldats chartrains appartenant à l’armée française alors en guerre avec les Pays-Bas, l'ayant . prise à Seclin en Tournaisis, apportèrent cette riche proie en l’église de Chartres, où, quoi qu’en disent ceux de Tournay et les martyrologes des Flandres, elle est encore à présent. Le sieur . Garet, chanoine d’Aire et de Sainte-Madeleine d'Arras, en son Histoire de la vie des saints, dit que longtemps après le martyre de saint Piat, qui arriva sous l’empire de Dioclétien, saint Éloi mit le corps de saint Piat en une chàsse fort riche et fort magnifique par ordre du roi Dagobert, et convient que la chässe dans laquelle ils prétendent avoir à présent le corps de saint Piat n’est pas aussi riche et ne sent pas autant son antiquité; et veut par là accorder l'opinion du clergé de Chartres, qui assure avoir le corps de saint Piat, avec celle des chanoines de Seclin, bourg proche de Tournay, qui croient pareillement lavoir, supposant que les Français, en ravageant les Pays-Bas, auraient pillé et emporté cette riche châsse sans le corps qui aurait été caché, transporté en quelque autre lieu par les chanoines de Seclin, et depuis enclos dans un autre coffre de moindre prix, où il serait à présent encore dans leur église, et qu'ils ont en très grand honneur pour les miracles qu'il a opérés.

Tout ce discours est invraisemblable. Comment les chanoines de Seclin se fussent-ils contentés de cacher le corps de saint Piat

en laissant à la merci des soldats une châsse aussi riche qui, pour avoir été faite de la main d’un saint, méritait une particulière recommandation ? Dans une appréhension de gens de guerre qui se jettent inopinément dans le pays, alors qu’on est contraint de se sauver avec ce qu'on possède de plus précieux, comment les chanoines de Seclin auraient-ils eu le temps de retirer le corps du saint de sa châsse ordinaire pour le mettre en une autre qu'il eût fallu faire exprès, alors que bien plus facilement ils pouvaient cacher en même temps et le corps du saint et sa châsse sans laisser celle-ci en proie aux soldats? Le corps de saint Piat, tel qu’on le conserve à Chartres, n’est pas susceptible d’être mis en un coffre, comme dit le sieur Garet, vu qu'il est d’une grandeur extraordinaire et si pesant qu’il ne faut pas moins de huit hommes pour le porter en procession ; et la chässe où 1l est à présent, qui n’est que de la forme d’un grand cercueil de bois qui parait fort vieux, n’est ni assez riche, ni assez magnifique, pour avoir donné à des soldats l’envie d'en faire leur butin, s'ils n’eussent été plutôt excités par le prix de ce qu'elle contenait que par sa valeur propre.

Le miracle qui a facilité cet enlèvement de chàsse fut un grand brouillard qui s’éleva et fit perdre aux Seclinois la piste de ceux qui l’emportaient. La mémoire en est conservée par la cérémonie des fumées d’encens et de genièvre qui se font tous les ans en l’église de Chartres, à la fête de Saint-Piat, ce qui n'est pas un léger témoignage en faveur de la véritable opinion que nous avons de posséder le corps de ce glorieux saint.

En divers temps cette chässe a été ouverte. Le 8 février 1520 en présence de Mille d’Illiers, alors doyen de Chartres, et de quantité d’autres dignités, chanoines et officiers de l’église, on trouva le corps de saint Piat entier, sans corruption, la tête seulement, tranchée à son martyre, séparée du corps. Le 25 mai de cette même année 1$20, par ordonnance du Chapitre, 1l fut mis en une toile cirée, et le 27 le cardinal de Bourbon, alors évêque du Mans, après avoir, avec la permission du Chapitre, dit la grand messe au chœur pontificalement, fit encore ouvrir cette chässe et on vit avec dévotion et admiration le corps de saint Piat tout entier. On dit qu'il en Ôôta un pouce ou un doigt. Le G octobre 1591 elle fut

encore ouverte, à l'instance du cardinal de Bourbon le jeune, en présence du comte de Soissons, son frère, de M. de Thou, évêque de Chartres, de plusieurs chanoines et officiers de l’église et d’un grand nombre d’autres personnes. Les lundi, mardi et mercredi suivants il fut exposé à la vue de tous en la chapelle des Saints- Apôtres, autrement des Chevaliers, où les archevêques et évêques de Bourges, Nantes, Beauvais, Maillezais, Le Mans, Angers et autres seigneurs de qualité, le virent entier, sans corruption, enveloppé d’un voile de soie rouge et de la toile de cire qu'on y avait mise. L'an 1600, la reine Marie de Médicis eut aussi la dévotion de voir ce saint corps qui fut montré dans le chœur de l’église, et depuis fut encore montré dans le Chapitre à tous ceux qui le désirèrent voir et dont j eus l'honneur de faire partie.

Le 27 décembre 1708, veille de Saint-Thomas, cette châsse de saint Piat a été encore ouverte par ordre et en la présence de M" Paul Godet des Marais, lors évêque de Chartres, qui la fit ouvrir et emporter dans la chapelle de son hôtel, par Messieurs les commis de l’œuvre, dont le Chapitre murmura beaucoup quoique sourdement, ayant toute autorité sous ce rapport, et après l'avoir gardée près de quinze jours, Payant fait refermer, la fit reporter et remettre en son lieu, et 1l n'y eut seulement que quelques chanoines, et qui sont de son parti, qui virent ce corps saint avec lui’.

Les registres du Chapitre portent que, environ l’an 1 580, le sieur Cottereau, chanoine théologal de l’église de Tournay, docteur en théologie, qui avait été principal du collège de Navarre à Paris, écrivit à un nommé Cailleaux, chanoine de Chartres, qui autrefois avait été son disciple en théologie, le priant de lui envoyer l’histoire de saint Piat, telle qu’elle se lisait au légendaire de l’église de Chartres, parce que, disait-il, ceux de Tournay tenaient que bien que le corps de saint Piat eut été martyrisé en leur pays, toutefois ce corps en avait été emporté à Chartres 1l y avait longtemps et que, par conséquent, l’église de Chartres en pouvait avoir une plus ample histoire que ceux de Tournay qui l’avaient prié de faire

1. D’un continuateur. Cet alinéa figure dans le ms. 1074, p. 131.

cette recherche, désirant avoir la parfaite histoire de la vie, de la mort et de la translation du corps de ce saint. Cette lettre témoigne que les Tournaisiens reconnaissaient n’avoir pas chez eux ce corps saint, ainsi qu'ils le prétendent à présent.

Saint Fulbert, évêque de Chartres, a composé une prose et quelques antiennes en l’honneur de saint Piat, en considération de la solennité que la possession de cette sainte relique obligeait d’en faire en son église.

Il existe, à trois lieues de Chartres, un village qui porte le nom de ce saint où une église lui a été dédiée en mémoire de ce que les soldats qui apportaient ce corps y firent séjour, pour se reposer, avant de l’apporter à Chartres, et comme la présence des corps saints n’est jamais injurieuse aux lieux où elle se trouve, il est à croire qu’il y fit quelques miracles. On peut consulter à ce sujet : Histoire de Tournay de M. Jean Cousin, tournaisien, imprimée à Douai en 1619; la bibliothèque des histoires de France 254, 255 et 265; Assertion de l’épiscopat de saint Piat, apôtre et premier évêque de Tournay et du lieu où reposent ses reliques, avec un bref discours de son martyre et'de l’établissement de l’église de Tournay, Tournay, 1619 (M. Puthosme, chanoine, à ce livre de saint Piat); Salvations pour lassertion de l’épiscopat de saint Piat, réponse à quelques contredits publiés contre cette assertion, par P. R. sieur du Plessis, Tournay, 1620, in-8; L'histoire ecclesiastique des Pays-Bas, etc., par M° Guillaume Gaget, chanoine d'Aire et pasteur de Sainte-Marie-Madeleine d'Arras, 1614, in-4, Tableaux sacrés de la Gaule belgique, etc., par le même Gaget, Arras, 1610, in-8.

Rouillard, à la page 4 du chapitre x, observe que le bréviaire de Chartres et quelques martyrologes des Flandres donnent saint Piat pour compagnon à saint Denis l’aréopagite lorsqu'il vint en France, et néanmoins ne laissent pas de dire qu'il endura le martyre sous Dioclétien, qui vivait plus de deux cents ans après Domitien, sous lequel saint Denis, selon la plus commune opinion, fut martyrisé, encore que le cardinal Baronius semble douter quil soit venu en France et met son martyre sous Trajan. Mantanus et plusieurs grands auteurs font saint Piat compagnon de saint Aven-

tin et les placent sous Dioclétien. Pour bien examiner cet anachronisme, 1] faut voir l'Histoire des évêques d'Amiens, Michael, Sangenesius, et les autres auteurs qui ont écrit sur la vie de saint Denis. pe

Le martyrologe d'Usuard, dont on se servait anciennement en l’église de Chartres, porte au 1“ octobre: in civitate Tornaci sancti Piati presbitert qui cum beato Dionisio episcopo eiusque sociis ab urbe Roma Galliam predicationis causa expetit, ac postea consommato martire migrayit ad Dominum.

Le bréviaire de saint Cheron, écrit en 1500, met Maximien et dit que sant Piat, prêtre à Rome, était de Bénevent, pays des Samnites, et que sous la persécution de l’empereur Aurélien, qui fut la dixième qu'ont souffert les chrétiens, 1l fut envoyé en Gaule avec les saints martyrs Victorius, Fascianus, Regnicus, Quintinus, Lucianus, Crispinus et autres pour y prècher; qu'après la mort d’Aurélien, l'Eglise respira un peu ; qu'il vint à Chartres, où il rencontra les fidèles persévérant en la foi de leurs ancêtres ; que sous l’empire de Dioclétien et Maximien, il s’en alla à Tournay, ville des Nerviens, où 1l convertit la plupart des habitants qui adoraient encore les idoles et où 1lsouffrit le martyre environ l’an 333, ayant eu la gorge coupée par des soldats, et que quelques soldats ont emporté son corps à Chartres, après lavoir retiré d’une chässe d’argent où 1l était, pour le mettre en une de bois, dans laquelle on le voit encore entier avec la plaie de sa gorge toute fraiche comme s’il venait de mourir, auquel lieu il fit plusieurs miracles, toute la province ressentant de grandes commodités de l'assistance de ses prières contre les pluies et le mauvais temps.

GHAPITRE VII

SOLENNITÉ DU SERVICE DIVIN ET BELLES CÉRÉMONIES DE L'ÉGLISE DE CHARTRES

Il y a peu d’églises au monde où le divin service soit célébré avec plus d'appareil et plus de magnificence qu’en celle de Chartres, aussi y en a-t-il fort peu qui emploient un aussi grand nombre de personnes à ce divin ministère. Avec l’évêque il.y a, de première institution, soixante-douze chanoinies dites prébendes entières, quatre autres dites semi-prébendes, et la chanoinie du Saint-Esprit, en tout soixante-dix-sept. Cettre première institution fut créée en l’honneur de Notre-Seigneur et en mémoire du nombre de ses disciples, trente chapelains, vingt-quatre chantres, et quantité de heuriers, matiniers et marguilliers, et dix enfants de chœur qui tous concourent à la célébration du saint office dans ce superbe temple.

La musique y a été introduite par Robert, 63° évêque, vers 1148 de J.-C. On y chantait autrefois les matines à minuit, comme on fait en plusieurs autres églises cathédrales, mais au temps de Fulbert, un sous-doyen nommé Everard ayant été assassiné en se rendant à matines, le Chapitre obtint des bulles autorisant à ne plus les dire qu'à cinq heures du matin. Fulbert écrit l’histoire de ce meurtre en ses épitres 27; 31, 321de Éd der ERP 49 de l’éd. de 1608.

Outre la majesté avec laquelle on célèbre les divins offices dans cette église, il faut encore remarquer deux particularités, la première lorsque l’évêque ou le chanoine qui officie à l’autel, ou ailleurs dans le chœur, chante pax vobis, ou Dominus vobiscum, ou per omnia sæcula sæculorum, le chœur des chantres ne répond ni haut n1 bas cum spiritu tuo, ni amen. Rouillard en rapporte diverses raisons,

mais la plus commune opinion est à mon avis la plus vraisemblable, une telle cérémonie n'ayant pas été introduite sans quelque extraordinaire sujet. On aurait autrefois entendu dans cette église la voix des anges répondant au prêtre, et depuis, en mémoire de ce miracle, le chœur aurait cessé de lui répondre, laissant par respect ce soin aux anges qui avaient témoigné que cela leur était tout agréable. Le sieur Durand, en son livre Des divins offices, livre VI, chap. LxxxvII1, remarque pareille chose arrivée à Rome dans Péglise de Sainte-Marie-Majeure. Saint Grégoire, pape, y officiant un jour de Pâques, un ange répondit à haute et intelligible voix et cum spiritu tuo, après que le saint pape eut prononcé pax Domint sit semper vobiscum. En mémoire de cela, dit cet auteur, lorsque le pape, en célébrant la messe en cette église à la station qui s'y fait le jour de Pâques, prononce pax Domini sit semper vobiscum, le chœur ne répond aucune chose.

Seconde particularité. Alors qu’en toutes les églises de la chrétienté on chante l'hymne gloriosa de cette façon :

O gloriosa domina Excelsa supra sidera Qui te creavit provide Lactasti sacro ubere,

à Chartres, en mémoire de ce que la Vierge y a été servie avant sa naissance et aussi du temps où elle allaitait son sacré Fils, on chante, comme si elle était encore vivante:

O gloriosa domina Excelsa supra sidera Qui te creavit provide Lactas sacrato ubere.

Cette hymne est attribuée par les uns à saint Ambroise et par les autres à Fortunat, évêque de Poitiers, qui vivait du temps du roi Childebert en 400; par d’autres encore à saint Grégoire le Grand, pape en 590. Elle ne figure dans aucuns de leurs écrits, et les archives de Péglise de Chartres tiennent qu’elle a été faite dans le pays. On peut s'étonner que Josse Clichtoue, qui à commenté

cette hymne avec toutes les autres qui sont chantées à Chartres, y ayant été chanoine, lattribue à Fortunat et ne fasse mention, ni de l’opinion qui veut qu'elle ait été composée pour l’église de Chartres, ni de la diversité de lecture avec laquelle on la chante, à moins qu’on ne veuille dire que Clichtoue fit son livre à Paris en 1519, le fit imprimer en 1$20 et augmenter pour seconde fois n'étant pas encore chanoine de Chartres, alors qu’il pouvait ignorer cette lecon de l'hymne © gloriosa femina reçue en l’église de Chartres.

D’autres cérémonies particulières ont lieu, en cette église, à d’autres jours de Pannée. Le jour de la Purification de Notre- Dame il se fait une offerte, à laquelle sont appelés à haute voix par trois fois les vénérables doyen de Chartres, prévôts de Normandie, d’Ingré, d’Auvers, de Mazangé, les religieux, prieur et couvent des Célestins d’Éclimont, le Vidame de Chartres, les sires d’Alluye, du Chêne-Doré, de Longny, de Tréon, de Gallardon, de La Loupe, de Villeneuve-l Évêque, et la fabrique de Saint- Saturnin de Chartres, qui tous, soit à cause de leurs dignités ou de leurs terres ou biens, comme vassaux, doivent à l'évêque de Chartres chacun un cierge de cire jaune, fors Saint-Saturnin qui le doit de cire blanche, les uns plus grands, les autres de moindre poids, qui montent tous ensemble à plus de trois cents livres de cire, dont l’évêque a les deux tiers et le chevecier l’autre tiers. Sur cette quantité sept cierges qui, à limitation du chandelier à sept branches placé devant le tabernacle du grand temple de la loi de Moïse, brülent sur sept chandeliers de cuivre qui se posent devant le grand autel du chœur aux vêpres, et le matin aux deux côtés de cet autel.

Il y a encore les sermons de l’Avent, du Carème et de l’octave, fondés par M. Boëte dont nous avons ci-devant parlé ; six sermons sont prononcés dans la grande chaire roulante, au milieu de la nef, les dimanches de Septuagésime, de Quadragésime, premier dimanche de Carême, jour des Cendres, de Notre-Dame de la Brèche 1$ mars, quatrième dimanche de Carême, et jeudi Absolut, à huit heures du matin, par les religieux cordeliers et jacobins alternativement. On les appelle sermons de l’évêque, ce sont les anciens sermons de l’église, pour lesquels il est donné aux Jacobins et

aux Cordeliers chacun six setiers de blé de la part du seigneur évêque.

La cérémonie qui a lieu à la messe du jeudi Absolut, en cette église, est la plus belle qui se fasse non seulement en France, mais dans toute la chrétienté, après Rome, pour la consécration des Saintes Huiles. Cette messe est célébrée par l’évêque avec six archidiacres, tous à l'autel, trois diacres, trois sous-diacres, deux acolytes, deux aumôniers et autres, au nombre de vingt-deux ou vingtquatre personnes à l’autel.

Ce même Jeudi saint, à une heure de l’après-midi, dans le chœur, une oraison funèbre est prononcée en latin par un jeune enfant, en l’honneur de la mort et passion de N.-S. J.-C., à laquelle habituellement l’évêque et le doyen se tiennent des deux côtés de l’enfant et plusieurs chanoines et les enfants de chœur devant. A la suite de cette cérémonie l’évêque et le doyen vont, chacun de leur côté, laver les pieds aux pauvres dans l’église et leur font des présents, en mémoire de ce que fit J.-C. ce même jour avant sa prise, mort et passion.

Le jour de Pâques, à une heure, une autre oraison latine est prononcée, également dans le chœur, par un autre enfant, en l’honneur. de la Résurrection de J.-C., en présence des mêmes personnes. Chacune de ces oraisons, très belle, dure près d’une heure, ensuite a lieu dans la nef la prédication ; puis, avant les vêpres, tous les chanoines et le clergé sont obligés d’aller, revètus de leurs chapes, avec la croix, quérir l’évêque en son hôtel et le ramener pontificalement, le chœur chantant, pour célébrer les vêpres de ce jour, en vertu de l'arrêt obtenu à la cour, contre le Chapitre, par M. de Villeroy, évêque de Chartres.

Une autre cérémonie est observée en cette église pendant la semaine de Pâques. En cette semaine, ainsi que Rouillard le remarque, le clergé fait tous les jours des processions en mémoire de la Résurrection ou de la sortie d'Égypte, auxquelles le souschantre et tous les chanoines, chapelains, chantres et autres officiers qui ne sont pas prêtres, ont coutume de porter des verges blanches, soit en mémoire, comme ils le disent, des enfants d’Israël sortant de la captivité d'Égypte, qui est la semaine de la pâque mosaïque

CHALLINE. — Recherches. | 13

où l’on mangeait l’agneau ayant le bâton blanc à la main, soit en mémoire de l’habit blanc qui se donnait aux nouveaux baptisés aux fêtes de Pâques de la primitive Église chrétienne, et aussi pour témoigner la joie de cette libération d'Égypte. Le lundi d’après Pâques closes, à cinq heures du soir, tous les chantres, enfants de chœur et tout le corps de la musique, vont par les galeries du haut en dehors de l’église et chantent en musique, des deux côtés et à la face de l’église, des motets qui s'entendent de fort loin, puis, passant dans les clochers, y carillonnent, et ensuite s’en vont souper ensemble des présents que leur font MM. les chanoines, ancienne coutume de cette église que l’on appelle l'agneau pascal.

Le dimanche d’après Pâques closes, une procession générale, non seulement du clergé de cette église, mais de toutes les paroisses, Cordeliers et Jacobins, se rend de la grande église au couvent des RR. PP. Cordeliers, où se dit une grand'messe solennelle en musique à laquelle sont portées trois des plus belles reliques de l’église. Cette procession a pour objet de prier Dieu pour la conservation des biens qui sont sur la terre, elle est convoquée à la prière de la ville et annoncée la veille par le crieur aux carrefours de la ville.

Rouillard remarque encore une cérémonie qui se fait le jour des Rogations au retour des processions. Le doyen a coutume de donner à tous les chanoines, dans le Chapitre; et le sous-doyen, dans le pupitre, à tous les chantres, heuriers et matiniers qui ne sont pas prêtres, des échaudés qu'ils appellent semeneaux ou craquelins, avec du vin blanc et du clairet, et en outre une pinte d’hypocras est envoyée à chacun dans sa maison. On s’est livré sur ce sujet à des méditations fameuses et curieuses, mais fort éloignées, 1] me semble, de l'intention de ceux qui ont institué cette coutume qui, à mon avis, n’ont pas eu d’autre raison de l’établir que de donner rafraichissement à ceux qui ont assisté à la procession, très longue ce jour-là, et fort pénible à cause de la chaleur. Il y a lieu de remarquer que cette pinte d'hypocras, qui était autrefois donnée dans le Chapitre et le pupitre au lieu de vin, qui fut depuis envoyée dans les maisons, est convertie maintenant en une livre de bougie de cire qui est donnée à chaque chanoine.

À Poctave de la Fête-Dieu, qui était la fête des tabernacles de la loi de Moïse, on fait une procession générale par toute la ville, une année par en haut, l’autre par en bas, à laquelle on porte le très Saint Sacrement. Non seulement le clergé de la grande église y assiste, mais aussi celui de Saint-André, les chanoines réguliers, toutes les paroisses de la ville et faubourgs, les jacobins, cordeliers, minimes, capucins, aveugles et autres communautés ecclésiastiques, tous revêtus de leur chape. Cette procession est pareillement requise par le corps de ville qui y fait porter, par toutes les communautés de la ville, les torches de leurs confréries. Le corps du Présidial y assiste et y envoie porter quantité de torches, si bien qu'il se trouve près de deux cents torches devant cette procession. Le corps de ville fait tendre par les habitants, tant devant les maisons qu’en haut, les rues du parcours. Il se fait de place en place de très beaux reposoirs où se trouve ordinairement une plus grande affluence de peuple qu’on ne peut le concevoir. C’est effectivement une très belle cérémonie de cette église et de la ville de Chartres, qui se fait à limitation de la fête des tabernacles de l’ancienne loi de Moise.

Le 6 août, jour où N.-S. J.-C. se transfigura sur le Thabor, on fait à la grand’messe la bénédiction du verjus et fruits de vignes qui se distribuent aux chanoines à leurs places. Le sous-doyen a charge de fournir ce fruit, et a pour cet effet la jouissance d’un clos de vigne de deux arpents en la paroisse de Saint-Maurice, sur le chemin de Séréville, affecté dans ce but à sa dignité. Cette cérémonie, qui se fait pour prier Dieu de bénir et multiplier les fruits de vigne qui sont sur la terre, est une fort belle et ancienne cérémonie de l’église.

Le jour de la fête de l’Assomption de Notre-Dame, il y a une offerte remarquable, où le seigneur de Maintenon est appelé comme redevable d’un épervier, oiseau de proie, sain, entier et bien conditionné, à cause de huit arpents de pré assis ès environs de Maintenon, en la seigneurie de Bauglainval, qu'il tient des doyen, chanoines et Chapitre de Chartres comme seigneurs de la terre de Bouglainval, une de leurs prêtrières. Cet épervier, présenté à l’offerte par le seigneur de Maintenon ou son envoyé, est recu par le

diacre qui le porte au chanoine prébendé de Bouglainval qui, par honnêteté, le renvoie au seigneur de Maintenon, à moins qu'il ne se trouve à la messe quelque prince ou quelque grand seigneur à qui le présenter.

Ce même jour, suivant l’ordre à nouveau donné par notre très chrétien roi Louis XIIT, à lieu une procession générale et solennelle pour marque du vœu qu’il a fait du royaume de France à la Vierge. Ce vœu a été renouvelé et recommandé par le roi Louis XIV, son fils à présent régnant.

Il se fait encore, les deux jours suivants, un service solennel en mémoire de la victoire que le roi Philippe le Bel remporta contre les Flamands auprès de Mons-en-Puelle, où, pendant la durée d’un accord, la plus grande partie de l’armée de S. M. s'étant disséminée, les Flamands en prirent occasion pour surprendre le camp des Français. Le roi, grandement consterné par la crainte d’un mauvais succès, eut recours et se voua à la sainte Vierge, lui promettant, s'il obtenait bonne issue de la bataille, de lui en rendre grâces en son église de Chartres. Il arriva par miracle que tous les capitaines et soldats de l’armée, qui étaient disséminés, se réunirent à l’instant dans son camp avec une si forte résolution de combattre que les ennemis, tout effrayés de cette rencontre à laquelle ils ne s’attendaient pas, se mirent en tel désordre qu'après la charge effectuée par l’armée du roi, il demeura 36 000 hommes sur place avec plusieurs prisonniers, sans que le roi ait de son côté perdu plus de quinze cents hommes. Pour s'acquitter de son vœu le roi, venu à Chartres à quelque:temps de là, fit don à l’église de sa seigneurie des Barres valant cinq à six cents livres de rente, lui offrit tout équipage dont il était vêtu le jour de la bataille, et fonda un service perpétuel qui se dit le jour où se livra la bataille. On expose ce jour-là au pupitre, à la face qui est vers la nef, à la vue du peuple, tout cet équipage qui consiste en casque couronné et doré, cuirasse et gantelets, chemise de mailles, cotte d’armes de velours violet cramoisi semée de fleurs de lis en broderie d’or, camisole à mettre sous ses armes, de satin vert piquée et cotonnée, brassards et épée avec le pendant de ceinture, qu’on serre à présent dans le trésor neuf. Paul-Émile dit que ce fut à Paris que ce roi fit le

présent de ses armes et de son harnais, dont la représentation se voit au pilier le plus proche du pupitre où est l’image de la Vierge. Il se trompe en cela, prenant l’église de Notre-Dame de Paris pour celle de Notre-Dame de Chartres, et le présent que fit le roi Philippe de Valois à l’occasion de la victoire qu’il remporta contre les mêmes Flamands le 22 août 1628, pour celui que fit à Notre-Dame de Chartres le roi Philippe le Bel, après la victoire qu'il avait obtenue vingt-quatre ans avant contre la même nation, le 17 du même mois d'août 1604.

M" Elie Fougeu d'Escures, chanoine et doyen a par testament ordonné deux grâces solennelles, l’une le jour de Pentecôte, et l’autre le jour de l'Assomption de Notre-Dame. A ces belles cérémonies nouvellement fondées on chante les litanies de la sainte Vierge et, pendant la procession dans la nef, le Veni sancte spiritus le jour de la Pentecôte, et l’hymne de la Vierge à l’Assomption, avec motets en musique, et à la fin un Libera pour le repos de son âme. Il a en outre fondé lés indults de diacres et sous-diacres à toutes les fêtes solen- nelles de l’année, et, à cet effet, a donné au chapitre, par son testament passé devant Proust, notaire et secrétaire du Chapitre, en août 1684, une fort belle terre sise à Poisvilliers à une lieue de Chartres, et un lustre à mettre dans le chœur. Cette belle fondation a été exécutée la première fois en 1694.

À l'occasion de la fête de Saint-Piat, qui se célèbre le 1° octobre, il se fait, la veille aux vêpres et le jour à l’issue des matines de grosses fumées d’encens. Cette cérémonie fut peut-être instituée en mémoire de ce que le corps de saint Piat ayant été mis dans le tombeau après qu'il fut décapité, rendit une très bonne et suave odeur martyris ejus ad tumulum factum angel odorem suavem quem senserent qui adfuerant, ou bien pour perpétuer le miracle raconté plus haut qui arriva lorsque les Français apportèrent le corps de saint Piat qu’ils avaient pris à Tournai. En mémoire de la bonne chère que le Chapitre fit à ceux qui lui firent présent de ce corps précieux, le doyen doit à l'issue de cette messe, en exécution de la fondation d'un de ses prédécesseurs, baïller à chaque chanoine,

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