RIVIÈRE D EURE
La rivière d’Eure qui se nomme en latin Audura arrose la ville de Chartres et partie du pays chartrain. Elle prend son origine au couchant, vers l'Orient, à l'étang des Bouillons ou des Personnes, près de Longny-au-Perche, environ à dix lieues de Chartres, elle coule contre l’ordinaire des autres fleuves d'Orient vers l'Occident, passe par Belhomer où elle est déjà forte, par la Rivière où M. d'Aligre, conseiller d'État, directeur des Finances et garde des sceaux, a fait bâtir une très ae maison, par Pontgouin, qui est aussi une très belle maison de l'apanage des évêques de Chartres et le lieu dont relèvent les cinq baronnies et plusieurs autres grandes seigneuries du Perche-Gouet; de là elle va à Courville, bourg dont
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parle Yves de Chartres dans ses épitres 267 et 268. Courville est célèbre par son église fondée en l’honneur de saint’ Nicolas et par son château qui à appartenu au seigneur duc de Sully, premier ministre du roi Henri IV. De là elle se dirige vers Chartres en passant par Saint-Luperce, Saint-Georges-sur-Eure, le Pont- TFranchefêtu, Thivars, Tachainville, l’abbaye de l'Eau, Barjouville, Luisant et le Pont-Saint-Martin-au-Val. A Chartres, elle fait un coude pour prendre son cours vers le septentrion par Lèves, Saint- Prest où un petit ruisseau qui prend son origine à Sours se décharge, un autre petit ruisseau qui vient de Voise y entre aussi : au Parc, près de Maintenon' qu’elle traverse.
Cette rivière passe ensuite à Coulombs où encore un autre petit ruisseau y tombe, puis à Nogent-le-Roy, ainsi appelé parce que Philippe le Bel y mourut, là elle commence à porter bateau. En passant proche Dreux elle recoit la Vesgre, qui vient de la forêt de Montfort; à Osmeaux-sur-Cherisy elle recoit la rivière de Blaise qui vient de Dreux, et l’Avre qui sépare la France de la Normandie de laquelle lon dit ce vers :
Hadra licet parva, Francorum dividit arva.
laquelle prend sa source d’une fontaine qui est entre Laigle et Verneuil dont elle arrose les murailles, passe par Tillières, ville célèbre par les guerres des Anglais, puis par Nonancoert.
L’Eure passe près Anet où se trouve une très belle maison, superbement bâtie par l’ordre du roi Henri II en faveur de la duchesse de Valentinois, traverse Ivry, célèbre par la bataille et la victoire que Henry le Grand, quatrième du nom, y obtint contre la Ligue, [vry que la Phuilippide appelle Jbra où Ibrea « sibi jam subiit Ibream » et en un autre endroit « ad Îbram signa reflectat », de là la rivière d'Eure va à Pacy duquel, au troisième livre de la Philippide, où il est parlé de Richard roi d'Angleterre, 1l dit
‘4. Auquel lieu est un très beau château à présent érigé en marquisat et pairie, au-dessus duquel bourg est construit depuis quelques années un aqueduc de pierre qui passe par-dessus ladite rivière et traverse toute la vallée; ayant bien demilieue de longueur, et est une très belle pièce. (Ajouté du continuateur).
« Paciacy sibi tuta magis fore. mœnia credens », et parlant au quatrième livre du roi Philippe « jam sibi Paciacum jam subjecit Ibream » ; de Pacy cette rivière gagne Louviers et, avant d'arriver à Pont-de-l'Arche, recoit près Acquigny l’Iton venant d'Évreux.
Cette rivière l’Iton est formée par deux ruisseaux, l’un qui sort d'un étang de Breteuil, et l’autre de Verneuil-au-Perche, qui se joignent à Condé, maison fort agréable qui appartient à l’évêque d'Évreux, où ils prennent le nom d’Iton qui de là coule à Evreux. Au milieu de son cours cette rivière se perd tout à coup et entre dans la terre, en telle sorte qu'il semble qu’elle soit perdue, demeurant plus de trois mille pas cachée dans la terre comme si elle n’en devait jamais sortir. A deux lieues d'Évreux elle ressort de terre comme si elle se voulait faire revoir, ce qui est un très grand miracle de la nature qui mérite d’être considéré. A Pontde-lArche, enflée de toutes les rivières qui se sont jetées dans son lit, l'Eure entre dans la rivière de Seine, où elle perd son nom, pour aller à Rouen. La rivière d'Eure nourrit toutes sortes de bons poissons, tels que brochets, carpes, perches, truites, tanches qu'on rencontre au-dessous de la ville de Chartres depuis Saint-Prest et Jouy où il s’en voit quelquefois en quantité.
Avant d'entrer en la ville de Chartres, l’Eure se divise en deux bras, l’un au lieu que l’on appelle le Petit-Bouillon, et l’autre qu’on nomme les Pierres, et ces deux bras se joignent incontinent en un pour faire un canal que l’on appelle les vieux fossés de la ville qui fait moudre trois moulins, coulant le long des faubourgs de la porte Morard et de la porte Guillaume, arrosant plusieurs beaux jardins et principalement celui des évêques de Chartres, pour rentrer dans les fossés de la ville au pont des Filles-Dieu, à l'endroit qu’on appelle le Vieux-Trou.
Il y a encore une autre écluse par laquelle la rivière, avant d'entrer dans la ville, laisse couler une partie de son eau dans les fossés qui servent à présent de clôture à la ville jusqu'au même Vieux-Trou, d'où toutes ces eaux se rejoignent aux arches près la porte Drouaise au bras de la rivière qui passe dans la ville.
En l'an 1539, sous l’épiscopat d’Érard de la Mark, la rivière d'Eure fut rendue navigable depuis Nogent-le-Roi jusqu'au Pont-
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de-l’Arche ; on croit néanmoins que longtemps avant ce temps-là elle avait porté bateau jusqu'à Chartres, comme en témoignent encore, à tous les moulins de la rivière, des portes que l’on appelle à bateaux. On croit que durant une grande famine, le menu peuple, voyant que l’on transportait quantité de blés de la ville sur la rivière, rompit le port et tout ce qui servait à la navigation pour en empêcher le transport.
On espère que Louis XIV® dit le Grand, notre grand monarque, qui fait travailler de toutes parts à embellir et enrichir son royaume par le moyen du commerce, va faire rendre cette rivière navigable jusqu'à Chartres. Les visites qui en ont été faites ont démontré que cet ouvrage était facile ; et en refaisant, par ordre de Sa Majesté, les ponts de Coulombs, l’on y a déjà fait une grande arche pour y faire passer les bateaux qui doivent, par cette rivière, venir à Chartres. La rivière a cela de particulier que, hors ses débordements, elle n'est jamais plus pleine en hiver qu’en été, la hauteur de son eau étant toujours égale.
Il me semble encore qu'on ne doit pas passer sous silence en cet endroit une fable ingénieuse que Boutraye à composée sur l’origine de notre rivière dans le poème qu'il a fait de la ville de Chartres. Il y raconte l’histoire d’une driade, qui avait l'habitude de suivre Diane à la chasse dans les forêts du Perche, fort belle et très pudique enfant qui avait en grande aversion l'amour et le mariage, et d'un jeune homme doué d’une extrème beauté et grand chasseur, nommé Perticus, qui, ayant diverses fois rencontré cette nymphe chassant dans la forêt, en était devenu passionnément amoureux, et ayant voulu lui déclarer son amour, la mit en fuite. Ce jeune garçon se hâta de poursuivre la belle à travers bois, vallées, rivières, montagnes et rochers, la pressant de telle sorte que la nymphe, qni n'avait pas si bonne haleine que lui, se voyant sur le point d’être arrêtée, fut contrainte d’avoir recours à Diane, de réclamer son secours, la priant d’avoir pitié d'elle et de vouloir défendre son honneur. La déesse ayant exaucé ses prières, pour empêcher qu'elle ne tombât en la puissance de Perticus, la convertit en une rivière, frustrant par ce moyen les désirs du jeune homme, et garantissant la jeune nymphe de ses embrassements. Cette fille, devenue fleuve,
n'avait pas de nom. Perticus, surpris de ce prodige, muet tout d’abord, reprit ses esprits et prononça ces paroles : O dure fille, Ô dure nymphe, 6 sourde à mes plaintes, 6 dure driade que je ne puis fléchir, tu t'es convertie en eau, tu t'es changée, tu te moques ainsi de mon amour, mais je ne te perdrai pas tout entière, tu couleras dans mes terres, tu arroseras mes champs de tes claires eaux, et ton fleuve me sera autant aimable que tu m'as été une cruelle driade. Et une aimable fille, Echo, qui avait un million de fois répété ces paroles « O dure » que prononcait le jeune homme, s'étant fait entendre autant de fois, donna occasion de nommer cette rivière Odure, dont est venu en latin le nom Audura! que l’on a traduit en français Eure.
Fama vetus perhibet (sed fabula, fama putatur) Quondam apud Unellos Driadum per opaca fuisse Rura, pharetratæ comitem de gente Dianæ
De cœtu innupto de venatrice caterna,
Plurimum amans forme, sed amantior 1lla pudoris, Atque Dyoneos fugiens capitaliter ignes
Rivalesque Deos thalamosque exosa Jugales.
Perticus insane formosus ephœbus amabat
Et venator erat, pharetra succintus et arcu
Vestigare feras et figere cuspide certus,
Heu miser ? heu nympheæ delusus amore fugacis Retia tela feras, venandi oblitus et artem
Ac pharetram fastidit amans, fastidit et amens, Illum at fixit amor, jaculis arcuque tremendo
Ipsis numinibus, sæva et face torruit illum.
Sed fugit 1lla, notis velocior lite planta
Et cerua ante canum, velocior ora prementum : Insequitur juvenis, nemorum pér thes qua per umbras, Per juga, per montes, per inospita saxa lacusque, Instat anhellanti, sed Perticus acer anhellans, Jamque tenebat eam melior pulmone, Dianam Cum vocat implorans, perituro astare pudori :
Nec mora, adest nymphæ morienti Diva triformis, Quæ mutare potens placidum hanc convertit in amnem, Pertict et amplexus Phœbe frustratur inanes,
Hac. novus amnis erat, nec nomine cognitus ullo,