DESCRIPTION DE LA VILLE
Chartres. Ce canal, dans les anciens titres, s’appelle les Vieux Fossés et 1l y a apparence que c’étaient les anciens fossés de la ville parce que le long de son cours, de part et d’autre, on y trouve, en fouillant la terre, quantité de masures et de vieux fondements de grosses murailles qui font croire que cet endroit a été rempli de quantité de beaux bâtiments. Nous voyons encore à présent, dans le clos du prieuré de Saint-Martin-au-Val, où sont à présent les Capucins, une muraille de pierre fort épaisse, dont le commencement regarde le midi, qui fait un coude dans le même clos et se continue le long des jardins de Bas-Bourg vers la ville. Il se trouve par-c1 par-là des vestiges de bâtiments, des places pavées de grands carreaux, des pierres de taille et du marbre, ce qui témoigne qu’autrefois 1] y a eu dans ces endroits des bâtiments d'importance qui marquent et l’étendue et la splendeur de la ville qui, anciennement, a été plus grande et plus magnifique qu’elle n’est aujourd’hui.
Je ne dois pas omettre encore qu'il y a soixante à quatre-vingts ans !, comme l’on travaillait à croître et creuser les fossés de la ville à la pointe d’un bastion qui regarde la Courtille, on trouva une place de la grandeur d’une chambre commune pavée de grands carreaux de terre cuite avec quelques médailles antiques entre lesquelles 1! y en avait une bien marquée de l’empereur Domitien que j'ai gardée fort longtemps; et depuis vingt ou trente ? années il s’est encore trouvé, dans une vigne proche le prieuré Saint-Martin, une grande pièce de marbre blanc de trois pieds de longueur et deux de large sur laquelle 1l y avait diverses figures d'hommes taillées en relief qui pouvaient dater du temps des Romains ou du moins qui étaient de vieux fragments de quelque table d’autel restés des ruines de l’église de Saint-Martin-au-Val, l’une des plus anciennes du diocèse de Chartres.
Ramus, dépeignant les mœurs des Gaulois, cite cette remarque de César que les Druides, tous les ans, en certain temps de l’année, s’assemblaient aux confins des Carnutes, rendaient dans ces assemblées leur jugement sur les procès qu'ils terminaient. César ne
1. Le ms. 1076 porte il y a 4$ ou $o ans; ms. 1074: « vers l’an 1600 ». 2. Le ms. 1076 : 3 ou 4 années; ms. 1074: « vers 1650 ».
marque point le temps de l’année, mais seulement le lieu, savoir sur les bornes et l'extrémité de la province des Carnutes qu’il estimait être le centre de la Gaule belgique. La province des Carnutes était autrefois beaucoup plus grande qu’elle n'est à présent; elle était considérée comme un royaume avant qu y arrivät César, lequel y rétablit Tasgétius dont les ancêtres en avaient été souverains ; Orléans et Gien en dépendaient, et s’il en a été retranché quelque chose, c'a été en ces derniers temps, quand les Français l’occupèrent et y établirent un royaume. La province des Chartrains comprenait un très grand pays s'étendant jusqu'à trois lieues de Tours. Au delà de la rivière de Loire, beaucoup de paroisses dépendant de l'évêché de Chartres marquent l'étendue de l’administration des Chartrains, d’après laquelle les diocèses ont été formés.
En toute ville et village de la Gaule résidaient des druides comme aujourd’hui les prêtres; ceux-ci venaient tous les ans à Chartres pour y juger tous les procès auxquels le grand pontife des Druides présidait. Ils étaient en Gaule ce qu'était en Grèce le Conseil des amphictyons, lequel, durant la liberté de la Grèce, se faisait et tenait en la ville de Delphes, comme raconte Pausanias des sophronistes. Les Druides des Gaulois étaient semblables aux amphictyons des Grecs, et leur lieu d’assemblée était situé au pays chartrain.