SAINT LUBIN
quitta ses parents pour s’enfermer dans un monastère où, s'étant appliqué assidûment à l'étude et à la contemplation, il se rendit si admirable par sa doctrine et son bon exemple, qu'il y fut établi supérieur.
Deux hommes furieusement possédés du démon s'étant un jour présentés pour implorer assistance, sollicité par les religieux de son couvent de venir à leur secours, 1l fit sur chacun d'eux le signe de la croix, ce qui chassa les démons qui les tourmentaient et les guérit. Il inspirait une telle crainte aux mauvais esprits qu’à l’appel de son nom même ils abandonnaient ceux qui étaient infestés de leurs illusions. Ayant oui parler des merveilles que réalisait saint Avit qui vivait en ermite dans le Perche, il alla le trouver dans sa solitude, convertissant à la foi de Jésus-Christ, partout où il passait, par sa doctrine et l’exemple de sa vie, une infinité de personnes.
Promu aux saints ordres par Éthère, il fut, à sa mort, élu à l’évêché de Chartres par les suffrages de tous les Chartrains qui avaient une très haute opinion de sa sainteté. Il s’acquitta de sa charge avec tant de piété et de prudence que l’évêque le plus excellent du monde ne lui pouvait être comparé. Plusieurs miracles lui sont attribués.
Lors d’une visite épiscopale qu’il allait faire à Châteaudun, Gondelard, un dés plus riches et plus en vue de la ville, dont la fille, malade d’une fièvre tierce, était à la dernière extrémité, alla au-devant de l’évêque pour le prier d'entrer dans sa’ maison lui donner sa
bénédiction. Le saint évêque se rendit à son désir, mais, en y artivant, il trouva la jeune fille morte et la rappela à la vie par les prières qu’il adressa à Dieu pour elle. Par ses mêmes prières un homme privé de la vue depuis huit ans la recouvra. Un grand embrasement qui dévorait bois et maisons fut immédiatement éteint lorsque le saint évêque eut imploré le secours de Dieu.
Du temps où il était moine, s'étant mis en oraison pendant une tempête qui ravageait tous les fruits, herbes et arbres des jardins qui environnaient sa cellule, tout fut remis en son premier état. Il guérit entièrement un hydropique qui avait réclamé son secours. Au toucher de sa robe, une jeune fille fut délivrée d’un démon qui
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la possédait. Deux jeunes enfants semblablemeut possédés du diable en furent délivrés après avoir mangé une portion du repas qu'il leur avait fait donner. Quiconque, malade de fièvre, était guéri en se faisant couvrir de son manteau. Dans un couvent de pères Capucins de l’ordre de Saint-François, ancienne demeure de saint Lubin portant son nom, se trouve un puits profond appelé puits de Saint- Lubin, dont l’eau a la vertu de guérir de la fièvre ceux qui en boivent. Saint Lubin, donnant l'extrême onction à saint Calétric, alors prêtre, qui était très malade, le guérit et lui prédit qu'il serait son successeur.
Après une longue vie abondante en miracles, ce bienheureux évêque fut enfin appelé au ciel. Un notable miracle se produisit à la vue des personnes qui se trouvaient dans l’église de Saint-Martin où 1l état inhumé ; la corde soutenant le cru&ifix s'étant rompue, il tomba sur les lampes remplies d'huile en les renversant, or, chose digne d’admiration, ces lampes, qui étaient en terre, ne furent pas cassées et se relevèrent d’elles-mêmes, sans qu’une goutte d’huile ait été répandue.
Il figurait au nombre des évêques qui souscrivirent au deuxième concile d'Orléans en 443, et au deuxième concile de Paris en 535 il a signé Leobinus. Sa sainte vie l’a fait tenir pour saint après sa mort, et l’église de Chartres fête sa translation le 1$ septembre, et sa grande fête le 14 mars, jours auxquels sa vie est inscrite aux légendes et aux martyrologes. Le chef de ce saint est soigneusement gardé en l’église de Notre-Dame, et le reste de son corps a été conservé à Saint-Martin-au-Val, jusqu’au siège de 1568, pen-. dant lequel les hérétiques, dans leur fureur, ruinèrent l’église et emportèrent la châsse, dans laquelle était son corps qu’ils réduisirent en poudre. Il y avait une chapelle de son nom avec titre de prieuré dans le couvent des Capucins dont nous avons déjà parlé, qui, depuis l’année 166$, habite le prieuré de Saint-Martin-au-Val, dont il sera question quand nous traiterons de toutes les églises du pays. |
Rouillard a donné des antiennes et des répons en prose et en vers latins qui sont plus amples et plus corrects que ceux qui ont été imprimés et que l’on chante en son honneur.
SAINT CHALÉTRIC 25$
DAS ==ASAINT CHALÉTRIC.
D'une noble et éminente famille chartraine, malade et sur le point de mourir, Chalétric recouvra la santé, au moment où saint Lubin lui donnait l’extrême-onction, lui prédisant qu'il serait son successeur. En eflet il fut élu après sa mort, alors que Clotaire régnait à Soissons et Childéric à Paris, car Clotaire ne commença à régner qu’en $60. Saint Chalétric commença son épiscopat en 537 ou vers 566 ou 569 comme le remarque Robert, ou $ 57 suivant Sévère, à l’âge de 24 ans. Il commença par rétablir la discipline de l’église, réformer les mœurs des ecclésiastiques, n’omettant rien du devoir qui incombe à un bon prélat. Sa bonne vie servit d'exemple à tout son peuple et lui acquit une grande réputation de sainteté, aussi a-t-il rendu à l’église de Chartres des témoignages extraordinaires de son admirable vertu. Il chassait par ses prières les démons du corps des possédés, guérissait par le toucher toutes sortes de maladies, en un mot aucun mal ne résistait à son intervention. Il occupa le siège épiscopal quatorze ans. Ce qui peut amener un doute sur cette durée, c’est qu'il assista au deuxième concile de Tours, tenu la sixième année du règne de Caribert en $70, et au premier concile de Paris où 1l est appelé Caletricus. Christophe Brower, jésuite, en ses œuvres sur Fortunat, dit que ce premier concile fut tenu en $59. D'après nos catalogues saint Chalétric aurait tenu le siège de Chartres l’espace de quatorze ans, et son corps serait entier en une grande châsse, avec les autres de la même église. Fortunat a composé son épitaphe que Baronius a insérée dans ses Annales. Nous la donnons ici comme un des plus illustres monuments que nous ayons des vertus de Chalétric.
Illacrimant oculi, quatiuntur viscera fletu,
Nec tremuli dioiti scribere verba valent :
Dum modo quæ nolui vivo dabo verba sepulto,
Carmine. vel dulci, cogor amara loqui.
Digne tuis meritis, Chaletrice sacerdos
Tarde notus nobis, quam cito, chare, fugis.
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Tu patriam repetis, nos triste sub urbe relinquis : Te tenet aula nitens, nos tenebrosa dies.
Ecce sub hoc tumulo pietatis membra quiescunt : Dalcior in tumul, lingua sepulta jacet Forma venusta decens, animus sine fine benignus, , Vox suavis legem premeditata Der.
Spes clert, tutor viduarum, panis egentum, Cura propinquorum, promptus ad omne bonum.
Organa psalterit cecinit modulamine dula, Et tetigit laudans plectra beata Der.
Cautere eloqui bene purgans vulnera morbt :
Quo pascente fuit fida medela gregi.
Sex qui lustra gerens, octo bonus insuper anno, Ereptus terra justus ad astra redis.
Ad paradisiacas epulas, te cive reducto :
Unde gemit mundus, gaudet honore polus.
Et quia non dubito quanta est tibi gloria laudum, Non debes flert talis, amice Dei.
Hec qui, sancte Pater, pro magnis parva susurro : Pro Fortunato, quæso precare tuo.
Quoique cette poésie n’ait pas toute la perfection que les maïtres de cet art y pourraient désirer, elle. ne laisse pas d’être un magnifique éloge de notre saint évêque Chalétric, qui n'y est pas seulement louangé pour sa piété, sa doctrine, son éloquence, sa libéralité, sa sévérité à reprendre les vices, toutes qualités nécessaires à un parfait évêque pour bien conduire son troupeau, mais encore sa beauté et sa bonne grâce, sa mine avantageuse, l’excellence de sa voix, son adresse à toucher les instruments de musique avec lesquels il chantait les louanges de Dieu, y sont hautement publiés. Il y a seulement une difficulté résultant du dix-neuvième vers de cette épitaphe qui fait douter si l’on doit prendre les trente-huit ans dont il parle pour les années de sa vie ou pour celles de son pontificat. Christophe Brower, qui a laissé des notes historiques et géographiques sur Fortunat, estime que ce vers parait plutôt indiquer son Âge que le temps de son épiscopat, mais 1l n'aurait pas exprimé ce doute s’il eût connu les catalogues de nos évêques qui ne lui donnent que 14 ans de pontificat, et disent qu'il y fut appelé
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à l’âge de vingt-quatre ans, ce qui fait ensemble les trente-huit ans que Fortunat lui donne.
Il y a dans le Maine une abbaye de Saint-Calais, nom français de Saint Chalétric.