BURCHARD
Burchardus ou Huebardus, parent de Venilon, archevêque de Sens, diacre sous le règne de Lothaire, était du nombre des commissaires que le roi envoyait dans les provinces sous le nom de misst dominici (Capitulaires de Charles le Chauve, titres 9 et 12). Il fut admis à l'évêché de Chartres contre la volonté de Dieu et sacré par le même Venilon, contre l’avis de tout le monde, en 853.
Sous le titre de Révélations, Andradus, écrivain médiocre de l’époque, a consigné les choses mémorables de ce temps qui sont imprimées dans le 2° volume de l'Histoire des écrivains français d’André Duchesne, qui les a recueillis d’un vieux manuscrit du savant père Sirmond. Il y fait mention de ce Burchard en ces termes : Charles le Chauve, pour attirer la colère de Dieu tout-puissant, fit venir ce Burchard qui tenait le parti du roi Lothaire, et lui recommanda l’église de Chartres pour l’en faire évêque (comme si, dans le royaume il n'y avait point de personnes ecclésiastiques plus dignes que lui) et dit à Venilon de le sacrer évêque. Ce même archevêque m'appela et me dit que c'était pour provoquer la colère de Dieu que notre roi Charles faisait cela, afin d'éloigner Burchard du parti de Lothaire et non pour le profit de l’église, car il est de très mauvaise et horrible réputation ; cependant si la colère de Dieu
270 LES ÉVÉQUES
pouvait ne pas être provoquée, comme il est reconnu très habile et très intelligent aux affaires du monde, je vous demande de prier Dieu de montrer s’il est possible que Burchard puisse mériter d’être fait évêque : car pour moi je serais heureux en ce cas qu’il le fut, car il est mon parent. S'il plait à Dieu vous révéler quelque chose sur ce sujet, je vous prie au nom de Dieu de ne pas me le céler. — Quand je leus prié pour cette affaire comme j'ai coutume de le faire pour le salut de mes frères, 1l plut à Dieu de m'exaucer en descendant du ciel, la lumière parut au lieu où je priais et j'entendis : O! malheureux le jour où Burchard sera évêque. Ayant dit cela il s’en retourna au ciel. — Un des anges qui l’accompagnaient demeura à ma droite et dit: Savez-vous ce que Dieu a dit? — Oui, Seigneur, répliquai-je, mais je désirerais le connaître plus clairement. — L'ange répondit: tout le temps que Burchard sera évêque la colère de Dieu se répandra sur toutes les églises pour les ruiner, voilà pourquoi Dieu défend, sous peine d’excommunication, à celui qui l’ordonnera, de lui imposer les mains lorsqu'il sera ordonné. — Ayant dit cela il remonta au ciel avec Dieu, tandis qu’adorant sa divine majesté et lui rendant grâce je racontai toutes ces choses à mon archevêque qui en fit part au roi Charles.
Le troisième canon du synode de Soissons rapporte son ordi- : nation en ces termes: Quant à Burchard, qui tenait l’église de Chartres, il fut ordonné qu'il ait à se rendre capable de la tenir selon l’avis et avertissement de Venilon, son métropolitain, ou connaissant la clémence du prince à son égard, à se désister, mais qu’en l’un ou l’autre cas 1l se devait résoudre à souffrir le jugement de Dieu. Le lendemain son affaire ayant été appelée devant les vénérables évêques Hincmar métropolitain de Reims, Pardule, archevêque de Laon, Agius, évêque d'Orléans, il fut admonesté par chacun d’eux en particulier, de l’ordre qui lui avait été donné de déclarer et confesser s’il pouvait, sans s’exposer à un très grand. péril, se maintenir en-cet évêché, ou, s’il ne le pouvait par crainte de Dieu, de confesser ingénuement qu’il ne le pouvait faire. Une partie du clergé et des laïcs présents ayant témoigné favorablement à son égard, les évêques l’invitèrent à s'expliquer, 1l reconnut que
GISLEBERT ol
c'était à lui une grande arrogance de s’estimer y devoir rester, que ce qui lui était objecté n'étant pas véritable, si quelqu'un voulait l’accuser de quelque crime, il était prêt à s’en défendre. Le sacré synode déclara que le siège de Chartres n’était plus vacant, et les évêques, d'accord avec Venilon, métropolitain, reconnurent l’élection de Burchard qui fut canoniquement ordonné. Il tint le siège épiscopal vingt-six ans.