‹ Recherches sur ChartresChapitre 158 sur 323 · GEOFFROY · texte numérisé non relu

GEOFFROY

ayez à recevoir cet évêque, l’honorant comme votre père, et que vous ayez à lui porter l'honneur que vous lui devez comme à votre prélat et à votre pasteur, et nous vous défendons encore, par notre autorité apostolique, de lui reprocher aucune hérésie et infamie, de laquelle 1l est purgé, n1 de lui imputer, non seulement aucun autre crime comme on a accoutumé de faire, au contraire que vous ayez à l'honorer comme votre père spirituel, et montriez que vous portez honneur aux commandements qui vous sont faits par la puissance apostolique. Et, comme 1] est du devoir des chrétiens, ayez soin, comme vous le devez avoir, de vos âmes. Et comme Hugues, alors légat en France, n’approuvait pas ce que le pape avait mandé, saint Grégoire lui écrit à nouveau et le reprend, l’avertissant qu'il l'avait absous avec raison, comme cela se voit en l’épiître 31 du livre 19 qu’il adresse à Hugues en ces termes: « pour ce qui est de l’évêque de Chartres dont vous murmurez, vous devez savoir que, pour le respect que nous vous portons, nous l'avons longtemps retenu à Rome avec l’évêque de Paris, croyant que vous viendriez ou nous enverriez quelqu'un de votre part, avec des témoins capables de déposer contre cet évêque, mais ne l’ayant pas fait, nous avons eu sujet de nous conformer aux sentences de la cour de Rome auxquelles, si Dieu permet que quelque jour vous vous soumettiez, vous pourrez savoir qu'elle a été moins repréhensible que vous ne l’avez été en trouvant à redire à ce que votre mère la sainte église a ordonné.

Après la mort du pape Grégoire les crimes de Gaufridus ayant été connus de tout le monde, même à la cour romaine, étant dans impossibilité de s’en purger, il fut obligé de rendre sa crosse et son anneau pastoral. Le pape Urbain, successeur de Grégoire, ne pouvant plus lui envoyer de dispense, ni dissimuler, le déposa ainsi qu’en témoignent les écrits de Yves de Chartres, son successeur, qui l'appelle un bouc lascif et dit qu'il fut condamné pour ses lascivités, adultères, parjures et trahisons reconnus et publiés par toute l’église de la terre (Epitres 6 et 8).

Après qu'il eut été déposé de son épiscopat il se retira en Normandie dont il fut prévôt, fonction dans laquelle le maintint l'autorité du comte de Chartres.

282 LES ÉVÉQUES

GLS ESNVES.

Yves de Chartres était né en Beauvaisis. Son père, de noble race, s'appelait Hugues d'Auteuil et sa mère Hélemburge. En sa jeunesse 1l étudia fort bien les lettres humaines, et quand il fut plus avancé en âge, la théologie, sous Lanefranc, abbé du Bec, qu'il enseigna depuis en ce même lieu. S’étant employé sérieusement à la lecture des Pères il fit un grand recueil des décrets et des canons des conciles.

Guy de Beaucourt, doyen de Saint-Quentin, puis évêque de Beauvais, avait fait bâtir un monastère en l’honneur de saint Quentin et l'avait doté. Il y avait établi en 1078 des chanoines avec Yves pour supérieur, et, afin qu'ils ne manquassent de rien, leur avait ‘abandonné tout le bien qu'il avait eu de son père. Très savant en droit canon et le sachant parfaitement observer, 1l y établit une vie régulière. Depuis longtemps déjà, en France et dans divers pays, il y avait des chanoines réguliers. Dès longtemps Chrodegand avait fait une règle particulière pour les chanoines qu'il avait établis à Metz. Au concile d'Aix, Louis-le-Pieux ordonna que cette loi serait publiée par le diacre Amalarus, et, afin qu’elle soit observée, en envoya des exemplaires dans toutes les provinces; cette loi comprenait presque toute la règle de Chrodegand. Cette règle et cette discipline s’étant relâchées, plusieurs personnes travaillèrent à les rétablir, et Yves fut un de ceux qui s’y employèrent avec le plus d'effet et de fruit. Ce saint personnage présida ce monastère environ quatorze ans en qualité de prélat, de prévôt et de doyen, y étant maintenu par un privilège et un ordre du roi Philippe, comme nous l’apprend une bulle de Grégoire VIT. C’est sans doute durant le saint loisir dont il jouissait en cet endroit qu'il fit le recueil des Canons dont Hugues de Châlons a fait depuis un abrégé sous le nom de Pannonne ou Panormye. Il enseigna au même lieu la théologie, les abbés ne refusant pas de s'occuper à ces exercices dans leurs monastères. À cause de cet emploi il est appelé en d’anciens tres maitre docteur. La renommée de ce monastère et d'Yves lui-

même, qui observait exactement ce qui était de la piété et de la discipline des anciens canons de l’Église, a été si grande que beaucoup de monastères ont été constitués avec des religieux qu'il y avait formés ; et, lorsqu'il fallut réformer d’anciens couvents, beaucoup de ses anciens élèves furent élevés à l’épiscopat.

Lorsque Gaufrid, évêque de Chartres, qui avait été renvoyé à son évêché par le pape Grégoire VIT, faute de preuves suffisantes pour appuyer l'accusation de simonie dont il était l’objet, fut convaincu de ce crime et de plusieurs autres par Urbain IT, et déposé de sa chaire épiscopale, Yves fut choisi par le clergé et le peuple de Chartres pour le remplacer. Celui-ci, préférant la paix et le repos à toute dignité, n'avait pas fait droit tout d’abord à leur requête, mais le roi Philippe, lui ayant demandé d'accepter cet évêché, il s'y résigna.

Richer, archevêque de Sens, soutenu par quelques-uns de ses suffragants ne voulut pas souscrire à son élection, ni le consacrer, disant que la déposition de Gaufrid avait été faite en dehors de lui, et contre le droit qui lui appartenait comme son premier et plus prochain juge. Yves, voulant dissiper toutes ces difficultés, se rendit en Italie auprès du pape Urbain, qui le sacra lui-même à Capoue, à la fin de l’année 1082. Les évêques de France, réunis à Étampes, prétendirent que cette nomination était une injure à la majesté du roi et aux droits de la France, qu'il devait être déposé et Gaufrid rétabli à sa place. Yves, de son côté, se plaignit hautetement, appela de leurs ordonnances au pape, alléguant l’autorité de Sa Sainteté méprisée et violée, déclarant n’être l’esclave de personne et ne flatter pas les grands, bien qu'ils fussent des souverains, affirmant que ce qu'il estimait le plus relevé et croyait le plus considérable, était la religion qui primait toute chose. À cette occasion Richerius, archevêque de Sens fut privé de l’usage du pallium, Gaufrid privé pour la seconde fois de l’évêché de Chartres, et Yves rétabli.

Les épitres que ce prélat a écrites aux papes, rois, cardinaux, légats et autres personnes de qualité, font mention de ses principales actions que les historiens ont aussi relevées. En agissant ainsi 1l maintenait son autorité et faisait preuve d’une vertu qui lui était

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