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LES ÉVÊQUES

bien nécessaire pour combattre les vices répandus partout et pour supporter les maux qui s’accumulaient sur sa tête.

Le roi Philippe [°", devenu amoureux de Bertrade, femme de Foulques, comte d'Anjou, l’épousa du consentement tacite de son mari et sans opposition de la plupart des évêques, qu'ils y consentissent, pour ne pas résister aux volontés du roi, ou pour ne pas le contredire ni lui déplaire ou le fâcher, se sachant bien en cour. Invité à se trouver à Paris pour assister à ce mariage, Yves refusa de s’y rendre, et de vive voix ou par lettres.qu’il écrivit au roi, au pape et aux autres évêques de France, il affirma hautement que cela était 1llicite et ne se devait pas faire, s’attirant ainsi une haine implacable et du roi et de Bertrade pour laquelle 1l professait une si grande aversion qu'il témoigna ne se soucier pas d'être aimé ou haï d'elle. À l’égard du roi il modéra son aversion et, bien qu'il désapprouvât sa conduite, il ne laissa pas de demeurer dans le respect et l’obéissance qu’il lui devait au sujet des affaires du royaume. Il s’abstint longtemps de voir le roi et de se trouver en sa présence à la cour, refusant d’y aller bien qu’invité, dans la crainte que, lui présent, son silence ne soit considéré comme une approbation de la conduite du roi, ou sa parole pour une offense à l’égard de sa majesté. Cette grande retenue ne fut pas blämée, bien que beaucoup de prélats ne l’approuvassent pas, l’accusant d’être trop difficile, eux qui se laissaient aller si facilement à une honteuse complaisance. À tort ou à raison les officiers du roi saisirent ses biens et s'emparèrent des revenus de son évêché, l’affligeant de toutes manières, en sorte qu'il ne lui restàt pas de quoi vivre. Hugues, seigneur du Puiset, entre autres, vicomte de Chartres, pour plaire et obéir au roi, mit notre Yves en prison et l’y retint fort longtemps dans son château avec l’espoir de vaincre son esprit, le réduire et l’amener, s’il n'avait été plus dur qu’une pierre, à faire ce que Pon désirait de lui, mais 1] demeura toujours partout immuable. Ayant appris que tous les officiers et habitants de Chartres, armés, voulaient l’aller délivrer de sa captivité, 1l leur fit renoncer à ce dessein, ne voulant pas que du sang soit répandu pour sa liberté, ni sortir de prison au dépens d’autres vies, patience tout à fait digne de louange, semblable à celle des anciens défenseurs de l’Église et au

sujet de laquelle Guillaume, abbé de Fécamp, la comparait à Elie et saint Jean-Baptiste. Sans doute il n’aurait pas manqué de secours s'il s'était trouvé en France un autre Yves qui eût fait pour lui, contre le vicomte Hugues, ce que lui-même fit quelque temps après pour Hildebert, évêque de Sens, à l'encontre de Rotrou, comte du Perche, qui l’avait emprisonné, et contre lequel, après avoir employé en vain la prière, 1l lança lexcommunication. Ce grand homme ne put éviter la calomnie et la haine qui s'acharnent contre ceux qui font de grandes actions, mais il ne se trouva personne pour l’accuser d’avoir agi par colère, ni obéi à la légère aux personnes qui lui firent accuser auprès du pape le roi dont il s’attira l’indignation. Malgré la tendance qu'a chacun de diminuer ou excuser les fautes des princes et des rois ou de les purger entièrement, par espoir de récompense, personne ne peut dire que le roi Philippe n'ait pas failli, ni affirmer qu'il ne fût coupable. En admettant que le divorce de Bertrade puisse diminuer le blâme qu’on lui adressait, il était certain, comme Yves et autres le savaient, que le mariage de Bertrade et de Foulques n'ayant été dissous par aucune sentence de l'Église, Philippe devait s'abstenir et ne peut être excusé de lavoir épousée. Du reste les auteurs de ce temps, parmi lesquels on compte de grands personnages, témoins oculaires de ces faits, décernent de grandes louanges à Yves, au point de le nommer saint, et aucun ne trouva à reprendre sa conduite, bien qu'il ne manquût pas d'ennemis et d’accusateurs. Philippe lui-même et Bertrade, après avoir été absous par Lambert, légat du pape, se reconnurent : coupables. Il y eut, il est vrai, des princes et des courtisans pour trouver bon tout ce qu’avaient fait le roi et Bertrade, mais ils étaient de ceux qui trouvent toujours bon ce que font les princes et approuvent toutes leurs actions bonnes ou mauvaises. S'ils avaient de bonnes raisons, pourquoi ne s’en réclamaient-ils et ne les opposaient-ils pas aux nombreuses preuves de l'injustice et de la nullité de cet illégitime mariage ? Pourquoi ne le justifient-ils pas par les raisons qui faisaient agir le roi? Pourquoi le roi, voyant son innocence opprimée, n’oppose-t-il pas à la ferveur d'Yves, qui se permet de l’accuser de crime, les exemples qu’il disait avoir de pareils mariages, et garde-t-il le silence, ne se plaignant pas des excès de

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ce saint prélat contre lequel il ne prononce rien? Les évêques, cardinaux, légats de papes, princes, voient ce que fait le roi, ne se prononcent pas en sa faveur, au contraire ils le condamnent d’une voix unanime sans l’excuser. Quant à ce que dit Yves au sujet de la promesse de se séparer de Bertrade et de la quitter, faite par Philippe à Richard, légat du pape, promesse qui amena celui-ci, en 1102, à persuader au pape d’user de douceur envers le roi et de lui donner une dispense, il est certain quà la suite de cette prière il ne fut octroyé aucune dispense, qu'il se fit encore depuis ce temps des informations au sujet de ce mariage, et qu'il ne fut trouvé aucun moyen ni aucun expédient pour le faire valider. Yves n'avait d’ailleurs aucun sujet de vouloir du mal à Philippe, dont il était l’obligé avant même d’être élevé à l’épiscopat, ainsi qu'il l’a toujours reconnu.

Sa Majesté avait fait bâtir le monastère de Saint-Quentin, y avait mis des chanoines qu'il avait pourvu de divers privilèges et auxquels il avait fait beaucoup de largesses. Depuis, à la prière de Yves, il avait donné à ces chanoines de Saint-Quentin de Vermandois qui portait le même nom que l’abbaye de Saint-Quentin de Beauvais, une prébende, comme il paraît par une épitre de Yves, tirée des registres des chanoines de Saint-Quentin, insérée dans la vie d'Yves qui précède ses œuvres, et aussi par la lettre de Philippe luimême. Yves, très obligé envers le roi, auraitété tenu de faire tout ce qui lui était possible pour lui plaire, s’il n'avait été retenu et empêché par des raisons qui passent le sens commun et sont au-dessus de toute autorité royale. Sa conduite lui attira beaucoup d’ennemis qui ne laissèrent pas de médire de lui auprès du roi et du pape. Il ne refuta ces médisances calomnieuses qu’en offrant au pape de quitter son évêché, mais le pape Urbain lui défendit de s’en défaire, en lui disant qu’il n'avait pas besoin de lui sans évêché, mais de Yves, évêque.

Après la mort d'Urbain, ses affaires allant de mal en pis, 1] prit le chemin de Rome avec la résolution de quitter sa charge et ses emplois, mais ayant appris qu’on lui dressait des embûches au passage des Alpes, il s’en revint. Pascal devenu pape, apprenant son désir, le prit en sa protection. Sachant distinguer le respect

de la flatterie, pratiquant l’un et se tenant éloigné de l’autre, ce qui ne le rendait pas agréable toujours dans les relations, Yves ne put cacher au pape son indignation à propos de l’accusation de simonie adressée à Richard, légat du pape, contre les chanoines de Chartres. Il repoussa si bien cette accusation qu’il démontra que ceux qui la méritaient étaient les officiers du pape, les évêques, les abbés et autres bénéficiers de sommes immenses provenant de ce qu'ils appellent anates ou autres exactions. Il faut reconnaître qu’en ce temps le crime de simonie était commun aux ecclésiastiques et que les papes, surchargés de travail, tenaient en suspicion tout ce qui approchait de la simonie.

Personne ne bande son arc contre quelqu'un qu'il ne s’expose à ce que l’on n’en fasse autant contre lui, et on a toujours regardé comme faible excuse de reprocher à autrui un crime dont on n’est pas exempt. Yves n'a point agi ainsi, 1l s'est servi de l'autorité des canons de l’église qu'il a ingénuement rapportés. Presque seul il s’est élevé contre le torrent des vices de l’époque, a empêché qu’un homme de mauvaise réputation, comme l'était Jehan, archidiacre, ne fut fait évêque d'Orléans, a combattu de toutes ses forces Hayon de Lyon, légat du pape, a empêché qu'Étienne Galardomy ne soit fait évêque de Beauvais ; et, comme si la France ne suffisait pas à contenir sa vertu, ce fut lui qui se plaignit au pape Pascal IT et au comte Robert de ce que Ranulphe, évêque d'Orange, s'était emparé de l’évêché de Lisieux pour y établir ses fils alors des enfants, voulant, à la mode des juifs, qu'ils se succédassent les uns aux autres. Il a écrit une ou deux lettres sur divers sujets à Henry, roi d'Angleterre, principalement pour l’avertir de ne pas engager sa fille en des noces incestueuses, a adressé aux papes diverses lettres modestes pour se plaindre de leurs légats à latere, de leur avarice et de ce que d’une manière importune, ils se portent appelants pour ceux qui ont été jugés par leurs propres prélats. Ayant beaucoup d'affection pour les papes, il n’admettait pas que l’on médise d’eux, et voulait supprimer ce qui pouvait donner lieu à médisance.

En ce temps florissait Gaufrid, abbé de Vendôme, homme véritablement simple et d’une grande bonté, lié avec Yves d’une étroite amitié, et qui, malgré cela, écrivit au pape Pascal II que

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notre évêque de Chartres le faisait beaucoup souffrir. On apprend par les épiîtres de l’un et de l’autre qu'il y avait eu mésintelligence entre eux au sujet de lexemption du monastère de Vendôme qui n était pas sujet de l’évêque. Des différends trop fréquents s'élèvent entre les plus saints et doctes personnages, quelque grande que soit leur piété, mais ces querelles n’ont jamais détruit entièrement l'amitié et la bonne intelligence qu’ils avaient les uns pour les autres.

S'employant de tous côtés à reprendre les vices de chacun, il ne se faut pas étonner s'il a déplu aux uns et a été haï des autres. Qui pourrait souffrir patiemment une trompette qui sonnerait continuellement à vos oreilles ? aussi ne doit-on pas être surpris de voir même des personnages puissants, supérieurs, élevés par Dieu à de hautes dignités, se prendre de colère à des attaques qui piquaient leur dignité. Ce que ceux qui étudiéront les mœurs de ce siècle admireront le plus, ne sera pas que Yves ait clamé contre eux, mais qu'il se soit plaint que la multitude des honnêtes gens ait gardé le silence en un temps où il était nécessaire de crier fort pour réveiller la paresse et la négligence. Il ne faut pas croire que Yves ait été un homme difficile, au cœur de fer, qui ait agi par obstination ou pour acquérir une réputation de libre éloquence. Ceux qui iront ses épitres reconnaitront sa douceur, toujours modérant la rigueur des canons ou incitant les autres à les modérer. Souvent 1l a empêché les papes, légats ou autres prélats de prononcer des anathèmes et de lancer des excommunications et a toujours été enclin plutôt à souffrir les choses qu’à les blämer. On peut dire de lui ce qui autrefois a été dit d’un pontife païen, qu'il n’avait jamais été volontairement auteur d’une lâche opinion, et, quand lé cas le permettait, plutôt porté à aplanir les difficultés par la sagesse plutôt qu à les augmenter par la rigueur. Quand le pape Urbain IT eut prononcé l’excommunication contre le roi Philippe, il fit en sorte qu'elle soit longtemps gardée secrète, à cause de l'affection et de linclination respectueuse qu'il avait pour ce prince et dans la crainte que cela-ne causät quelque désordre dans l'État. Le clergé de Beauvais lui ayant demandé si un chanoine devait être passible de la justice ecclésiastique suivant les règles de l'Église, ou bien de

la justice civile, c’est-à-dire royale, comme le roi l’exigeait, Yves répondit qu'il était préférable de recourir à la première, néanmoins qu'il vallait mieux obtempérer au désir du roi, pour éviter les maux qui en pourraient résulter, faisant preuve en cela de son extrème patience à endurer et souffrir tout.

Malgré ces exemples de la modération et de la soumission dont il faisait preuve envers ses supérieurs, il ne faut pas passer sous silence ces paroles d’'Odemus en 1103 : « Le pape Pascal vint en France, et le vénérable Yves, évêque de Chartres, savant entre les autres docteurs français ès choses divines et humaines, pria le pape de faire l'office en l’église à la fête de Pâques où il dit la messe pendant que le vénérable Yves s’employait avec une grande assiduité, tantôt à défendre la discipline de l’église, tantôt, lorsqu'il en était besoin, à la modérer et à l’adoucir. Il ne négligeait pas ce qu'il devait au roi et à son pays, et, quoiqu'il ait toujours été très fort et très puissant défenseur des droits de l’église et de la sainteté apostolique, néanmoins 1l ne fit jamais rien de contraire aux droits de l’église gallicane et ne permit jamais que l’on y contrevint, s'étant toujours montré merveilleusement prudent et très circonspect à les observer et à les défendre. »

Le roi Louis VI [e reconnut au début de son règne, car incontinent le décès de Philippe, prévoyant que des brouillons s’opposeraient à son sacre, Yves proposa que le roi fut sacré à Orléans, le clergé de Reims ne s'y opposant en aucune facon, le nécessaire ayant été fait tant à l’égard du roi que de son royaume. Il est inutile de rapporter ce qu'il fit pour empêcher ce roi de s’engager dans le mariage peu honnête qui lui était proposé par Hugues, comte de Champagne et de Chartres, qui lui conseillait de le faire promptement, afin que l’espérance d’avoir des enfants empêche les troubles et divisions qui pouvaient se produire. Le roi fit sans doute fort grand état de lui, car en son conseil royal, 1l l’employait plus que tous les autres. Il fut d’avis qu’un homme excommunié que le roi avait reçu à sa table pouvait être recu de tous et crutqu'il le devait recevoir lui-même, ce qu'il fit.

Le pape Pascal IT ayant mandé à Radulphe, nommé à l’évêché de Reims, de n’avoir à faire serment n1 au rot ni à aucun autre, il

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écrivit au pape que Radulphe ne lui obéirait pas, parce que cela était contre la coutume de France et contre les droits du roi, etque ce que Sa Sainteté demandait était charnel et n'émanait point de Dieu. Ecrivant au même pape, il lui manda qu'il n’eût pas à se séparer du roi de France, mais à maintenir son amitié, de crainte que, se séparant de la France, qui était très religieuse et avait toujours eu une très grande affection pour les papes, elle ne vint à se séparer de lui et ne fit schisme, comme 1l y en avait alors un en Allemagne. Yves estimait donc que les affaires de France ne pouvaient être assurées si le roi et le pape, puissances royale et spirituelle, n'étaient bien d'accord entre elles. L'esprit et la sagesse de Yves se sont révélés encore davantage dans la dispute qui fut alors agitée entre le pape et les empereurs avec tant d’ardeur que l’on ne peut encore savoir de quel côté tourna la victoire. Yves, en cette affaire, a exposé hardiment ses sentiments et, bien que Baronius tantôt l’approuve et tantôt le désapprouve, 1l l’a si bien traitée qu'il ne donna au pape, non plus qu’à l’empereur et aux rois, sujet de le reprendre n1 d’accuser ses sentiments d’erreur, schisme, hérésie ou lâcheté, cette matière prêtant à interprétation suivant les lieux, les temps ou autres circonstances pouvant diminuer, augmenter ou supprimer l'effet.

Voilà pourquoi ce que les princes ont ordonné sur cette matière n’est pas toujours blämable, n1 ce que les papes en ont dit toujours à rejeter. Cela se doit régler selon la disposition des affaires, et, si le bien de la paix le demande, le pape les doit recevoir et supporter, ainsi du reste que, selon le désir des rois, 1l y eut quelquefois approbation de la part des princes séculiers. Tel était le sentiment de Yves et il a souvent travaillé dans ce but, et, si l’on considère les faits qui se sont passés de son temps, 1l n’y a pas lieu de s’en repentir. Il ne voulait pas que la liberté de l’Église fut soumise à la puissance des princes, ni que la puissance ecclésiastique la méprisät en offensant ceux-ci.

On semble reprocher à Yves d’avoir voulu blàämer et régenter tout le monde, alors que, toujours invariable, égal envers tous, véritablement modéré, il n’aurait pas eu lieu de s’insurger s’il n'eut rencontré que des personnes également modérées, n1 de s’élever contre

la luxure, l'ambition et l’avarice alors sans bornes. Il détourna hardiment le roi Louis et ses courtisans de s'emparer des biens de l'Église, soit par menaces, soit par censures, qu'il arrêta dès qu'ils cessèrent de les usurper.

Il allait la douceur à la sévérité, ainsi ce roi Louis lui ayant demandé je ne sais quelle chose basse et de pire conséquence, il le rebuta et la lui refusa en lui disant qu'on ne pouvait demander à un évêque de prêter la main à des choses vaines, basses et inutiles, de sorte qu'on pouvait dire de lui qu’il parlait en roi en cette occasion, bien que s'adressant à une majesté royale.

Bien que mêlé à de si grandes choses, il ne négligeait pas les petites, ayant toujours auprès de lui des ecclésiastiques qu'il appelait ses frères, avec lesquels 1l prenait ses repas, qu'il installa comme réguliers dans l’église Saint-Vincent, qui avait été bâtie environ l’an 1038, proche la ville de Chartres, par un prêtre nommé Realdus, en laquelle il:y avait des chanoines séculiers, y joignit le collège de Saint-Étienne, et en l’année 1079, avec le consentement des chanoines, leur fit bâtir un cloître et une église dédiée à saint Jean qui a existé jusqu à sa destruction en 1 $68 par les Huguenots, qui, dans leur fureur, en ruinèrent beaucoup d’autres lors du siège de la ville. À cette époque les chanoines réguliers qui y étaient se retirèrent en la ville dans les vieilles ruines du prieuré de Saint- Etienne qu'ils habitèrent en cet état jusqu'en 1624. À cette date Mgr Leonor d'Étampes de Valencay, évêque, fit réformer cette église et y fit venir des chanoines réguliers, pris parmi ceux que le cardinal de la Rochefoucauld avait établi nouvellement à Senlis où il était évêque, et qui firent rebâtir dès les fondements cette maison de Saint-Jean, puis, quelques années après, l’église et son clocher.

Yves établit en lPéglise Saint-André comme doyen, du consentement de son chapitre, un homme de mérite, savant en théologie et lettres, Odon, que les anciens titres nomment l'abbé Nora.

Ami de Robert d’Arbrissel, fondateur de Fontevrault, et de saint Bernard, premier abbé de Tiron, Yves, à ce que l’on dit, a fait bâtir et fondé l’abbaye de Tiron, celle de Haute-Bruyère qui est abbaye de filles, la maladrerie de Beaulieu pour les lépreux, le prieuré du Petit-Beaulieu qu’il donna aux religieux de Cluny avec

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le prieuré de la Charité-sur-Loire. Il fit édifier aussi le pupitre de Notre-Dame, où il a fait tailler beaucoup d’histoires du vieil et du nouveau testament. Ce pupitre, auquel on monte par deux escaliers de pierre, est fort magnifique ; il sert à dire, durant les messes, les épitres et les évangiles, ainsi que des lecons de Matines, et on y fait diverses autres cérémonies dans le cours des messes de Matines et des ténèbres de la semaine sainte. Ce fut là, sur un théâtre qui y avait été élevé, que le roi Henri IV, lors de son sacre, se montra au peuple qui était en l’église. On a dit autrefois que les chanoines de Chartres le voulaient faire abattre pour le remplacer par un autre, pareil à celui de Paris, mais serait-il d’or massif qu'il ne serait pas aussi beau n1 précieux qu'est celui de Yves, qui doit être éternellement conservé par respect pour cet évêque.

Plusieurs auteurs, et particulièrement M. Tulloüe, en son Histoire des évêques de Chartres, ont affirmé que, pendant la mésintelligence du roi Philippe avec Yves de Chartres, on remplaçait le nom du roi par la formule regnante Christo; Bellarmin, dans les prolégomènes de son livre De la puissance du pape, nombre 7$, et Vigier, dans sa Bibliothèque historiale, relèvent le fait, d’autres prétendent que ce fut du temps où Philippe-Auguste répudia sa femme, mais il est fort douteux que cela ait eu lieu en aucun temps, et Blondel dit que c’est une supposition qui n’a aucun fondement.

Yves assista aux conciles de Clermont, d’Issoudun, de Poitiers et de Beauvais, au sacre du roi Louis à Orléans qui a donné lieu à son épitre 189. Il est mort vers la fête de Sainte-Marthe, le 22 décembre 1116, selon Baronius 1115, et fut inhumé en l’abbaye de Saint-Jean-en-Vallée à présent ruinée. Il a occupé le siège épiscopal de Chartres vingt-deux ans.

On peut ajouter ces quelques observations sur sa vie. Il avertit Philippe, évêque de Troyes, comme suffragant de l’archevèché de Sens et doyen de ceux-ci, de se trouver à un synode qui se devait tenir à Étampes. Il tint l’hérésie de Béranger en grande horreur. De son temps le bienheureux Gilduin, chanoine de Dol, en ayant été nommé évêque, mourut à Chartres en revenant de Rome et fut. inhumé en l’église de Saint-Père-en-Vallée devant la place qu’occupe l’abbé pendant vêpres. Contrairement à l’assertion de cer-

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