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LEONOR D'ESTAMPES DE VALENÇAY

En 1627 et 1628, la contagion se répandit dans la France et fut à Chartres particulièrement cruelle. Elle fit beaucoup plus de victimes que celles de 1521 et 1532, au point que l'herbe était grande aussi bien dans les rues de la ville qu’à la campagne. Dieu nous préserve de tels temps.

Léonor d’'Estampes fut à l’assemblée du Clergé qui se tint à Paris en 1625, à celle qui eut lieu à Mantes, dans son diocèse, en 1641, et à celle qui se fit la même année à Paris. Pendant son épiscopat les évêchés de Chartres, Orléans et Meaux furent séparés du suffrage de l’archevêché de Sens, pour être placés sous l’évèché de Paris, érigé en archevêché en 1622, par bulle du pape Grégoire, à la prière et nomination du roi, en faveur de M'° Francois de Gondy qui fut ainsi le premier archevêque de Paris.

Après la prise de Ré et la défaite de M. de Soubise, le roi ayant envoyé le maréchal de Schomberg, intendant des finances, demander de sa part, à l'assemblée du clergé de France, une grande somme d'argent, on fit accroire au roi que M. d’Estampes, qui était de cette assemblée, aurait traversé ses desseins et fait échouer cette affaire, ce qui irrita fort contre lui le cardinal de Richelieu. M. d’Estampes ayant été peu de jours après député par l’assemblée pour aller congratuler le roi au sujet de l’importante victoire qu’il venait de remporter sur ses ennemis, arrivait à Fontainebleau avec les prélats et autres députés du clergé désignés pour lui tenir compagnie pendant ce compliment, au moment où le cardinal quittait le château en carrosse. Richelieu, voyant cette quantité de carrosses etapprenant que c’étaient les députés du Clergé, avisant M. d’Estam- pes, qui les précédait comme devant porter la parole, lui dit qu'il ne croyait pas que le roi souffrit qu'il se présentât devant lui, étant fort irrité qu’il eut, dans l’assemblée, traversé ses desseins et été contraire à ses intentions et empêché que ce que demandait Sa Majesté ne lui fût accordé. M. d'Estampes répondit fort prudemment que le Roy en ce qui le concernait personnellement pouvait non seulement refuser de le voir, mais même l’éloigner de sa présence et le chasser, mais que se présentant de la part du Clergé de France, assisté de quantité de prélats, venus pour témoigner la joie qu'ils ressentaient de la victoire si glorieuse qu'avait remportée

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Sa Majesté, il ne croyait pas que le roi dût réfuser de le recevoir. À ces paroles le cardinal répartit qu’il allait s'informer de la volonté de Sa Majesté et lui ordonna d'attendre. Au bout de deux heures le cardinal lui vint dire que le roi donnerait audience au Clergé le lendemain, en plein conseil, où devaient se trouver les principaux officiers de la couronne et du conseil assemblés pour délibérer d’une affaire de très grande importance pour la France, au sujet de laquelle le roi les avait mandés. M. d'Estampes, qui ne croyait faire qu’un simple compliment au roi, et ne s'était pas préparé pour prendre la parole devant une si grande assemblée, fut un peu surpris, mais, voyant que le cardinal avait choisi ce moment pour l’embarrasser et lui faire recevoir de la confusion, sans se décontenancer, réfléchit toute la nuit à ce qu’il avait à dire, et, sans autre préparation, parla le lendemain au roi dans son conseil, en présence de cette imposante assemblée, l’espace d’une grande heure, à l’entière satisfaction du roi, qui lui fit grande caresse, et aux applaudissements répétés de toute la compagnie. Ce prélat avait cette faculté de parler fort élégamment sans préparation et de se faire admirer. Le roi, en reconnaissance, lui donna l’archevêché de Reims et M. Lescot lui succéda à l'évêché de Chartres. Me trouvant à Paris lors de cet événement, je rendis visite à M. d’Estampes à son hôtel peu de temps après qu'il en eût été informé. Les larmes lui vinrent aux yeux quand il nous en apprit la nouvelle, témoignant par là le regret qu'il ressentait de quitter l'évêché de Chartres, où était tout son plaisir. Il a toujours depuis témoigné l'affection qu’il conservait pour Chartres en s’y arrêtant lorsqu'il revenait de Reims pour se rendre à son abbaye de Bourgueil. Il avait consacré de très grandes sommes d'argent à la reconstruction et à l’embellissement de son palais épiscopal, comme nous en ferons la relation dans un chapitre particulier.

Le pays est aussi redevable à M. d’Estampes d'un autre beau jardin hors la ville, vers les Filles-Dieu, qu'il a augmenté par acquisition de plusieurs jardins du voisinage qui l'ont rendu très beau et vaste, à l’opposite de celui de l'évêché, de la terrasse duquel on le peut voir, avec le grand enclos de vigne qui l’accompagne. Il est à regretter que tous ces beaux bâtiments et jardins

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