De la ceinture de saint Pierre
14. Le corps de saint Gilduin, qui, revenant de Rome, de vers le pape Grégoire VIT, élu archevêque de Dol en Dre, s'était
arrêté à Saint-Père, où, pris de maladie, il mourut et fut enterré au chœur de l’église. Il en fut retiré, à cause des miracles qu'il faisait, et placé dans une châsse, à la réquisition de l'abbé Foucher, qui, par l’intercession dé ce saint, fut miraculeusement guéri des gouttes dont il était atteint. En reconnaissance, il ordonna que tous les samedis, à perpétuité, le sacristain serait tenu d'allumer un cierge devant la châsse de ce saint, ce qui se pratique toujours. Cette châsse était dans une chapelle, à laquelle on montait par un degré dans aile gauche de l’église de Saint-Père; mais, en 1666, l’escalier fut rompu, la chapelle bouchée et fermée, et la châsse de ce bon saint mise dans une autre chapelle nouvellement faite, dans l’aile gauche, à côté du chœur, vers l'entrée de cette église, où elle se voit encore à présent.
Je rapporterai ici un fait très considérable et anormal. Un dimanche de la Sexagésime, 8 février 166$, sur les quatre heures du soir, la neige fit son apparition et continua de tomber toute la nuit, le lundi et les jours suivants, en sorte qu’elle atteignit une hauteur telle que personne n'en avait vu jamais pareille hauteur, et dura jusqu’au mardi de la suivante, 17 février, au soir, où elle commença à fondre pour continuer le lendemain, mercredi des cendres, et jours suivants, jusqu’au samedi 21. Les eaux devinrent ‘si grandes que, vers minuit, la rivière monta dans la vallée à une hauteur tellement extraordinaire que, de mémoire d’homme, on n'avait connaissance de pareil fait, l’eau des fossés passant pardessus les ponts des portes et se joignant au cours d'eau qui traverse la ville. La vallée fut entièrement submergée, l’eau remplit le jardin, le réfectoire, le chapitre, la sacristie et le cloître de l’abbaye de Saint-Père, à la hauteur de trois à quatre pieds, et atteignit dans l’église plus d’un pied et demi de haut, ce qui ébranla les fondements des piliers de pierre qui soutiennent le pupitre, de telle sorte qu'il s’y produisit de grandes fentes, quil perdit son aplomb, et qu'on dut l’étayer pour en empêcher la chute. Plusieurs cavités se produisirent au pavage de l’église. Les anciens registres de cette abbaye font mention, en 1366, d’un grand débordement des eaux de cette rivière qui les fit monter de deux pieds dans leur
cloitre, ce qui est loin de la hauteur de ce dernier débordement, cause de ruines infinies le long de la vallée, un grand nombre de maisons ayant été abattues, tous les murs de bauge enlevés, ainsi que quantité de poincons de vin et une infinité de meubles et de bois, les ponts de la Courtille, et des portes Morard et Guillaume emportés. Plusieurs personnes furent écrasées et noyées par la . chute des maisons, ainsi qu'une infinité de chevaux, vaches, moutons et autres bestiaux, qui se trouvaient dans leurs étables et bergeries démolies et enlevées. Il ne s'était oncques vu pareil débordement depuis le déluge. Les religieux de cette abbaye ont fait mettre une marque éternelle de cela, dans leur cloitre, par une plaque de cuivre, posée sur un pilier, qui indique la hauteur où furent les eaux, marque qui s y voit encore.
J'ai vu des journaux de curieux, qui ont fait quelques remarques sur les grandes eaux survenues à Chartres, qui constatent que, en novembre 155$, elles furent si hautes que, des ponts des portes Guillaume et Morard, on y touchait facilement de la main (ms.
Cette maison a été édifiée par ordre de Gautier, G9° évêque, sur l’emplacement donné à cet ordre par Hugues de la Ferté, lors doyen du Chapitre de Notre-Dame, par acte de 1221. La construction de l’église et du monastère a été commencée en 1222, et la première grand’messe conventuelle y a été célébrée le dimanche de l’octave de la Fête-Dieu 1222, en une petite chapelle dite de Saint-Jean, au côté droit du chœur, en présence de la reine Blanche, mère du roi saint Louis, de l’évêque Gautier et de plusieurs autres prélats et personnages illustres. La grande église et le grand dortoir étaient parachevés en 1231. Gautier mourut en 1232 et y fut inhumé dans le chœur. Hugues de la Ferté, bienfaiteur de cette maison, élu évêque à sa place, affirma par de grands dons son zèle et son amitié pour ce monastère. Lorsqu'il mourut, après un épiscopat d’environ treize ans, 1l se fit inhumer dans le chœur, sous une tombe élevée au-dessus de la porte du revestiaire,
au côté gauche, suivant l'inscription gravée sur la muraille, vers Pautel de Saint-Guillaume, datée de 1246. Outre ces deux évéques, y furent encore inhumés: Aubry surnommé le Cornu, 71° évêque; Henri de Grez, 72° évêque, qui y repose avec son frère, doyen de Notre-Dame, sous une lame d’airain, dans le chœur, avec l’épitaphe latine ci-devant reproduite; Mathieu, 73 évèque; Pierre de Mincy, 74°, dont les épitaphes latines ont été aussi données au catalogue; Guérin d'Arcy, et Miles d’Illiers. Tous ces évêques ont fait de grands dons à ce monastère. On remarque encore dans l’église des Jacobins les tombes de Messire Jacques Fourcy, docteur en Sorbonne, évêque de Chalon-sur- Saône, religieux de cet ordre, et chartrain, mort de poison à Mâcon, dont le cœur fut apporté et inhumé près le tombeau de Hugues de la Ferté et de la porte du revestiaire, dans la muraille, où fut scellée une lame de cuivre, avec cette inscription:
Henrico et natis mysteria sacra duobus, Pandit Jacobus, dissimulatque nihil,
Est prior hic annos septem, ædes munere Regum Instaurat veteres, ædificatque novas, etc.
Pastorem Cabilo creat hunc tum Numen adorat Doctore hoc populus regia sceptra colens, etc. Matisconæ tetra venena bibit,
Mens inde astra petit, cor proxima contigit urna, Templi cui præerat cætera condit humus.
Thibault, comte de Chartres et de Blois, est également inhumé dans le chœur, au côté droit, entre le bout des chaises et le grand autel, au-dessus et joignant la porte par laquelle on passe du chœur en la chapelle de Saint-Jean, autrement dite l’ancienne église du couvent, à l'opposé du tombeau de Hugues de la Ferté. Fort bien travaillé, surélevé de terre de trois pieds, ce tombeau représente en bosse, à son pourtour, des personnages s’essuyant les yeux, entremêlés de telle façon qu’un religieux s’interpose à un séculier, et, sur la table, l'effigie d’un homme de guerre avec la face, les mains, les pieds et autres particularités en marbre blanc. La longueur du temps, qui n’épargne rien, a effacé l'inscription. Non loin est celui
de M. de Blanville', gouverneur et capitaine de Chartres lors du siège de 1568. On remarque, dans la nef, deux sépultures élevées de deux pieds : l’une, sous la chaire du prédicateur; elle représente, en bosse, une femme, et ne porte pas d'inscription ; l’autre, près la chapelle de Saint-Joseph, rompue par l’antiquité, a été enlevée. On voit en la chapelle du rosaire, au-dessus du tombeau de M. Claustre, ce distique en épitaphe :
Editus antiqua Claustrorum stirpe Johannes, Mendicis, vivens, cor dedit, et moriens.
et au bas: Observantissimo atque in primis colendo domino Joanni Claustri, Lodovicus de Chauvreus, observantissimus nepos, anno a Christo passo millesimo quingentesimo trigesimo quinto.
Dans le chœur, du côté droit, et au bout des chaises, est inhumé M. d’'Hatonville, sur la tombe duquel est la représentation du signe de la croix, avec, au pied de celle-ci, la figure d’un homme demi-nu, couché, avec cet écriteau: Salvator mundi, miserere met, et Cy gist noble homme Michel Chantault, seigneur d’Hatonville, qui trespassa le 15° aoust, jour de l’assomption Notre-Dame de l’an 1542. Le chœur est rempli de fort belles tombes, dont celle de Trivulce, d’autres personnes de marque que je tais, craignant d’ennuyer le lecteur.
[Le ms. 1076 donne seulement, sur les Jacobins, les quelques lignes suivantes : :
Les religieux mendiants de l’ordre de Saint-Do:ninique, autrement appelés Jacobins, ont été établis à Chartres par Gautier, 68° évêque, en une place donnée par Hugues de la Ferté, lors doyen de Notre-Dame, et depuis évêque. L'opinion commune veut que cet établissement se soit fait en 1222, sous le règne de sant Louis, auprès duquel les mendiants étaient fort en estime, malgré la résistance de Guillaume de Saint-A mour et de ses partisans ; néanmoins une inscription, qui est contre la muraille de cette église, vers l’autel de Saint-Guillaume, porte que ce fut en 1231.