SAINT-BARTHÉLEMY
Cette église paroissiale est une partie de la cure de Saint- Cheron, qui a pour paroissiens les habitants des faubourgs de la porte Guillaume et de la porte Morard, et même d’une partie de la ville basse près là porte Guillaume, vers celle de Morard. On remarque dans cette église quelques vestiges de grottes qui donnent, à pensér que son origine est fort-ancienne. La façade de l’église avait été ruinée par les malheureux huguenots, lors du siège de 1568, comme celles de plusieurs autres ; elle a été rétablie depuis quelques années, grâce à Dieu et aux charités des bons chrétiens.
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Dans le cimetière, situé derrière l’église, il existe une croix où, tous les ans, au jour des Rameaux, quand le temps le permet, l’adoration est faite par les chanoines et le clergé de Notre-Dame et des paroisses de la ville qui, après avoir été en procession à Saint-Cheron, reviennent là faire cette adoration de croix en mémoire de la célèbre entrée que fit, ce même jour, en la ville de Jérusalem, Notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ. Le jour de Saint-Barthélemy une foire franche, qui dure plusieurs jours, se tient dans ce cimetière.
Le mardi 17 avril 1668, deux hommes s’y étant battus en duel, le cimetière, qui avait été pollué par le sang, fut réconcilié, avec les cérémonies de l’Église, le jeudi suivant 19. Ce duel avait eu lieu entre deux cavaliers d’une compagnie du roi qui, ce jour-là, avait logé à Chartres en se rendant à Paris.
Ce prieuré cure est à la présentation de l’abbé de Saint-Cheron.
SAINT-CHERON.
L'église, couvent et abbaye de Saint-Cheron, dont nous avons un peu parlé au début de la liste de nos évêques, est la plus ancienne et remarquable du pays chartrain après la cathédrale de Chartres. Elle s appelle encore Saint-Cheron l’ancien. On y monte par Saint-Barthélemy, et il y a apparence que ce quartier haut était autrefois le lieu où les Chartrains les plus considérables se faisaient inhumer. On trouve en effet aux environs de Saint-Cheron et de Saint-Barthélemy, en fouillant la terre, quantité de vieux tombeaux de pierre d’une grandeur extraordinaire, qui n’ont pu servir qu à des personnes de qualité. On estime, à cause de cela, que saint Cheron, étant arrivé au pays chartrain vers l’époque où saint Denis l’Aréopagite vint à Paris, enjoignit à ses disciples de le déposer en ce lieu après son décès, ce qu'ils accomplirent. Ce lieu fut sanctifié par les grands miracles qui s’y produisirent aussitôt qu'il y fut enterré, et un habitant de Chartres, nommé Secranus, y fit édifier une petite chapelle, depuis accrue et dotée par le roi Clotaire, père de Dagobert, vers 588, du temps de l’évêque Lantegisile, ainsi qu'il paraît par cette inscription latine d’une vieille tombe qui
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s’y trouve : Clotaire, roi des Français a doté cette église, et plus bas, Secranus, qui était sans doute quelque secrétaire et, à côté, Lantegicillus, évêque. 3
Saint Cheron souffrit le martyr du temps de Domitien, et, de même que saint Denis vint vers les Parisiens prêcher la foi chrétienne, 1l vint vers les Chartrains dont il trouva déjà un certain nombre instruits à cette foi par les prédications des saints Potentien, Altin et Eodald, qui l'avaient devancé. Un jour donc, revenant, avec plusieurs de ses compagnons, de visiter saint Denis, ils furent attaqués à trois lieues de Chartres par des voleurs qui les arrétèrent en leur demandant la bourse. Plus soucieux de la vie de ses camarades que de la sienne, ce bon saint dit à ces brigands de laisser aller ses camarades, que c'était lui qui avait la bourse, ce qui lui fut accordé. Voyant ses compagnons suffisamment éloignés et hors de danger, 1l tira sa bourse et la donna à ces voleurs, qui, n'y trouvant qu’un sol, valant un écu de monnaie de ce temps, crurent qu'il se raillait d'eux, s’emportèrent avec violence contre lui et lui coupèrent la tête. La nuit suivante ses compagnons eurent révélation de sa mort, arrivée au lieu où ils l’avaient quitté, et où, par grande charité chrétienne, il avait volontairement exposé sa vie pour la conservation de la leur. Ils furent quérir son corps qu’ils emportèrent et ensevelirent au lieu qu’il leur avait auparavant indiqué, et où, depuis, fut fondée et bâtie cette abbaye de son nom. Beaucoup de Chartrains s’y faisaient inhumer à cause des miracles qu'il y suscitait, aussi y a-t-on vu, longtemps après, quantité d’ossements et de tombeaux de pierre. Plusieurs évêques de Chartres y furent inhumés, entre autres Agathée, Léobert, Pierre Bechebien et René d’Illiers.
Il existe dans les grottes de cette église, sous l'autel du chœur, une fontaine très miraculeuse !, presque tarie la plupart du temps, qui, particulièrement aux grandes eaux, regorge à l’approche de la fête de Sainte-Même, 8 mai, et reste ainsi quelques jours.
1. L’épitre dernière du livre VIII de Cassiodore parle d’une fontainé qui, le jour de Saint-Cyprien, faisait la même chose (ms. 1076).
Employée contre les fièvres, elle a amené la guérison de plusieurs personnes !.
Hugues Salel, qui à traduit en français le livre d'Homère, et qui a été le premier commendataire de cette abbaye, y recevant Clément Marot, les serviteurs de celui-ci ?, qui n’avaient guère plus de foi et croyance aux miracles que leur maître, voulant, à l’approche de la fête de Saint-Cheron et Sainte-Même, éprouver cette fontaine, passèrent la nuit presque entière dans la grotte, pour étudier ce qui s’y passerait et connaître la vérité. Ils en sortirent au matin épouvantés, tant par des visions qui leur avaient causé de grandes frayeurs, que par la crue de l’eau qui fut plus abondante qu’on ne l’avait vue de longtemps. En ayant fait rapport à l'abbé, Salel leur remontra qu'ils étaient des malavisés d’avoir voulu attenter sur les faits de Dieu et sur chose approuvée et reconnue de tout temps.
Papoul, évêque de Chartres, vers l’an 573, fut le premier qui eut la dévotion d’y bâtir ne église et d’y mettre des religieux de Pordre de Saint-Augustin. Le corps de saint Cheron fut révélé par miracle à leur premier abbé, qui, en peine de reconnaître son corps au milieu de ceux qui reposaient aux grottes, se mit en prière un Jour et une nuit avec ses religieux pour demander à Dieu de leur donner quelque signe qui leur permette de le reconnaître. Voyant ses religieux accablés de sommeil, il les envoya reposer quelques heures, et, resté seul, continua de prier avec une telle ferveur qu'enfin un vieillard vénérable lui apparut qui, avec une baguette, toucha le tombeau où reposaient les os de ce-saint, et dit par trois fois : ici git le corps de Cheron. Ce bon abbé rapporta sa vision à l’évêque Papoul, qui commanda un jeûne de trois jours, et, au quatrième, une procession générale pour aller lever les reliques de ce corps saint. Cela fut confirmé par une vision d’un autre religieux tendant à cette même fin. À l'issue de la procession, le cercueil fut ouvert, et le corps saint trouvé entier avec sa tête auprès, dégageant
1. Note marginale du ms. 1076, p. 255$. Remarquer s'il y a, comme l’on dit, au puits dudit couvent, un couleau de pierre qui conduit l’eau à la fontaine Sainte-Mesme, lorsqu'on en verse dans icelui.
2. Le ms. 1076 ne parle pas des serviteurs, mais de Clément Marot luimême, comme y ayant passé la nuit.
une odeur précieuse avec une espèce d’huile qui fit plusieurs miracles.
L’illustre cardinal Baronius rend témoignage de ces miracles, en la vie dudit saint Cheron, au 28 mai de son Martyrologe; Usuard de même, audit jour ; Pierre de Natalibus en son 4° livre, chap. Go; le Specule de Vincent, livre 10, chap. 24; les Légendaires de Chartres, et autres. écrits recus et approuvés, en font pareille mention.
Cette abbaye fut malheureusement ruinée plusieurs fois, non seulement par les Anglais et autres ennemis du royaume, mais encore, ce qui est plus grave, par quelques évêques chartrains qui se sont emparés de ses biens et de son patrimoine, comme fit Hélye de ceux de Saint-Père. Contraints par la nécessité, ou’ pour remédier à quelques abus de ses abbés, Aganon et Geoffroy agirent à son égard comme Hélye avec Saint-Père: Goslin rétablit cette maison, vers 1138, en lui affectant une prévôté et une prébende dans l’église de Chartres, nomination au prieuré de Dourdan, à l’abbaye de Clairefontaine, et droits prétendus à Saint-Cheron-du-Chemin. Les religieux de cette abbaye jouissent, en leur cloître, des mêmes exemptions que le Chapitre de Chartres dans le sien, comme on le voit par les bulles d'Alexandre IIT. Avant les troubles ils avaient un official et un promoteur pour exercer leur justice claustrale.
Catalogue des abbés.