NOTRE-DAME DE JOSAPHAT
Cette abbaye et celle de Tiron portent des noms de lieu de la Terre-Sainte dont on a voulu renouveler la mémoire dans le pays chartrain en l’honneur de la sainte Vierge. Le roi Louis le jeune fit don, en 1138, à l’abbaye de Tiron, d'un fief et d’une justice en, la rue Saint-Antoine et autres endroits de la ville de Paris. Quant à Josaphat, étant de la paroisse de Saint-Maurice, dont l’église principale est dans le faubourg de la Porte-Drouaise, elle ne doit pas être omise dans ces recherches des antiquités de Chartres. Le titre de fondation de cette abbaye, de 1120, porte que Geoffroy, évêque, et Goslin, son frère, ont été ses premiers fondateurs et lui ont donné l’église de Saint-Martin d’Orrouer et celle de Saint-Arnoult, avec les dimes qui en dépendent et plusieurs beaux fiefs et rentes. Le pape Calixte IT, alors à Reims, a homologué cette donation, par les mains de Grisogon, cardinal et bibliothécaire de l’église romaine. Elle fut confirmée par Louis le Gros.
Dès l’établissement de cette abbaye, ses religieux eurent un grand différend avec les chanoines et curés de Saint-Maurice, relativement au préjudice qui leur était causé dans la perception de leurs droits. Un contrat intervenu en 1120, dans le chapitre des religieux, en présence de l’évêque Geoffroy, leur fondateur, Hilde-
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bert, évêque du Mans et plusieurs autres grands personnages, et les chanoines et curés de Saint-Maurice, accorde, de leur mutuel consentement, que les religieux ne feraient aucune entreprise sur les droits dépendant de Péglise Saint-Maurice, sous réserve, à l'égard de leurs domestiques, qu’ils seraient à pain et à pot dans l’abbaye, et que les seigneurs de Lèves, sur la seigneurie desquels étaient fondées l’abbaye et l’église paroissiale, pourraient, à leur discrétion, aller à l’une ou à l’autre.
Il y a un registre en ladite abbaye qui fait mention de Girard, premier abbé de ce nouveau monastère, et aussi d’un gentilhomme chartrain nommé Hélye, qui, ayant résolu de faire le voyage de Jérusalem, donna plusieurs héritages à l’abbaye, du consentement de Geoffroy de Lèves, fondateur, où mention est faite de six livres de monnaie de Chartres.
Je possède une chronique du même temps qui relate qu’un écuyer nommé Hervé, seigneur de Gallardon, après avoir fait don de ses fiefs au monastère, avec l'approbation de la plus grande partie de ses proches parents, s’y rendit religieux.
En 1670, M. Ferdinand de Neufville de Villeroy, évêque, leva le corps de saint Théodore, qui y fut trouvé dans une chapelle, et le mit dans une châsse, dont fut dressé procès-verbal.
L'abbaye de Saint-Jean-en-Vallée était autrefois séculière. Le vénérable Yvés de Chartres la fit régulière en y mettant des chanoines de l’ordre de Saint-Augustin auxquels il assigna, du consentement de deux légats du Saint-Siège et du Chapitre de Chartres, la première prébende qui viendrait à vaquer en son église, prébende appelée encore le gain de Saint-Jean, à charge d’y faire à leur tour la semaine canoniale, donation comprenant l’église de Saint- Étienne avec son revenu, celle de Morancez avec partie du synode qui en dépend, l’église de Mondonville libre de synode et de circade, et plusieurs autres domaines désignés au titre de fondation de 1099, que Rouillard dit avoir vu, signé de Jean et de Benoit,
cardinaux, d'Yves de Chartres et de 34 chanoines, à quoi a trait cette vieille inscription :
Centum mille minus uno currentibus annis Floruit hic primum domus ordine canonicalis.
Les deux vers suivants font connaître que cette abbaye fut brûlée en 1215.
Mille et ducentis ter quinque fluentibus annis Sancti in septembri pertit domus 1gne Johannis.
Elle fut entièrement ruinée pendant les troubles de la religion, ainsi que l’église de la Madeleine qui était toute proche.
On pense qu’au x‘ siècle ces églises étaient contenues dans la ville avec le palais de Mahaut ou Mathilde, comtesse de Chartres, qui joignait cette abbaye, dont il reste quelques vestiges en de grosses masures et restes d’un grand bâtiment qui se voit dans l’enclos de l’abbaye où 1l était bâti.
Le martyrologe de Saint-Jean-en-Vallée porte que le comte Eudes leur avait donné sa terre de Muret, franche de toutes charges, et que leur congrégation avait fourni un évêque de Rimini et plusieurs autres grands personnages.
L'abbé de cette abbaye est aumônier-né de l’évêque et, lors de son entrée, porte la crosse devant lui, et fait un des principaux offices à cette cérémonie.
Par le titre de fondation de 1099, l’abbé élu par le couvent était obligé de se présenter au Chapitre de la cathédrale pour y recevoir sa confirmation et celle de l’évêque.
Catalogue des abbés de Saint-Jean-en- Vallée.
1. Albert, institué en 1099, par Yves de Chartres, fondateur.
2. Étienne, de race illustre, avait été vidame de Chartres, mais sa piété lui fit quitter le monde. Pour s’employer à la prière et à la vie contemplative, il se fit religieux en l’abbaye de Saint- Jean où, après la mort d'Albert, ses rares mérites le firent élire abbé. Installé en cette dignité et l'ayant exercée quelque temps, il se mit en tête de vouloir faire le voyage de Jérusalem et de la Terre-
Sainte. Ayant consulté saint Bernard pour savoir s’il se déporterait de son abbaye à cet effet, saint Bernard l’en dissuada, par son épitre 82, et par hasard lui prédit le malheur qui lui en pouvait advenir, malheur qui fut la persécution qu’il y endura pour le zèle et la justice de Dieu.
Arrivé au but de son voyage, et après être demeuré quelque temps à Jérusalem, dont Baudouin, son proche parent était roi, Étienne s’y attira tant d’estime par ses prédications et les bons offices qu'il rendit aux chrétiens, qu'il en fut nommé patriarche, et comme la vérité, surtout chez les grands, n’est pas bonne à dire, s'étant ingéré de reprendre le roi Baudouin de quelque faute, il s’attira sa haine, et on croit que par artifice ou poison ses jours furent avancés. [| mourut vers l’an 1128.
Un titre de cette maison fait connaître une transaction de l'année 1121, passée entre cet abbé Étienne et Bazon, abbé de Saint-Benoit-sur-Loire, au sujet des dimes de Mondonville.
3. Hugues, abbé en 1131. Il accepta la permutation faite entre Geoffroy de Lèves, successeur d'Yves, et le comte Thibault, avec l’abbé de Marmoutier, de l’église de Saint-Martin-au-Val avec celle de Saint-Nicolas de Courville.