DU CHAPITRE DE CHARTRES ET DE SES PRÉÉMINENCES
Les chanoines et les autres ecclésiastiques composent ce sénat épiscopal qui doit être uni à son prélat comme les cordes à la lyre pour rendre une douce harmonie, comme le dit sant Ignace, car c'est une monstruosité selon la nature qu'un corps sans chef ou deux têtes sur un même corps.
L’'évêque confère toutes chanoinies dans le Chapitre, — du Moulin en rapporte un arrêt du 7 des ides de septembre de 1499, — et en cas d'absence légitime seulement, il peut se faire représenter par ses grands vicaires. La veille de sa réception, 1l doit présenter le dignitaire qu'il a nommé aux quatre premières dignités de l’église, savoir au doyen, au chantre, au sous-doyen et au sous-chantre, ou, en leur absence, aux plus anciens chanoines. Ces dignités examinent le candidat et, s'ils le jugent capable, en font rapport au Chapitre suivant la décrétale Cum secundum. Cela fait l’évêque, ou son grand vicaire, se rend au Chapitre où les examinateurs, en leur nom et au nom du Chapitre, lui présentent celui qui doit être recu chanoine. Le présenté se met à genoux devant l’évêque qui lui confère de vive voix la prébende, tout cela se fait avec des protestations réciproques, tant de la part de l’évêque que du Chapitre, ensuite le nouveau chanoïne fait les serments d’usage de garder les libertés, droits, immunités et privilèges du Chapitre. Le chantre alors, auquel appartient l'installation de toutes les dignités et de tous les chanoines, sauf celle du doyen, qui est faite par l’ensemble
du Chapitre, mène le chanoine nouvellement pourvu devant l'autel de Sainte-Anne, où il lui fait, sur le chef de cette sainte, prêter serment qu'il est né de légitime mariage, serment dont le chantre fait rapport au Chapitre, cela fait il l'installe et lui donne telle place au chœur qu'il lui plait, puis le ramène au Chapitre en la place qu'il lui désigne.
Les chanoines sont au nombre de 72, fixé, dit-on, par l’évêque Saint-Lubin, d’après celui des disciples de J.-C. On estime pourtant qu'ils ont été autrefois moins nombreux et qu'il n’y en eut pas avant l’année 779, du temps de Charlemagne. Ce qui fait croire qu'ils étaient moins nombreux, c’est qu'ils vivaient en commun sous quatre prévôts, qui avaient chacun leur maison, où ils entretenaient certain nombre de chanoines et, pour cet effet, avaient l’entière administration de tout le revenu temporel de l’église. Leurs maisons se voient encore dans le cloître, elles sont fort anciennes et contiennent de grandes salles qui servaient de réfectoires, , bâties comme celles des moines. Elles étaient accompagnées de grands greniers, de grandes soupentes et de grandes caves pour retirer les. provisions nécessaires à l’entretien et la nourriture des chanoines qu'ils avaient sous leur charge.
De même qu'il s’est trouvé, parmi les évêques de Chartres, de saints personnages et des personnes savantes, de même le collège des chanoines a fourni de très dignes serviteurs de la Vierge, d'une doctrine très pure, de grands théologiens, des savants en droit civil et canon et en toutes les facultés, habiles à traiter les affaires publiques.
Saint Bruno, instituteur de l’ordre des Chartreux, avait été chanoine de Notre-Dame de Chartres (cf. Robert Cœnalis, évêque d’Avranches, en son Traité du célibat, tome II, au titre de l’origine des ordres monastiques); d’autres écrivent qu'il avait été aussi évêque de Reims et de Paris.
Guillaume, évêque de Paris, avait été chanoine de Chartres du temps du roi Philippe I* (cf. Yves de Chartres, Épitres 118 et 122%
Pierre de Belleperche, grand jurisconsulte, le fut également. Sa rare prudence et sa dextérité au maniement des affaires publi-
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ques le firent choisir par Philippe le Bel, comme ambassadeur auprès du pape Benoit XI, pour lui témoigner la joie que ressentait Sa Majesté de son élévation au pontificat.
Jean d’Achères, l’un des fondateurs du collège des Trois-Evéques, à Paris, dans lequel les professeurs du roi professent publiquement toutes les langues, tous les arts et toutes les sciences. Il a travaillé à cette fondation comme exécuteur du testament de M” Hugues de Pomarcq, évêque de Langres, vers 1248 sous le règne de Philippe de Valois.
Jean de Dormans, fils du chancelier de France et frère du cardinal Jean, a été aussi chanoine en 1386.
Regnault de Dormans, maïtre des requêtes de l'hôtel du roi, pareillement, comme on le voit sur les épitaphes des tombeaux de cette famille, en la chapelle de Beauvais, où sont énumérés ses titres; le second, archidiacre de Chälons, chanoine de Paris, de Chartres et de Soissons. À
L'un de ces Dormans décéda en l’an 1 380 et l’autre en l’an 1 386.
Pierre de Frontbac, qui vivait du temps du roi Charles VI, avocat au parlement de Paris, pourvu pour tout bénéfice d’une chanoinie de Chartres, s’entremettait dans les affaires communes du Palais, principalement dans les causes des ecclésiastiques, dont il prenait plaisir à défendre les droits, les causes des veuves et des orphelins. Sans qu'il s’en doutât, le pape Clément VIT le fit cardinal, comme une récompense que Dieu lui envoyait pour sa bonne conduite en sa charge. Bien que j'aie consulté tous les catalogues des cardinaux, je n’ai pas rencontré son nom.