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CLOITRE DE L'ÉGLISE

Cette violente insulte envers le Chapitre amena de grands murmures et des plaintes nombreuses. La personne du doyen outragé, sa maison démolie et pillée, le chantre tué, la franchise de l’église violée rendaient cette sédition des plus criminelles, demandant une punition rigoureuse et exemplaire. Le Chapitre s’adressa d’abord pour en obtenir justice aux officiers de la comtesse, qui était alors Catherine, veuve du comte Louis, décédé cette année même à Constantinople. Ces officiers étaient le maréchal, bailli ou châtelain de la comtesse, et le prévôt qui était le juge des habitants. Trouvant qu'ils ne s’employaient pas avec assez de zèle à la réparation de cette insulte, le Chapitre se pourvut à Rome, et fut autorisé par le pape à user de son autorité sacerdotale, et de procéder contre les coupables par voie de censures à la réparation de l’outrage qui lui avait été fait. Les auteurs et complices de la sédition furent excommuniés, ainsi que tous les habitants de la ville, comme ayant consenti de parole ou de fait, en n'empêchant pas cette émotion populaire, comme c'était leur devoir. Toutes les églises des couvents et monastères, ainsi que les paroissiales et la cathédrale, furent fermées, le peuple privé des sacrements sauf à l’article de la mort, après avoir demandé pardon, et défense fut faite de baptiser les nouveaux-nés ailleurs que sous les porteaux des églises dont l’entrée était interdite.

Dans la cathédrale, le crucifix fut descendu et étendu sur le pavé, la châsse descendue de l’autel et posée sur une table basse; toutes les châsses des corps saints furent aussi descendues, l'église s'étant trouvée profanée par le meurtre du chantre, et les reliques de la Vierge et des saints offensées par cette violence. Ensuite l’interdit et l’excommunication furent publiés au pupitre, les chandelles éteintes et on observa toutes les autres cérémonies requises en pareil cas. Après, déclaration fut faite que, par l'autorité du pape, tous les habitants étaient excommuniés, interdits, rebelles à Dieu et à l'Eglise, et le service de l’église de Chartres transféré en l’église de Mantes, les habitants de Chartres étant indignes de participer aux prières ecclésiastiques. Les églises furent fermées et le Chapitre se transporta à Mantes. Depuis aucune messe ne fut dite dans aucune église de la ville, faubourgs et banlieue, sauf qu'en chaque paroisse un prêtre disait une messe basse, à huis clos,

de peur qu'il n y entrât aucun des habitants. L'histoire ajoute que la nuit qui suivit le jour où l’excommunication fut fulminée, inopinément le feu se mit dans la ville et en moins de rien en consomma une grande partie.

En cette fächeuse occasion, ne pouvant obtenir aucune grâce des ecclésiastiques, dont le ressentiment était porté aux dernières extrémités, les habitants eurent recours au roi, demandant qu’il plût à Sa Majesté de s’entremettre pour obtenir du clergé la levée de l’excommunication qui leur était si redoutable.

Averti, le Chapitre ne manqua pas d'envoyer des procureurs auprès du roi, auprès duquel les recommandations ne leur manquaient pas, Guillaume, oncle du roi, ayant été leur évêque, et Regnault, son neveu, occupant encore sa place, prenant l'intérêt de son église, s'était déclaré ouvertement contre les habitants.

Cette affaire ayant été examinée et fortement controversée devant le roi, celui-ci reconnut qu’il y avait eu plus de malheur que de malice de la part des habitants, dont quelques particuliers indiscrets avaient transformé une querelle particulière en une querelle générale, et, pour apaiser ce trouble et mettre en repos les àmes et les consciences des habitants, résolut de venir en personne à Chartres. Sa Majesté y étant, accompagnée de sa cour et de son conseil, fit revenir à Chartres les chanoines qui étaient encore à Mantes, leur commanda de faire ouvrir l’église cathédrale et toutes les autres qui avaient été fermées et leur ordonna d’absoudre les habitants, du moins ad cautelam, se chargeant de faire justice des coupables. L'église ouverte, le roi y entra, y fit ses dévotions devant la sainte chàsse, fit présent à l’église d'un pain de cire de deux cents livres, et lui donna 2560 livres pour y faire remettre toutes choses en l’état où elles étaient auparavant. Sa Majesté prit la peine de visiter la maison du doyen et les autres qui avaient été pillées et endommagées, et promit d'en faire réparer le dommage, puis elle regagna Paris laissant trois des principaux officiers de son conseil pour informer de toute cette atfaire.

Cette information faite, les commissaires rentrés à Paris et en ayant rendu compte au roi, les parties furent assignées pour entendre le jugement que S. M. avait rendu sur ce grand différend.

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