ORIGINE DES COMTES
Il serait bien étrange que les seigneurs de Chartres de ce temps, princes ou autres, se soient dépouillés de leurs biens au point de n’en pas avoir réservé une partie pour leur propre subsistance et celle de leurs enfants. Supposé même que, autrefois, les comtes n'aient été que des gouverneurs ou officiers des empereurs romains lorsqu'ils possédaient les Gaules, ou des rois de France lorsqu'ils eurent conquis cette partie de l'empire, il leur fallait bien tirer quelques droits ou quelques revenus des provinces où ils étaient envoyés, à titre d'appointements.
Abusant de la faiblesse des princes, ou se prévalant des troubles qui accompagnent ou suivent ordinairement les changements des États ou des familles appelées à les gouverner, les comtes se sont rendus maîtres des pays où ils étaient établis en qualité d'officiers, s’en sont constitués propriétaires et les ont fait passer héréditairement à leur postérité, mais on ne peut dire que, retenant ce qui appartenait au prince, ils se soient emparés du bien de l’église dont les bénéficiaires n’auraient pas souffert l’usurpation sans implorer le secours de la justice.
Des contestations ont pu se produire entre les comtes et les évêques pour la conservation de leurs droits, des transactions intervenir, il a pu arriver encore que les princes et les seigneurs temporels aient fait part de leurs domaines et seigneuries aux églises et que, dans la suite des temps, il ÿ ait eu nécessité d’en réglementer la jouissance. La société qui en est résultée a pu se nommer partage et apariation. Nous avons à Chartres des exemples de cette sorte de société entre les comtes et les évêques, pour leurs droits communs de grosse coutume et de sel, non parce que les évêques ont fait part de leurs droits aux comtes, mais plus vraisemblablement parce que les comtes ont donné aux évêques ceux dont ils jouissent, car en ayant abandonné une partie à l’église ils se sont réservé un préciput, et en outre ont fait part de ce qui leur restait à d’autres lieux de piété, l’un de nos comtes ayant donné à la maladrerie du Grand Beaulieu tout le droit du sel qui entre à Chartres pendant la semaine de Saint-Simon et Saint-Jude.