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THIBAULT LE TRICHEUR

que Leudgarde, leur mère, fit à l’abbaye de Saint-Père-en-Vallée, à charge d’un obit pour le remède de Herbert, son père, comte de Troyes, et de Thibault, son mari. La charte est datée de lan 24 du règne de Lothaire, vers 078.

Rouillard veut que, fait comte de Chartres sous de si mauvais auspices, Thibault en ait été privé et chassé pour un temps, en 967, par le duc Richard de Normandie, fils naturel de Guillaume Longue-Épée, que le Tricheur avait tué. Richard lui fit une rude guerre, ravagea tout le pays chartrain et pilla même les faubourgs de Chartres. Thibault, pour tirer vengeance de cette insulte, entra avec ses troupes en Normandie, et s’'avanca jusqu’auprès de Rouen où Richard, l’ayant rencontré, lui donna bataille. Thibault, défait, prit la fuite, abandonnant neuf cents morts sur place. Poursuivant sa victoire Richard marcha sur Chartres, assiégea la ville et la battit. Thibault, fils du Tricheur, se mit en devoir de défendre la ville, avec le concours des habitants, et fit une sortie dans laquelle il fut tué ; la ville fut prise et pillée. Thibault, voyant ses affaires en si mauvaise posture, eut recours au roi Lothaire qui s'employa avec tant de succès à réconcilier ces deux ennemis que, moyennant le mariage d'Eudes, fils de Thibault, avec la fille du duc de Normandie, Thibault fut remis en possession de son comté.

Peu après cette réconciliation, en 974, survint à Chartres un grand incendie qui consuma la plus grande partie de la ville avec l’église tout entière.

Par son refus de rendre hommage à Hugues Capet, sous prétexte que, ayant épousé sa nièce ! Leudgarde, il était aussi grand seigneur que lui, et par les reproches qu’il lui adressa au sujet de Pusurpation du royaume, Thibault attira encore sur les Chartrains de nouvelles calamités qui ne prirent fin qu'à sa mort, survenue peu de temps après, à une date incertaine, mais antérieure à la fondation de 978 citée plus haut.

1. Il est difficile d'admettre que Leudgarde, fille de Herbert IT de Vermandois et de Hildebrante, fille de Robert Ie" duc de France, soit nièce de Hugues Capet et de Adèle de Guyenne, mais un lien existait entre les deux familles ; Emme, fille du Tricheur, ayant épousé Guillaume IV de Guyenne, beau-frère de Hugues Capet.

3. — Eudes I°, son fils, lui succéda vers 977 sous l’épiscopat de Hardouin qui, par la transaction dont il a été parlé, lui laissa une partie du domaine de son église pour conserver le reste. De Mathilde ou Mahaud, fille du duc Richard, il eut trois enfants: : 1) Thibault qui lui succéda aux comtés de Chartres, de Blois et de Tours ; — 2) Eudes, qui eut en partage les terres de Champagne et de Brie; — 3) Roger, qui fut évêque de Beauvais et comte de Sancerre. Cela est vérifié par un titre de Saint-Jean-en-Vallée portant donation du lieu à présent nommé la prescherie, dans lequel il est fait mention de ces enfants. Ce titre montre aussi qu'il y a eu deux comtes de Chartres du nom de Eudes, autrement il faudrait qu’Eudes eut vécu plus de quatre-vingts ans, puisqu'il était né avant 942 comme nous l'apprend le titre de fondation de Leudgarde en faveur de Saint-Père dans lequel il est nommé, et que l’histoire nous apprend, sans qu'on y puisse contredire, qu'un Eudes, comte de Chartres, tut tué en une bataille livrée au duc de Lorraine en 1038. Entre ces deux dates, dans la 1° etla 19° épitre de Fulbert, il est parlé d’un Thibault comte de Chartres, fit d'Eudes, duquel nous traitons, ce qui doit faire croire qu'il y a eu deux Eudes comtes de Chartres.

Notre Eudes I‘, ayant surpris le château de Melun, grâce à la trahison de son châtelain Gautier, le comte Bouchard, auquel ce lieu appartenait, avec l’aide du roi Robert, reprit la place, et le châtelain, pour prix de sa perfidie, fut pendu à un gibet?.

Le père ayant, d’après Rouillard, usurpéle domaine de l’église de Chartres, son fils, pour le surpasser en sacrilège, aurait mis la main sur le spirituel, donnant l’abbaye de Saint-Lubin à un deses officiers nommé Foucher, et s'étant emparé d’un héritage appartenant à Saint-Martin-au-Val pour le donner à Rotrou, l’un de ses cavaliers, qui le donna depuis à l’abbaye de Saint-Père. Il mourut vers 1010 OU 1012.

1. On ne lui connait pas d’enfants de Mahaud, les trois nommés ici sont ceux qu’il eut de Berthe de Bourgogne que Challine croit femme d’Eudes II.

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