THIBAULT IV
en œuvre contre son service. Le contraire ayant été prouvé par la descente d’une armée anglaise en France, le roi retourna promptement vers Chartres avec l'intention de la ruiner, ce qu’il eut exécuté, sans doute, s’il n’en eût été empêché par le miracle de la Sainte-Chemise rapporté ci-dessus.
La ville, qui avait tant souffert des différends du comte avec le vicomte et le roi, après avoir évité, grâce à lintervention de la Sainte-Vierge, la ruine dont le roi l'avait menacée, ne fut pas épargnée par l'incendie qui la consuma avec toutes les églises enfermées dans son enceinte sauf celle de Notre-Dame, incendie occasionné par le feu qui tomba du ciel au mois de décembre 1134.
L'esprit inquiet de Thibault ne lui permit pas de conserver longtemps le respect qu’il devait à son souverain, et, après la mort de Louis le Gros, il continua de faire la guerre à Louis le Jeune, ayant, pour se fortifier davantage, marié une de ses filles au duc de Bourgogne. Cette querelle ne prit fin qu'avec le mariage du roi avec Adèle, fille du comte, qui termina tous les différends.
Pithou, en son Traité des comtes de Champagne, remarque que ce fut le comte Thibault qui prit le premier le titre de comte palatin de Champagne, alors que Rouillard écrit que le comte Etienne, son père, l’avait porté devant lui, que Yves de Chartres le lui attribue en une de ses épitres, appelant aussi Adèle, sa femme, comtesse palatine.
C'est à juste titre que notre Thibault fut qualifié du titre de Grand, car sil était grand en biens, grand en force et grand en lignée, ses nombreux enfants ayant tous été, les fils grands seigneurs, et les filles grandes dames, toutes mariées à de très grands princes, il fut encore grand en courage, et la grandeur de ses pensées ne fléchit qu'à sa mort. Son cercueil fut mis en depôt en un recoin de l’abbaye de Pontigny vers l’an 1152.
Henry, son fils aîné, lui succéda aux comtés de Champagne et de Brie, et Thibault aux comtés de Chartres et de Blois. Les comtés de Champagne et de Brie furent l'apanage des aïnés ayant plus d’étendue, bien qu’étant moins considérables que ceux de Blois et de Chartres.
Le comte Henry, pour maintenir en sa grandeur le comté de
Champagne, obligea ses ffères par partage, eux et leurs successeurs, à tenir leurs terres de lui en fief, foi et hommage, et à en payer les rachats comme ses vassaux à cause de son comté de Champagne, ce qui demeura jusqu'au rachat de toutes ces seigneuries par le roi Saint-Louis.
9. — Thibaut V, deuxième fils de Thibault le Grand, fut comte de Chartres par le choix que son frère Henry fit des comtés de Champagne et de Brie.
Sa charité envers les pauvres, sa douceur, son affabilité et le penchant qu'il avait à faire plaisir à tout le monde lui fit décerner le titre de Bon. Il avait épousé Alix ou Adèle fille de Louis le Jeune et de Léonor de Guyenne sa première femme, fille unique du duc Guillaume, que depuis le roi répudia. Il fit de grandes aumônes à la maladrerie du Grand-Beaulieu, fonda dans l’église cathédrale un cierge qui doit brüler nuit et jour devant la Sainte- Chässe. Ce prince mourut en terre sainte d’une blessure qu'il recut au siège d’Ascalon.
10. — Louis 1°, son fils aîné, succéda à Thibault le Bon aux comtés de Chartres et de Blois, et eut de Catherine de Clermont, fille aînée du comte Raoul, trois enfants : Thibault, qui lui succéda ; et deux filles dont l’une Elisabeth!, épousa Jean de Chatillon ? et l’autre Gautier d’Avesnes en Hainaut. |
Quelques auteurs prétendent que Louis serait décédé sans enfants, mais Rouillard affirme que quantité de titres des archives de l’église de Chartres certifient du contraire.
Un vieux livre de l’abbaye de Saint-Père nous apprend que, vers cette époque, durant une très grande sécheresse, causée par
1. Elizabeth, contrairement à l’opinion admise, serait fille et non sœur de Louis Ier, et Marie d’Avesnes, nièce et non sœur d’Elizabeth. Cette thèse, très admissible, rend la transmission du Comté de Chartres naturelle et directe, puisqu'elle écarte tous les collatéraux descendant de Thibault v.