Philippe de Valois, comte de Chartres, devenu roi
1. Allusion à Mahaud, femme en premières noces de ‘Richard comte de Beaumont, et en secondes de Jean de Nesles.
joignit son comté à la Couronne. Rouillard veut que ce ne soit pas par incorporation et par union au domaine, mais comme seigneurie distincte, patrimoine et domaine propre, le roi et ses successeurs l'ayant longtemps possédé de cette façon, ce qui est vérifié par le titre de 1329, déjà cité, par lequel le Chapitre remet au roi Philippe de Valois le serment qu'il était tenu lui faire en qualité de comte de Chartres, suivant la transaction passée par Charles de Valois, son père ; cette remise faite par révérence pour sa couronne et sa majesté royale, le roi déclarant vouloir que ses officiers continuassent à faire au Chapitre le serment accoutumé, et que si le comté était mis hors de ses mains le nouveau successeur soit tenu de prêter le serment comme antérieurement.
Philippe de Valois mourut à Nogent-le-Roi, petite ville à cinq lieues de Chartres, le 28 août 13ç0, et Jean, son fils aîné, lui succéda audit comté qui fut possédé par les rois de France jusqu’au temps de Louis XII où il fut érigé en duché.
18. — Jean, roi de France, posséda le comté de Chartres avec les autres biens de son père. L'histoire générale contenant toutes les actions de nos rois, il est utile, en ce catalogue des comtes de Chartres, de ne retenir que ce qu'ils ont fait en ce pays; le reste, commun à tout le royaume étant à la connaissance de tous. Il sera donc seulement remarqué, au sujet du roi Jean, que ce prince, à la suite de sanglantes querelles avec le prince de Galles, fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers et que depuis, la paix fut faite à Brétigny, village à une lieue et demie de Chartres, où existent encore des vestiges du château où se firent les assemblées et conférences du traité, et qui, quelque.temps après, fut ruiné par les anglais. Cette paix dont le traité est au long dans Froissart fut conclue le 8 mai 1360 et M° Jean d’Angerand, lors doyen, depuis évêque de Chartres, fut l’un des députés pour le roi Charles V, qui vint à la couronne la même année, par suite de la mort du roi Jean en Angleterre.
19. — Charles V étant comte de Chartres, la rivière déborda de si étrange manière qu'elle occasionna des ruines extraordinaires
LE ROI CHARLES VI Uyns
dans la vallée qu’elle traverse, où on n'avait jamais vu les eaux aussi hautes. [l en est fait mention dans les registres de l’abbaye de Saint-Père. |
Ce roi a fondé en 1367 en l’église de Chartres trois obits solennels qui se célèbrent encore tous les ans, et portent le nom d’obits du roi, bien que plusieurs rois en aient fondé de pareils, comme s'il était le seul qui en eût ordonné. Ce prince décéda au château de Vincennes le 16 septembre 1380.
20. — Charles VI, fils et successeur du précédent, le 27 juin 1392, en quittant la ville du Mans pour venir à Chartres, tomba d’une extraordinaire faiblesse d’esprit à laquelle on assigne diverses causes. Elle donna lieu à une grande querelle entre le duc Louis d'Orléans, frère du roi, et le duc de Bourgogne, Philippe le Hardy, qui frappa à mort le duc d'Orléans, ce qui occasionna en France des troubles si grands, que le roi, pour appointer cette querelle, assembla en la ville de Chartres, en 1409, les princes et seigneurs des deux partis qui s’y trouvèrent reunis en grande et pompeuse compagnie. Monstrelet donne la complète description des cérémonies qui eurent lieu pour amener cet accommodement, à l’occasion duquel on éleva de grands théâtres au pupitre de l’église et plusieurs de moindre importance des deux côtés. Le roi était assis au centre du grand théâtre, le duc de Bourgogne d’un côté assisté de ses parents, les jeunes princes d'Orléans de l’autre avec leurs alliés. Le duc de Bourgogne se vint présenter au roi à genoux devant les jeunes princes qui pleuraient à chaudes larmes, ne voulant point entendre le duc, mais à un nouveau commandement du roi de l'écouter, ils firent mine de lui obéir et d'oublier le mécontentement qu'ils avaient recu du duc de Bourgogne. Beaucoup murmurèrent de cette pacification, criant tout haut que le sang royal ne coutait guère à répandre puisqu'on en était quitte pour une si légère réparation, qui se pouvait plutôt qualifier d’illusion.
Les princes d'Orléans, nullement satisfaits qu’on leur eut fait remettre par force la juste réparation qui leur était dûe pour la mort de leur père, poursuivirent leur ennemi avec plus d’ardeur qu'auparavant, afin de venger le meurtre commis en la personne de leur père.
Le duc de Bourgogne s’empara, sous l’autorité du roi et de la reine, qui le laissaient faire, de plusieurs villes de France des plus considérables et même de Chartres, dans laquelle, grâce à la trahison de Jean de Jacqueville, qui tenait son parti, il entra en compagnie de la reine. Cette surprise se produisit en 1418, les Chartrains n'ayant d'autre excuse que leur bonne foi et leur respect pour la reine, à laquelle ils s’étaient cru obligés d’obéir. Le duc de Bourgogne eut tôt fait de démontrer que la reine ne lui servait que de leurre, car aussitôtmaître de la ville, il traita les habitants comme ennemis affectionnés ay service des princes d'Orléans, à l’instigation du traître Jacqueville qui réclamait la confiscation des biens des uns, faisait chasser les autres, et usait de tant d’insolence et d’inhumanité, que le sieur de Saveuse, qu’il avait offensé, en le transperçant de son épée, lui démontra que la fin des traîtres est toujours tragique et malheureuse.
21. — Charles VIT, roi de France, devint comte de Chartres alors que la ville était en la possession des Anglais que le duc de Bourgogne y avait introduits. [ls en étaient maîtres depuis quinze ans, y avaient établi pour évêque Jean de Frétigny, et, pour bailli et gouverneur, Gilles de Laubépine, tous deux de leur parti et leurs intimes amis, et avaient banni les habitants les plus considérables dont ils se défiaient. Il en était néanmoins demeuré quelques-uns très affectionnés au roi, M" Regnault de Paris, chartrain, grand archidiacre, un autre chanoine nommé de Champrond, le docteur en théologie Jean Sarrazin, jacobin, qui, avec deux notables marchands, Guillemin Bouffineau et Jean le Sueur, pratiquèrent et conduisirent si bien leurs intelligences avec le comte de Dunois et plusieurs autres seigneurs que, le 20 avril 1432, 1ls les introduisirent dans Chartres par la porte Saint-Michel qu'ils embarrassèrent de charrettes chargées d’aloses menées par Bouffineau, ce qui fit donner aux chartrains le sobriquet d’aloseaux pour s'être laissé prendre par des aloses, .mais ce nom leur est injustement attribué puisqu'ils reprenaient eux-mêmes la ville sur les Anglais, ennemis de la France, qui s’en étaient emparés.
Rouillard n’a pas remarqué que, pour conduire la ruse, Jean