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livre d’Aristote sur la Magie, et Strabon au livre IV de sa Géogra

phie. Is étaient aussi savants en philosophie morale, car Pomponius Mela (livre LIT, chap. 11) dit que les Druides étaient les maîtres et les précepteurs des Gaulois en ce qui regardait la sagesse, qu'ils connaissaient la grandeur et la forme de la terre et de tout le monde, les mouvements du ciel et des étoiles, assurant même qu’ils avaient la connaissance de la volonté des dieux. Ammien Marcellin (livre XV) en touche quelque chose, et Lucain aussi dans ce qu’il écrit d’Hercule gaulois. Les Druides ont donné la meilleure idée de

leur doctrine en témoignant le sentiment qu’ils avaient de l’immortalité de l’âme, et en l'enseignant à leurs disciples ; car, comme dit César, ils voulaient persuader que les âmes ne mouraient point, et qu'après la mort des hommes elles passaient en d’autres corps, estimant que les hommes qui étaient persuadés de cette doctrine en étaient davantage portés à la vertu, parce que, ne craignant point la mort, et négligeant le soin de l’âme, ils ne faisaient pas difficulté de s’exposer aux hasards et d'entreprendre les choses les plus difficiles. C’est ainsi qu’en parlent Strabon, Mela, et Ammien Marcellin aux lieux cités ci-dessus et Lucain en son livre ITT : les Druides estimaient que l’âme, sortant d’un corps, passait en un autre corps où elle restait quelque temps jusqu'à ce qu'elle ait expié ses fautes. Diodore (livre V) dit que les Druides ont tiré cette philosophie dé Pythagore, comme Valère Maxime (livre V, chap. vi) l'écrit, et véritablement c'était l'opinion de Pythagore, au rapport de Diodore, que les àmes ne passaient en d'autres corps qu'après que, durant quelque temps, elles se fussent purgées. L'opinion de Platon est différente ; tenant que, sans intervalle d’aucun temps, les âmes passent d’un corps en un autre, 1l appelle ce changement de corps métempsycose et Pythagore appelle la sienne palingénésie comme Servius le remarque sur le III‘ livre de l’Enéide. Tertullien en son livre de l'Âme, chap. Lxxx1, distingue la métempsonésie et la métempsolnartésie, selon que le fait Platon au livre 1% Des lois, d’où l’on peut apprendre qu'il a parlé du passage de l’âme dans un corps de même espèce. Cette opinion du passage de l’âme en un autre corps excitait les Gaulois à la vertu, leur faisant mépriser la mort, comme le témoignent César, Valère Maxime, Diodore et Lucain. Les anciens Gaulois méprisaient si fort la mort et étaient si assurés de jouir d’une nouvelle vie, qu’ils jetaient dans les bûchers, où l’on brülait les corps de leurs amis, des lettres qu’ils croyaient que ces amis pourraient lire, et Lucain, en son livre de la Guerre civile, décrit élégamment ce sentiment des Druides lorsque, parlant de leurs sacrifices et du mépris qu'ils faisaient de la vie et de la mort, il dit en son livre If":

Et vos barbaricos ritus moremque sinistrum Sacrorum, druide, positis repetistis ab armis.

LEUR PHILOSOPHIE 6s

Solis nosse deos et cœli numina vobis

Aut solis nescire datum ; nemora alta remotis Incolitis lucis ; vobis auctoribus umbreæ

Non tacitas Erebi sedes Ditisque profundi Pallida regna petunt, regit sedem spiritus artus Orbe alio; longæ canitis si cognita, vite Mors media est. Certe populi, quos despicit arctos Felices errore suo, quos ille timorum

Maximus haud uroet, leti metus. Inde ruendi In ferrum mens prona viris animæque capaces Morts, et ignavum redituræ parcere vite.

M. de Brébeuf donne de ce passage la version suivante :

Le Druide en repos reprend ses exercices Et l'appareil sanglant de ses noirs sacrifices ; Sur les esprits divers, ces esprits curieux Ont seuls droit de connaître ou d'ignorer les dieux. Au milieu du silence et des bois solitaires, La nature en secret leur ouvre ses mystères.

* La retraite pour eux épuise ses faveurs :

Les sages vérités ou les belles erreurs, Ils pensent que des corps les ombres divisées Ne vont pas s'enfermer dans les Champs-Elysées Et ne connaissent point de lieux infortunés.

De son corps languissant une âme séparée

En reprend un nouveau dans une autre contrée, Elle change de vie au lieu de la laisser,

Et ne finit ses jours que pour les commencer. Officieux mensonge, agréable imposture ;

La frayeur de la mort, des frayeurs la plus dure, N'a jamais fait pélir ces fières nations

Qui trouvent le repos dans leurs illusions.

. De là, naït en leurs cœurs cette bouillante envie D'affronter une mort, qui donne une autre vie ; De braver les périls, de chercher les combats Où l’on se voit renaître au milieu du trépas.

Cette croyance à à l’immortalité de l’âme et à la jouissance d’une nouvelle vie après la mort rendit ces peuples plus aptes que toutes les nations à entreprendre la guerre.

Ils brûlaient, avec leurs morts, les choses dont ils s'étaient

CHALLINE. — Recherches. $

servis durant leur vie, et remettaient même à se faire payer de ce qui leur était dû jusqu'après la mort de ceux à qui ils avaient prêté. De là procède cette audace, que loue Horace en l’ode 14 du livre [V quand, parlant de la Gaule, il dit qu'ils ne craignaïient pas la mort non paventis funera Galliæ. Nicolas Damascène, philosophe, intime ami d’Auguste, a écrit dans son livre de moribus gentium dont Stobée a transcrit les paroles en son discours 48°, que les Celtes voisins de l’océan tenaient pour une chose honteuse de soutenir une muraille prête à tomber ou se retirer d’auprès, et de sortir d'une maison qui menace ruine, et que, lorsque survient un débordement de la mer voisine, ils s'opposent à son débordement avec leurs armes, s’en défendent et se soutiennent jusqu'à ce qu’ils soient engloutis par les flots, de crainte que, s’enfuyant, on ne croie qu’ils craignaient la mort. Elien dit la même chose au chap. xx, livre XII de ses Variétés, et Aristote chap. vi, livre ITT ad Nicomacum et au livre [TT, chap. 1”, ad Endemen. Arion n’en fait pas une narration désagréable, Strabon, livre III; Nicetas, en ses Annales, dit que des ambassadeurs des Gaules ayant été envoyés à Alexandre le Grand, ce prince leur ayant demandé ce qu’ils craignaient le plus, croyant qu’ils dussent répondre que c'était lui qu'ils craignaient plus que tous les autres, fut bien surpris lorsqu'ils dirent, contre son attente, qu’ils ne craignaient rien autre chose si ce n'était que le ciel vint à tomber. Alexandre rougissant et dissimulant, pour cacher sa rougeur, se tournant vers ses amis ne dit rien autre chose, sinon que les Celtes gaulois étaient bien arrogants, et Strabon attribue cette réponse plutôt à leur simplicité qu’à leur arrogance.

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