A. —— MÉTHODE DES DRUIDES POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE
Il est à remarquer premièrement qu'ils ne faisaient point écrire, ce qui était aussi la coutume de Pythagore, de Socrate, des Juifs et de tous les cabalistes, car ils craignaient que leurs mystères ne fussent mis en écrit, ainsi que le dit César. Cette facon d’enseigner par cabale, c’est-à-dire par réception et par tradition, a été approuvée par Aristote, qui dit à Alexandre que personne ne pourrait entendre ni comprendre ses écrits s 1l ne les avait entendus lui-même. Les raisons des Druides sont remarquées par César, la première de crainte que leur doctrine, venant à être connue par l’écriture, ne fut méprisée ; la deuxième, de crainte que leurs disciples
ne se fient davantage à leurs livres qu’à leur mémoire ; la troisième que les lettres et les sciences mises par écrit ne ressemblent à une belle peinture qui ne répond point, si on lui demande quelque chose, et que la doctrine mise par écrit peut être prise en divers sens, si elle n’est pas expliquée. Ils enseignaient leur doctrine en secret, dans des cavernes, dans des lieux cachés, dans des bois éloignés, comme anciennement nos collèges et nos monastères étaient bâtis en des endroits éloignés du mondé, ce qui peut faire croire que ce que l’on dit des fées dans les Gaules ne relève pas de la fable, parce qu'il y avait aussi des filles druides, qui faisaient la même profession des sciences que les hommes druides. De même qu'il y a eu des paysans dans les Gaules qui croyaient que la fertilité des terres venait de ces fées, sybilles ou femmes druides, qui étaient savantes et connaissaient les secrets de la nature, il y à encore des gens qui, voyant d'heureux succès arriver à quelques personnes en leurs biens ou aux fruits de leurs héritages, croient que ce sont les fées qui les leur procurent. Au rapport de Cicéron (de Divinatione, livre 1°), elles faisaient profession de semblables choses, et 1l y à beaucoup de vestiges de ces fées, ou plutôt de ces Druides à Dijon, comme aussi vers la ville de Fougereuse, où 1l y a un lieu que l'on appelait la foire aux fées; il y a encore quelque chose de semblable à Montmartre près Paris, où l’on voit un lieu creusé dans la terre, et à Chartres, en un des faubourgs, où 1l y a un canal de pierre sous terre, qui a l’apparence d'un ancien aqueduc, que l’on appelle le trou aux fées. Les Druides, ainsi que les anciens païens, enseignaient leurs mystères en secret, c’est pourquoi il n’y a pas sujet de s’étonner s’il reste si peu de chose de leur philosophie. Il fallait passer vingt années pour apprendre leur philosophie et c'étaient les enfants des plus nobles Gaulois qui allaient à leurs écoles, parce que, une fois instruits et recus druides, 1ls avaient l’autorité de la vie et de la mort, ordonnaient de la paix et de la guerre, avaient une très grande autorité et de très grands privilèges dans les Gaules, tellement que, dans la crainte que les sciences ne deviennent viles et méprisables si elles étaient enseignées à des personnes de basse condition, ils ne recevaient, pour les instruire, que des gens très nobles. De même, en Perse, personne n'était reçu roi qu’il n’eut
DU SÉLAGE ET DU SAMOLE 8
appris la science des mages. Aristote lui-même avait été vingt ans disciple de Platon. Toute la philosophie que les Druides enseignaient était comprise en une quantité de vers montant à plusieurs mille, parce que les vers, comme dit Aristote, sont une oraison finie et c’est pour cela qu'ils se retiennent plus facilement. Toute la philosophie, soit grecque, soit latine, était contenue en des vers, comme cela se voit par les écrits de Parménide, de Melissus et d'Hésiode. On remarque que Phérécyde, le premier qui écrivit de la philosophie en prose, fut mangé de poux et en mourut. Charlemagne, comme le rapporte Eguinhard, composait des vers barbares et très antiques, pareils à ceux des Druides.
arte MPLOMDU:.GUI.
Les Druides tenaient le gui, et le chêne sur lequel il croissait, pour très sacré, et ils ne faisaient aucun sacrifice sans y employer des branches de cette plante sacrée, qu'ils appelaient un remède propre à guérir tous les maux. Is croyaient qu'il rendait la santé à tous les animaux. [ls buvaient de l’eau, où le gui de chêne avait trempé, qui les préservait et était un remède contre toutes-sortes de poisons. Pour cela et non sans raison ils appelaient arbre aimé de Dieu le chène qui, soit vif, soit mort, dure fort longtemps et, d’après Théophraste, rapporte douze diverses sortes de fruits. Le gui du chêne est un remède assuré contre l’épilepsie ou le haut mal. Quelques-uns ont voulu attribuer la production admirable du gui de chène aux excréments des oiseaux, mais Scaliger se moque de cette opinion, et croit que le gui provient de quelque suc et de quelque excrément vital qui procède du chêne, de sorte que ce n'est pas sans raison que les Druides ont si fort estimé le gui de chëne.
G. — DU SÉLAGE ET DU SAMOLE.
Le sélage est une herbe qu’on appelle lanea sabina ; les Druides le cueillaient sans y employer le fer, secrètement et comme à la
dérobée, et l’emportaient en une nappe neuve. Ils s’en servaient contre toutes sortes de mauvais accidents et de dangers et croyaient qu'il guérissait toutes sortes de maladies des yeux. Au regard du samole qui naît dans les lieux humides, ils le cueillaient de la main gauche étant à jeun. Il sert à guérir toutes les maladies des bestiaux. Les auteurs grecs et latins ne disent rien de ces herbes à quoi l’on puisse ajouter foi, néanmoins Pline rapporte ce qui en à été dit. Quelques-uns tiennent que le samole est la pulsatille.
7. — POURQUOI LES DRUIDES ENSEIGNAIENT L IMMORTALITÉ DE L’AME, LA MÉTEMPSYCOSE, LA RÉSURRECTION.
Ils enseignaient que les âmes sont immortelles, estimant qu'il serait vain d’estimer les vertus, la force, la libéralité et la justice, et de les pratiquer, si les âmes n'étaient pas immortelles, et que les hommes généreux n'auraient pas sujet de mépriser la mort et la crainte de mourir. Si les âmes étaient mortelles, ils n’auraient cette créance-là que pour ne pas tenir compte de tout ce qui peut arriver aux hommes, comme disent les auteurs, et n’auraient d'autre soin que de se retirer en des lieux secrets et écartés pour s’employer à la contemplation en vue d’une meilleure vie. Pour cette raison ils ne craignaient jamais de mourir, soit pour la conservation de leur pays, soit pour quelques actions de prudence et de sagesse.
Cette créance qu'ils avaient de l’immortalité des âmes les rendait extrêmement libéraux et justes au point qu’ils ne contraignaient pas leurs débiteurs à les payer, espérant en obtenir paiement aux enfers. C'était une vieille coutume des Gaules de prêter de l’argent à condition de le rendre en l’autre vie, comme le dit Valère-Maxime, livre IT. Ils croyaient aussi que leurs âmes, avant de ressusciter, devaient aller dans les enfers, mais il n’est pas certain qu’ils crussent devoir ressusciter en leur propre chair ou bien, comme le remarque Jules César, si leur résurrection se faisait par métempsycose en passant en d’autres corps. [ls croyaient leurs âmes immortelles et ils pensaient ressusciter, soit en leurs propres et mêmes corps, soit en un autre divers et différent corps.