MANIÈRE D'HONORER DIEU
Ïls enseignaient qu'il fallait honorer et servir Dieu, parce qu’ils croyaient que c'était de lui que procédait la divination des choses, et qu'il n’y avait rien de plus royal et de plus excellent que de savoir deviner et connaître les choses à venir. Ils croyaient que pour apaiser Dieu et pour l’honorer il lui fallait sacrifier des victimes humaines, soit des criminels coupables ou des ennemis captifs, et c'était rarement qu'ils immolaient des innocents.
Nous voyons dans les auteurs les raisons qu’ils avaient de faire ces sacrifices, la première qu’ils croyaient que, si on ne donne la vie d’un homme pour celle d’un autre homme, Dieu ne peut être apaisé ni satisfait, ce qui ne s'accorde pas mal avec nos divins mystères, qui portent dans l’Écriture sainte qu’il fallait qu’un homme mourûüt pour le peuple, de sorte qu'on ne sait de qui les Druides avaient eu cette opinion qu'il fallait que le genre humain fût racheté par la vie d’un homme ; la deuxième raison, qu'il fallait offrir à Dieu, qui est très bon, une hostie excellente, bonne et riche, et qu'il n'y en a point de plus excellente, de meilleure, ni de plus précieuse que l’homme. Non seulement les hommes druides, mais aussi les filles druides présidaient à ces sacrifices et à ces offrandes. Voici comme en parle Pomponius Mela' : « Dans la mer britannique, vers les « Gaules, il y a une ile qu’on appelle Sena?, célèbre à cause de « l’oracle d'un dieu gaulois dont les prêtresses, qui sont au nombre « de neuf, sont estimées saintes à cause de leur virginité; on les « appelait Gauloises, les croyait douées d’esprits singuliers et leur « attribuait le pouvoir d’émouvoir, avec des vers, la mer et les « vents, d'exciter des tempêtes et de se changer en quelque sorte « d'animaux qu'elles voulaient; qu’elles savaient guérir les maladies « incurables, connaissaient et prédisaient l’avenir, ne le révélant « qu'à ceux qui avaient passé la mer exprès pour les consulter et
1. Mela(Pomponius), géographe latin, vivait dans le premier siècle après J.-C. 2. Ile de Sein.
« apprendre ce qui leur devait arriver. On les appelait Gallisenas « parce qu'elles étaient Gauloises et que l'ile qu’elles habitaient « s’appelait Sena, comme qui dirait sana, parce que les malades y « passaient pour recouvrer la santé, ce qui peut encore se rapporter « à ce que l’on conte des fées. » On peut douter du dieu gaulois que les filles gauloises servaient dans l’île Sena, mais il y a apparence, selon le sentiment de Vadian, en son Commentaire sur Pomponius Mela, que c'était Hesus, Thermades ou Belenus, et que les. filles qui les servaient étaient de ces filles druides qui s’appliquaient à prédire les choses à venir et futures, se mêlaient de - guérir les maladies et de faire plusieurs autres choses prodigieuses, comme était celle dont parle Flavius Vopiscus (in Numeriano, 1) qui prédit à l’empereur Dioclétien qu'il serait empereur lorsqu'il aurait tué un sanglier (quum aprum occiderit), ce qui arriva lorsqu'il eut tué de sa main Aper, préfet du prétoire, et c'était sans doute une de ces filles gauloises qui faisaient la profession de druides dont parlent César (livre VI) et Tacite (livre XIV) qui habitaient l’île Sena où elles faisaient leurs cérémonies superstitieuses et leurs sanglants sacrifices.
Les Druides disaient que Dis avait été leur premier père et que tous les Gaulois étaient descendus de lui, et ce Dis n’était rien autre chose que l’ancien nom de Dieu que les Latins appellent Dio, les Égyptiens Dios, mais le vrai nom et le plus ancien est Theus, dont les Romains ont tiré le mot theutonien, theustodien ou theutatien qui n’était autre que Dis qui signifie la même chose que Mercure, Apollon, Minerve des Romains, Mercure qu'ils estimaient le dieu des chemins, des arts, de la marchandise et de la médecine ; et un argument qu'ils croyaient être descendus de ce Dieu, c'est que tous les Gaulois qui habitent le long du Rhin s'appellent encore Theud, et les Suisses gaulois les enfants de Dis, car Hel signifie parmi eux l'enfer ou le cousin.
C’est pour cette raison que les Gaulois comptaient et marquaient le temps, non pas par le nombre des jours, mais par celui des nuits, car pour eux la nuit amène le jour et le jour suit la nuit, et encore à présent les Français disent anuit pour dire aujourd’hui. Présentement encore, chez les Gaulois qui sont sur le Rhin, les fêtes sont