MÉLANGES
Ils commencçaient leurs années et leurs mois au sixième jour de la sixième lune, parce qu’il est croyable que les Gaulois n’ignoraient pas la doctrine des Juifs que l’homme a été créé le sixième jour et à la sixième lune. Ceux-là se trompent qui disent que les Druides ont eu d’autres temples que les bois ou qu'ils ont adoré des idoles, car, en parlant des Gaulois et des Allemands qui sont le long du Rhin, les auteurs disent qu'ils ne croyaient pas que les dieux dussent être enfermés entre des murailles et représentés par des figures d'hommes selon la grandeur qu'ils s’imaginaient avoir les choses célestes. [ls choisissaient des bois et des forêts pour les leur consacrer, appelaient de noms de dieux les lieux secrets qu’ils
1. Ce mot n’a pas ici sa signification actuelle, il est employé par opposition.
croyaient devoir mériter de la révérence. Il est vrai qu’aux derniers siècles ils ont eu des simulacres du dieu Mercure, mais ils apprirent cela des Grecs qui étaient à Marseille et des Romains qui conquirent les Gaules et s’y établirent. Les Sénonais eurent un bois consacré, auquel ils portaient tant de révérence qu’il n’y entrait personne qui ne fût lié, estimant que la puissance de Dieu était trop grande pour qu on puisse entrer dans son bois d’une autre manière, de sorte que si celui qui y était entré tombait par hasard, il n’était pas permis de le relever, il fallait qu'il en sortit en se trainant par terre. Quoique Dieu fut adoré dans ce bois il n’y avait néanmoins aucune statue élevée n1 aucun vestige de la superstition des païens.
Épiphane rapporte que les Druides qui étaient à Chartres au milieu de la Gaule sacrifiaient à une Vierge qui devait enfanter, et que même les Toulousains la révéraient et avaient de la dévotion pour elle, ce qui n’est point du tout incroyable, puisque l’EÉcriture sainte nous apprend qu’à la vue d’une étoile les mages, qui étaient les philosophes de l'Orient, et de qui les Druides tenaient leurs connaissances, allèrent de leur pays à Jérusalem pour adorer le Fils que cette Vierge avait enfanté.
Beaucoup de sibylles ont prédit la connaissance de cette Vierge ; les Allemands avaient un temple qu'ils appelaient tauphen qui, en leur langue, signifie encore aujourd’hui le principe, pour montrer qu’ils y adoraient le principe de toutes choses.
Au reste des auteurs dignes de foi rapportent que Pythagore et Numa Pompilius avaient été disciples des Druides, par conséquent il est à croire que la philosophie des pythagoriciens est venue des Druides.
Cette philosophie des Druides a été dictée, en l’année 1615, par M. Frey, professeur en philosophie au collège de Boncour. Je l’avais moi-même écrite, mais elle a été depuis imprimée. Ce qui me l’a fait traduire a été principalement que ce quil dit de Ja connaissance que les Druides ont eue d’une Vierge qui devait enfanter m'est un sujet pour la seconde partie de ces Mémoires, où je traiterai de l’étäblissement de la religion chrétienne en la ville de Chartres. |
GHAPITRESVIFI