AUTEL ET IMAGE DE LA VIERGE III
quable que la bataille qui y fut donnée en 146$ du temps du roi Louis XI.
Rouillard dit encore avoir trouvé dans les mêmes archives du chapitre que le fils de ce même Geofroy roi de Montihéry, vassal de Priscus, pour lors seigneur de la: ville et de tout le pays des Chartrains, étant tombé dans un puits de son château, il avait été retiré mort. Ce roi se souvenant des miracles qui se faisaient à Chartres à l’autel de la Vierge qui devait enfanter, lui recommanda son fils qui, à l’heure même, fit paraître des signes de vie et fut ressuscité, en considération de quoi il avait fait de grands présents à l’église de Chartres. À son imitation, Priscus roi des Chartrains, qui n'avait point d'enfants, aurait consacré à la Vierge qui devait enfanter et à son fils, que chacun croyait devoir être grand monarque, sa principauté, en les instituant ses héritiers, chose ordinaire aux paiens, comme 1} se voit aux fragments d’Ulpien, titre 20, qui dit queen Gaule on pouvait instituer son héritier le dieu Mars; mais Ulpien est venu si longtemps après la dévotion de Priscus qu'on peut dire qu’elle ne s'y peut pas appliquer.
Si, comme l'écrit Rouillard, la dédicace de l’image et de l’autel élevé en l'honneur de la Vierge eut lieu cent ans avant la naissance de J.-C., on a véritablement raison de s’étonner que Jules César n'ait pas parlé de cette image ni de cette dédicace. Il en dit assez quand il parle du rétablissement de Tasgétius en son royaume des Carnutes, pour témoigner que depuis Priscus 1] y a encore eu des rois à Chartres. La Vierge, il est vrai, a toujours été nommée Dame de Chartres, mais 1l y a apparence que ce titre ne lui a été donné que depuis que les Chartrains sont devenus chrétiens.
La dédicace de l’image de la Vierge et la donation de Chartres, pour n'être pas mentionnées par César, n'en sont pas moins croyables, parce que les Druides ne mettaient rien par écrit, c'était un des points de leur discipline de ne rien écrire, ce qui nous à privé de quantité de belles choses de leur police et de leur discipline, dont nous n’avons la connaissance que par ce qu’en ont écrit des étrangers, leurs ennemis. |
Pour prouver la donation de la principauté de Chartres par Priscus à la Vierge, Rouillard tire argument de ce que César, par-
lant des rois de divers endroits des Gaules, ne parle point de ceux qui étaient à Chartres de son temps, parce que le souverain pontife des Druides tenait ladite principauté et seigneurie de Chartres entre ses mains et qu'à cause de cela Tasgétius, prince chartrain, issu de ceux qui avaient tenu ce royaume, avait, pour s’y faire rétablir, suivi le parti de César qui le remit sur le trône de ses aieux. [Il ne put s'y maintenir longtemps, ayant été tué trois ans après, à linstigation des principaux de la ville de Chartres ou de plusieurs d’entre eux. Rouillard prétend que ce sont les Druides qui en auraient usé de la sorte pour conserver à la Vierge qui devait enfanter le don qui lui avait été fait et que ce devait être à l’occasion de cette principauté que César écrit que les Druides en venaient quelquefois aux mains et disputaient avec les armes. Il ajoute qu’en vertu de cette principauté des Druides, les évêques de Chartres qui leur ont succédé ont toujours été reconnus pour seigneurs spirituels et temporels du pays chartrain, et que c'est pour ce motif qu'on voit les images de plusieurs anciens évêques revêtus de leurs habits pontificaux casque en tête, épée au côté, avec, sur leurs armoiries, une crosse et une épée, et que cette principauté leur est demeurée jusqu'au temps de Hardouin, cinquantième évêque, qui tenait le siège épiscopal en lan 955.
Depuis ce Tasgétius, César ne parle plus des rois de Chartres, il dit seulement qu’en leur révolte ils prirent pour chefs Contodinus et Caticatius, hommes désespérés, qui prirent les armes pour s'opposer aux progrès de César. André du Chesne, en son livre des Antiquités des Villes, qui peut servir à ce sujet, après avoir traité de l’antiquité de la ville, parlant de son église, dit : « La ville de » Chartres se glorifie de son église comme du plus ancien temple » de la chrétienté; avant que César l’eut assujettie à l'empire » romain, les seigneurs et Les roitelets de Chartres qui eurent le » gouvernement de cette ville avaient appris des Druides que » d’une Vierge devait naître dans le monde le rédempteur des » humains; cette créance donna occasion au gouverneur Priscus » de faire tailler l’image d’une Vierge qui tenait un petit enfant » entre ses bras, qui prit rang parmi les statues des dieux auxquels » on offrait des sacrifices. Ce seigneur Priscus fut lPauteur de