PORTES D'ENTRÉE DE L'ÉGLISE
Trois grandes portes principales, accompagnées chacune de deux portes quelque peu moindres, donnent accès dans l’église. La première, vers l'occident, s'appelle la Porte royale, parce que c’est par cette porte que les rois et les évêques sont recus dans l’église à leurs entrées, qu’entrent et sortent les processions de l’église ou des autres églises de la ville. I] fallait autrefois gravir, pour y arriver, un grand escalier maintenant caché sous la terre et le pavé. Le sol du cloître ayant été rehaussé, 1l ne se voit plus à présent que quatre ou cinq marches. |
La seconde porte est tournée vers le midi, et la troisième vers le septentrion, ornées chacune de trois grands et superbes portiques soutenus de bases et de colonnes admirables de pierres pleines et figurées. Ces portiques sont couverts de plomb et contiennent en longueur autant que la largeur des croisées. On y monte par de grands escaliers à trois faces, et, quoique l’on y voie plusieurs marches de pierre de taille, la terre employée à relever le cloitre en cache encore davantage. Ces deux portiques, comme la Porte royale, sont enrichis d’un grand nombre de grandes figures de pierre taillées en bosse et en demi-relief, grandes et petites, qui représentent diverses histoires, mais principalement les miracles qui se sont faits en divers temps en cette église. Il y a encore deux autres portes sous les clochers, l’une vers le midi, sous le vieux clocher, qui n’ouvre pas, l’autre du côté du septentrion, sous le clocher neuf, qui ouvre comme les autres, et sert tant à aller à lescalier qui descend aux chambres des dames qui gardent les saints lieux, qu'à entrer dans la grande église. Au-dessus de cette entrée de la grande église on voit, au couronnement d’un pilier qui joint cette entrée au-dedans de l’église, une figure de relief remarquable pour avoir autrefois servi à faire reconnaitre, dans Jérusalem, un pèlerin qui se disait de Chartres, à un religieux du Saint-Sépulcre qui était Chartrain. Ce religieux ayant demandé au pèlerin de lui prouver qu'il était de Chartres, celui-ci prit sujet de
la procession qui se fait tous les ans la vigile de Toussaint, en laquelle on porte un chandelier en forme de couronne papale, chargé d’un grand nombre de chandelles de cire allumées, qui passe par cette porte pour descendre en la grotte de Notre-Dame. Cette porte étant étroite, et grande, à cette procession, l’affluence du public, on y est longtemps arrêté, et 1] avait remarqué, au-dessus du pilier qui touche cette porte, deux aigles buvant dans le même calice. Cette rencontre a donné sujet autrefois, à un de mes amis’ de qui je lai appris, d’en faire un emblème accompagné d’une épigramme latine dont le sens était que ce calice représentait la foi et que les deux aigles étaient les Juifs et les paiens qui y avaient été abreuvés.
Outre ces grandes portes, il y en a quatre autres petites dans la muraille, autour du rond-point du chœur: l’une va à la chambre où se font les assemblées extraordinaires des chanoines, se rendent les comptes et se traitent les affaires qui surviennent, aux jours et aux heures où ne se tient pas de chapitre, et qu'on appelle la Chambre : cette porte est derrière l'autel Saint-Laurent ; la seconde donne accès à une grande galerie qui conduit à l'évêché et par laquelle l’évêque entre dans l’église; la troisième descend par un grand escalier de pierre au lieu où se tient le chapitre et où est la chapelle de Saint-Jérôme, par laquelle on peut se rendre au cloître soit par la maison des marguilliers, soit par la grande porte par laquelle on entre au lieu où s’exerce la justice spirituelle du chapitre; la quatrième sert pour aller à la bibliothèque de ladite église.