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Petite anse située en face du grand Rhématiari

43. Temple en granit. Les colonnes en sont renversées sans être brisées.

Nous ignorons à quels édifices beaucoup de ces ruines ont appartenu; et, d’un autre côté, nous connaissons les noms de plusieurs monuments dont nous ne saurions encore marquer exactement la place.

Autour du temple d'Apollon, et dans l’intérieur même de ses murs, s'élevaient des édicules nombreux, des statues, des autels, dont le souvenir s’est conservé.

Sans doute on ne retrouvera ni les £6a va 1 renversés par Ménophane, ni la fameuse statue qu’avaient apportée les Méropes, contemporains d’Hercule 2. Mais on dé-

1 Paus., III, 23, 2.

* Plut., Demusic ., ch. xiv. Elle tenait de la main droite un arc, de la main gauche les trois Grâces. L’une portait une lyre, la seconde une double flûte, la troisième une syrinx. Anticlide d’Athènes et Istros l’ont décrite. Les Méropes, qui l’avaient apportée, habitaient l’ile de Cos. — La statue d’Apollon Délien comptait avec celles d’Athéné Poliade, de Bacchus Limnæen, d’Apollon Amycléen, parmi les plus anciennes de la Grèce. Suivant le récit fabuleux de Philostrate, Apollonius de Thyane

DÉLOS

blaiera peut-être quelques bases de statues offertes par Antiochus Epiphane \ ou les débris de l’opisthodome qui a sans doute renfermé le trésor sacré, ceux de la cella, de ses inscriptions et de ses dédicaces 2. Dans le temple, ou près du temple, s’élevèrent plusieurs autels dont il faudrait déterminer l’emplacement. Ce sont :

1° L’autel que l’on doubla par ordre de l’oracle 3;

2° L’autel de cornes (zsparetoç, zepanvo;)* situé près du bassin trochoïde,, et probablement en-dehors du temple. Il était fait, suivant Callimaque4, avec les cornes gauches des chèvres que Diane chassait sur le Cynthe, et ce fut le premier ouvrage d’Apollon âgé de quatre ans. Il l’entoura d’une enceinte construite également en cornes. Cet autel, qui passa pour l’une des merveilles du monde, est l’un des plus anciens monuments qui aient été élevés à Délos près du rivage. On en connaissait un semblable dans le temple d’Ephèse 5.

Mais l’autel délien est plus souvent cité 6. Suivant

en rencontra de semblables à Paraca, dans l’Inde (Philostr.* VU. Ap., III, 14).

1 Polyb., XXYI, 7, 10-12.

2 Le traité de paix conclu entre Persée et les Béotiens avait été placé dans le temple de Délos. Cf. T. L. XLII, 12.

* Plut., De Genio Socratis , ch. vu. — De e. ap. Delphos , ch. vi. Pensant le doubler, les Déliens l’octuplèrent. Platon leur apprit que, pour doubler un cube, il n’en faut pas multiplier par deux toutes les dimensions. Il leur donna une solution approximative du problème, qui revient à chercher la racine cubique de deux.

4 Hymn. in Ap ., 60 et suiv.

5 Eustath., ad Iliad., VIII, 249.

Ovid., Héroïd., 21, 98. — Poll., Onom ., A, 101. — Plut., Vit. Thés., 21 . — Plut., De Solert. anim., 35.

GÉOGRAPHIE

Plutarque, c’est avec des cornes de bœufs, arrachées du côté droit, qu'il avait été édifié, et non pas avec des cornes gauches enlevées à des chèvres.

Nous n’insisterons pas sur cette grave question qui a préoccupé Spanheim h Tout autour, on dansait le rÉpavoç.

3° Près de cet édicule, s’élevait « le mauvais autel de Délos », Avftou ymo ; (3û ope. Les matelots, les mains liées derrière le dos, recevaient des coups de fouet tout autour en mordant un olivier sacré. On ne connaît pas l’origine de cette coutume bizarre 2.

Ces autels n’étaient pas très loin du temple, et l’on peut croire qu’ils ont été enfermés dans l’enceinte de son péribole. Il y faudrait chercher aussi tous ceux que les Hyperboréens, puis Erysichthon, ont consacrés au Dieu3.

4° L'autel d'Apollon Génitor peut au contraire avoir été élevé assez loin de l'édifice principal. Il était situé

1 Callim., H. inAp. 59 etsuiv., et le commentaire de Spam heim.

2 Hesych. — Callim., Schol. h. in Del., 321. Une nymphe avait mordu l’olivier pour amuser l’enfance d’Apollon. Cette explication, que donne Callimaque, ne doit pas être fort ancienne. En voici une autre que l’on pourrait proposer : On verra plus loin que les Œnotropes, déesses du vin, de l'huile et du blé, eurent un culte à Délos, et que l’île célébra des fêtes pastorales. Ce fidèle qui, les mains liées, essaie de mordre un olivier dont il est repoussé à coups de fouet, n’est-il pas frappé comme l’animal que l’on écarte des jeunes plantations? Cette cérémonie délienne, populaire et joyeuse, nous fait songer aux fêtes des vendanges, célébrées en Mégaride, et qui jouèrent un rôle si considérable dans l’histoire du théâtre grec. L’esprit en est le même.

3 Cf. Gerhard, Mythologie , 1. 1, p. 300. — Plut., de dœdalis plat . X.

DELOS

derrière le xepanvoç [3 &>pç, on ne sait à quelle distance. L'autel d'Apollon Génitor, suivant Clément d’Alexandrie, le plus ancien que l'on connût à Délos *, était aussi appelé a-yvoç, roc, et « autel des hommes

pieux. » On n'y portait aucune offrande qui eût vécu 1 2, et l'on n’y allumait point de feu. On y consacrait du blé, de l’orge, des gâteaux 3. Ce fut le seul auquel Pythagore voulut sacrifier 4.

Autour du temple d’Apollon, et, en quelque sorte, sous sa dépendance, se groupaient quelques édifices, chacun avec son enceinte spéciale. C’était le Létoüm5et ses propylées, ornés des vers de Théognis ; c’était l'Artémisium avec ses escaliers 6, sous la dépendance directe du temple d'Apollon 7. Ce temple d’Artémis renfermait une statue célèbre de la déesse8. Le tombeau des vierges hyperboréennes Hypéroché et Laodicé se trouvait dans l'Artémisium, à gauche, en entrant 9. Celui des

1 Clem. Alex., Strom., VII, 717, Paris. Cet autel existait encore du temps de Julien. — Cyrill., adv. Julian ., IX, 307, 6.

2 Les ministres duZeus crétois s’abstenaient aussi de viande. Porphyr. De alstin ., IV, 19.

3 Porphyr., De adstin.,ll, 28. — Macrob., Saturn., III, 6. — Cyrill., ai??. Julian ., X, p. 348. — Clem. Alex., Strom. > VII, 304. — Ælien, Hist. var ., XI, 5, etc.

4 Diog. Laert., VIII, 13. — Jambl., Vit. Pyth ., V, 25. — Cic., De nat. Deor., III, 36.

3 Strab., 485. — Cf. Poët. lyr. gr ., éd. Bergh, art. Theogn., loc. cit. — Aristot. , Eth. ad Nie., 1, 8.

0 Ovid., Héroid ., XXI, 105.

7 Clem. Alex., Cohort. ad gentes , III, 29.

1 IIyperid., Orat. aitic ., éd. Didot, fr. 78. — Harpocr.,

Acxî|xC-iov.

' Hérodot., IV, 34. — Clem. ‘Alex., loc., cit.

aÉOCrRAPHIE

vierges Argé et Opis était tourné vers l’orient, derrière l’Artémisium, et près de la salle des Céïens. Elles avaient un autel sur lequel on versait les cendres des sacrifices *.

Une statue d'Aphrodite, œuvre de Dédale, et un temple édifié par Thésée - avaient été consacrés à Phœbus- Apollon. Ce temple d'Aphrodite ne doit pas être loin du sanctuaire principal. Peut-être aussi faut-il chercher dans ces environs l'édifice dédié à la Providence de Minerve1 2 3. Une inscription porte la mention d’un temple des Déliens 4 *. Il était probablement voisin du grand temple d’Apollon ou de son oracle situé dans la montagne.

D’autres sanctuaires, des pinacothèques, des portiques, des salles de festins destinées aux théores ü, des habitations de néocores 6, se groupaient aussi autour du temple d’Apollon et du marais trochoïde. Des arbres sacrés s’élevaient parmi les demeures des dieux. Le plus célèbre était le palmier qui, depuis Homère 7, avait eu sans doute un assez grand nombre de successeurs 8.

Suivant quelques légendes, Apollon était né près du bassin trochoïde, au pied de ce palmier. Mais l’emplacement des arbres sacrés à Délos est difficile à fixer,

1 Hérodot., IY, 35.

2 Callim., H. in Del., 308 et suiv., cf. Schol. — Plut., Thés., 21. — Paus., IX, 40, 2.

5 Macrob., Saturn., 1, 17.

Le Bas, Inscr. att., 242, 1.11.

;i Hérodot., IV, 35.

G Le Bas, Inscr. ati., 244, 1. 9.

7 Hom., Od., VI, 162.

s Cic., De leg., I, § 1.

DÉLOS

parce que les différents récits qui s’y rapportent, se contredisent. Ainsi, quand Latone enfante, tantôt elle embrasse le palmier *, tantôt le palmier et l'olivier1 2, ou l’olivier seul 3, ou deux lauriers 4 5 *.

Artémis est née près d'un olivier3 qui se trouvait probablement dans l’Artémisium. Un autre olivier croissait près du « mauvais autel », et un autre encore sur le tombeau des vierges hyperboréennes Hypéroché et Laodicé G.

Un laurier s'est agité près de l’oracle du Cynthe 7. Suivant Euripide 8 trois arbres sacrés, un palmier, un laurier, un olivier, s’élevaient à côté du temple de Diane. Il est donc probable qu'il y avait en différentes places plusieurs arbres sacrés, ayant chacun leur histoire. Ces légendes pouvaient se contredire sans que la piété des fidèles en fût offensée ; mais le palmier qu’a cité Cicéron devait être considéré comme le plus ancien et le plus vénérable.

Ces autels, ces sanctuaires, ces arbres sacrés s'élevaient près du temple d'Apollon et du bassin trochoïde.

1 H. hom. in Del., 18.

2 Nonnus, XXXYI, 125. — Ovin. Metam., VI, 335. — Gallim., H. in Del., 210, comment. Spanheim.

3 Hygin, 140.

* Servius, Comment.' ad, Æneid., III, 90 et suiv. Il s’agit peutêtre aussi d’un bois de lauriers. L’un de ces lauriers est, suivant un vieux mythe délien, le plus ancien qui ait existé. Eustath., Od. Z, 162.

5 Catull., XXXIY, 8.

(! Hérodot., IY, 34.

7 Yir a., Æneid., III, 90 et suiv.

8 Eurip., Iph. in Taur., 1097 et suiv.

GEOGRAPHIE

Pour en retrouver les emplacements, si quelques vestiges les marquent encore, il suffira de fouiller près de trois points nettement déterminés : la base du colosse [35], le temple d’Apollon [31], Pétang trochoïde [29]. J’incline à penser avec M. Terrier que les propylées et le Létoüm avaient été construits devant le temple d’Apollon [en 34] et que les édifices [32 et 33] voisins de ce temple, et dont les colonnes supportaient des têtes de taureaux ou de génisses, étaient consacrés à des divinités lunaires, à Diane ou bien aux vierges hyperboréennes.

L’île possédait d’autres temples : c’étaient ceux d*Anios, de Dionysos, de Proserpine l 2, d'Hercule Tyrien3, de Neptune 3, d^Esculape et des Dioscures 4.

Si Don ajoute à cette liste les noms déjà cités des arbres et des autels déliens, le Létoüm et PArtémisium, dans le cas où nous en aurions mal fixé l’emplacement, les tombeaux où les vierges hyperboréennes furent ensevelies, le tombeau d’Ajax 5 6, le temple d’Aphrodite et celui de Minerve Pronoia, on saura quels lieux sacrés doivent encore être cherchés dans l’île.

Elle possédait en outre plusieurs édifices civils, des banques, un sénat G, un prytanée 7, une place où se réunissaient en assemblée les Athéniens de Délos (IxxXy;-

1 Cf. Eustratiadès, ’EiuiYpaçal àvéxôoroi, 3e livraison. Athènes, 1855, p. 67.

2 C. I. Gr. 2271.

3 G. I. Gr. 2271.

4 G. I. Gr., 2270, 2292.

8 Yid. supr., p. 31 .

6 G. I. Gr., 2267.

7 G. I. Gr., 2266.

DÉLOS

Gi2GTtfpiov) *, et des habitations destinées aux théores1 2.

Nous sommes sûrs de connaître les emplacements du port et des quais [37], de plusieurs voies sacrées [12, 13, 14, 15], du théâtre [4], du stade [21] et d’un gymnase [22], du bassin trochoïde [29] et du temple d’Apollon [31], du portique de Philippe [36] et du portique qui terminait la ville à l’est [111, du temple de Sérapis [9] ; enfin du temple de Jupiter et de Minerve Cynthiens [1] et de l'oracle d’Apollon [3].

Après avoir indiqué à nos successeurs quelle tâche ils devront accomplir et leur avoir annoncé une réussite presque assurée, passons à l’étude de ces deux derniers temples que nous avons déblayés sur le Cynthe.

1 C. i. Gr., 2270.

3 G. I. Gr., 2329.

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