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I. Histoire de la fouille

Après l’oracle d’Apollon, quel avait été le monument le plus vénéré du Cynthe? Plus d'un voyageur avait signalé, sur le sommet de la montagne, les ruines d’un temple ionique. Le sommet du Cynthe est une plateforme tout-à-fait aplanie, sauf à la partie centrale, où s'élève un rocher. On voit encore sur ce rocher des entailles faites pour recevoir des statues et des stèles. Des murs en terrasse, de la meilleure époque hellénique, en pierre et en marbre, soutiennent cette plateforme h Elle s’ouvrait à l’occident, et trois grandes

1 On a pensé que les chevaliers de Saint-Jean avaient édifié un château sur ces fondations. La plateforme du Cynthe n’a jamais supporté que des constructions helléniques ou romaines, et, au moyen-âge, tout au plus des masures. — Les chevaliers de Saint-Jean étaient établis à Rhénée et à Délos, mais rien n’indique qu’ils aient habité un château sur le Cynthe.

voies sacrées, ornées d'escaliers, de stèles et de statues, aboutissaient à cette entrée. Trois longues processions pouvaient donc gravir à la fois les pentes de la montagne et se confondre sur le sommet et devant le temple dont il était décoré. Certes, les dieux qui occupaient cette place privilégiée devaient être en grand honneur parmi les Déliens.

Les ruines du temple s'étendaient contre la plateforme, vers le sud et le sud-ouest. C’étaient quelques colonnes, quelques débris de l’ordre ionique, un marbre agonistique dont l’inscription était effacée. Près de là, sur la plate-forme même, apparaissaient quelques petites pierres d'une mosaïque presque entièrement enterrée. Une gorge étroite unit cette plateforme à l'autre sommet de la montagne, couronné par une petite enceinte en pierres. Sur cette gorge, au sud, à vingt mètres du temple ionique, des entailles creusées dans le rocher marquaient la place du téménos.

La montagne n'a pas d’autres ruines aussi bien conservées. On trouvera sur le Cynthe, ou tout autour, six petites enceintes rectangulaires, de quelques mètres de long ; l’une d’elles, à l’orient, près d'une source ; et, à l'orient aussi, les fondations d'un édifice en marbre, rasé au niveau du sol. C'est un rectangle adossé à la montagne. Il mesure 14 m. 40 sur 10 m. Le grand côté est divisé par un mur en deux parties inégales (5 m. 10 et 9 m. 30). Il serait facile d'en fouiller les fondations, mais on ne serait pas sûr d’y trouver quelque chose.

Aussi, la première fouille terminée, le plateau du Cynthe, auquel M. Burnouf et moi nous avions songé

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avant que j’eusse quitté Athènes, attira toute mon attention, et je fis immédiatement déblayer à la fois tout le côté sud de la plate-forme.

La mosaïque dont l’extrémité apparaissait au milieu des broussailles, pouvait porter une inscription ; les fragments nombreux qu’une mince couche de terre couvrait à peine, devaient avoir appartenu à des stèles, à des monuments épigraphiques, et promettaient une abondante récolte.

Celte mosaïque fut d’abord complètement dégagée. Nous la décrirons plus loin. Elle formait le fond d’une citerne sacrée, dépendant d’un temple dédié à Jupiter Cynthien et à Minerve Cynthienne. Le nom de Jupiter Cynthien figurait déjà dans une inscription découverte à Athènes l. Plusieurs morceaux de marbre trouvés en même temps portaient également les noms de ces dieux 2.

La fouille continuant, chaque jour amena sa découve rte : des inscriptions, des fragments de statues, des iporceaux d’architecture. La plupart étaient encastrés dans des murs appuyés contre la plate-forme3. Ces

1 EUSTRADIADÈS, sAv£x8. èiçtyp., lOC, cit.

2 J’avais déjà déblayé le temple d Apollon et dégagé cette mosaïque dans le second temple, lorsque M. Burnouf vint me rejoindre à Délos. Il y passa deux jours pendant lesquels il visita l’île, dressa le plan de la caverne et la dessina. Ce sont ces dessins et ce plan, faits avec la plus scrupuleuse exactitude, qui sont donnés dans ce volume. L’Institut avait déjà été mis au courant de ces découvertes par les documents que j’avais envoyés et que M. Burnouf avait transmis. Ils figurent la plupart dans le premier article écrit sur ces fouilles par M. Burnouf [Revue archéol ., août 1873).

3 Voir le plan. Ces murs étaient en L, L’, H”, P.

murs, bâtis sans art et dépourvus de solidité, ne peuvent guère avoir étayé que des masures. Je n’y ai trouvé qu'un vestige du moyen-âge : une pièce de monnaie presque effacée, où l'on distingue une croix. Au pied de ces murs le sol était noir de cendres. Elles provenaient soit de sacrifices offerts en grand nombre sur le sommet du Cynthe, soit d’un incendie, soit de foyers allumés au moyen-âge l.

Parlons du temple, de ses annexes, des objets que nous y avons trouvés. Les ruines occupaient tout l’espace marqué sur le plan par les lettres P. R. S. Elles étaient surtout amoncelées en S. Ce sont des fûts de colonnes non cannelées, d'un diamètre assez petit (0 m. 42). 11 en existe encore plusieurs fragments qui, juxtaposés, fontune longueur d'environ 5 mètres. Quoiqu'il manque plusieurs autres fragments, il est peu probable que le temple ait eu plus de deux colonnes. Elles étaient en avant du pronaos, sur le même alignement que deux antes dont il reste encore quelques débris. Deux colonnes plus petites s'élevaient peut-être devant le mur de la cella. On a déblayé une base assez épaisse qui avait soutenu l’une des colonnes principales (longueur 0m. 77, — épaisseur de la plinthe 0 m. 18, ■ — du tore 0 m. 4) et une autre base dont la plinthe n'a que 0 m. 05 et le tore 0 m. 02 d’épaisseur. Celle-ci a donc pu soutenir une colonne en retrait plus près de

1 Le sol antique n’a pas été atteint partout. Pour déblayer tout le sommet du Cynthe, il m’aurait fallu un nouveau crédit et je ne pouvais songer à l’attendre dans l’ile. L’époque des plus fortes chaleurs approchait, et cinquante jours de fouilles en plein soleil m’avaient très-fatigué.

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l’intérieur de l'édifice. Ces deux bases avaient été déplacées. Avec ces débris de colonnes et des pierres de O m. 60 de longueur, qui ont dû appartenir au temple, on trouve pêle-mêle des fragments de pierre ou de marbre peut-être venus d'ailleurs.

Le style de l’édifice était ionique ou composite. Un seul ove d’un assez bon travail, deux fragments de cornet, plusieurs morceaux qui ont appartenu soit aux pilastres, soit aux différentes parties du toit, le prouvent suffisamment.

Cet édifice fut construit à une époque de décadence : le marbre n’est pas d’iine très-belle qualité, les colonnes n’ont pas de cannelures ; sous le toit, d'un travail médiocre, les denticules , fort petits, étaient placés au dessus des mutules. Le temple ne pouvait être bien grand; mais, à Délos, les sanctuaires les plus vénérés n’étaient pas de vastes édifices.

Tous les débris trouvés à cette place n'appartenaient pas au temple. On y avait entassé une grande quantité de stèles et de piédestaux enlevés sans doute à la surface du téménos; on y avait même porté quelques débris d’autres sanctuaires ou d'édicules attenants. Les plus intéressants de tous sont deux fragments en style dorique : un triglyphe, un morceau de toit, d'une extrême petitesse. Ils sont en marbre de Paros et d’un travail excellent.

A côté du temple s’étendait la citerne sacrée (K L). Il n’en reste aujourd'hui que le fond en mosaïque. Il occupe le sommet du plateau à l’est, à deux mètres au-dessus des ruines du temple. Cette citerne était entourée d'un mur dont il reste en L’ des pierres cou-

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vertes de stuc de Fépoque romaine. Un double canal en L et 1/ amenait les eaux dans cette citerne. Sans doute elles se déversaient du toit du temple qui la dominait de quelques mètres. Ces eaux, recueillies sur la plate-forme du Cynthe, devaient servir aux cérémonies qui s’y accomplissaient.

La mosaïque est ruinée du côté de Test. Le mur de soutènement du plateau est dégradé et le sol s’pst en partie éboulé. Cette mosaïque est en petites pierres blanches, polies et lisses à la surface, avec quelques fragments de briques encastrées dans du ciment. L’inscription, en petits cubes bleuâtres, repose sur un fond blanc. Elle est enfermée dans un rectangle de pierres bleuâtres l.

A côté du réservoir sacré s’étendait une plate-forme2 où l’on enfouissait les débris des sacrifices. On y trouve des fragments d’os, surtout des cendres. En O une enceinte construite au nord en pierres schisteuses 3, fermée sur les autres côtés par des fragments d’architecture, des stèles, des débris de statues, contenait une trentaine d’urnes remplies de cendres et d’ossements d’animaux. La hauteur de ces urnes est de 0 m. 60 à 0 m .70; leurs anses sont arrondies, elles se terminent par un pied et non par une pointe 4.

1 Sur le plan en K”.

2 En N.

3 En Grèce, les enceintes funéraires sont quelquefois construites en pierres de cette nature.

4 Cf. Alb. Dumont, Inscriptions céramiques de Grèce , Arch. des missions, 2e série, tome VI, p. 13. On y voit le dessin d’une amphore à Rhodes qui offre quelque ressemblance avec ce que nous avons découvert.

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Voici le catalogue des autres objets trouvés sur le sommet du Cynthe.

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