JEUX DÉLIENS
on, Thésée,, qui pour la première fois a distribué des palmes aux vainqueurs. En même temps il consacrait à Apollon Délien la statue d’Aphrodite 4, que des jeunes filles ornaient de couronnes pendant les fêtes, et il instituait et conduisait lui-même, autour de Cératon, le chœur du Géranos, en souvenir de ses allées et venues dans le labyrinthe 2. Quoique la fête eût été, suivant la légende athénienne, instituée par un roi d'Athènes, elle était célébrée aussi par des habitants de Délos 3. Peut-être, à l'origine, n’était-elle pas aussi exclusivement athénienne que les Athéniens avaient intérêt à le faire croire.
Il est difficile de fixer l'époque 4 à laquelle ces fêtes ont commencé. Elles sont fort anciennes et durèrent tant qu’ Athènes put envoyer des théores à Délos. Si l'on en croit Platon5, elles étaient annuelles, et, depuis que Thésée les fonda, elles ne furent jamais interrompues 6. La cérémonie théorique commençait aussitôt que le prêtre couronnait la poupe du vaisseau sacré; en même
4 Callimaque, H. in Del., 308. — Suivant Paus., IX, 402, cette statue d’Aphrodite, en bois, assez petite, se terminant par une gaine, était l’œuvre de Dédale, et c’étaient les Déliens eux-mêmes qui, après l’arrivée de Thésée dans leur île, avaient consacré cette statue à leur Apollon.
2 Plut., Thés., 21 . — Callim., H, in Del., v, 306-312. — Poll., IY, 10.
3 Paus., loc. cil. — Plut., loc., cit. — Poll., loc. cit. Les danseurs formaient une file, et de chaque côté, aux extrémités, se tenaient les conducteurs de la danse. Le chef portait le nom de repavojXxo'ç. Cf. HESYCH.,ad verb.
k Mommsen, Héortologie, p. 415 et 84.
5 Plat., P hœdon, § 1.
6 Plut., Thés., 21.
DÉLOS
temps Athènes était purifiée. Cette purification avait lieu le 6 thargélion, jour de la naissance de Diane l; aussi est-on autorisé à croire que la Théorie partait aussitôt après. On sait que pendant son absence qui pouvait durer un mois, si les vents étaient contraires, aucune sentence de mort notait exécutée dans Athènes, et que cette circonstance a prolongé la vie de Socrate 2. Il est donc probable que, le 6, la naissance de Diane était célébrée par les Déliens3, comme par Athènes et par Ephèse, et que la Théorie arrivait pour la grande fête du 7 thargélion. Sans doute elle ne se pressait pas de repartir et pouvait séjourner à Délos pendant le mois sacré.
Ce mois coïncidait avec le commencement du printemps 4 5, avec ceux de Bysios à Delphes et de Thargélion en Attique ; et c’est alors sans doute qu' Apollon quittant la Lycie et Patare, où il était adoré Phiver, revoyait son île natale.
Les Théories annuelles envoyées par les Cyclades, se dirigeaient vers Délos au son d'hymnes appelés Rhusia3; et, sur les vaisseaux envoyés par la Grèce, on chantait toute sorte de cantiques. Quand les théores débarquaient, des salles de festin leur étaient attribuées 6; et un de leurs compatriotes, habitant Délos,
1 Diog. Laert., II, 44.
2 Plat., loccit. — Xénoph., Mémor ., IY, 8, 2. — Corsini, Fast. ait., II, 320.
3 Diane est née le 6 à Délos. Cf. Diog. Laert., II, 44 ; III, 2.
* Dents Périég., Schol. Geogr , minores , éd. Didot, t. II, p.
450, 451. — Id. Comment. d'Eustathe , iUd., t. II, p. 399.
5 Vid., p. 16.
6 IIérodot., VI, 35.
JEUX DELIENS
auquel ils avaient décerné le titre de théorodokos, leur donnait l’hospitalité h
Les théores athéniens, envoyés pour sacrifier au dieu, le servir, lui offrir des présents , étaient montés sur le vaisseau chargé de porter les messages de l’Etat; ils étaient les ambassadeurs d’Athènes auprès du dieu.
Leur vaisseau qui, toujours réparé, était toujours l’ancien vaisseau de Thésée, marchait rapidement. On l’appelait soit 0swptç, soit ITapaXoc3, d’où le nom de UxooàoL ou de napalm 4, donné aux rameurs qui le montaient. Il portait des théores qui durant le voyage, faisaient entendre des chants d’une cadence
1 G. I. Gr., 2329. Cf. l’inscr. 1693 sur la théorodochia de Delphes.
2 Plat., IoC. cit ., Schol.
3 Plut., Thés ., 23. — Aristoph., Schol. in Aves , 147. — La théorie passe pour avoir eu 5 rangs de rames (IIérodot., IV, 87) ou neuf rangs de rames, ou bien en tout, trente rames. I[ est probable que d’autres vaisseaux ont été confondus avec la théorie. Athènes en effet possédait plusieurs galères sacrées; entre autres une galère à 4 rangs de rames, (Cf. Bœckh, Marine athénienne , p. 88) et la Salaminienne confondue à tort avec le Paralos. Elle s’est aussi appelée Délienne. (Gf. Bœckh, Econ. pol ., t. II, p. 78 et suiv. — Etym, MAG-N.,art. nàpa'Xoç. — Larcher, Mém. de Cacad. des inscr ., XLVIII, p. 297 et suiv.). Le navire Paralos a pu être ainsi nommé soit en l’honneur d’un héros Paralos, soit parce qu’il parcourait les rivages de l’Europe et de l’Asie ( Etym. magn., éd. Gaisford, 1848, loc. cit., innot.) — Athènes peut avoir eu jusqu’à 5 vaisseaux sacrés, le Paralos, la Salaminienne, appelée aussi Délienne, puis l’Antigonide, la Ptolémaïde et l’Ammoniade. Schol. in Dem , loc. cit.
4 Harpocr., art. ndpaTvo;. — Etym magn., loc. cit. — Aristoph., Schol. in Aves,. 147, 1204. Sur les dépenses faites pour l’entretien de la Théorie, Gf. Bœckh, écon. polit., loc. cit. — Sur les chants des théores, Cf. p. 16.
DÉLOS
grave et solennelle. Les théores, tous de condition libre, ne pouvaient pas être choisis en dehors de certaines familles. Du temps de Solon, ils laissaient à Délos deux hérauts qui, pendant une année, étaient les parasites du dieu h
Le vaisseau de Thésée fut pris par les Eginètes, en 495 av. J. -G.1 2, et, sans doute, rendu ensuite aux Athéniens, Il ne fut remplacé que du temps de Démétrius de Phalère 3.
§ IÏI. Les fêtes peut éétérides.
Délos connut en outre des fêtes plus solennelles qui, depuis Pisistrate 4, devinrent quinquennales. Certains peuples n’envoyaient-ils des théores qu’aux fêtes quinquennales? On ne sait. On ne sait pas non plus si les grandes fêtes déliennes avaient été annuelles avant Pisistrate.
Le document le plus ancien qui nous reste sur ces grandes fêtes est l’hymne homérique. Il nous prouve qu’elles attiraient les théories des villes ioniennes d’Europe et d’Asie et même d’autres cités 5. Le dieu ionien, comme aussi l’oracle dorien de Pytho, acceptait tous les hommages : Apollon n’a jamais été un dieu
1 Soph , Æd. ad Col., Schol. au vers 104.— IIarpocr., ad vert). — Athén., YI, 234.
2 Hérodot., VI, 87.
3 Plut., Thés., 23.
4 Thuc., III, 104.
•s H in Ap. Del. loc. cit. — Thuc., loc. cil.
LES FÊTES PENTÉÉTÊRIDES 257
'exclusif. On lui chantait à Délos des hymnes en tous les dialectes h
Les Ioniens assistaient avec leurs femmes 1 2 à ces premières fêtes détiennes, plus patriarcales sans doute que les jeux olympiques d'où les femmes étaient exclues.
L’assemblée présidait à des exercices de pugilat, à des danses, à des concours de poésie 3 4. Une tradition, certainement apocryphe, veut qu’Homère y ait disputé à Hésiode le prix de la poésie, et aussi que l’hymne du poète de Chios, déclamé sur l’autel de cornes, ait été copié par les Déliens et placé dans l'Artémisium ; et que les Ioniens, pour en récompenser l’auteur, l’aient nommé citoyen de leur confédération U
Sans doute, avant et après les jeux, des chants sacrés retentissaient. Il est assez difficile de déterminer dans quel ordre toutes ces belles cérémonies devaient se succéder. Probablement, le matin, les théores faisaient entendre leurs préludes et leurs pæans. Après les sacrifices et les lustrations accoutumées, les jeux commençaient, et ils se terminaient par le concours de poésie. Ensuite les vierges déliennes chantaient les hymnes consacrés 5, ceux d'Apollon, de Latone, d'Artémis. Elles répétaient les chœurs des femmes et des hommes anciens 6, c'est-à-dire les chœurs légués par
1 Yid. le préambule. — H. in Ap. del ., v, 160 et suiv.
2 H. inAp. del., v, 148.
3 H. in Ap. del., v, 149.
4 Pind., Schol. ném., II, 1. — Certam. Hom. et Eés., p. 325, éd. Gœt., — Baumeister, op. cit., p. 107.
3 H. hom. in Ap. del., 158.
6 Id., Ibid., 161 .
DELOS
les ancêtres ou les hymnes des Hyperboréens ; on chantait aussi les oîbrr/yoi1 et les poésies venues d'orient que le légendaire Olen avait composées en l’honneur d'Ilithye2. Au sondes castagnettes lesjeunes filles imitaient les chants de tous les peuples3. Leurs danses représentaient les douleurs de Latone, et peut-être, à une époque plus récente, les courses de Délos errante.
Une seule journée suffisait-elle à ces nombreuses cérémonies, et Diane était-elle fêtée un jour avant Apollon? La tradition à la fois Athénienne et Ephésienne qui faisait naître Diane le 6 4 5 et Apollon le 7 Thargélion 3, fut certainement adoptée à Délos ; mais nous ne savons pas à quelle époque. D’après l'hymne homérique, Apollon était né seul, et lesjeunes filles déliennes chantaient « Apollon, puis Latone, puis Artémis » . Mais il est possible qu'un chant consacré au seul Apollon lui ait assigné une sorte de priorité, et que la tradition qui fait naître Diane avant son frère ait été en vigueur à l'époque même où cet hymne fut composé.
Quand les Panionies et les Ephésies furent instituées, l’Asie cessa d’aller rendre à Délos son hommage accoutumé, et les jeux déliens tombèrent en désuétude. Cependant Athènes et lesCyclades envoyèrent toujours leurs théores, et d’autres peuples de la Grèce d’Eu-
1 Poll., Onom ., loc. cil.
2 Callim., H. in Del., 305.
3 H. hom. in Ap. del ., IGA.. — Sur les danses des jeunes filles détiennes, Cf. Plut., Thés., 21. — Lucien, De saltat., 16, 17.
4 Diog. Laert., II, 44.
5 Diog. Laert., III, 2.
LES FÊTES PENTÉÉTÉRIDES
rope, au moins les Messéniens, suivirent cet exemple. Eumélus leur apprit une prosodie sacrée la première fois qu'ils allèrent adorer Apollon Délien h
Plus tard, nous voyons à Délos des Éoliens 1 2 assister aux grandes Théories. Des habitants de Tauroménium envoient des présents au temple d’Apollon 3. Toutes les races grecques sont venues, à diverses époques, participer à ces fêtes. Reprenons la suite de leur histoire. Polycrate et Pisistrate renouvelèrent les jeux déliens: Polycrate, peu de temps avant sa mort, si bien qu'il ne retira aucun profit de sa piété 4. Il venait de conquérir Pile de Rhénée et de la consacrer à Apollon Délien 5. Pisistrate profita de cette donation pour purifier l’île sainte et enlever toutes les sépultures qui étaient en vue du temple ; il instituait en même temps la première penteétéride délienne, qui ne durait en réalité que quatre années révolues. Il réorganisa les anciens jeux et les concours de poésie. Il y joignit des courses de
1 Paus., IV, 4, 1.
2 Anon. ad Hermog-., IX, p. 454,
3 Du moins le nom de Tauroménium paraît devoir être restitué sur les inscriptions mutilées des amphictyonies. — On trouve dans Diod. sic., XII, 70, 5, que les Béotiens, vainqueurs à Délium, ont consacré une partie des dépouilles recueillies sur le champ de bataille à organiser des jeux dépens. Il s’agit peut-être de jeux déliens à Délium.
4Zênob., yi, 15 et passim. — Suidas, XII, 35 et XIII, 33. Polycrate demande a l’oracle s’il faut appeler Pythiens ou Déliens les jeux qu’il établit à Délos. Faisant allusion à la mort prochaine et inévitable du tyran Samien, l’oracle lui répond : Taùxd am xal xa\ nûQia. Zénobios explique autrement ce proverbe, mais son texte est probablement altéré (VI, 15).
5 Cf. Suid., loc . cit. et le Commentaire d’Erasme, ad verb.
chevaux, que l’on ne donnait pas auparavant. Le héraut proclamait les prix des vainqueurs : c’était un certain nombre de boeufs; mais, pour chaque bœuf, on ne recevait que deux drachmes attiques : sans doute deux drachmes étaient le prix d'un bœuf à l'époque où les jeux furent primitivement institués. Quelques auteurs ont pensé qu’une monnaie soit athénienne,, soit délienne, avait autrefois porté l'empreinte dun bœuf1.
Dix magistrats Athéniens, les tgpoTroiot', désignés par le sort, accomplissaient, aux grandes fêtes détiennes et à toutes les autres pentéétérides, sauf à celles des panathénées, tous les sacrifices prescrits par les oracles 2.
D'autres cérémonies, d’autres jeux ont été célébrés, peut-être à l'occasion de ces fêtes 3. On représentait les divertissements de l’enfance et delà jeunesse d’Apollon, on dansait autour du « mauvais autel » , et les mains liées derrière le dos, on mordait l’olivier sacré sous le fouet du prêtre 4.
1 De là le proverbe : « Avoir un bœuf sur la langue » signifiant : être payé pour se taire. — Cf. Zénob., loc. cit. — Pollux, IX, 6.
2 Etym. magn., ad verb. — Pollux, VIII, 107. — Aristot., Polit., VI, 5.
3 Cf. Alf. Maury., op. cit., t. II, p. 181 et suiv. Peut-être y joignait-on des concours de natation, des exercices de plongeurs. — On sait que les plongeurs déliens étaient célèbres. Socrate lisant un ouvrage d’Héraclite, d’un grand mérite, mais obscur, prétendait qu’il aurait fallu être un plongeur de Délos pour naviguer au milieu des écueils dont ce livre était rempli. Cf. Diog. Laert., Vit. Socr ., VII.
4 Callim., H. in Del. loc. cit., et le commentaire de Spanheim. Il est probable que cette cérémonie, à laquelle les ma-
LES FÊTES PENTÉÉTÉRIDES
La plus célèbre de ces théories est celle que Nicias organisa, mais elle ne se distingua des autres que par une plus grande solennité; car il ne semble pas que, depuis Pisistrate, rien ait été innové, ni que la série des pentéétérides déliennes ait été interrompue h
Lorsque Nicias conduisit à Délos la grande Théorie, des raisons politiques et religieuses fort puissantes Pinvitaient à célébrer cette cérémonie avec un éclat inaccoutumé. Un peu auparavant, pendant la sixième année de la guerre du Péloponèse, Pile avait été complètement purifiée; toutes les sépultures sans exception avaient été transportées à Rhénée; et défense avait été faite aux Déliens de laisser naître ou mourir dans leur patrie. Après avoir ainsi bouleversé à son gré Pile sainte, Athènes avait prétendu la posséder; et, Pannée suivante, elle en chassait les Déliens. Ensuite elle se repentit, les rappela, et peu de temps après, conclut avec les Péloponésiens une paix générale. Nicias, ennemi de la guerre, et sans doute favorable aux Déliens, fut chargé d'organiser les fêtes de la pentéétéride suivante : on comprend alors et l’enthousiasme des habitants de Délos nouvellement rendus à leur patrie, et les prodigalités du pieux Nicias.
Plutarque nous a conté longuement Phistoire de cette
telots se soumettaient volontiers, avait lieu à diverses époques de l’année.
1 Les Perses, qui ont vénéré Apollon Délien, brûlé sur son autel 300 talents d’encens, et plus tard rendu à son temple une statue pillée à Délium, n’ont pas entravé le culte d’Apollon Délien; et, du reste, aussitôt après la bataille de Salamine, la mer fut libre pour les Grecs jusqu’à Délos (Cf. Hérodot., VI, 97 et 118).
fête. Comme la foule qui se pressait devant le rivage à l'arrivée des théores les empêchait souvent de se déployer, Nicias 1 débarqua dans bile de Rhénée. Pendant la nuit, un pont couvert de riches tapis unit les deux îles, et le lendemain matin, la procession le traversa en chantant et descendit sur la terre de Délos au milieu de ses habitants émerveillés. Cette cérémonie fut suivie de sacrifices, de combats, de festins. Nicias consacra ensuite au dieu un palmier de bronze surmonté d'une victoire en or, et un champ dont le revenu, de 10,000 dr. dut être employé à un sacrifice et à un repas offert aux Déliens, parasites de la Grèce 2.
Depuis Nicias la série des pentéétérides ne paraît pas avoir été interrompue : Les amphictyons d'Athènes administrèrent les cultes déliens jusqu’à la fin de la guerre Lamiaque ; et même quand Délos fut libre (jusqu'en 166 av. J.-C.) les Athéniens ne cessèrent pas de lui envoyer la théorie 3. Il est fait mention des jeux déliens dans les inscriptions de Délos indépendante 4. Rendue aux Athéniens, elle jouit d’une prospérité qui permit sans doute à ses possesseurs de vaquer à toutes les cérémonies de sa religion. Peut-être furent-elles interrompues quand Ménophane eut détruit la ville
1 Plut., Nicias , 3.
2 Nous savions déjà par Athénée (IV, 172, 173) que les Déliens vivaient aux dépens des autres Grecs, mais le passage de Plutarque est le seul qui prouve que des repas leur étaient offerts. — Sur cette condition de parasites sacrés, d’abord estimée, bientôt méprisée, md infra .
3 Callim., H. in Del. 314.
4 C. I. Gr., 2267. — Il y eut encore des jeux à Délos sous la domination d’Athènes. Vid infra , et Finscr. des prémices.
LES MÉGALARTIES, LES THARGÉLIES 263
sainte et que Sylla se fut emparé d’Athènes *, mais Délos, sans devenir jamais prospère, se releva de ses ruines, et bientôt après, elle retomba au pouvoir d’Athènes, qui administra ses temples et son culte jusqu’à la chute du paganisme. Les hiéropii présidèrent alors à ses fêtes quinquennales.
Il est probable cependant qu’à partir du troisième siècle avant J. -G. elles eurent peu d’éclat. Presque tous les successeurs d’Alexandre avaient organisé dans leurs royaume des fêtes nationales et des jeux, et les Athéniens, maîtres de Délos durent surtout s’intéresser à leurs fêtes propres, aux Eleusiniennes, aux Pænathénées.
Les jeux déliens ne cessent pas à Pépoque romaine, mais on iPen parle plus guère 2.
§ IV. Les Mégalarties. — Les Thargélies.
On a mis au nombre des fêtes déliennes les Méga-
1 Vid. infra .
2 Lenormant, Recherches archéologiques à Eleusis, Paris, 1862, inscr. n° 3 «Les At^ux où DémétriusdePhalère avait eu un prix pour les chars, sont assez difficiles à fixer. On célébrait des jeux de ce nom à Délos et dans la plaine de Marathon, etc. » Ces jeux déliens sont mentionnés dans une scholie (Schol. ad Pindar. Olymp ., VII, 77, 87 et le comment, de Bœckh)* et nommés Ai]kia bn\ AïiMtj). Si la leçon est exacte, il s’agit de Délium et non pas de Délos, mais Boeckh (Cf. Pind., éd. Bœckh ad ioc. cit.) pense qu’il faut peut-être lire è-rci Ar^w. — Les « jeux déliens à Délos » sont mentionnés dans une inscr. probablement contemporaine d’Hadrien.Gf.HEYDEMANN,Z>^ Antiken marmor- Uldwerke , Berlin, 1874, n° 235.
DÉLOS
larties, qui n’ont peut-être pas été célébrées à Délos, et les thargélies qui sont Athéniennes.
On lit dans Athénée 1 que Sémus, au neuvième livre de son ouvrage sur Délos, mentionne des pains qui portaient un nom spécial (’A yatvaç) et que l’on promenait pendant la fête appelée Mégalartie.
Puisque la mention de cette fête se rencontre dans un livre écrit sur Délos, il y a d’assez fortes présomptions pour quelle soit délienne, mais on ne peut l’affirrner.
On a placé aussi à Délos des « Thargélies » qu’il faudrait confondre alors avec les fêtes de la naissance de Diane et d'Apollon. Ces thargélies sont Athéniennes. « Je sais 2, raconte Athénée, que le poète Euripide servit d’échanson , dans Athènes, aux opyr^zou'. Ils dansaient autour du temple d'Apollon Délien ; ils appartenaient aux premières familles Athéniennes, et avaient revêtu les manteaux théraïques. Cet Apollon est celui en l’honneur duquel on fête les thargélies ». Cette dernière réflexion n'aurait pas eu besoin d'être faite, s’il avait été question de l'Apollon de Délos. En outre, si la danse autour du temple avait eu lieu à Délos, l'échanson aurait suivi le chœur dans l'île sainte, et l’on n'indiquerait pas qu’il a rempli son ministère à Athènes.
Nous rappellerons , pour compléter cette liste des fêtes et des cérémonies déliennes, celles que les habitants de l’île sainte allaient célébrer au-dehors : un na-
1 Athen., III, 109, f.
* Athen., X, 424, f.
LES MÉGALARTIES, LES THARGÉLIES
vire de Délos a porté le feu sacré à Lemnos 4; plusieurs prêtres déliens ont contribué aux frais de Tennéétéride pythienne; et les Athéniens qui résidaient à Délos, devenue leur propriété, envoyèrent une Théorie aux fêtes des Panathénées, sous la conduite d’un archithéore élu 1 2.
Les autres particularités qui intéressent cette histoire religieuse figurent soit dans notre histoire politique, qu'elles servent à éclairer, soit dans nos documents archéologiques 3. Ils ne montrent pas, du reste, que les religions à Délos et l’organisation des cultes aient en rien différé de ce qu’elles pouvaient être ailleurs.
1 Cf. Supra, p. 88.
2 G. I. Gr.. 2270.
3 Rappelons ici que les Mystères de Délos se sont accomplis au sommet du Cynthe. Gf. Supra, p. 158.