‹ Recherches sur l'absorption et le rejet de l'eau par les grainesChapitre 26 sur 48 · SUR LA RUPTURE DU TÉGUMENT DES GRAINES AU MOMENT DE LA GERMINATION · texte numérisé non relu

SUR LA RUPTURE DU TÉGUMENT DES GRAINES AU MOMENT DE LA GERMINATION

La radicule, au moment de la germination, doit percer le

tégument pour se développer au dehors. Elle ne se contente pas de frouer simplement le tégument; on voit celui-ci éclater suivant une surface assez grande. Quelles sont les forces qui interviennent dans ce travail ? Telle est la question que nous allons aborder dans ce chapitre. Dans nombre de livres classiques, il y a à cet égard une erreur qu'il convient de reclifier. On trouve en effet dans ces ouvrages, des phrases dans le genre de celle-ci : « L’amande absorbant beaucoup d’eau, opère une forte tension sur le tégument qui finit par se déchirer. » Ainsi envisagée, la rupture du tégument semble causée par le phénomène de l'absorption de l’eau. Il est facile de montrer qu'il n’en est rien.

Des graines de Haricot, de Lupin, Moutarde, Fèves, Pois, Lentilles, elc., sont mises dans l’eau chloroformée. Elles se saturent d’eau, mais jamais on n’observe de rupture du tégument. Ce n’est donc pas la dilatation de l’amande qui fait rompre ce dernier.

Je ne connais à cette loi qu’une exception, c’est celle de la graine du Glaucium luteum. La graine mise dans l’eau chloroformée gonfle et éclate de la même facon qu'elle le fait au moment de la germinalion. Cette déhiscence s'opère d’ailleurs d’une manière toute particulière, sous la

Fig. 10. — Graine (grossie) de Glaucium lu-

leum.— T, graine vue sur le côté au moment de sa déhiscen- CEE AAS clapet cb; fente. II, coupe transversale de la graine au moment de sa dé-

forme d’un clapet (fig. 10) qui se soulève soit à droite, soit à gauche, sur l’une des faces planes de la semence.

Mais s'il est bien démontré que, à part l’exceplion précédente, l'amande est in-

hiscence; A, clapet;

Bi Hnande capable à elle seule, physiquement, de

faire éclater le tégument, peut-être v aide-l-elle un peu en distendant ce dernier. Voici qui prouve qu'il n’en est rien :

Des graines de Lupin, Haricot, ete., sont mises dans l’eau chloroformée jusqu’à saluralion. À ce moment, on découpe

avec un scalpel une calolte plus ou moins considérable du légument, sans entamer l'embryon. Le tégament est ainsi divisé en deux parlies : 1l reste en place, sans se rélracter et sans meltre à nu la surface de l’amande. Il n’est donc pas distendu par cette dernière.

Dans l'expérience précédente, on pourrait croire que la distension du tégument par l’amande s’est produite lentement et qu'au moment de la saturation, 1l s'est, pour aimsi dire, adaplé à cette distension el que c'est pour cela qu'il ne revient pas sur lui-même. Pour le savoir, coupons une graine sèche de Lupin en faisant passer le scalpel entre les deux cotylédons, et laissons l’amande et le tégument séparément dans l’eau. Au moment de la saturation, on voit que la première entre tout entière dans le second.

Des expériences précédentes, on peut conclure :

1° La déhiscence du tégument n'est pas produite par l'amande distendue d'eau:

2° L'amande gonflée ne produil même pas une tension sur le légqument.

La déhiscence du tégument et la sortie de la radicule sont des phénomènes essentiellement vitaux produits par la croissance de celte dernière.

Ce fait est à rapprocher du gonflement des grains de pollen. Ceux-ci, on le sait, éclatent généralement, sous la simple action de l'absorption de l'eau.

Celte radicule, devenant trop grande, finit par distendre le légument et le faire éclater. Le mécanisme de ce phénomène est d’ailleurs mal connu. Quand on compare la résistance considérable du tégument et ia fragilité relative de la radicule, on ne peul que se demander comment celle-là peut arriver à percer celui-ci. Pour ma part, bien que je n’aie pu mettre le fait en évidence, je suis persuadé que la radicule sécrète une diastase, laquelle ramollit localement le tégument, ce qui lui permet de le transpercer.

En effet, en examinant des coupes pratiquées dans le tégument au niveau de la radicule, on voit, au moment de

la déhiscence, les cellules plus ou moins dissociées, comme si elles avaient élé attaquées par une diastase. D'autre part, en isolant un grand nombre de léguments de graines germées, en les traitant par l’eau, l'alcool, et reprenant par l'eau, on conslale la présence manifeste d’une diastase, malheureusement en trop petite quantité pour qu’on puisse connaitre ses propriétés. On ne peut d'ailleurs savoir exactement son origine.

Toulelois, à l'appui de l'idée que j'émets, je veux ciler une expérience qui prouve manifestement que la radicule ne peut simplement, par sa force, percer le tégument.

Le petit appareil dont je me suis servi (fig. 11. 1) se compose essentiellement d’une baguette de verre effilée à la partie inférieure de manière à avoir exactement la même forme que la radicule, et portant à la partie supérieure un plateau de liège sur lequel on peut placer des poids. La baguette glisse dans un tube de verre, quila mainlient ver-

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