INTRODUCTION
La pathogénie du coma diabétique, malgré les nombreux travaux qui ont paru sur ce sujet, est encore pleine d’obscurités et demande des recherches nouvelles. Aucune des théories émises jusqu'à ce jour n’a pu résoudre la question; pas une d’entre elles n'a été à l’abri de justes critiques et n'a pu triompher des objections qui lui ont été faites. Si l'on considère, d'une part, que l'absence, la diversité ou l'insuffisance des lésions anatomiques ont été maintes fois constatées au cours des autopsies des diabétiques morts dans le coma, et que, d'autre part, on envisage la rapidité de la marche des accidents comateux, une fois qu'ils ont éclaté, et leur .irrémédiable gravité, la conclusion qui s'impose est que cette mort est due à un véritable empoisonnement, causé par une substance extrêmement toxique produite dans l'organisme même du malade.
Cette idée d’une anto-intoxication a trouvé de nombreux partisans; mais où les divergences commencent, c'est lorsqu'il s’agit de déterminer exactement le corps qui, par sa production anormale, ou exagérée, doit être regardé comme l'agent toxique. Les trois principales théories de la pathogénie du coma diabétique, qui sont énoncées dans tous les livres classiques, à savoir : la théorie de l'acétonurie, celle de la diacéturie, et celle enfin
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de l’intoxication acide, bien qu’elles aient été présentées par leurs auteurs respectifs comme étant en contradiction les unes avec les autres, et s’excluant mutuellement, sont, en réalité, reliées par une étroite parenté et découlent naturellement l’une de l'autre.
Or, il a été démontré que les substances incriminées par ces théories étaient impuissantes à réaliser le coma diabétique. Nous pensons donc que cet agent toxique est autre que l’acétone, l'acide diacétique ou l'acide B-oxybutyrique, bien que sa formation soit en corrélation avec la production de ces trois corps; et que ce doit être un nitrile, résultant’ de la désassimilation imparfaite des albuminoïdes dans l’organisme des diabétiques, dont les effets toxiques sont en tout comparables à ceux de l'agent causal des accidents comateux.
Mais, avant de poursuivre le but de nos recherches, nous devons nous acquitter d'un devoir de reconnaissance. Qu'il nous soit donc permis d’assurer de notre vive gratitude M. le Professeur Cornil, qui a bien voulu accepter la présidence de notre thèse et fut notre guide dès le début et au cours de nos études médicales. Nous adressons un hommage ému à la mémoire de M. le docteur Hanot, et nos remerciements profonds à nos maîtres dans les Hôpitaux, M. le Professeur Quénu, MM. les docteurs Richardière et Chipault.
Nous assurons également de notre reconnaissance M. le Professeur Gautier, qui nous a permis l'accès du laboratoire de Chimie de la Faculté, et M. le docteur Fiquet, chef de ce laboratoire, dont les conseils nous ont été précieux pour mener à bien notre travail.
Historique.
Trois théories pathogéniques du coma diabétique subsistent encore, reconnaissant pour cause des accidents comateux l’acétone, l'acide diacétique, ou l'acide $-oxybutyrique.
La première en date de ces théories, celle qui attribue à l’acétone la production du coma, a été nettement formulée par Kussmaul en 1874. Avant lui, plusieurs -observateurs avaient signalé la présence de l’acétone dans l'organisme des diabétiques succombant au coma. Von Stark, en 1828, Braud, en 1850, avaient remarqué l'odeur spéciale, chloroformique, exhalée par l’haleine de ces malades.
Petters (1857) avait obtenu de l'acétone par la distillation de l’urine et du sang d’une femme diabétique morte dans le coma. Kaulich (1860) confirma le résultat. des recherches de Petters en établissant d’une façon certaine que la substance trouvée par lui était bien de l'acétone. En outre, Kaulich émit l’assertion, sans toutefois en fournir la preuve chimique, que l’acétone ne se rencontrait pas exclusivement chez les diabétiques, mais encore dans les affections du tube digestif, dans le