INTRODUCTION
La découverte du vanadium remonte à une centaine d'années, mais ce métal ne fut isolé qu’en 1867 par: Henry-E. Roscoe (!).
Les recherches faites avant celle époque furent consacrées uniquement à l’étude de ses minerais. Ces recherches, d’ailleurs, furent nombreuses, car le vanadium se trouve répandu dans une quantité considérable de roches et de minéraux divers. Malheureusement il ne s’y trouve qu’en faible proportion.
Peu de travaux ont été faits sur cet élément et 1l reste encore beaucoup de points à-élucider sur la chimie du vanadium.
Vers 1877, W. Gerland (?}), le premier, fit quelques Communications importantes sur ce métal; mais ce n’est véritablement qu’à partir de l’année 1883 qu'il fut étudié
(:) E. Roscoe, J. chem. Soc., 2° série, t. VI, 1868, p. 322-350. (2?) W. GERLAND, Ber., t. IX, 1876, p. 869-875; t. X, 1877, p. 1513- 1516; t. X, 1877, p. 1516-1517; t. X, 1897, p. 2109-2116.
d'une façon remarquable par mon vénéré maître, MAINS Ditte,
C’est sous son inspiration que j'ai entrepris ce travail. Qu'il me permette de lui dire ici toute la gratitude et toute la reconnaissance que je lui garde, pour les savants conseils et les encouragements précieux qu'il n’a cessé de me prodiguer largement pendant le cours de ces années de recherches.
Les Mémoires qu'il a publiés (1) sur l’acide vanadique, sur ses combinaisons avec les bases alcalines, alcalinoterreuses et organiques, les acides hydrogénés et oxygénés, les vanadates doubles, etc. ont élucidé des questions restées obscures jusque-là et enrichi la Science d’une série de découvertes importantes.
Le vanadium étant un métal qui présente une avidilé extraordinaire pour l'oxygène, les combinaisons qu’il forme avec cet élément sont nombreuses. On connaît, en effet, les oxydes suivants : protoxyde, bioxyde, trioxyde, tétroxyde, pentoxyde ou acide vanadique.
L’acide vanadique est le seul de ces oxydes dont l’étude ait été faite presque complètement.
Parmi les autres, il en est un qui présente un intérêt tout particulier, tant par la facilité qu’il possède de se combiner aux divers acides hydrogénés ou oxygénés, aux bases alcalines et alcalino-terreuses, que par les propriétés remarquables de ces combinaisons elles-mêmes : c'est l'acide hypovanadique V?0', appelé encore quelquefois acide vanadeux ou tétroxzyde de vanadium.
Par le présent travail, nous verrons les rapprochements intéressants que l'étude de cet oxyde nous permettra de faire entre le vanadium et divers autres métaux, ainsi que la place qu’il peut occuper parmi eux.
(1) A. Drrre, Comptes rendus, t. XCVI, 1°° sem. 1883, p. 846-849; t. CI, 2° sem. 1885, p. 698-702; t. CI, 2° sem. 1885, p. 1487-1400; t. CII, 1% sem, 1886, p. 757-709; t. CII, 1°* sem. 1886, p. 918-r019.
Actuellement, en effet, on n’est pas encore arrivé à se mettre d'accord sur le rang qu'il doit prendre dans une classification, elles divers savants qui ont entrepris cette étude l’ont successivement classé dans tous les groupes.
C’est ainsi que Thénard, avec juste raison semble-t-il, le plaçait dans le groupe du fer, après le cobalt et le chrome; Berzélius, à la suite de la théorie électrochimique de Davy, le classa entre le chrome et le molybdène, non loin de l’arsenic et du bore; Frémy l’incorpora dans la famille du tungstène, Naquet dans celle de l’or; plus récemment, enfin, Moissan (!‘) proposa de lintercaler dans un groupe comprenant le bismuth, le niobium et le tantale.
Ce qu'il y a de certain, c’est que, suivant son degré d’oxydation, le vanadium peut être comparé successivement à divers métaux. Comme nous aurons l’occasion de le voir, il a des liens puissants avec plusieurs d’entre eux, qui nous permettront des rapprochements intéres-. sants.
Je me suis donc particulièrement attaché, dans ce travail, à l’étude de l’acide hypovanadique et de ses nombreuses combinaisons; je l’ai divisée en quatre Parties :
La première est consacrée uniquement à l’acide hypovanadique, sa préparation, ses propriétés ;
La deuxième, aux combinaisons qu’il forme avec les hydracides ;
La troisième, aux combinaisons qu’il forme avec les acides oxygénés, minéraux ou organiques ;
Et enfin, la dernière, à l’étude du groupe des sulfites doubles alcalins.
Avant de passer à la description de ces différents Chapitres, je tiens à adresser encore mes plus sincères remer-
(*) Moissan, Classification des corps simples.
A Ce CAEN,
ciments à M. Matignon, maître de Conférences à la Faculté des Sciences, pour la bienveillance qu'il m'a toujours témoignée et le grand intérêt qu’il n’a cessé de porter à mes