‹ Recherches sur l'Action thérapeutique du RadiumChapitre 22 sur 26 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Mme G.…. Victorine, 68 ans, atteinte d’épithélioma occupant la partie moyenne de la région naso-maxillaire droite. La tumeur est surélevée de 2 à 3 millimètres. Ses dimensions sont celles d’une grosse pièce de 5 francs. Une partie plus épaisse occupe la moitié externe de la tumeur. L'apparence est celle d’un gros champignon bourgeonnant, avec tendance aux hémorragies. Le début de la tumeur date de 1902. A cette époque la malade prétend avoir observé l'apparition d’un « bouton » qui n’a fait qu'augmenter depuis” ce moment.

Examen histologique de la tumeur de l'aile du nez. — Infiltration profonde des tissus dermiques par des bourgeons de cellules épithéliales ; ce sont de longs prolongements, partant perpendiculairement de la surface épidermique. Il s'agit d’un épithéliome d'origine épidermique. L'examen pratiqué avant les applications de radium, montre un certain nombre de cellules épithéliales en voie de karyokinèse,

Le 24 janvier 1905, la malade présentait l'aspect extérieurement décrit, et au niveau de la région sous-maxillaire droite on constatait un petit ganglion indolore, roulant facilement sous le doigt. Une application est faite avec une boîte contenant 30 milligrammes de bromure de radium, directement sur la tumeur. La petite boîte contenant la substance radioactive est appliquée au niveau du bord infé-

rieur pendant une durée de trente minutes ; au niveau du

= 98, bord supérieur et au niveau du bord externe, pendant trente minutes également.

Le 26 janvier, les applications sont continuées, Quatre applications de trente minutes chacune sont faites sur le pourtour de la tumeur.

Le 31 janvier, la tumeur présente une tendance à se détacher sur les bords. La malade se plaint également d’avoir senti des douleurs assez vives au niveau du point d'application. Quatre nouvelles applications sont faites, chacune pendant trente minutes, sur le pourtour de la tumeur. La plaie est un peu saignante.

Le 5 février, la malade est revue. On constate un érythème assez étendu tout autour de la région: traitée. La malade présente des troubles de sensibilité consistant en démangeaisons la nuit et en une sensation de chaleur continue. La tumeur n’est pas adhérente sur toute sa périphérie. En un point, elle semble se continuer par un pédicule de plain-pied avec la narine.

Le 7 février, quatre nouvelles séances de trente minutes chaque sont pratiquées sur le pourtour de la tumeur. On constate la persistance de l'érythème diffus au pourtour de la plaie, Le saignotement est assez intense, la tumeur présente également un suintement continu. La malade accuse quelques élancements au niveau du point traité. Le 19 du même mois, la tumeur régresse dans toutes ses dimensions, surtout dans son épaisseur ; la rougeur périphérique persiste ; il apparaît quelques vésicules impétigineuses, probablement dues à une légère infection secondaire surajoutée. Le 26 février, un ganglion situé au-devant du masséter, qui était

apparent avant le traitement, commence à grossir. La tumeur

diminue nettement dans toutes ses dimensions, la rougeur

également, sans qu'on observe de démangeaison. L'infection secondaire elle-même n'est plus visible. On aperçoit la peau située sur le rebord de la narine commencer à recouvrir l’espace précédemment occupé par la tumeur. Le 5 mars, la tumeur diminué encore. Le 4 mars, nouvelles séances de deux heures. Le 12 mars, la diminution continue, la peau saine commence à recouvrir la tumeur en gagnant la plaie par les bords. Le 21 mars, nouvelle séance de trois heures. Le 926, l'amélioration persiste, la tumeur diminue encore, et tend à se cicatriser superficiellement. Le 30 mars, l’affaissement de la tumeur continue, le ganglion situé au-devant du masséter droit persiste toujours, bien que paraissant en légère décroissance. Les ganglions persistent également au niveau de la région sous-maxillaire droite. Le 2 avril la tumeur s’affaisse de plus en plus. Une croûtelle rouge, creûse occupe la place de latumeur, qui a pris une teinte violacée. Le fond de la tumeur, la peau enlevée, présente une teinte grise, lisse, bourgeonnante. Le 7 mai, il persiste encore une croûtelle jaune au niveau de la plaie sous laquelle il existe un peu de pus. Les tissus d’alentour etde la base même de l'ancienne tumeur sont souples sans induration. Il persiste encore une teinte blafarde de la plaie en voie de cicatrisation totale. Les ganglions massetérins restent volumineux, ainsi que les ganglions de la région sous-maxillaire. Le 15 mai, la tumeur a totalement disparu. En somme, résultat appréciable, étant donné l'âge de la malade, le peu d’empressement mis par celle-ci à subir une intervention quelconque, et la mauvaise nature de la tumeur.

La guérison s’est maintenue jusqu'à ces temps derniers. À

la date du 15 octobre aucune récidive ne s'était déclarée

(Rehns, Salmon, Lehmann).

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