CHAPITRE III
Le radium dans les affections cancéreuses.
La première affection dans laquelle le radium a été essayé avec des résultats plutôt encourageants est l'épithélioma. Ce sont surtout les épithéliomas de la peau qui ont servi aux tentatives des thérapeutes.
Action sur les épithéliomes. — Le radium permet d'obtenir la guérison des tumeurs épithéliales bénignes. Cette action thérapeutique est banale ; l’on ne peut affirmer qu'elle est élective, spécifique, pour certaines cellules, certaines variétés de tumeurs.
La sensibilité maxima au radium s'observe avec les cellules épithéliales jeunes, dans les tumeurs malignes par exemple.
L'action du radium est moins rapide dans les cas de cellules cornées. Elle est moins facile encore s’il s’agit de molluscum graisseux, de nævi PEnensS res, de tumeurs congénitales…
L'application prolongée est plus indispensable pour les tumeurs cornées, kératinisées, relativement
peu sensibles au radium, que pour les épithéliomes cancéreux.
Sous l'influence des substances radioactives on peut obtenir la disparition de véritables tumeurs cancéreuses.
L'action du radium semble obéir à des lois toutes particulières : pendant deux semaines, la tumeur reste stationnaire, puis le néoplasme diminue progressivement sans phénomènes de sphacèle, comme si la tumeur se rétractait sur elle-même.
Il y a donc beaucoup d’inconnu dans la question de l'emploi du radium en thérapeutique.
Quelques mots sur la classification des épithéliomes de la peau empruntés en grande partie à la classification présentée par M. Darier au X° Congrès international de Dermatologie. L’épithéliome de la peau est une tumeur due à une prolifération atypique de l’épiderme ou de ses annexes. Les épithéliomes peuvent se ranger en quatre classes :
1° Epithéliomes dont les éléments subissent lévolution épidermique et souvent la kératinisation. Les amas néoplasiques disposés en lobules comprennent des cellules de la couche génératrice ou banale, mais surtout des éléments malpighiens. Epithéliomes spino-cellulaires (épithéliome pavimenteux lobulécorné, épithéliome malpighien, épithéliome adulte). Cette classe se subdivise en deux types
a) Type superficiel et végétant : épithélioma papillaire. Dans une variété «, des productions cornées épaisses surmontent les végétalions et pénètrent dans les bourgeons; épithéliome papillaire corné, papillome corné qui se rencontre dans n'importe
quelle région du corps. Dans l’autre variété £, végétation rosée; épithéliome papillaire nu, papillome épithélial simple ;
b) Type profond, plongeant, infectant, malin ; épithéliome cancroïde. Synonyme : carcinome spinocellulaire. Les amas néoplasiques végètent en profondeur, envahissent les tissus. Ulcération précoce, irrégulière, saignant facilement, surmontant un néoplasme dur. Début avec fissure, une érosion, une élevure cornée à base indurée. Aceroissement rapide, marche envahissante, engorgement ganglionnaire précoce, récidive fréquente. Siège de préférence : lèvres, langue, anus. |
2° Epithéliome dont les éléments ne subissent pas lévolution épidermique et la kératinisation. Epithéliome baso-cellulaire : épithéliome pavimenteux tubulé, épithéliome plat, épithéliome superficiel, ulcus rodens, endothéliomes. Au point de vue clinique, ces épithéliomes occupent les deux tiers supérieurs de la face sur les personnes âgées. Au début se proauit une petite élevure, un simple bouton rosé, gris Jjaunâtre ou de couleur normale, qui persiste pendant des années, se recouvre habituellement d’une squame ou d’une croûte, laquelle parfois surmonte une ulcération peu profonde, plane, granuleuse, peu saignante. Après une durée longue la tumeur se met à s'étendre, se creuse en ulcère, envahit lentement le voisinage, entamant le cartilage et les 0S, provoquant d'énormes et horribles destructions, l’engorgement ganglionnaire est tardif ou manque le
Journal, « Le Radium », 13 juillet 1905,
plus souvent ; la récidive est fréquente, sauf après ablation très large, et se fait souvent à longue échéance.
En dehors de la forme typique que l’on vient de citer existent deux formes que l’on peut rattacher à l’épithéliome baso-cellulaire.
a) Epithéliome adénoïde, les uns siègent sur le plastron sternal : épithéliome hydradénoïde ; les autres siègent dans la gouttière nasogénienne : épithéliome stéatadénoïde.
b) Cylindrome.
3° Epithéliomes nævo-cellulaires (verrue molle) : a) bénins ; bd) malins ; c) métastatiques.
Telle est la classification la plus récente des épithéliomes cutanés. Le traitement radiothérapique s'adressant surtout aux affections de cette nature situées à la superficie des tissus, nous avons cru qu'il était bon d’en rappeler rapidement les différentes catégories.
Action du radium sur les tissus cancéreux. — Il sera utile également de rendre compte en quelques mots des effets des substances radioactives au cours des processus de guérison des tumeurs superlficielles. À ce sujet nous rappellerons les expériences d’Apolant et de Cramer, effectuées sur des souris auxquelles on avait inoculé le cancer des souris et chez lesquelles le traitement radiothérapique fut mis en œuvre. Le cancer des souris est assez semblable au carcinome humain. Cramer a étudié les modi-
or A =) % D LP VU RAR SR D PE NÉS CA
fications de cette tumeur sous l'influence du rayonnement.
Il a sacrifié les divers animaux à des temps variables après l’exposition et a examiné au point de vue histologique les tissus en voie de dégénérescence, |
Ces points principaux résultant de l'examen des tumeurs ont consisté d’abord dans une prolifération marquée du tissu conjonctif, qui fut observée après sept à dix jours d'exposition. Dans le cas de douze à quatorze jours d'exposition, on observe la vacuolisation des cellules parenchymateuses, suivie de la mort de ces cellules. La disparition des cellules se fait grâce à l'intervention du sang et aux phénomènes de diapédèse. À ces phases primitives on observe également la formation rapide de nouveaux capillaires dans les interstices du tissu conjonctif. L'auteur a de plus constaté une différence marquée dans l'action produite sur les tumeurs soit par le radium solide, soit par unesolution d’émanation. Les solutions produisent de l’'engorgement des vaisseaux et des réactions plus diffuses dans toute la tumeur. Cependant, dans les tumeurs traitées par le radium solide, la localisation de la réaction ne correspond pas exactement à la surface exposée au radium, et les tumeurs examinées dès les quatre premiers jours consécutifs à l’application ne présentent pas de prolifération très marquée des tissus conjonctifs. Par contre, on rencontre du sang extravasé. Il se produit très souvent une hémorragie. On a essayé de pro-
duire une hémorragie dans les tumeurs par d’autres moyens, el les résultats ont démontré qu’à l’endroit où les parties centrales des lobules sont nécroséesil y avait accumulation plus grande des globules rouges, et qu'il se produisait très souvent une hémorragie entre la surface des lobules et le stroma. L’auteur a également recherché dans ses essais si la rate et les ganglions lymphatiques subissaient des altérations après les expositions aux rayons de Rœntgen ou aux radiations de substances radioactives. Heinecke, dans ses observations, avait montré que ces rayons avaient un effet général sur le système lymphatique et que la réaction était indépendante du siège d'application. L'abdomen de huit souris ayant une tumeur du dos fut exposé au radium.
Dans aucun cas il n’y eut ni arrêt ni diminution de la néoplasie. Donc l'effet sur les tumeurs n'était pas dû à une action générale sur le système circulatoire. Il est difficile, au cours des examens pratiqués à différentes périodes d'exposition, de reconnaitre les phases primitives de la réaction au radium. Les modifications subies par les tumeurs à différents stades de leur exposition sont comparables. Sur 3.000 tumeurs observées, l’auteur n’a constaté, au delà de quatorze jours de croissance, que dans un cas seulement une diminution marquée dans les dimensions de la néoplasie d'une façon indubitable. L'auteur pense également que l'hémorragie est une condition préliminaire dans tousles processus de guérison. L'hypothèse que le radium exerce une action élective sur le paren-
chyme devient improbable par la similitude de son action avecles processus spontanés. Le protoplasma des cellules de la tumeur a toujours paru plus facilement attaqué que le noyau. On n'obtient jamais de dégénérescence graisseuse, et les tissus de la tumeur sontenvahis par du tissu conjonctif qui subsiste indéfiniment à la place de la tumeur. Apolant n’a puobtenir l'expulsion de ces masses, gênantes pour les animaux puisqu'elles atteignaient les dimensions d’une cerise ou d’une châtaigne, qu'en provoquant par une irradiation prolongée une ulcération de la peau.
La présence des tissus conjonctifs est également confirmée par des recherches antérieures de Perthes, qui a étudié un certain nombre de careinomes traités par la radiothérapie. Il a constaté la fusion des cellules cancéreuses en une masse protoplasmique uniforme, à contours irréguliers, pendant que leurs noyaux se colorent de moins en moins bien. Bientôt apparaissent desleucocytes et des cellules conjonctives qui pénètrent dans la masse homogène et se faufilent entre les cellules cancéreuses encore conservées. Plus tard encore, le carcinome apparaît comme cloisonné par un tissu conjonctif fortement infiltré de petites cellules, et emprisonnant pour ainsi dire dans ses mailles, tantôt des fragments entiers de néoplasme, tantôt des cellules cancéreuses isolées, en voie de dégénérescence. En dernier lieu le processus aboutit à la disparition complète des éléments caractéristiques du cancer.
Nous allons passer en revue les différentes obser-
vations se rapportant au traitement du cancer cutané par le radium.