CHAPITRE I
En l’année 1898 se place la découverte du radium. Cet événement avait été précédé par des recherches et des notions nouvelles : en effet, on avait antérieurement prouvé l'existence des rayons cathodiques et des substances radioactives. À ces trois découvertes successives se rattachent trois noms : Rœntgen (1895), Becquerel (1896), Curie (1898).
C’est quelques mois après les communications du physicien de Wurzbourg que M. Henri Becquerel faisait à la Société astronomique de France une conférence sur la radioactivité de la matière. Il désignait sous ce mot nouveau une propriété de la matière € inconnue il y à cinq ans, disait-il alors, et dont l'étude soulève chaque jour des problèmes nouveaux. Il s’agit de la propriété qu'ont certains corps d'émettre spontanément ou, du moins, sans cause actuellement connue des radiations invisibles qui traversent les corps, que ceux-ci soient opaques ou transparents pour la lumière ». Telle est, d’après M. Becquerel, la définition de la radioactivité. C’est encore grâce à M. Becquerel que nous connaissons les substances douées de cette radioactivité. Il nous apprend que les composés d'uranium émettent, en l'absence de toute action lumineuse ou autre et avec
une intensité constante, des radiations impressionnant une plaque photographique, après avoir traversé du papier noir ou des lames métalliques. Les rayons ainsi émis possèdent en outre la propriété de rendre conducteurs de l'électricité les gaz qu'ils traversent, en sorte que, lorsque ces rayons passent près d’un corps électrisé, ils le déchargent. Tous les sels d'uranium possèdent cette double propriété ; quant à l'uranium métallique « il décharge les corps électrisés environ trois fois plus vite que ne le font ses sels » : ces résultats étaient obtenus par M. Becquerel en 1896. Or, en 1898, M. et Mre Curie entreprirent de rechercher si d’autres corps possédaient ces mêmes propriétés. Après avoir constaté, en même temps que M. Schmidt, que le thorium est également radioactif, ils observèrent que certains minerais d'uranium sont notablement plus actifs que le thorium. & Ils en conclurent qu'il existait d’autres corps radioactifs et se proposèrent de les isoler, se servant alors de l’électroscope comme le chimiste se sert du spectroscope. Ils retirèrent de la pechblende deux produits plusieurs milliers de fois plus actifs que luranium : l’un uni au bismuth, le polonium ; l’autre mélangé au baryum, le radium. Plus tard M. Debierne prépara un troisième élément, l’actinium. Ces préparations de plus en plus concentrées présentent une activité considérable qui va en croissant spontanément jusqu’à une certaine limite
pour le radium.
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Pour un même poids, l’activité du radium peut
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atteindre un million de fois celle de l'uranium. Les rayons émis excitent la phosphorescence de certains corps, colorent le verre et redonnent aux corps chauffés (spath fluor, verre) la propriété de redevenir phosphorescents par la chaleur. En outre les sels de radium, lorsqu'ils sont désséchés, sont spontanément lumineux.
« La recherche de ces corps est une opération très coûteuse, une tonne de résidus du traitement de la pechblende, l’uranium en étant extrait, contient environ 1 décigramme de radium. Le traitement subséquent peut être évalué à quatre ou cinq mille francs pour une tonne de résidus. » Ce qui met à
cinquante mille francs environ le prix de revient du gramme de radium.
Radium.
Préparation du radium. — C’est de la pechblende oùsetrouvent lestroissubstances radioactives nouvelles (polmium, radium, actinium, qu’on extrait le radium ; ces substances se trouvent dans la pechblende en quantité infinitésimale. «Pour arriver à les obtenir à l’état de concentration actuelle, on a été obligé d’entreprendre le traitement de plusieurs tonnes de résidus du minerai d’urane. Le gros traitementse fait dans une usine ; il est suivi de tout un travail de purification et de concentration. On arrive ainsi à extraire de ces milliers de kilogrammes de matière première quelques décigrammes de produits (2 décigrammes
par tonne) qui sont prodigieusement actifs par rapport au minerai dont elles proviennent, »
Enfin M Curie écrivait sur le même sujet: « Le radium est une substance qui accompagne le baryum retiré de la pechblende ; il suit le baryum dans ses réactions et s’en sépare par différence de solubilité des chlorures dans l’eau, l’eau alcoolisée ou l’eau additionnée d'acide chlorhydrique. Nous effectuons la séparation des chlorures de baryum et de radium en soumettant leur mélange à une critallisation fractionnée, le chlorure de radium étant moins soluble que celui de baryum. »
Extraction des substances radio-actives nouvelles.— Puis, entrant dans le détail des opérations, M®° Curie décrit ainsi l'extraction du radium et des substances qui l’accompagnent : La pechblende, extraite de Bohême à Joachimstal, est broyée et grillée avec du carbonate de soude, le résidu est lessivé à l’eau chaude, puis à l’acide sulfurique étendu. La solution contient l’uranium on rejette le résidu insoluble.
C’est dans le résidu que se trouvent les substances radioactives. Dans ce résidu constilué surtout par des sulfates de plomb et d’autres métaux tels que baryum, vanadium, le radium se trouve à l’état du sulfate le moins soluble. On élimine l'acide sulfurique du mélange pour solubiliser le radium. Cette solubilisation s'obtient par traitement du résidu par de la soude ordinaire bouillante et concentrée. L’acide sulfurique du plomb et des autres métaux est dissous à l’état de sulfate de soude. La portion
insoluble lavée à l’eau, traitée par l’acide chlorhydrique ordinaire qui dissout la matière, donne le polonium et l’actinium à l’état soluble ; on précipite le polonium par l'hydrogène sulfuré, l’actinium reste dans la solution de sulfure, on le précipite par lammoniaque.
Le radium reste dans la portion non solubilisée par l'acide chlorhydrique, on lave à l’eau cette portion de matière, on la traite par une dissolution concentrée et bouillante de carbonate de soude. Les sulfates de baryum et de radium sont transformés en carbonates. La matière lavée à l'eau attaquée par l'acide chlorhydrique étendu donne une dissolution de radium, polonium et aclinium. La dissolution filtrée est précipitée par l'acide sulfurique. On a ainsi des sulfates bruts de radium et de baryum radifère contenant en outre de la chaux et d'autres impuretés. La purification s'obtient par ébullition avec du carbonate de soude, puis par transformation des sels en chlorures. La dissolution de chlorure traitée par l'hydrogène sulfuré donne une petite quantité de sulfures conte-
nant du polonium. La dissolution filtrée, peroxydée
par le chlore, est précipitée par l’'ammoniaque pure.
Les oxydes et hydrates précipités contiennent de l’actinium. La dissolution filtrée est précipitée par le carbonate de soude. Les carbonates alcalino-terreux précipités sont lavés ettransformés en chlorures. Ces chlorures évaporés à sec, lavés avec de l'acide chlorhydrique pur donnentune dissolutionde chlorure de calcium alors que le chlorure de baryum radifère
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reste insoluble; par tonne de matière première on obtient 8 kilogrammes de chlorure de baryum radifère, d'activité soixante fois plus grande que l'uranium métallique.
Spectre du radium. — Une fois obtenus ces produits radio-actifs, suffisamment concentrés, mélangés en proportions variées de chlorure de baryum et de chlorure de radium, il restait à contrôler l'hypothèse de l'existence d’un ou de plusieurs corps simples nouveaux dans ces substances.
C’est ce qu’a fait M. Demarçay qui, à la demande de M. Curie, les a examinés par les procédés rigoureux qu'il emploie dans l’étude des spectres photographiques.
Cette analyse spectrale donna, pour le radium, avec des produits suffisamment purs, trois raies nouvelles, très fortes dans le spectre ultra-violet et deux bandes nébuleuses fortes, sans compter d’autres raies plus petites, toutes absolument distinctes des raies qui fournissent les corps simples connus. Ce spectre se rapprochait nettement de celui des métaux alcalino-terreux. Le radium était dès lors
définitivement découvert et classé.
Propriétés physiques et chimiques du radium.
Rayons émis par le radium. — Le nouveau corps simple a pour poids atomique 223. Eludiés par MM. Becquerel, Giesel, Meyer et Schweidler, Elster
nas MOde—
et Geitel, M. et Mme Curie, les rayons du radium reproduisent les mêmes propriétés que les rayons de l'uranium avec une intensité deux millions de fois plus grande. Ces différents corps émettent des radiations invisibles douées des mêmes propriétés que les rayons X, mais avec cette différence qu’au lieu d’emprunter commeles rayons X leur énergie à une source extérieure (la bobine d’induction ou la machine statique), ils émettent une radiation inépuisable qu'ils n’empruntent à aucune source visible. De plus les corpsradioactifs possèdenttrois propriétés fondamentales importantes : ils émettent d’une façon sponianée et continue des rayons qui impressionnent fortement les plaques photographiques, comme le ferait la lumière ; ils déchargent les corps électrisés ; ils peuvent traverser toutes les substances.
Comme les rayons de l’uranium les rayons du radium se propagent reclilignement, ne sont ni réfléchis, ni réfractés, ni polarisés. |
Constilution du rayonnement du radium. — Le rayonnement du radium est de nature plus complexe que le rayonnement de Rœntgen. |
Le rayonnement du radium est constitué par un mélange des trois espèces de rayons qu’on désigne par les lettres «, 8, y.
Trois espèces de rayons. — Les rayons + électrisés positivement, déviables par l’aimant dans un sens opposé à celui de la déviation des rayons cathodiques, sont assimilables aux rayons canaux des ampoules de Crookes.
Les rayons électrisés négativement, déviables par l’aimant, et dans le même sens que les rayons. cathodiques, sont assimilables à ces derniers.
Les rayons y ne sont pas électrisés et ne sont pas déviables par l’aimant ; ils sont assimilables aux rayons de Rœntgen.
Charge électrique. — Un sel de radium dans une ampoule scellée, isolante, émet à l'extérieur de l’électricité négative et se charge spontanément d’électricité positive. C’estle premier exemple d’un corps se chargeant spontanément d'électricité.
Effets de fluorescence. Effets lumineux. — Les rayons émis par le radium provoquent la fluorescence de certains corps. C’est M. Curie qui a découvert ce phénomène en faisant agir le polonium et le radium, au travers d’une feuille d'aluminium sur une couche de platino-cyanure de baryum. Mais un grand nombre de substances sont susceptibles de devenir phosphorescentes sous l’action des rayons de Becquerel. M. Becquerel a étudié cette action sur les sels d’urane, le diamant, la blende, etc. M. Bary a montré que les sels des métaux alcalins et alcalino-terreux, fluorescents sous l’action des rayons lumineux et des rayons Rœntgen sont également fluorescents sous l’action des rayons du radium. On peut également observer la fluorescence du papier, du verre, de la peau. Mais le platino-cyanure de baryum, le sulfure de zinc phosphorescent, le diamant deviennent par-
ticulièrement brillants.
Tous les composés du baryum radifère sont spon-
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tanément lumineux. Les sels haloïdes anhydres et secs émettent une lumière particulièrement intense. Cette luminosité ne peut être vue à la grande lumière du jour, mais on la voit déjà facilement dans une demi-obscurité ou dans une pièce éclairée à la lumière du gaz. La lumière émise peut être assez forte pour que l’on puisse lire en s’éclairant avec un peu de produit. Elle émane de toute la masse de la substance, landis que pour un corps phosphorescent ordinaire, la lumière émane surtout de la partie de la surface qui a été éclairée. A l’air humide les produits radifères perdent en grande partie leur luminosité, mais ils la reprennent par dessèchement (Giesel). Cette luminosité paraît être parfaitement constante et se conserver sans modificalion sensible. Avec du chlorure de baryum radifère très actif et très lumineux, la lumière change de teinte au bout de quelques mois, elle devient plus violacée, et s’affaiblit quelque peu, en même lemps le produit subit certaines transformations ; mais en redissolvant le sel dans l’eau, et en le séchant de nouveau, on obtient la luminosité primitive.
Dégagement de chaleur par les sels de radium. — Les sels de radium sont le siège d’un dégagement de chaleur spontané et continu. Les sels de radium, grâce à ce dégagement de chaleur, se maintiennent à une température plus élevée que la température ambiante un excès de température de 1°5 a été observé.
Effets chimiques. — Les composés du radium
En
constituent le premier exemple de substances spontanément lumineuses,
Coloration du verre. — Les radiations émises par les produits radifères exercent des actions colorantes sur le verre et sur la porcelaine. La coloration du verre, généralement brune ou violette, est très intense. Elle se produit dans la masse même du verre ; elle persiste après l'éloignement du radium. Tous les tubes se colorent en un temps plus ou moins long et la présence du plomb n’est pas nécessaire. 11 convient de rapprocher ce fait de la coloration des verres de tubes à vide, producteurs de
rayons de Rœntgen après un long usage.
Les rayons du radium colorent le papier, les sels haloïdes cristallisés des métaux alcalins, les composés radifères se colorent eux-mêmes en jaune ou en rose avec le temps et leur lumière devient violacée. La redissolution dans l’eau les rend incolores et plus lumineux.
Les rayons du radium brunissent le platino-cyanure de baryum et le rendent moins lumineux. Cela dans l’obscurité seulement, la lumière régénérant le platino-cyanure.
M. Giesel a préparé du platino-cyanure de baryum radifère. Quand ce sel vient de cristalliser, il a l’aspect du platino-cyanure de baryum ordinaire et il est très lumineux. Mais peu à peu le sel se colore spontanément, et prend une teinte brune, en même temps que les cristaux deviennent dichroïques. A cet état,
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le sel est bien moins lumineux, quoique sa radioactivité ait augmenté.
Radioactivité induite. — Les sels de radium sont capables de communiquer temporairement à toutes les substances qui séjournent un temps suffisant dans leur voisinage la propriété d'émettre elles-mêmes ce rayonnement ou de devenir elles-mêmes passagèrement radioactives ; c’est là le phénomène de la radioactivité induite. Le transport et la transmission de la radioactivité induite sont dus au dégagement par les sels de radium d’une émanation de nature gazeuse. Le phénomène se produit quand on place le corps que l’on désire activer dans une même enceinte fermée avec un sel de radium.
Enfin l'intensité de la radioactivité induite est encore plus forte si le sel de radium au lieu d’être à l'état solide est dissous dans l’eau, la solution étant placée dans l'enceinte close, toutes les parois de l'enceinte, tous les corps placés dedans sont activés.
Laradioactivité induite est indépendante du corps influencé. Le papier, le verre, le plomb s’activent de la même manière quand ils sont placés dans les mêmes conditions dans une enceinte activante. Tous les corps solides, liquides, gazeux peuvent aussi être amenés à un état tel qu'ils soient temporairement radio-aclifs aussi fortement que le radium lui-même ; ils émettent alors le même rayonnement que lui.
Les tubes remplis d'émanation perdent peu à peu. leur radioactivité ; au bout de quatre jours, cette
activité diminue de moitié, puis elle disparaît complètement.
Présence de l'hélium. — M. William Ramsay a constaté que le tube d'émanation renfermait un corps infiniment rare, l’hélium, qui lui avait été révélé par sa raie caractéristique. Pour expliquer ces phénomènes d'émission d'émanation sans perte apparente de poids du radium, on a cherché à rapprocher ce fait du phénomène des odeurs. Les parfums émettent des parcelles infiniment petites de matière dans l’espace et pendant un temps plus ou moins long.
D’après M. Berthelot, pour que 1 milligramme de musc disparaisse, il faut plus de sept mille ans. Pour le radium il faudrait soixante-dix-sept mille ans pour amener la disparition de 1 milligramme de cette substance.
Radiographies. — L'action radiographique des substances radifères est très intense. Le radium agit sur la plaque photographique à des distances plus grandes que le polonium. Les rayons actifs appartiennent aux groupes fet 7. Les métaux sont opaques, sauf l’aluminium qui est très transparent. Il n'existe pas de différence de transparence notable avec la chair et les os.
On peut opérer à grande distance et avec des sources de très petites dimensions. Au voisinage immédiat dela source radiante une plaque sensible est instan tanément impressionnée.
Action photographique. — L'action photographique du radium est extrèmement rapide à petite dis-
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tance. À grande distance on peut obtenir des radiographies avec le radium, en faisant un temps de pose suffisant. On peut parexemple obtenir la radiographie d'une boîte de compas, d’un portemonnaie, en utilisant quelques centigrammes de chlorure de baryum radifère placé dans une ampoule de verre. En opérant à 20 centimètres de distance quelques heures de pose sont nécessaires ; en opérant à 1 mèlre de distance, il faut une pose de quelques jours, mais les images sont alors très fines.
Nature des rayons de Becquerel.
« Le rayonnement de Becquerel, dit M. Curie, est constitué par un mélange de rayons chargés d’électricité déviables dans le champ magnétique, analogues aux rayons cathodiques, et de rayons non déviables par le champ magnétique et analogues aux rayons de Rœntgen. Ce mélange n’a rien qui puisse nous étonner. Dans les tubes à vide, les rayons X naissent de toute paroi frappée par les rayons cathodiques.
« D'autre part les rayons X, en frappant les COrps, donnent naissance aux rayons secondaires étudiés par M. Sagnac et ces rayons secondaires semblent formés eux-mêmes par un mélange de rayons non déviables et de rayons chargés d'électricité analogues aux rayons Cathodiques.
« L’analogie est donc grande entrel’émission spontanée des corps radioactifs et les rayons secondaires des rayons de Rœntgen. |
« Cette analogie nous avait frappé dès le début de celte étude et, depuis, elle n’a fait que s’accentuer ; mais la spontanéité du rayonnement est une énigme, un sujet d’étonnement profond.
« Quelle est la source de l'énergie des rayons de Becquerel ? Faut-il la chercher dans les corps radioactifs eux-mêmes ou bien à l'extérieur ?
«Conformément à ce qui vient d’être dit, on pourrait considérer les rayons de Becquerel comme une émission secondaire due à des rayons analogues aux rayons X traversant tout l’espace et tous les corps.
« Si l'émission prise dans son ensemble n’était pas une émission secondaire, cela pourrait être encore vrai pour l’un des deux groupes de rayons ; on pourrait considérer comme rayons primaires soit les rayons non déviables, soit les rayons déviables. Dans le premier cas l'énergie pourrait être empruntée au milieu ambiant, sous forme de chaleur, mais une semblable hypothèse serait en contradiction avec le principe de Carnot.
«Dans le second cas on pourrait avoir recours à l'hypothèse balistique telle qu’elle a été édifiée par Sir W. Crookes et MM. Thomson pour l'explication des propriétés des rayons cathodiques. Le radium émettrait d’une façon continue des particules extrêmement petites chargées d'électricité négative. L'énergie utilisable emmagasinée sous forme d'énergie potentielle se dissiperait peu à peu et cette manière de voir conduirait nécessairement à ne pas admettre
l’invariabilité de l’atome. »
Mode d'emploi du radium.
Mode d'emploi du radium.—Le radium s'emploie sous forme de sels :
Bromure de radium, Chlorure de radium, Sulfate de radium.
Ces sels sont accompagnés de baryum et seraient plus exactement nommés :
Bromure de baryum radifère, Chlorure de baryum radifère, Sulfate de baryum radifère.
Le bromure et le chlorure de baryum radifères sont solubles et lumineux ; le sulfate de baryum radifère n’est pas soluble dans l’orgauisme. Le bromure de baryum radifère est le plus employé pourles appareils à écran.
Pour les appareils à sels collés, le sulfate doit être utilisé de préférence au bromure.
Le sel de radium pur est celui dont, par une série de fractionnements longs et minutieux, on a éliminé du baryum.
Le bromure de radium pur est considéré comme ayant une activité deux millions de fois plus grande que celle de l’uranium métallique.
Les activités des sels de radium les plus employés parles médecins sont les activités :
Moyens de mesure de l'activité thérapeutique du
radium. — C'est une loi générale, écrit M. Béclère, que tout agent thérapeutique doit être dosé, les réactions curatrices qu'il provoque dépendent en grande partie d’une part de son degré d’activité, s’il possède une activité variable ; d'autre part de la quantité employée. Y a-t-il parallélisme entre la quantité de radium et sa valeur thérapeutique ? L’aclivité mesurée donne-t-elle un renseignement exact sur l’activité thérapeutique professionnelle du radium ? Par exemple, un échantillon de radium d’une activité de 300.000 a-t-il une action trois fois plus grande qu’un échantillon de 100.000 ?
C’est une question qui peut être résolue par l’affirmative.
Il importe donc de mesurer ces deux facteurs, activité et quantité.
Pour le radium l'activité de l’uranium métallique est prise comme unité.
On dit, par exemple, qu’un sel de radium a une activité 50, quand il a une activité cinquante fois plus grande que l’activité de luranium métallique.
L’analogie des réactions des radiations du radium avec celles des radiations émises par les ampoules de Rœntgen nous servira de point de repère dans la comparaison des moyens de mesure qui diffèrent peu entre ces deux agents physiques.
Tout d’abord le mode d’émanation des rayons X a son importance.
Le radiochromomètre de Benoist, utilisé pour mesurer le degré de pénétration desrayons X, peut servir
pour mesurer les effets du radium. Cet instrument se compose d'un disque d’argent très mince encadré par ‘douze petits secteurs d'aluminium, d'épaisseur croissante, allant de 1 à 12 millimètres.
L'image obtenue par application du radiochronomètre sur l'écran fluorescent où sur la plaque photographique rend compte de la qualité des rayons émis.
La quantité des rayons émis par un tube à rayons Rœntgen se mesure encore au moyen du chromoradiomètre d'Holzknecht. Certains sels soumis à l'influence des rayons X sont colorés et l'intensité de coloration pour une épaisseur déterminée de ces sels est proportionnelle à la quantité de rayons absorbés.
Le chromoradiomètre de Holzknecht se compase de deux parties : 1° une série de réactifs isolés ; 2 une échelle repère.
Chaque réactif est contenu dans un godet.. On place ce godet tout près de la région irradiée sur la peau du malade. L'échelle repère se compose de douze divisions (unités H) établies par des godets analogues à teinte progressivement croissante,
Pour le radium en particulier, la mesure de préférence employée par les physiciens est fondée sur les phénomènes d'influence électrique. L'instrument employé dans ce but est l’électroscope à feuilles d'or. Deux plateaux métalliques électrisés, l'un positivement et l’autre négativement, sont séparés par une couche d'air qui les isole; mais si cette couche d'air est traversée par le rayonnement du
radium, elle devient conductrice et il s'établit entre les deux plateaux un courant électrique dont l’intensité dépend de celle du rayonnement qui rend l'air conducteur. La mesure de l'intensité de ce courant permet donc de mesurer indirectement l'intensité du rayonnement. E
La méthode chromométrique va également trou-. ver son emploi pour évaluer l'intensité du rayon- nement; mais l'expérience montre qu’une application de sel de radium et uneirradiation de Rœntgen capables de colorer également un godet réactif, sont loin de provoquer les mêmes réactions sur la. surface culanée. Il n’en reste pas moins que, pour définir le degré d'activité efficace d’un sel de radium enfermé dans un récipient, il est très commode d'appliquer ce récipient sur un godet réactif d'Holzknecht et de mesurer le temps nécessaire pour lui donner une teinte déterminée.
Le radiochromomètre de Benoist pourra servir à mesurer également le degré de pénétration des rayons émis par le radium; en général les rayons du radium mesurés au radiochromomètre par la méthode radiographique se comportent comme une ampoule de Rœntgen extrêmement molle, justifiant ainsi l’appellation donnée aux sels de radium qui représenteraient l'édition de poche de l’ampoule de Rœntgen, mais une ampoule minuscule et extraordinairement molle.
Les propriétés fluoroscopiques peuvent également être employées pour rechercher l’activité des sels
Ed à Au,
radioactifs, suivant l'intensité d'éclairage de l'écran fluorescent une approximation pourra être faite au sujet de la puissance des émanations radioactives.
Mode d'application.
Comme pour les rayons X, on peut suivant les cas essayer des applications de longue durée pour tâcher de faire absorber à la peau ou à la région traitée le maximum de radiations, ou bien donner chaque jour une dose de très faible activité jusqu’à ce qu'on arrive à la quantité voulue, puis on attend que les premiers symptômes de réaction apparaissent, ou bien encore on fait deux à trois applications de durée moyenne, à un ou deux jours d'intervalle.
Dans notre pratique personnelle nous avons eu recours à une méthode plus en rapport avec des applications de durée moyenne ; la lésion à traiter sera le meilleur guide dans l'emploi répété ou espacé du sel de radium. L'aspect pris par le tégument environnant la lésion ou par la lésion elle-même servira d'indication dans la conduite à tenir au cours des séances ultérieures. Il est évident que les applications différeront avec la nature des affections, qu'une application de temps identique ne produira pas les mêmes effets sur une plaque de psoriasis et sur un tumeur néoplasique.
Nous appliquions directement des substances radioactives sur la tumeur ou la plaie lupique…
Les appareils employés aujourd’hui doivent être
désinfectés chaque fois que l’on s’en est servi, après on peut sans danger d'infection faire des applications avec le même échantillon sur divers individus atteints d’affections diverses.
Nous ne nous sommes servi d'aucun 110yen de mensuration, d'aucun radiochromomètre. Nous n'avons pas observé d'accidents, de radiodermites, mais une cicatrisation assez rapide.
Et cependant, nous faisions des applications prolongées de substance radioactive, des applications dépassant une heure sur un même point. L’application prolongée est plus indispensable pour les tumeurs cornées, kératinisées, relativement peu sensibles au radium, que pour les épithéliomes cancé-
reux.
Appareils.
Appareils. — Actuellement il existe différents modèles d'appareils :
Les appareils se divisent en : appareils à écran et appareils à sels collés, ces derniers ayant l'avantage de pouvoir utiliser d’après les constructeurs 90 0/0 du rayonnement perdu par l'écran des premiers appareils.
Appareil à écran. — Un type d'appareil à écran constamment employé est ainsi constitué : Une première boîte contenant la substance radioactive et une deuxième boîte entourant la première et formant écran protecteur pour l'opérateur qui se trouve ainsi pendant le transport ou pendant la manipulation
à l'abri de toute action nuisible. Cette dernière boîte est entièrement métallique et présente une ouverture à sa partie supérieure, ouverture qui peut être fermée grâce à la présence d’un bouchon à vis.
C'est un appareil qui peut être employé pour les applications thérapeutiques et radiographiques ; il peut être également utilisé dans l'étude de l’électricité atmosphérique. Le sel, étant enfermé dans un espace hermétiquement clos, ne prend pas l’humidité et émet par suite un rayonnement sensiblement constant. Si toutefois, par suite de manifestations répétées, le sel avait repris une certaine quantité d’eau, il suffirait de sortir la petite coupelle en verre de la boîte et de la placer pendant quelques instants dans une étuve à 10 degrés,
Si l’on désire recueillir l'émanation émise par le sel de radium, il est préférable de l’humecter d’eau ; on a reconnu, en effet, que le sel en solution dégage beaucoup plus d'émanation que le sel solide. A cet eflet la coupelle de verre est placée dans un flacon bouché l'émanation produite s’accumuie et se mélange aux gaz qui sont contenus dans le flacon.
Un passage de quelques instants à l’étuve chasse l'eau et ramène ainsi la substance radioactive à son état initial.
Si l’on retire la boîte intérieure, l’écran d’ébonite évidé laisse à découvert le fond de la coupelle de verre et permet d'examiner au travers de celui-ci la luminosité du sel radioactif.
L'appareil de M. Béclère est du type des appareils