DE LA DENTITION DE L'HIPPOPOTAME
Jetons maintenant, pour compléter cet aperçu, un coup d'oeil sur la dentition du jeune Age et sur celle de l'âge adulte.
De la dentition de hat. — Cuvier ert Wainville sont en désaccord sur la dentition de lait, et par conséquent sur l'interprétation de la formule dentaire de l'Hippopotame.
Suivant Cuvier (1), l'Hippopotame a, à chaque m&choire et de chaque côté, quatre dents de lait, dont trois seulement sont remplacées. La seconde dentition frisant éclore trois dents de
(1) Omm* /«t., 3- édtt», i. I er , p. 267.
plus sur chaque moitié de mâchoire, l'adulte a en tout vingtquatre molaires ; il accepte donc en tous points la formule donnée par Daubenton (1) .
Suivant Blainville, il n'y a sur chaque mâchoire, de chaque côté, que trois dents de lait qui sont toutes remplacées. A ces trois dents de remplacement la seconde dentition en ajoute quatre qui n'étaient point représentées dans la première. L'Hippopotame a donc, suivant lui, vingt-huit molaires en tout, savoir, sept aux deux côtés de chaque mâchoire (2) .
M. Owen compte également sept molaires, mais il les groupe autrement. Il admet en effet quatre prémolaires remplaçant quatre molaires de lait, et trois vraies molaires (3), formule dentaire qu'il considère comme typique dans les Mammifères monodelphes (4).
En décrivant à notre tour les faits, nous donnerons la raison de ces divergences, qu'expliquent certaines irrégularités dans l'ordre d'apparition des dents.
Il y a en réalité sept molaires dans l'Hippopotame adulte, dont la première est caduque, ainsi que le veulent Blainville et M. Owen. Il n'est pas moins certain que sur ces sept molaires, quatre remplacent des dents de lait. Cuvier avait cru à tort que la première molaire de lait tombait sans être remplacée.
Mais les quatre molaires de lait n'apparaissent pas toutes en même temps, et il en est de même des vraies molaires.
(1) Hist. nat., édit. princeps, in-4°, t. XII, p. 59.
(2) Ostéographie.
(3) Odontography.
(4) Sur les caractères et les principes de division de la classe des Mammifères, 4857.
Au moment de la naissance, il y a à chaque mâchoire trois molaires de lait prêtes à éclore, et qui percent presque aussitôt la gencive ; la première et la seconde sont simples et coniques, la troisième est compliquée. Cette troisième dent est très-robuste et naît, à la mâchoire supérieure, sous cette masse de l'os maxillaire qui s'articule avec le jugal.
Outre ces trois dents dont l'apparition est simultanée, la tubérosité maxillaire, qui est fort saillante, ainsi que nous l'avons déjà expliqué, contient, derrière la troisième molaire de lait, deux germes plus tardifs. L'antérieur est celui de la quatrième molaire de lait, le postérieur est celui de la première vraie molaire.
Au bout d'un certain temps, et dès avant la chute des trois premières molaires de lait, ces deux dents éclosent presque simultanément. Ainsi la première vraie molaire est, pour ainsi dire, contemporaine de la dentition de lait; elle fonctionne avec les dents qui la composent, et s'use en même temps qu'elles.
Cette usure est déjà fort accusée quand le germe de la deuxième vraie molaire, grandissant peu à peu, fait à son tour éruption. C'est à partir de cette époque que les quatre molaires de lait sont, d'avant en arrière, successivement remplacées, et que la troisième vraie molaire apparaît et fonctionne à son tour, juste au moment où la quatrième fausse molaire remplace la quatrième molaire de lait (1).
(4) Orner, Oisem.fou., 3*édit., 1865, t. I", <" partie, p. «88.
m ANATOMIE DE L'HIPPOPOTAME.
Il résulte de cet ordre de succession, au premier abord irrégulier, qu'il y a un moment de la vie de l'animal où les fausses molaires et les deux molaires postérieures, ayant leurs sommets encore intacts, forment deux groupes séparés par une première molaire usée jusqu'au collet de sa couronne. Cette dent, en effet, a fonctionné longtemps avant les autres avec les premières molaires de lait; elle s'est usée avec elles, et cette usure est frappante au moment où entrent en fonction les. autres molaires encore intactes. Cette irrégularité apparente est donc suffisamment justifiée. Son but évident est d'assurer la continuité de la mastication pendant la phase àm renouvellement des premières dents et de l'éclosion des vraies molaires (1).
Quoi qu'il en soit, les faits sur lesquels nous venons d'inrsister permettent d'expliquer la divergence qui existe, au sujet de ki dentition de l'Hippopotame, entre Cuvier et BlainvUle» Cuvier comptait trois molaires de remplacement en arrière dç la première molaire de lait, qu'il considérait à tort comme a'étant point remplacée, et il en concluait qu'il y a en effet quatre molaires de lait; Blain ville, au contraire, ayant vu dans les jeunes animaux les trois premières molaires de lait appar» rai tre simultanément el percer la gencive longtemps avant 1*
-(r) Les cltoses se passent de la même manière dans les Tapirs, les B t f m m* et I les Kuminants. Mais la première molaire D'est pas usée au môme degré, ce qui semble, prouver que les phénomènes de dentition s' accomplissent dans un temps beaucoup plus court. Quant aux Rhinocéros, les choses ont lieu chez eux comme dans les Hippopotames. (Cf. Blaiaville, Ostéographie, g. Hipp. t p. 33. Paris, 1847.} .. .,.
quatrième molaire de lait, avait attribué celle-ci à la série de la deuxième dentition, sous le nom de dent principale.
La formule dentaire typique des Monodelphes, telle que l'ont formulée MM. Waterhouse et R. Owen, demeure donc intacte. Une série de sept dents molaires adultes comprend toujours dans ces animaux quatre dents de remplacement. Il en est ainsi pour l'Hippopotame, dont la dentition peut être comparée, avec la plus grande exactitude, à celle des Cochons.
Après ces considérations générales, il me semble fort à propos de décrire en détail les dents de lait et les dents de la seconde dentition. Je crois permis, dans l'intérêt des déterminations ostéologiques, de traiter cette question avec quelque étendue, et ce sera le sujet de l'article suivant.