DE L'AGE ADULTE
Déjà, au moment de la naissance, des modifications importantes se sont produites dans la forme du crâne. La face s'est accrue dans son ensemble; les ailes des apophyses jugulaires, les orbites, les apophyses zygomatiques et l'os malaire ont acquis une plus grande* saillie; les fosses temporales se .sont sensiblement dilatées, les os intermaxillaires ont acquis un plus grand volume; l'os lacrymal occupe déjà un espace moindre dans la ceinture de l'orbite; enfin, les dernières traces des os épactaux ont définitivement disparu , par suite d'une soudure complète de ces os aux pariétaux. Ces modifications, sans avoir fait complètement disparaître la physionomie de l'état fœtal, indiquent déjà une tendance évidente aux formes de l'Age adulte.
La tubérosité molaire du maxillaire supérieur présente, au moment de la naissance, un développement excessif; elle se prolonge en arrière au-dessous de l'orbite, au point de toucher
fttt ANATONIB SU L'HIPPOPOTAME.
m quelque sorte la digitatkm antérieure de la grande aile du sphénoïde ; elle s'étend de la sorte au delà du bord postérieur de la voûte du palais. La portion de cette voûte qui est constituée par les lame* palatales 'des ptabtins antérieurs se prolonge en pointe entre les tubérosités molaires et se terioritae au niveau de l'extrémité postérieure de la troisième molaire de lait. Cette troisième molaire est logée à cet âge dans le maxillaire au-dessous du point où il s'articule avec l'os malaire. Le germe de la quatrième molaire de lait et celui de la première molaire adulte sont logés dans cette partie de la tubérosité maxillaire qui se prolonge sous l'orbite. J'indique ces relations avec une précision qui paraîtra peut-être fastidieuse, parce qu'elles se modifieront au fur et à mesure des changements qui se passeront par la suite.
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Ces changements sont fort importants, surtout en ce qui concerne les relations des séries dentaires avec la tète.
Peur énoncer avec plus de précision les différentes modifications qui changent graduellement la physionomie de ta tète, M«& indiquerons en premier lieu celles qui influent sortes proportions réciproques de ses différentes parties et qui affectant* la ferme générale; nous étudierons, en second Ken, les altérations que subissent la forme et les relations de ses prn-
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Mocbfcaikms <? ensemble. -?- Un premier changement frappe au premier abord les yeux. La région faciale s'allonge de plus en plus* Engagée d'abord sur le crâne, la mâchoire supérieure, en se développant* se dégage toujours davantage. Il en résulte une conséquence naturelle : le crâne, chez l'animal adulte, est, eu 'égard à la région faciale, beaucoup plus court que dans l'animal naissant.
Pendant que cette modification s'accomplit, d'autres changements affectent les proportions de la tête suivant sa largeur. Ainsi:
1° La face occipitale du crâne s'est singulièrement élargie. Cet élargissement est dû surtout à la dilatation des crêtes en forme d'ailes qui naissent des apophyses jugulaires, et au développement en tous sens des crêtes occipitales. Ces modifications, fort accusées dans VBippopotamus ampMàius, le sont davantage encore dans une espèce fossile analogue, V Hippopotames major.
2° Les arcades zygomatiques, assez peu écartées du crâne dans l'animal nouveau-né, s'étalent à partir de leur racine dans l'animal adulte, et décrivent horizontalement une courbe trèssaillante. Ainsi, d'une arcade zygomatique à l'autre, la largeur de la tête a reçu un accroissement sensible. .
V Les Orbites contribuent de leur côté à cet élargissement, les lames osseuses qui en constituent la paroi s 'étant prolongées en divergeant, tout en se relevant de plus en plus. Toutefois la dilatation des lames frontales au-dessus des orbites n'égalant pas celle des os malaires situés au-dessous, il en
m ANATOMIE DE L'HIPPOPOTAME.
résulte une obliquité prononcée du plan des ouvertures orbitaires qui regardent manifestement en haut. Cette particularité coïncide dune manière toute naturelle avec la disposition des globes oculaires.
h° Les parties antérieures de la région maxillaire offrent un élargissement analogue. Les intermaxillaires, en écartant les maxillaires qui enveloppent à leur tour des canines divergentes d'un volume énorme, donnent à cette partie de la face une largeur difforme.
Ainsi l'élargissement porte simultanément sur la région occipitale, sur la région zygomatique, sur la région orbitaire, et sur l'extrémité antérieure de la région maxillaire ; mais le crâne, en avant des orbites, et la face, immédiatement au devant de la dilatation des os malaires, ne participent point à cet élargissement de la tête; elle parait, pour ainsi dire, étranglée entre ces deux régions. Cette circonstance, qui donne à la tête de l'adulte une physionomie bizarre, était à peine indiquée dans le fœtus et même dans l'animal naissant.
5° Des modifications parallèles altèrent la forme de la mâchoire inférieure. Les ailes recourbées en avant qui terminent ses angles ont acquis up plus grand développement; leur divergence s'est accrue, et, grâce à ces modifications, la mâchoire s^st énormément élargie en ce point. Elle s'élargit également au niveau des canines, dont les alvéoles divergentes acquièrent une saillie inusitée. Enfin, il résulte de l'obliquité teujwjFS croissante à partir de la naissance du plan de ses branches, que levtt bords alvéolaires semblent converger de
plus eft plus, tandis que leurs bords inférieurs s'écartent toujours davantage.
Modifications de détail. — Examinons maintenant avec plus de détail les changements que le développement imprime à la forme des principales parties constituantes.
Nous avons déjà indiqué le développement excessif des crêtes occipitales; leur grandeur est proportionnelle à la force musculaire que doit déployer ranimai pour mouvoir une tête d'un poids énorme. Elles se prolongent d'une part, en se dilatant à la manière d'une apophyse transverse, sur les côtés des apophyses jugulaires de l'occipital, et d'autre part en se continuant sur le bord supérieur des apophyses zygomatiques, où elles constituent un contre-fort saillant qui forme la paroi externe de la gouttière postérieure ou coronoïdienne de la fosse temporale. L'ouverture dû conduit auditif, fort étroit et fortement dirigé en haut, occupe le sommet de l'angle compris entre ces deux prolongements des crêtes occipitales; des rugosités osseuses l'entourent de toutes parts.
La fosse temporale surtout a acquis des formes très-différentes de celles du jeune âge. L'apophyse zygomatique, qui, alors, se portait presque immédiatement en avant, se dilate à sa racine en une aile transversale très-haute et fort épaisse; après quoi elle se recourbe brusquement et presque à angle droit, pour s'articuler avec l'os malaire par un prolongement aigu qui vient se terminer à la base de l'épine postorbitaire ; ajoutez à cela l'énorme dilatation transversale de cet os, et
celle des lames orbitaires du frontal, et il sera facile de com-
prendre comment l'ouverture de la fosse temporale, énormément agrandie, acquiert, chez l'Hippopotame adulte, la forme d'un quadrilatère très-approchant d'un carré. Sa largeur, en effet, égale sa longueur, et ses côtés opposés sont sensiblement parallèles. L'aire de oe carré l'emporte singulièrement sur celle de l'orbite, et ce changement est d'autant plus remarquable, que l'inverse avait lieu chez l'animal naissant.
Les parois temporales du crâne ont subi des modifications bob moins remarquables. .Non-seulement toute trace de sillon, comparable aux bosses pariétales, a complètement disparu sur ces parois, mais chacune d'elles semble au contraire creusée de haut en bas en une large gouttière que limitent en arrière le prolongement de la crête occipitale, se continuant sur la base de l'apophyse zygomatique, en haut et en avant la crête sagittale, devenue très-saillante et se bifurquant à la partie supérieure du frontal pour se prolonger de chaque côté sur les ailes orbitaires de cet os, jusqu'en un point de ces ailes que l'on peut considérer comme représentant «ne apophyse orbitaire externe.
Ces différentes crêtes forment évidemment la limite des attaches du muscle temporal, et la gouttière postérieure qu'entbrane la courbure die l'apophyse cygomatique A sa racine, et que nous avons désignée sous le nom de coronoïdtenne, est destinée à loger un fcisoeau distinct du muscle tempocai, qui agit sur l'apophyse coronoïde, et qu'on peut i bon droit appeler muscle coroaoïdieu. Toutefois la disposition gét>érale des surfaces osseuses, bien que très-accusée^ est beaucoup moins
favorable à Faction de ce muscle dans l'Hippopotame que dams les animaux carnassiers. Les modifications intrinsèque» du frontal sont également très-accusées. La saillie des voûtes orbitaires est telle chez l'animal adulée, qu'au lieu de former, comme dans l'animal nouveaunoé, une bosse arrondie vers son milieu, l'os présente, en ce point et dans l'intervalle des deux branches de bifurcation de la crête sagittale, une dépression assez accusée pour laisser en saillie la racine des os
Le frontal présente encore une autre particularité fort caractéristique» On voit en effet le bord postérieur de ses lame» orbitaires se recourber élégamment, et se continuer en une crête mince* et à tranche régulière avec des lames semblables émanées du pariétal et de l'os squameux. L'ensemble de cette crête décrit des ondulations élégantes, et forme sur les côtés du crâne une ligne de démarcation très-précise entre la fosse temporale proprement dite et la cavité orbi taire. Cette disposition, fort apparenta daos YHippopotomus arnphMus, Test beaucoup moins dans l'Hippopotame de Libéria, et se trouve à peine indiquée dans les Cochons et les Pécaris. L'ouverture de l'orbète, b peu près elliptique éms l'animai naissant, se rapproche sensiblement dans l'adulte de la forme circulaire. Son arc swpéviewr, toutefois est d'à» rayon un peu- plus grand qm som are infériew.
Une modification plus importante »'est produite dan» la composition de ses bords. L'o& kwryn»! en faisait partie dans le- fattu* et cbez l'animai H»wre:»-»év mais, ehez l'adulte^ le
frontal et l'os malaire, en se dilatant, l'ont dépassé, et, se réunissant sur le bord de l'orbite, le circonscrivent et l'en séparent définitivement. Ajoutons que l'os lacrymal présente lui-même une parlicularité intéressante en se dilatant audessus de la tubérosité maxillaire en une masse spongieuse très-fragile, dont les cellulosités sont en communication avec celles des fosses nasales.
Les modifications que présente l'extrémité antérieure de la face ont déjà été en grande partie indiquées; la dilatation des maxillaires, la divergence monstrueuse des alvéoles qui logent les dents canines supérieures, la saillie singulière du tubercule qui en surmonte l'orifice, frappent au premier abord les yeux. Nous ne nous y arrêterons pas; mais nous insisterons ici sur certaines particularités qui distinguent YHippopotamus amphibius, et de YHippopotamus major, et de la petite espèce de Libéria.
Nous avons dit, il y a un instant, qu'au niveau des dents canines, les os maxillaires étaient singulièrement écartés l'un de l'autre par les os incisifs. Cet écartement est dû en partie au volume de ces os, dont la partie antérieure est grande et massive ; mais une autre cause y concourt encore. Ces os incisifs sont eux-mêmes écartés l'un de l'autre et séparés par une fissure médiane. La bizarrerie de leur forme oblige de les considérer à part. Il nous sera plus facile ensuite d'établir les comparaisons nécessaires*
Cette partie de l'os incisif, que l'on peut désigner sous le nom de queue ou de branche palatine, est massive et assez
courte. Elle se termine en s'articulant avec l'os maxillaire. A sa partie supérieure, on observe une sorte d'entaille verticale par laquelle cette branche s'articule avec le vomer. Elle est distinguée en arrière du corps de l'os par une échancrure qui concourt, suivant une règle habituelle, à la formation du trou de Sténotu
La branche faciale de l'os incisif est large, mais assez courte, et se termine en pointe vers la partie moyenne de la face, entre le nasal et le maxillaire supérieur. Cette branche, née des parties latérales de V incisif, présente des courbures à la faveur desquelles elle concourt à circonscrire l'orifice énormément dilaté des fosses nasales.
Le corps proprement dit est une masse presque informe, rugueuse à sa surface et nettement détachée de l'alvéole de la dent canine, alvéole au devant et au-dessus duquel elle fait une grande saillie. La branche palatine s'en détache nettement à sa racine. Des trous, des canaux nerveux et vasculaires, des rugosités osseuses, rendent la surface de ce corps extrêmement inégale.
Dans le plus grand nombre des animaux, les deux os incisifs se touchent à la fois par leurs hanches et par leurs corps, et leur symphyse se prolonge à la partie antérieure de la face, au-dessous de l'orifice des fosses nasales. Il n'en est pas ainsi dans YHippopotamus amphibius: les branches palatines se touchent dans leur moitié postérieure seulement; au devant, elles s'écartent l'une de l'autre, et il en résulte une scissure médiane.
Ml UBRARY. STANFORD UNIVERSITY
Ce n'est pas tout, l'écartement des os incisifs au niveau de leur corps est plus considérable encore. Cet écartement égale en dimensions le diamètre transversal de l'orifice extérieur des fosses nasales. Il en résulte une vaste échancrure que limitent des deux parts les alvéoles extrêmement saillants des incisives médianes. Cette échancrure, vers le milieu de laquelle s'ouvre la fissure qui sépare les branches palatines, est tout à fait caractéristique.
Elle est en effet très-profonde dans YHippopotamus amphibius; mais dans YHippopotamus major, où la saillie des corps des intermaxillaires est beaucoup moindre, cette profondeur est presque nulle, et l'échancrure est à peine apparente, bien que l'écartement des incisives médianes soit encore extrêmement prononcé.
Les choses diffèrent encore plus dans YHippopotamus Uberiensis. En effet, les racines palatines des intermaxillaires y sont réunies dans toute leur longueur, et la grande échancrure est presque entièrement effacée.
L'ouverture antérieure des fosses nasales qui circonscrivent les os intermaxillaires et les os nasaux, est beaucoup plus dilatée que leur ouverture postérieure. Elle est de forme à peu près circulaire, un assez grand intervalle les sépare du bord alvéolaire.
Les dents incisives sont exclusivement logées dan* le corps de l'os intermaxillaire. Elles sont au nombre dte quatre, deux de chaque côté ; elles sont fort distantes les unes des autres, et disposées de telle façon que l'incisive latérale est située dter-
rîère l'incisive médiane, dans une direction à peu près parallèle à la ligne médiane du palais. L'alvéole de l'incisive externe est séparé de celui de la canine par un intervalle beaucoup plus grand dans V Hippopêtamus amphibius que dans VHippopotamus major.
Les relations des dents incisives supérieures sont un peu différentes dans l'Hippopotame de Libéria. Elles sont également an nombre de deux de chaque côéé ; mais, au lieu d'être situées l'une derrière l'autre, elles sont implantées dans une ligne idéale en forme d'are, dont les branches se relèvent d'une manière très-régulière à la série des dents molaires. Cette différence entre la télé des deux espèces n'est pas la seule, mais eHe méritait d'être signalée.