DES MOLAIRES DE LAIT
4° Mâchoire supérieure.
Il y a, avons-nous dit, quatre dents molaires de lait. Les deux premières ont une couronne à un seul sommet. L'antérieure, isolée entre la canine qui la précède et la deuxième molaire qui la suit, est à peu près à égale distance de Tune et de l'autre. Elle est conique à son sommet, mais sensiblement comprimée à sa base. Il en résulte qu'elle a deux faces, l'une interne, l'autre externe, distinguées lune de l'autre par un filet saillant, en avant et en arrière de la dent.
Je suis fort incertain sur le nombre des racines de cette dent, chez V Hippopotamus amphibins* ses racines n'étant point
196 ANÀTOMIE DE L'HIPPOPOTAME.
formées encore dans les jeunes individus que j'ai pu étudier; toutefois, dans un Hippopotame de Libéria un peu plus âgé, mais ayant encore ses molaires de lait, cette dent avait certainement deux racines; or, la dent qui la remplace dans l'animal adulte n'en a qu'une seule. Cette observation justifie, pour cette espèce, la critique que Blainville a faite de Cuvier sur ce point, car il est bien difficile de croire que la première molaire de lait étant remplacée dans l'Hippopotame de Libéria, il n'en soit pas de même dans YHippopotamus amphibius. La deuxième molaire de lait est également unicuspidée; sa couronne, à vrai dire, n'est pas un cône, mais une pyramide à base carrée. La face antérieure et la face externe de cette pyramide sont légèrement convexes, et séparées l'une de l'autre par une petite arête ; sa face postérieure et sa face interne sont à leur tour distinguées par une arête plus saillante; elles sont planes, mais parcourues l'une et l'autre par un sillon longitudinal. Cette dent, biradiculée dans l'Hippopotame de Libéria, l'est probablement aussi dans YHippopotamus amphibius. La troisième molaire de lait est plus compliquée. Elle a trois racines, l'une antérieure, les deux autres postérieures et situées l'une à côté de l'autre. La racine antérieure sert de base à deux cônes situés l'un derrière l'autre, et dont le postérieur est le plus grand. Aux deux racines postérieures, situées transversalement l'une à côté de l'autre, correspondent deux cônes pareillement disposés.
De ces quatre sommets, le premier est le plus petit, sa face interne est légèrement aplatie. Le second, placé directement
derrière le premier, est le plus grand de tous. C'est une pyramide à base rhomboïdale oblique. Les faces antérieures de la pyramide se réunissent sous un angle très-aigu. Il en est de même de ses faces postérieures. Ces quatre faces sont longitudinalement évidées et creusées en gouttière. L'obliquité du grand axe du rhombe, qui forme la base de la pyramide, est telle que son extrémité antérieure correspond.au côté interne du sommet antérieur, son extrémité postérieure touchant au côté externe de la pyramide postérieure externe.
Les deux pyramides postérieures sont de forme un peu différente. L'interne a sa base triangulaire, et ses trois faces latérales sont à peu près équivalentes. L'externe dépasse sensiblement en arrière la pyramide interne, et sa base a trois côtés inégaux dont l'interne et l'antérieur sont plus grands. La face antérieure de cette pyramide externe est parcourue, de son sommet à sa base, par un pli longitudinal sillonné de rainures très-accusées.
Cette troisième dent est de même forme quant aux traits généraux dans l'Hippopotame de Libéria, mais les pyramides de sa couronne se rapprochent davantage, dans cette espace, de la forme conique.
La quatrième molaire a une forme très-semblable à celle des molaires de l'âge adulte. Sa couronne porte quatre pyramides distinctes. Les pyramides étaient encore incomplètement réunies à leur base dans les jeunes individus d'Hippopotamus amphibius que nous avons étudiés. Je vais toutefois décrire ce que j'en ai vu.
Quatrièt?w molaire de lait. — Il s'agit ici d'une dent dont la forme est encore plus compliquée. Son éruption est certaine» ment postérieure de beaucoup à celle des trois premières molaires.
La couronne, au moment de la naissance, est encore fort imparfaite ; toutefois on distingue les quatre sommets qui la terminent. Ces sommets sont groupés transversalement deux à deux. Les deux sommets antérieurs sont déjà réunis à leur base, et il en est de même des deux sommets postérieurs, mais les deux groupes sont encore indépendants l'un de l'autre. Quoi qu'il en soit, la couronne est terminée tantôt en avant, tantôt en arrière par un talon rudimen taire.
Les deux pyramides qui occupent le côté externe de la dent sont de forme beaucoup plus compliquée que les deux pyramides internes. L'antérieure externe a sa surface divisée, du sommet à la base, par des sillons larges et profonds, en plusieurs côtés fort saillants. La postérieure a une base triangulaire; des sillons longitudinaux divisent dans leur longueur ses faces latérales externes. La face interne, à la place de ce sillon, présente une petite crête longitudinale.
Les deux pyramides internes offrent en somme plus de simplicité : ainsi, l'antérieure offre, à peu de chose près, la même constitution que la pyramide postérieure interne, mais ses formes sont plus robustes. Il en est de même de la pyramide postérieure interne qui divise ses faces latérales internes.
En somme, l'usure de cette dent doit faire apparaître, sur ses cônes internes et sur le postérieur externe, cette ligure de
OSTÉÛLOGIE. 1M
trèfle qui est le caractère de plusieurs espèces des genres Tetrapotodon et Heœaprotodon. L'usure du cône antérieur fait apparaître sans doute une forme étoilée.
2° Mâchoire inférieure (molaires de lait).
Première molaire de lait. — Sa direction est légèrement oblique et sa pointe s'incline en avant : elle a la forme d'un cône comprimé. Elle sort du canal de la mâchoire à peu près à égale distance de la canine et de la deuxième molaire de lait, de chacune desquelles elle est séparée par un assez grand intervalle. C'est là une répétition de ce que nous avons déjà observé k la mâchoire supérieure.
Deuxième molaire de lait. — Cette dent, comme la première, est exclusivement représentée chez le nouveau-né par sa couronne, qui est de forme conique. Je ne puis rien affirmer du nombre de ses racines dans YHippopotamus amphibiw.
Troisième molaire de lait. — Cette dent offre déjà, comme la troisième molaire d'en haut, un degré de complication assez avancé. Sa couronne est hérissée de trois grands cônes ou pyramides, Tune antérieure, isolée, et deux autres derrière celle-ci, situées l'une à côté de l'autre, en travers de la dent. - Ajoutons à ces trois cônes un talon relevé en une crête dentelée, qui se complique parfois d'une petite pyramide accessoire.
De ces trois sommets, l'antérieur est le plus grand. C'est une pyramide à base triangulaire, dont les trois faces latérales, légèrement convexes, sont séparées Tune de l'autre par des
crêtes saillantes. Ces faces sont parcourues par des côtes longitudinales, surtout masquées à la face postérieure , mais dont la disposition n'a rien de bien constant.
Les deux sommets jumeaux situés derrière le précédent ont une forme qui se rapproche de la pyramide, mais qui n'offre ni assez de précision, ni assez de constance pour être décrite avec avantage. Parfois le sommet externe est divisé en deux pyramides plus petites. Le talon qui les flanque en arrière peut être comparé à une crête dont le bord serait garni d'une série de petites dentelures à sommets émoussés, et si régulières, qu'on dirait une rangée de petites perles.
Quatrième molaire de lait. — Cette dent, trois jours après la naissance, est beaucoup plus avancée en développement que sa correspondante de la mâchoire supérieure. Les cônes composants étant déjà réunis à leur base, la couronne est déjà constituée. Cette dent est à la fois plus étroite et plus allongée que celle qui lui correspond à la mâchoire supérieure. Elle porte quatre cônes principaux flanqués en avant d'un talon antérieur très-distinct et fort saillant (1).
Les deux groupes formés par l'adossement deux à deux des quatre principaux sommets composants sont séparés l'un de l'autre jusqu'à leur base ; mais, dans chaque groupe, la séparation n'est bien distincte que vers le sommet.
Des deux sommets externes, l'antérieur est nettement conique et parcouru, de son sommet à sa base, par des sillons
(I) Ce talon est évidemment bicuspidé dans l'Hippopotame de Libéria. (Morton, Hippopotamuê Liberiensis.)
qui en divisent la surface en colonnes très- distinctes; le postérieur est une pyramide à base rectangulaire très-sensiblement comprimée. Sa face externe est parcourue dans sa longueur par une côte saillante; sa face antérieure et la postérieure sont Tune et l'autre divisées par un sillon étroit et large.
Les deux sommets internes sont modelés, à peu de chose près, sur le môme plan que le précédent. Le postérieur lui est presque absolument semblable; l'antérieur a une base triangulaire et sa face antérieure est évidée par un large sillon. Le grand talon que la dent porte en avant en est une émanation directe. A sa base est le rudiment d'un collet à bords tuberculeux.
Telles sont les molaires de lait dans le jeune Hippopotamus amphibhis; pour compléter ce que nous avons à dire sur la dentition de lait, il suffira de quelques remarques sur les canines et sur les incisives.