DE LA DEUXIÈME DENTITION
Les quatre molaires de la première dentition sont chassées et remplacées chez l'adulte par quatre fausses molaires de forme très-différente , auxquelles s'ajoutent en arrière trois molaires nouvelles, qui apparaissent pour la première fois et ne remplacent point les dents de lait.
4° Mâchoire supérieure.
La première molaire de lait est remplacée par une fausse molaire uniradiculée, à couronne conique et simple, et dont la chute est si précoce, que, dans l'âge adulte, il n'en reste le plus souvent aucune trace. Cette circonstance explique comment Daubenton n'attribue que six molaires a l'Hippopotame adulte, et comment Cuvier avait pris cette première fausse molaire pour une molaire de lait, laquelle, suivant, lui, n'était point remplacée. Cette chute si précoce dans les Tétraprotodons en général, et même dans les Hexaprotodons, ne l'est certainement pas autant dans l'Hippopotame de Libéria. Dans le plus vieil individu de cette espèce décrit par Morton, la série des fausses molaires était complète, et la même chose a lieu dans * une tête de très-vieil individu appartenant à la collection du Muséum d'histoire naturelle de Paris. La persistance de cette dent est donc un des caractères de ce genre, dont la distinction est si évidente à d'autres titres.
Cette dent, lorsqu'elle existe dans Y Hippopotamus amphibivs,
est située entre la deuxième fausse molaire et la canine, vers le milieu de l'intervalle énorme qui sépare ces deux dents. Elle n'a jamais qu'une seule racine, ce qui indique bien une dent de seconde dentition, puisque la première molaire de lait, au moins dans Y Hippopotames Liberiensis* est manifestement biradiculée.
Les trois fausses molaires qui suivent ont une physionomie commune dans tous les Tétraprotodons vivants, et la base de leur couronne est d'autant plus grande qu'on se rapproche de la dernière, qui est incontestablement, non la plus saillante, mais la plus massive. Ce fait distingue fort bien Y Hippopotamus amphibhts de Y Hippopotamus major et de Y Hippopotamus pœlœindicus Falc, chez lesquels la quatrième fausse molaire, abstraction faite de la première, est la plus petite de toutes, ce qu'on observe également dans Y Hippopotamus Liberiensis.
Ceci posé, rien n'est plus variable que la forme des fausses molaires dans les différents individus d'une même espèce. Les deux dernières fausses molaires ont certainement une tendance marquée à une complication plus grande dans Y Hippopotamus amphibius, et l'on y distingue souvent trois sommets pyramidaux; mais les variétés sont telles en cela, qu'il faut renoncer à en donner quelque description précise.
La deuxième fausse molaire a le plus souvent deux racines, mais ce nombre n'est pas absolu, et l'on en compte quelquefois trois et même quatre. Sa couronne est comprimée et terminée par un sommet robuste presque transversal, dont la saillie est très-accusée. Cette dent est remarquable en ce qu'elle est située
constamment à une certaine distance de la troisième fausse molaire. Ces caractères sont également accusés dans YHippopotamvs major.
La troisième fausse molaire, située, comme nous venons de le dire, à une certaine distance de la deuxième, a le plus souvent trois racines. Tune antérieure et deux postérieures, situées en travers Tune à côté de l'autre. Sa couronne est remarquable par un bourrelet saillant qui en circonscrit la base. Dans un Hippopotame du Sénégal que j'ai sous les yeux, elle se termine par trois sommets coniques, savoir : deux plus considérables reposant sur la racine antérieure et sur la racine postérieure externe; enfin un troisième cône beaucoup plus petit, qui correspond à la racine postérieure interne. Mais cette disposition, très-accusée dans ce spécimen des deux côtés de la mâchoire, n'est pas reproduite dans d'autres individus de même espèce et de même provenance.
Les mêmes remarques sont applicables à la quatrième fausse molaire dans ce même individu de l'Hippopotame du Sénégal auquel je viens de faire allusion. Cette dent a trois fortes racines parfaitement distinctes, savoir : une racine antérieure, c'est la plus considérable des trois, et deux racines postérieures, dont l'interne, large et aplatie, est divisée à son sommet en deux radicules secondaires.
La couronne est terminée par trois sommets pyramidaux. La plus considérable de ces pyramides repose sur la racine antérieure. Ses faces, irrégulièrement ondulées, présentent des traces de sillons longitudinaux. L'usure de cette pyramide rf
donné lieu à la formation d'une surface quadrilatère à peu près rhomboïdale.
La pyramide postérieure interne est plus petite et fortement comprimée; elle est pour ainsi dire appliquée à la face postérieure de la pyramide antérieure.
La pyramide postérieure externe, plus développée que la précédente, est quadrilatère, et située de telle sorte, eu égard à la pyramide antérieure, que les diagonales des quadrilatères que* l'usure de ces pyramides fait apparaître se trouvent sur une même ligne droite.
Ces trois sommets sont circonscrits à lu base de la couronne par un collet profondément déchiqueté, fort développé en avant, en arrière et au [côté interne de la dent, mais qui mancfue complètement à son côté externe.
Nous avons décrit fort en détail cette composition, bien qu'elle ne se reproduise pas de la même manière dans tous les individus de l'espèce, parce qu'elle est une preuve du degré ds complication auquel peut atteindre la dernière fausse molaire dans Y Hippopotamiis amphibhis, tandis que dans Y Hippopotamm major et Y Hippopotamiis pœlœindicus elle présente une petitesse et une simplicité tout à fait caractéristiques.
Des vraies molaires (mâchoire supérieure).
Rien, on le sait, n'a précédé ces dents. Elles apparaissent quand l'enfance finit pour faire place à la puberté. Les dents de lait, dont la fonction est éphémère, étaient revêtues d'un émail peu épais; ici l'émail acquiert une épaisseur plus grande;
la nature réalise en elles les conditions d'une durée plus longue : on devine, en les comparant avec les dents de lait, qu'elles doivent servir ranimai jusqu'au terme de sa vieillesse.
La raison de leur grand volume relatif peut être aisément donnée: elles appartiennent à un Age où la taille atteint ses dimensions extrêmes, où, la masse du corps augmentant, la puissance de ces meules qui broient les corps qui l'alimentent doit grandir nécessairement d'une manière proportionnelle.
Ces dents, que rien n'a précédées et que rien ne remplacera, sont au nombre de douze en totalité. Il y en a six à chaque mâchoire, trois de chaque côté. Elles ont été plusieurs fois décrites depuis Daubenton. En abordant à notre tour cette description, notre but est surtout d'aider à des comparaisons plus précises et propres à éclairer l'histoire du genre Hippopotamus. Nous décrirons dans cet article celles de la mâchoire supérieure.
1° La première molaire a quatre racines. Elle apparaît de si bonne heure, qu'au moment où la dernière molaire entre en fonction, elle est déjà usée jusqu'à la base de sa couronne.
Cette couronne, fort compliquée, est à peu près carrée, et porte quatre cônes composants. Ces cônes correspondent au centre de la couronne. Il y a en outre deux murailles verticales revêtues d'émail, l'une en avant, l'autre en arrière de la dent, et ces deux murailles sont reliées au côté externe de la dent par un bourrelet d'émail dont les flexuosités suivent les contours et les séparations de la base des cônes extrêmes.
2° La deuxième molaire a également quatre puissantes racines.
et sa couronne est pareillement carrée; c'est la plus massive des trois molaires. . -
Sa couronne est essentiellement constituée par quatre pyramides à base triangulaire, mais dont les arêtes sont émoussées et arrondies. Elles sont groupées transversalement deux à deux de manière à s'appliquer, dans chaque groupe, Tune à l'autre par leurs faces correspondantes. De profonds sillons divisent de la base au sommet leurs faces libres, si bien qu'à mesure que la dent a servi, l'usure de ses cônes composants donne lieu à des figures en forme de trèfles circonscrites par une couche épaisse d'émail. Ce fait a été noté par tous les anatomistes.
A la base des quatre pyramides, la couronne est circonscrite par un bourrelet qui se relève en une muraille verticale, eh avant et en arrière de la dent; ce bourrelet n'existe pas seulement à sa face externe, mais encore à sa face interne, ce qui permet de la distinguer au premier coup d'œil de la première.
3° La troisième molaire, comme les précédentes, a quatre puissantes racines, les postérieures surtout, qui sont longues et comprimées. La couronne est quadrilatère à sa base, mais elle n'est pas absolument carrée, son côté postérieur n'égalant point l'antérieur. Quatre cônes groupés transversalement deux à deux la surmontent, et sont fort analogues à ceux de la deuxième molaire. Toutefois il y a plus d'inégalité entre les cônes postérieurs et les cônes antérieurs, et leurs sommets convergent davantage. Le bourrelet qui circonscrit la couronne
à sa base ne se relève en avant et en arrière de la dent qu'en
210 ANATOMIB DE L'HIPPOPOTAME.
contre-forts rudimentaires ; il est à peu près anéanti sur sa face externe, .et n'a sur la face interne qu'un développement médiocre. Ces caractères différencient clairement la troisième molaire de la molaire précédente.
L'examen de ces dents, quelque analogie que présentent d'ailleurs les deux espèces, permet de distinguer aisément X Hippopotame amphibiu* de YHippopotamus major*
Chea ce dernier, en effet, la première molaire est relativement plus petite; la seconde est comprimée en arrière, tandis qu'elle est carrée dans Y Hippopotame amjMbim; enfin, dans ce dernier, les pyramides postérieures de la troisième molaire étaient sensiblement équivalentes; dans YHippopotamus major, au contraire, ces deux pyramides sont fort inégales, l'interne l'emportant sur l'externe, et son arête postérieure s'étendant et se recourbant de manière & envelopper en quelque sorte l'arête postérieure de celte*». Ce caractère, fûWl isolé, ne permettrait pas le plus léger doute sur la légitimité de la disonction de ces deux espèces*
Les dents molaires de l'Hippopotame de Libéria se diatifrgnent de celles des Tétroprotodom en général par une physionomie spéciale, le type général de composition est le môme, mais l'usure des pyramides donne lieu à une figure courbe presque semi-lunaire, qui ne rappelle en rien les trèflm des Tétrappotodons, En outre, les bourrelets basilaires sont infini* ment moins accusés.
OSTÊOLOOÏË. Ml
2° Mâchoire inférieure»
1° Fausm molaires. — De même qu'à la mâchoire supérieure, la première molaire de lait est remplacée par une fausse mo~ latre uniradiculée et prématurément caduque. Cette dent, qui manque le plus souvent dans YHippopotamus amphibius, est située à égale distance de la canine et de la deuxième fausse molaire que sépare, comme chacun le sait» un assez grand intervalle. Cette dent persiste chez l'adulte dans l'Hippopotame (Ditomeodon Uberiensis) .
Cette deuxième fausse molaire a deux racines. Sa couronne, très-comprimée, est surmontée par un sommet aigu et fort saillant. Cette dent est séparée de la troisième molaire par un intervalle assez grand.
La troisième fausse molaire a également deux racines dont la postérieure est double.
La couronne de cette dent est sensiblement comprimée.
La quatrième fausse molaire a une couronné également trèscomprimée. Elle a trois racines, dont la première, l'antérieure, est longue et indépendante Jusqu'à sa base. Les deux autres, situées en arrière de la première, Tune à côté de l'autre, sont le plus souvent réunies à leur base.
La couronne, de forme très-allongée, est surmontée par un sommet principal que flanque en arrière un cône accessoire. Un collet saillant les entoure tous deux à leur base, et se relève en murailles verticales en avant de la pyramide antérieure et on arrière du cône postérieur.
212 ANATOMIE DE LTIIPPOPOTAME.
La pyramide antérieure, qui est la plus grande, a une base quadrilatère, mais ses flancs sont infléchis ou évidés de telle façon vers le sommet, que l'usure de la dent y fait souvent apparaître une étoile quadrilobée, dont les lobes sont inégaux deux à deux. Les plus petits occupent les deux extrémités du diamètre antéro-postérieur de la dent; les plus grands se correspondent transversalement.
Le sommet postérieur est assez régulièrement conique. La troisième et la quatrième fausse molaire sont de la sorte beaucoup moins compliquées que les molaires de lait qu'elles ont remplacées*
Des vraies molaires [mâchoire inférieure).
De même qu'à la mâchoire supérieure, ces dents sont au nombre de trois.
La première, ainsi qu'il arrive à la mâchoire supérieure, apparaît et fonctionne longtemps avant les autres. Elle les devance, et en conséquence elle est constamment usée, beaucoup plus que celles qui la suivent; elle est usée même beaucoup plus que la quatrième fausse molaire, qui ne remplace en général, aux deux mâchoires, la quatrième molaire de lait que lorsque la seconde molaire proprement dite est elle-même entrée en fonction, et que la troisième est prête & agir ellemême. C'est là une prévoyance de la nature, par suite de laquelle, pendant le renouvellement des dents, la fonction si nécessaire de la mastication n'est jamais menacée.
Dans l'origine, cette première molaire est certainement cou-
ronnée par quatre pyramides et flanquée eu avant d'une muraille verticale. Mais quand l'usure a rongé jusqu'à la base ces pyramides et cette muraille, la couronne n'offre plus que deux grandes surfaces planes entourées d'émail situées l'une derrière l'autre, et séparées par un sillon flexueux, séparation qui disparaît à son tour quand l'usure a été poussée à l'extrême.
De ces deux surfaces ou lobes, l'antérieure est en général usée plus profondément que la postérieure. Une sorte d'entaille fait pénétrer un pli d'émail dans ce lobe au côté externe de la couronne.
Souvent, au centre du lobe postérieur, alors que l'antérieur a sa surface complètement usée, on observe un peu en arrière deux petites fossettes limitées chacune par une petite cupule d'émail dont l'ouverture est assez régulièrement circulaire; ces cupules sont les derniers vestiges du fond des vallées qui séparaient, quand la couronne était encore intacte, ses pyramides postérieures.
La deuxième molaire est grande et forte, elle est beaucoup plus longue que large. Sa couronne est essentiellement composée de quatre pyramides à bases triangulaires, aux arêtes émoussées et aux faces latérales profondément é vidées. L'usure de ces pyramides fait apparaître en conséquence ces figures de trèfles si distinctes dans les molaires supérieures, mais plus largement et d'une manière plus irrégulière.
A ces quatre pyramides, il faut ajouter en avant une muraille verticale, épaisse et revêtue d'émail ; en arrière, un talon plus ou moins accusé.
Jlft ANATOMIB DE L'HIPPOPOTAME.
La troisième molaire est plus Allongée encore que la deuxième, mais, en revanche, est plus étroite.
Elle s'en distingue par plusieurs caractères faciles à saisir, savoir 1 1° par une plus grande gracilité et concentration de ses quatre pyramides fondamentales \ 8° par les figures qui résultent de l'usure de leurs sommets, et qui rappellent beaucoup moins des trèfles que des croissants i 3° par une muraille antérieure moins forte ; 4° par un talon énorme qui fait environ le tiers de la longueur de la dent.
En résumé, les molaires inférieures peuvent être aisément distinguées des molaires supérieures» La couronne de celles-ci est presque parfaitement carrée i la couronne des premières est fort allongée et A peu près rectangulaire (1). Ajoutons, car cela est un des caractères tant de Y Hippopotamus amphibius que de YHippopotatnit* pœlœindicu*> et des Hexaprotodons, que dans chaque molaire les quatre pyramides fondamentales sont assez symétriquement disposées, tandis que dans YHippopotamm major > où les quatre pyramides sont également groupées deux à deux, les axes des groupes sont fort obliques sur la ligne longitudinale qui divise la couronne vers son milieu.
MODIFICATIONS QUE SUBIT LA RELATION DES MACHOIRES AVEC LES MOLAIRES PENDANT LA PÉRIODE DU RENOUVELLEMENT DES DENTS.
Les faits dont nous allons essayer de donner une idée ont une telle importance générale, qu'on me pardonnera, je l'espèce, d'y insister, au moins un instant.
(4) Cf. Blainville, Ostéographie, g. Hipp., p. 32.
OBTÉOLOOIE. 315
J'en ai vérifié l'exactitude par l'examen attentif d'un grand nombre de têtes d 1 Hippopotamm amphibius et & Hippopotamm Ubemmis, arrivées à divera degrés de développement.
A aucun âge de la vie, ces tubérosités infra-orbitaires des os maxillaires supérieurs, que j'ai indiquées dans le cours de cet ouvrage sous le nom de tubérositéa molaires, ne dépassent en arrière une ligne transversale menée perpendiculairement k la suture médio-palatine par le point le plus avancé du bord postérieur du palais. Cette ligne est la limite constante dQs tuberosîtes infra-orbitaires.
Pour mieux faire comprendre les détails dans lesquels je vais entrer, je mène, parallèlement à cette ligne limite, une ligne idéale passant par la pointe des lames palatales des os palatins antérieurs*
Ces deux lignes limitent une bande transversale, et cette bande couvre, à la partie postérieure des bords alvéolaires du maxillaire supérieur, un espace pu sont compris constamment, de chaque côté de la mâchoire, deux dents molaires, ou du moips deux germes de dente en voie de développement* Ces deux dents ne sont pas toujours les mêmes.
Au moment de la naissance, ces dents sont la quatrième molaire de lait et la première molaire proprement dite.
Plus tard, à l'époque du développement des incisives et des
canines, les choses ont changé. L'espace en question contient
toujours deux dents, mais ce sont la première et la deuxième
molaire.
Vers le commencement de l'âge adulte, nouveau change-
ment; il y a toujours deux dents, mais ces dents sont la deuxième et la troisième molaire.
Ainsi, à cet âge de la vie, la deuxième molaire occupe précisément la place où se trouvait au moment de la naissance la quatrième molaire. Ainsi, point de doute possible, en se développant, la série des molaires chasse successivement en avant la série des prémolaires; que dis-je? chaque molaire nouvelle pousse au lieu même qu'occupait d'abord la dent qui Ta précédée, et à laquelle elle se substitue en quelque sorte en la chassant en avant.
La conservation des dents antérieures suppose donc comme condition indispensable un allongement graduel des os maxillaires ; si ces os étaient courts et ne pouvaient loger dans leurs sillons alvéolaires qu'un petit nombre des dents à éclore, le$ dents antérieures tomberaient successivement au fur et à mesure de l'apparition des dents postérieures.
Ce fait, rendu si sensible par l'étude de la dentition des Hippopotames, est vérifié par un examen ..attentif de tous les Herbivores, et fournit une explication facile de l'anomalie apparente que présentent les Proboscidiens.
DIGRESSION ET REMARQUES SUR l/HIPPOPOTAMUS (DITOMEODON) LIBERIE5SIS.
Les caractères distinctifs de cette espèce qu'on doit considérer, à mon avis, comme appartenant à un genre distinct, ont été donnés par le docteur Samuel George Morton (!) d'après deux têtes qu'il avait reçues en 1843 de son ami, le docteur Goheen, médecin de colonisation à Monrovia en Libérie, sur la côte occidentale d'Afrique. Ce savant célèbre la désigna d'abord sous le nom d 1 Hippopotamus minor, mais, ayant appris que ce nom avait été précédemment employé par Cuvier pour une espèce fossile, il changea, dans un second travail (2), l'épithète spécifique de minor en celle de Liberiensis, désignation qui à tous égards convenait davantage.
Les descriptions du docteur Morton sont telles qu'on pouvait l'attendre d'un si habile zoologiste ; toutefois nous croyons utile d'y revenir ici en quelques mots. Nous trouverons ainsi l'occasion d'insister sur certains points qu'il a négligés, d'en préciser quelques autres, et d'établir quelques comparaisons utiles.
La tête de Y Hippopotamus Liberiemis est beaucoup plus petite que celle de Y Hippopotamus amphibius. La longueur de celle-ci, mesurée sur un individu adulte, mais de taille médiocre, du bord inférieur du trou occipital à l'extrémité antérieure de la
(1) Proceedings of the Academy ofnatural science of Philadelphie* , p. 4 4, vol. II, 4 844-4 845.
(4) Additionnai observations on a new living species of Hippopotamus (in Journal of the Academy of nat. se. of Philadelphia, vol. I, seconde série, art. xvm, page 231, 4 847-4850.
2iO ANATOMIE DE L'HIPPOPOTAME.
contre-forts rudimentaires; il est à peu près anéanti sur sa face externe, .et n'a sur la face interne qu'un développement médiocre. Ces caractères différenciant clairement la troisième molaire de la molaire précédente*
L'examen de ces dents, quelque analogie que présentent d'ailleurs les deux espèces, permet de distinguer aisément YWppopotamus amphibim do X Hippopotomus major,
Chea ce dernier, eu effet, la première molaire est relative* ment plus petite; la seconde est comprimée en arrière, tandis qu'elle est carrée dans Xffippopotamw amphibim ; enfin, dans ce dernier, les pyramides postérieures de la troisième molaire étaient sensiblement équivalentes ; dans X Eippopotamw major, au contraire, ces deux pyramide* sont fort inégales, l'interne l'emportant sur l'externe, et son arête postérieure s'étendant et se recourbant de manière à envelopper en quelque sorte l'arête postérieure de celle-ci. Ce caractère, fût-il isolé, ne permettrait pas le plus léger doute sur la légitimité de la distinction de ces doux espèces*
Les dents molaires de l'Hippopotame de Libéria se distinguent de celtes des Tètr^rotodam en général par une physionomie spéciale, lie type général de composition est le môme, mais l'usure des pyramides donne lieu k une figure courbe presque semi-lunaire, qui ne rappelle en rien les frè/ht des Tétraprotodona* En outre, les bourrelets basilairea sont infiniment moins accusés.
OSTÊOLOQÎÈ. 211
2° Mâchoire inférieure.
1° Fat(sm molaires. — - De même qu'à la mâchoire supérieure, la première molaire de lait est remplacée par une fausse mo~ laire uniradiculée et prématurément caduque. Cette dent, qui manque le plus souvent dans V Hippopotamus amphibm> est située à égale distance de la canine et de la deuxième fausse molaire que sépare, comme chacun le sait, un assez grand intervalle. Cette dent persiste chez l'adulte dans l'Hippopotame (Diiomeodon tiberiensis) *
Cette deuxième fausse molaire a deux racines. Sa couronne» très-comprimée, est surmontée par un sommet aigu et fort saillant. Cette dent est séparée de la troisième molaire par un intervalle assez grand.
La troisième fausse molaire a également deux racines dont la postérieure est double.
La couronne de cette dent est sensiblement comprimée.
La quatrième fausse molaire a une couronne également trèscomprimée. Elle a trois racines, dont la première, l'antérieure, est longue et indépendante Jusqu'à sa base. Les deux autres, situées en arrière de la première, Tune ft côté de l'autre, sont le plus souvent réunies à leur base.
La couronne, de forme très-allongée, est surmontée par un sommet principal que flanque en arrière un cône accessoire. Un collet saillant les entoure tous deux à leur base, et se relève en murailles verticales en avant de la pyramide antérieure et en arrière du cône postérieur.
220 ANÀTOMIE DE L'HIPPOPOTAME.
laires par le bord inférieur du trou sous-orbitaire, a les relations
suivantes avec l'orbite.
Dans Y Hippopotamus major, ce plan partage l'os malaire en deux parties à peu près égales, et passe à peu de chose près par une arête saillante qui divise l'os malaire en deux plans inclinés, l'un supérieur, convexe, regardant en haut, l'autre inférieur, concave, regardant en bas (1).
Dans Y Hippopotamus amphibius, il passe franchement au-dessous de l'os jugal ou malaire.
Dans Y Hippopotamus liberiensis, il passe précisément par le bord inférieur des orbites, c'est-à-dire immédiatement sur le bord supérieur de l'os malaire.
L'orbite, dans cette espèce, s'est donc rapprochée de ce plan; elle s'est abaissée d'une manière notable, et cet abaissement n'est pas moins sensible quand on interroge les relations de son bord supérieur. Ce bord, dans Y Hippopotamus Liberiensis, laisse prédominer la saillie du frontal ; il s'élève au contraire au-dessus d'elle dans Y Hippopotamus amphibius et dans Y Hippopotamus major.
Ainsi, en ce qui touche les relations des orbites, YHippopotamus Liberiensis diffère, non-seulement du grand Hippopotame vivant, mais encore de tous les Tétraprotodons et Hexaprotodom fossiles. Cela suffirait pour établir la distinction de ce genre; mais nous pouvons invoquer encore d'autres différences fort importantes et qu'il n'est peut-être pas inutile de rappeler.
La modification qu'a éprouvée la situation des orbites dans Y Hippopotamus Liberiensis, en entraîne d'autres dans les formes
(4) Ajoutons que ce plan passe par le trou auditif.
de la tête. Non-seulement le front est convexe au lieu de présenter une concavité plus ou moins accusée, mais encore les fosses temporales sont plus amples relativement, et les tubérosités pariétales sont plus nettement accusées. Les branches de la bifurcation sus-orbitaire de la crête sagittale sont plus écartées et elles décrivent une courbe beaucoup plus allongée. Ce n'est pas tout, la forme de l'orbite elle-même est différente : dans Y Hippopotamus amphibius, l'arc supérieur de son ouverture l'emportait sur l'inférieure, l'inverse a lieu dans Y Hippopotamus Uberiensis; enfin, dans cette espèce, son grand axe est oblique de haut en bas et d'avant en arrière, tandis qu'il est sensiblement vertical dans Y Hippopotamus amphibius.
La forme des arcades zygomatiques fournit des caractères encore plus accusés.
Fort dilatées en arrière dans Y Hippopotamus Liberiensis, elles s'écartent beaucoup moins l'une de l'autre dans la région faciale, les os malaires ayant beaucoup moins de saillie que dans Y Hippopotamus amphibius; à cet égard, Y Hippopotamus Liberiensis se rapprocherait davantage de Y Hippopotamus major. Mais la forme générale des arcades ne permet aucune assimilation entre ces deux espèces. Elles sont grêles en effet dans la première et presque aussi épaisses que hautes, tandis que, dans la seconde, elles sont à la fois très-hautes et très-minces. Ce n'est pas tout, dans Y Hippopotamus major, elles sont rectilignes et forment un coude brusque avec une traverse radiculaire trèsrejetée en arrière, tandis que, dans Y Hippopotamus Liberiensis, la racine se recourbe vers l'arcade, qui décrit dans son en-
semble une courbe fort élégante. V Hippopotamus amphîbius diffère donc de Tune et de l'autre par la forme de ses arcades, fort écartées l'une de l'autre au niveau des os malaires, et moins rectilignes dans leur partie moyenne que cela n'a lieu dans Y Rippopotamus major.
La face, brusquement étranglée chez X Rippopotamus Liberiensis, au-devant des os malaires, se renfle presque immédiatement de nouveau, les canines divergeant à partir de leurs racines en soulevant leurs grands alvéoles. Cette alternative n'est pas aussi brusque, loin de là, dans V Hippopotamus amphîbius dont la face est plus longue, et encore moins dans YHippopotamus major *, où cette longueur de la face est encore plus accusée.
Mais des différences plus grandes encore peuvent être observées dans le mode de terminaison de la mâchoire supérieure dans ces trois espèces.
Nous avons déjà décrit cette terminaison dans Y Rippopotamus amp/nbius. Il nous suffira de rappeler la grande saillie des os incisifs, la grande échancrure qui les sépare, la longueur des trous de Sténon, et le singulier mode d'implantation des incisives disposées de telle sorte qu'elles semblent au premier abord éparses sur les intermaxillaires.
t)ans Y Rippopotamus major, les os intermaxillaires font beaucoup moins de saillie, et Téchancrure qui les sépare en avant, comblée par un prolongement des apophyses palatales de cet os, est beaucoup moins profonde, et, si les incisives médianes sont énormément séparées, les os eux-mêmes, sauf la fissure
médiane qui les sépare, semblent en définitive tendre davantage l'un vers l'autre.
L Hippopotamm Liberwnsis présente une fusion plus avancée ; la fissure est à peine sensible, si même elle n'est complètement oblitérée. Toutefois, les os incisifs sont très-proclives en avant ; un intervalle assez grand sépare, à la partie inférieure de la voûte qu'elles constituent, les deux tubérosités où sont implantées les dents incisives ; ces dents, d'ailleurs, bien que fort écartées les unes des autres, sont implantées entre les dents canines sur une courbe régulière, en sorte que leur disposition rappelle davantage les conditions normales. Quant aux canines, elles sont, ainsi que leurs alvéoles, fort divergentes, mais ces alvéoles ont moins de hauteur que dans les Tétraprotodons. On sent que Ton a affaire à un type moins anormal.
L'ouverture antérieure des fosses nasales, plus large que haute dans Y Hippopotamus amphibius, est très-vaste dans 1 Hippopotame de Libéria; mais elle y est beaucoup plus haute que large.
Les trous incisifs sont moins allongés, mais plus ouverts que ceux des Tétraprotodons. Cette remarque est importante parce qu'elle indique un plus grand développement des conduits de Sténon ; or, si l'on vient à considérer que ces canaux sont les orifices des organes de Jacobson, on présumera avec quelque probabilité que ces organes atteignent, dans cette espèce, un développement relatif plus considérable. Ce fait s'ajouterait à ceux d'après lesquels on peut prévoir que Y Hippopotamm Liberiensis est moins aquatique que le vulgaire.
Quelques remarques accessoires compléteront l'exposition
de ces différences. Le développement moindre des prolongements orbitaires du frontal et de l'os malaire dans YHippopotamus Liberiensis, explique comment, dans cet animal, l'os lacrymal, même dans l'âge adulte, fait partie du bord de l'orbite.
Ainsi un état transitoire, et presque fœtal dans Y Hippopotames amphibias, persiste ici pendant toute la vie. Ajoutons que, dans ce dernier animal, le lacrymal, par son côté interne, touchait au nasal et séparait absolument le frontal d'avec le maxillaire. Il n'en est pas de même dans le Liberiemis; un prolongement du frontal s'engage en effet entre le lacrymal et le nasal, et les sépare en s'unissant au maxillaire. L exposition de ces différences pourra paraître futile et fastidieuse ; mais quand on prétend séparer deux espèces en deux genres distincts, on ne saurait invoquer trop de raisons diverses.
Le maxillaire inférieur présente à son tour quelques particularités d'ailleurs moins importantes. Les bords inférieurs de ses branches horizontales sont moins écartées que dans YHippopotamus amphibius, eu égard à leurs bords alvéolaires. Les apophyses alaires des bords du maxillaire sont relativement plus longues et plus divergentes. Les alvéoles des canines, bien que fort grandes, sont moins détachées du corps de l'os, et surtout moins divergentes; ajoutons que la symphyse est à la fois moins longue et plus rélevée.
Les branches montantes sont fort semblables à celles du vulgaire, à cette différence près que l'apophyse coronoïde est plus inclinée en avant, et que les condyles sont à la fois moins parallélogrammatiques et plus convexes d'avant en arrière.