NY0L0G3E
Les oreilles de l'Hippopotame ont une grande mobilité. Elles peuvent se tourner en avant et en arrière, se relever et s'abaisser. Pour faciliter la description, on peut supposer que l'ouverture du pavillon est tournée en avant.
Il y a deux muscles auriculaires antérieurs : l'un se fixe sur l'arcade zygomatique, l'autre sur l'apophyse orbitaire externe. Ils atteignent ensemble le bord antérieur de l'oreille. Là leurs fibres se séparent de nouveau pour se porter, les unes sur la face externe ou inférieure, les autres .sur la face interne ou supérieure du pavillon.
Il y a un muscle auriculaire postérieur qui émane du peaucier de la nuque. En atteignant le bord postérieur de l'oreille, ses fibres se divisent en deux faisceaux qui se portent l'un sur la face interne, l'autre sur la face externe, où ils s'entrecroisent avec ceux des muscles auriculaires antérieurs.
Il y a deux muscles auriculaires supérieurs. L'un vient obliquement de la ligne médiane, où il s'insère en arrière des orbites. Il se porte sur la face interne ou supérieure du pavillon et se prolonge presque jusqu'à son sommet. C'est le faisceau profond. L'autre vient également de la ligne médiane, mais, au niveau même de l'oreille, il se porte transversalement vers le bord du pavillon, où il s'insère. C'est le faisceau superficiel.
Il y a un muscle auriculaire inférieur. C'est un faisceau grêle, très-long, qui se fixe à la partie supérieure de la crête qui borde l'angle de la mâchoire inférieure, et qui se porte sur la face externe ou inférieure du pavillon. Il se prolonge presque jusqu'au sommet de celui-ci.
30& ÀNÀT0M1E DE L'HIPPOPOTAME.
La région orbitaire présente un muscle orbitaire et un muscle palpébral. Le muscle buccinateur est vigoureux.
Il y a pour la lèvre inférieure un orbiculaire d'une force considérable. Un petit faisceau de ce muscle contourne l'angle des lèvres, se prolonge sur la lèvre supérieure à une distance d'environ 2 centimètres et s'épuise. Il n'y a pas pour la lèvre supérieure d'autre vestige de muscle orbiculaire, toutes les fibres de r orbiculaire situées en arrière de la commissure se fixant au maxillaire supérieur.
Le grand zygomatique mérite une attention spéciale. Il naît par un faisceau aponévrotique de l'arcade zygomatique, et, par des fibres charnues, de l'os malaire. 11 se dirige très-obliquement vers le quart antérieur de la lèvre, immédiatement audessous de la narine.
Le releveur commun de faite du nez et de la lèvre supérieure est un vaste plan charnu qui se fixe sur la ligne médiane en recouvrant les os nasaux. Une partie de ses fibres se rend dans la lèvre à partir de la commissure jusqu'à la hauteur de la narine. Une autre dans le bourrelet qui limite la narine supérieurement. Enfin les fibres les plu& antérieures marchent presque longitudinalement en dedans de la narine et se rendent dans la lèvre ; ce sont, comme nous le verrons, ces dernières fibres qui concourent le plus efficacement à l'occlusion de cet orifice.
Le myrtiforme est énormément développé. Il se compose de faisceaux ascendants qui se fixent sur la partie antérieure de Tintermaxillaire et qui vont se terminer les uns dans la peau de la lèvre, les autres dans la peau de cette sorte d'opercule
MYOLOOIE. S05
qui limite inférieurement la narine. Le myrtiforme concourt très-efficacement à la dilatation de cet orifice.
Mmele* de l'hyoïde et da laryax.
Ces muscles, pour la plupart, ont été décrits plus haut, les uns avec les muscles de la couche longitudinale, les autres avec les muscles de la couche circulaire. Il nous reste encore à parler de quelques faisceaux.
Le constricteur inférieur du pharynx s'attache comme d'habitude sur les parties latérales des cartilages cricoïde et thyroïde. Il recouvre en partie le constricteur moyen qui se fixe sur le bord latéral, sur le coude, et un peu sur le bord antérieur de la corde thyroïdienne de l'hyoïde. Celui-ci recouvre à son tour une partie du constricteur supérieur du pharynx qui s'attache en éventail sur le bord antérieur de la corne thyroïdienne ainsi que sur le bord postérieur des deux premières pièces de la corne styloïdienne, et dont les fibres se portent en partie autour du pharynx, en partie sur un ligament qui s'attache à l'os basilaire en dedans et en arrière de l'apophyse jugulaire. C'est entre le constricteur supérieur et la paroi même du pharynx que se placent les fibres de l'hyo-glosse dont nous avons parlé
plus haut.
Un plan musculaire, que l'on peut appeler cératdidien latéral, réunit l'une à l'autre les deux cornes de l'hyoïde ; il se fixe
d'une part à presque tout le bord antérieur de la corne thyroïdienne, et, d'autre part, au bord postérieur des deux premières pièces de la corne styloïdienne.
Un petit muscle que l'on pourrait nommer cératoïdien antérieur se trouve placé sur le bord antérieur de la corne styloïdienne; il est tendu entre la seconde pièce et la troisième.
Enfin la première pièce de la corne styloïdienne est réunie à celle du côté opposé par des fibres charnues transversales auxquelles on pourrait donner le nom de muscle cératdidien médian.
Le stylo-pharyngien naît par un faisceau aponévrotique assez faible de la face antérieure de l'apophyse jugulaire et de la face postérieure du dernier segment de la corne styloïdienne : il plonge en s'étalant sous les constricteurs et s'épanouit sur la paroi du pharynx.
Le stylo-hyoidien s'attache à la face antérieure de l'apophyse jugulaire et à la pièce de la corne styloïdienne qu'un ligament réunit à la base du crâne ; il se dirige presque directement de haut en bas, et s'élargit en s'étalant pour se fixer sur la corne thyroïdienne en dedans de son inflexion. Il recouvre, ainsi que nous l'avons dit, le digastrique, mais ne lui fournit aucune anse de réflexion. Il est, comme ce muscle, recouvert par la veine jugulaire externe et par la glande sous-maxillaire.
Le stylo-glosse naît de la partie supérieure du troisième segment de la corne styloïdienne et un peu de son cartilage terminal; il forme un faisceau assez épais qui s'applique au côté externe de la langue dans laquelle il s'épanouit.
MYOLOGIE. 307
On peut distinguer un petit faisceau plat dont il recouvre l'origine et qui va se perdre dans la base de la langue près du pilier antérieur du voile du palais.
lïhyo-glosse s'épanouit dans la langue immédiatement en dedans du stylo-glosse. La direction de ce muscle est oblique, et sa partie interne est assez étroite. Il glisse sur la corne styloïdienne et se fixe à la face antérieure de l'os hyoïde. Sur le bord supérieur de cet os, un raphé seulement le sépare du muscle hyo-épig fottiqiœ.
Il y a de chaque côté de la ligne médiabe un muscle hyoépiglottique très- fort. Ces muscles vont se fixer à la base de l'épiglotte. Ils relèvent cet organe et l'appliquent à la face postérieure du voile du palais.
Nous comprendrons dans un même chapitre la description des muscles du larynx et des autres parties de cet organe. Nous commencerons par les cartilages.
L'épiglotte, chez le jeune sujet, n'est composée dans sa plus grande partie que de tissu fibreux. On trouve seulement à sa base un noyau cartilagineux peu développé. Elle n'a donc qu'une rigidité médiocre. Elle est large (2 centimètres) et plate, et son bord supérieur (1) présente une échancrure peu profonde. Sa hauteur est à peu près égale à sa largeur, et elle s'enfonce tout entière entre les valves du cartilage thyroïde.
Le cartilage thyroïde a la forme d'un long plastron légèrement convexe à sa partie moyenne. Sa longueur sur la ligne médiane
(4) Pour la commodité de la description, noug supposons le larynx placé dans la position verticale.
SOfi ANATOMIE DE L'HIPPOPOTAME.
est de 8 centimètres. Chacune de ses moitiés ou de ses valves offre en haut 3 centimètres de largeur, et en bas 4 centimètres. Ce cartilage ne présente sur la ligne médiane aucune échancrure ; on y remarque au contraire deux tubercules arrondis, dont le supérieur est plus arrondi et moins saillant que l'inférieur. En dehors de ces tubercules, chacune des valves du cartilage présente en haut un feston d'une profondeur médiocre et en bas un feston très-profond et très-oblique. Au feston supérieur succède la corne supérieure du cartilage légèrement inclinée en arrière, et dont le sommet dépasse à peine le niveau du tubercule supérieur. Au feston inférieur succède la corne inférieure également inclinée en arrière, un peu plus longue que la corne supérieure (15 millimètres), et dont le sommet se trouve situé près de 15 millimètres au-dessus du tubercule inférieur (1). Ces deux cornes sont réunies par un bord latéral à peine concave. Le cartilage thyroïde présente sur la ligne médiane, dans son tiers inférieur, à 5 millimètres seulement audessus du tubercule, une fente ovale de 18 millimètres de long, fermée par une membrane fibreuse (2).
Le cartilage cricoide, terminé en avant par une saillie arrondie en forme de soc de charrue, se dirige très-obliquement en haut par les branches de son anneau, de telle sorte que le bord inférieur de son chaton se trouve placé près de 15 millimètres au-dessus
(4) La base de cette corne est à 3 centimètres au-dessus du tubercule inférieur.
(2) II faut ajouter, pour rendre complète cette description du cartilage thyroïde, que sa courbe antérieure n'est pas tout à fait régulière. 11 y a d'abord, au-dessous du tubercule supérieur, une convexité de peu détendue, puis un espace concave figurant an étranglement, puis une convexité jusqu'au tubercule inférieur.
MYOLOGEB. 309
du tubercule inférieur du cartilage thyroïde. Le bord inférieur de l'anneau est presque droit; le bord supérieur est convexe et son union avec le chaton se fait par l'intermédiaire d'un angle arrondi fortement saillant.
Le chaton du cricoïde, qui a près de 4 centimètres de haut sur 3 de large, atteint le tiers supérieur du cartilage thyroïde. Il offre sur la ligne médiane une carène assez marquée terminée supérieurement par un tubercule saillant. De chaque côté de ce tubercule se trouve une surface articulaire destinée au cartilage aryténoïde correspondant. La direction de ces facettes est très-oblique. Leur étendue est considérable. Elles ont 16 millimètres de long, mais sont moins larges en haut qu'en bas où leur largeur atteint 5 millimètres. Concaves suivant leur longueur, elles sont légèrement convexes transversalement, de sorte que leur articulation avec l'aryténoïde se fait par emboîtement réciproque.
Les cartilages aryténoïde* ont à peu près la forme d'une pyramide à quatre faces dont le sommet serait très-émoussé. La face inférieure, dirigée très-obliquement, est constituée par la facette articulaire cricoïdienne ; la face intérieure forme un triangle d'une étendue médiocre; la face externe forme un grand triangle à la fois très-large et très-haut; la face interne est beaucoup plus étroite ; elle s'allonge obliquement de haut en bas et un peu d'arrière en avant, et se termine inférieurement par une pointe émoussée qui donne attache au ligament de la corde vocale. Cette pointe limite un crochet assez sensible.
Le sommet de la pyramide est relié par un ligament à un car-
S!0 ANÀTOMIE DE LTflPPOPOTAME.
tilage de Wrisberg, peu volumineux, mais reconnaissable à trarers la nraqueuse à cause du tissu fibreux dont il est revêtu. • Les cartilages de Santorini sont à peine perceptibles.
Nous devons au contraire insister sur deux noyaux cartilagineux remarquables qui n'ont pas encore été signalés. Situés un peu en arrière du soc de l'anneau cricoïdien et de l'extrémité inférieure du cartilage thyroïde, ils sont reliés au tubercule inférieur de ce dernier cartilage par une bride fibreuse très-forte et au bord supérieur de Tanneau cricoïdien par une lame aponêvrotique moins puissante. Ils ont, ainsi que nous le verrons bientôt, une relation intime avec les cordes vocales. Ces cartilages doivent nécessairement être désignés sous [le nom de cartilages de Gratiolel.
Les cornes inférieures du cartilage thyroïde sont reliées comme d'habitude au cartilage cricoïde par des ligaments vigoureux. Il faut remarquer la force des ligaments crico-aryténoïdiens. Moins développés en arrière et en dehors où ils sont suppléés par des muscles, ils offrent en dedans une épaisseur considérable. Toute la face interne du cricoïde est aussi recouverte d'une couche fibreuse épaisse.
Les ligaments aryténo-épiglottiques sont bien distincts.
Les ligaments aryténo-thyroïdiens, qui correspondent aux cordes vocales, sont tendus obliquement entre les extrémités des crochets aryténoïdiens et les ligaments de Gratiolet.
Passons maintenant à la description des muscles du larynx.
Nous avons déjà parlé des muscles sterno-thyroïdiens, et thyro-hyoïdiens. Le constricteur inférieur du pharynx se porte
MYOLOGIE. 311
comme d'habitude sur la face externe du cartilage thyroïde. La ligne de cette insertion réunit la base, de la corne supérieure à celle de la corne inférieure.
Le muscle crko-thyrmdien est très-vigoureux. On y remarque d'abord deux faisceaux insérés sur la face externe de l'anneau cricoïdien d'où ils se dirigent vers le bord inférieur et vers la corne inférieure du cartilage thyroïde. De ces deux faisceaux, le postérieur recouvre l'antérieur, et ses fibres ont une direction plus oblique.
Après avoir fendu et écarté ces deux faisceaux, on en trouve un troisième qui s'insère d'une part sur l'angle saillant du bord supérieur de l'anneau cricoïdien et va d'autre part se fixer sur la face interne du cartilage thyroïde dans une étendue de 2 centimètres.
Le crico-aryténoidien postérieur est médiocrement épais. Il s'attache largement sur la base du cartilage aryténoïde.
Le aico-aryténoidien latéral est très-vigoureux, très-épais, mais très-court. Dirigé presque transversalement, il se fixe largement à la base de l'aryténoïde et à la plus grande partie de sa face externe, et va s'attacher d'autre part sur l'angle saillant du bord supérieur de l'anneau cricoïdien, presque immédiatement en dehors de l'articulation aryténo-cricoïdienne.
Le muscle aryténdidien^ très-vigoureux, se compose de deux faisceaux bien séparés. Chacun de ces faisceaux s'attache à la face postérieure du cartilage aryténoïde correspondant. Un raphé médian, très-épais, fixé sur le tubercule supérieur du chaton cricoïdien, reçoit les insertions internes de ces deux fais-
ceaux et les sépare. On concevrait facilement que, dans un sujet
plus âgé, ce raphé s'ossifiât.
Un petit faisceau charnu accompagne le ligament aryténoépiglottique et forme un premier muscle aryténo-épiglotique bien distinct.
Le thyro-aryténoidien se compose d'abord d'un premier faisceau qui se fixe d'une part sur toute la partie supérieure de la face externe du cartilage aryténoïde et qui, s'épanouissant en éventail, va se fixer sur le cartilage thyroïde, près de la ligne médiane, dans sa moitié supérieure.
Ce faisceau en recouvre un autre qui se fixe aux mêmes points de l'aryténoïde. Ce dernier forme un éventail qui se divise de la manière suivante : Les fibres supérieures suivent la direction du ligament aryténo-épiglottique et, s'épanouissant audessous de ce ligament, elles forment un second muscle aryténoépiglottique ; les fibres moyennes vont au cartilage thyroïde dans la plus grande partie de son angle rentrant; les fibres inférieures se rendent sur le cartilage de Gratiolet, en suivant la direction de la corde vocale,
Pour achever la description du larynx, il nous reste à l'envisager dans son ensemble en le supposant revêtu de sa membrane muqueuse.
En étudiant cette région après avoir fendu l'œsophage, on voit d'abord le voile du palais complètement dépourvu de luette et fermant comme un sphincter l'ouverture postérieure de la bouche dont la largeur ne dépasse pas celle de l'épiglotte.
L'épiglotte, à bord sensiblement échancré, assez large et à
MYOLOGIE. 313
peu près aussi haute, s'applique, lorsqu'elle se relève, à la face postérieure du voile du palais de manière à isoler complètement le pharynx de la cavité buccale.
La face antérieure de l'épiglotte est séparée de la base de la langue par une gouttière peu profonde, qui se continue de chaque côté avec une gouttière latérale. Ces gouttières latérales, qui s'enfoncent entre les valves du cartilage thyroïde et les faces latérales du cartilage cricoïde, n'ont elles-mêmes qu'une faible profondeur.
L'orifice du larynx se trouve limité par les replis aryténoépiglottiques, lesquels, plus étroits en arrière, où ils sont soulevés par les cartilages de Wrisberg, s'écartent en avant pour gagner d'une part le bord de l'épiglotte, et d'autre part pour se perdre dans le pli qui limite supérieurement la cavité sousépiglottique dont nous allons parler.
Pour étudier l'intérieur du larynx, il faut fendre sur la ligne médiane le chaton du cartilage cricoïde.
Il devient alors facile de reconnaître immédiatemen t au-dessous de l'épiglotte un enfoncement hémisphérique {cavité sous-épiglottique) (1), auquel succède un espace couvert d'une muqueuse plissée longitudinalement. Cet espace va se terminer dans une cavité qui se prolonge jusqu'au tubercule inférieur du cartilage thyroïde. Cette dernière cavité, que l'on peut nommer cavité inférieure du larynx, est limitée en avant par la fente et par le tubercule inférieur du thyroïde, sur les côtés par les ligaments
(4) Cette cavité remonte entre l'épiglotte et le cartilage thyroïde, et correspond à la convexité supérieure du plastron thyroïdien.
qui relient au tubercule inférieur les cartilages de Gratiolet, et en arrière par ces derniers cartilages. Revêtus de la muqueuse, ces deux cartilages dessinent de chaque côté de la ligne médiane une saillie arrondie, et ces deux saillies sont séparées Tune de l'autre par une petite échancrure.
Ces saillies forment la limite inférieure des cordes vocales. Ces cordes vocales ou rubans vocaux sont des replis larges et épais, dirigés très -obliquement. Elles commencent sur le sommet de la pyramide aryténoïdienne par un bourrelet contigu au cartilage de Wrisberg, et s'étendent obliquement le long du bord antérieur du cartilage aryténoïde, qu'elles quittent pour gagner les cartilages de Gratiolet. Ces rubans sont soutenus par les ligaments dont nous avons parlé, mais seulement à leur base, le tranchant n'étant formé que par la muqueuse accolée à elle-même (1).
Les ventricules du larynx se trouvent ainsi représentés par de vastes triangles, et les cordes vocales, au tieu de correspondre au bord supérieur du muscle thyro-aryténoïdien, suivent la direction de son bord inférieur.
Il paraîtrait que dans un fœtus plus jeune que celui qui a servi à ces observations, les cordes vocales seraient à peine développées (2). Dans le fœtus à terme, et par conséquent dans
(i) Ces faits sont et rapport avec les idées exprimées par M. E. Foormié dans **
ouvrage intitulé : Physiologie de la voix et de la parole (4 $65, p. 429).
(2) C'est du moins ce qui résulte de celte phrase de Cuvîer : • Le larynx d'un fœtus d'Hippopotame ne m'a point offert de ruban vocal, mais un simple relief presque longitudinal, formé par le rebord antérieur de Taryténoîde. » (Anat. cimp., V édit., t. VIII, p. 792.)
MYOLOGIE. 315
l'adulte, la glotte est une longue fente limitée par deux larges rubans.
Il resterait à déterminer quelle influence les 'dispositions que nous venons de décrire exercent sur le cri de l'Hippopotame, qui est une sorte de hennissement un peu moins tremblé que celui du Cheval, mais beaucoup plus grave et très-retentissant.
mémoire sur l'encéphnle de l'Hippopotame.
L'étude de l'encéphale a* acquis dans ces derniers temps une importance qui grandira en raison même des progrès que fera l'anatomie dans la connaissance de ce système d'organes supérieurs. Déjà des essais de classifications fondées sur cette étude ont été proposés, et, bien que ces essais soient à beaucoup d'égards prématurés, il suffira de rappeler le nom de leurs auteurs, M. Jourdan et M. Owen, pour indiquer du moins qu'ils n'ont pas été tentés sans raison. Quoi qu'il en soit, il est du devoir des anatomistes de ne négliger aujourd'hui aucune occasion d'étendre nos connaissances sur ce point. Ce devoir me semble d'autant plus impérieux, que l'étude des formes extérieures de l'encéphale, en tant que la cavité crânienne en offre chez les Mammifères et chez les Oiseaux une empreinte fidèle, peut fournir à la détermination des animaux fossiles et à la discussion de leurs analogies avec les espèces actuelles des éléments précieux, et qu'enfin la physiologie comparée ellemême en pourra tirer plus tard des ressources inattendues.
Ces raisons me portent à présenter aujourd'hui à l'Académie les observations précises qu'il m'a été donné de faire sur l'encéphale encore à peu près inconnu de l'Hippopotame. Le sujet qui a servi à mes recherches était à peine sorti de l'état fœtal, mais il était parfaitement à terme, et, l'observation m'ayant démontré qu'arrivés à ce degré, tous les Mammifères qui naissent les yeux ouverts ont un système de plis cérébraux et cérébelleux complet, et dès lors parfaitement caractérisé, les conclusions que j'essayerai de tirer de cette étude pourront être appliquées avec une certitude suffisante à l'animal adulte lui-même.
L'encéphale de l'Hippopotame présente dans sa forme générale et dans les accidents de sa surface des particularités que je vais essayer de résumer sommairement.
Le cerveau proprement dit est peu volumineux eu égard à la taille de l'animal. Sa largeur relative est plus considérable que dans les autres Pachydermes tétradactyles. Sa forme rappelle d'ailleurs, quant aux conditions générales, celles des Monodelphes herbivores.
Les lobes olfactifs, si on les compare à ceux du Cochon, sont très-petits, et si plats, qu'on les aperçoit à peine sur le profil du cerveau. Nous reviendrons plus loin sur la petitesse caractéristique de ces lobes.
Les tubercules quadrijumeabx sont de grandeur médiocre et proportionnés au volume très-réduit des bandelettes optiques. Leur forme générale et leurs rapports sont conformes au type général des Mammifères monodelphes^
Le cervelet est bien détaché du cerveau proprement dit, et sa surface est convexe dans son ensemble. Cette forme, qui est commune à tous les Pachydermes et à la famille des Caméliens, est fort différente de celles que présentent les vrais Ruminants, chez lesquels la face supérieure du cervelet est presque entièrement cachée par les hémisphères cérébraux, si bien que sa face postérieure, taillée verticalement, est presque seule à découvert.
La base du cerveau présente en général les particularités suivantes : Le bulbe est de grandeur médiocre ; le pont de Varole et l'avant-pont le sont également, tout en conservant leurs formes ordinaires. La fosse interpédonculaire est profonde; l'infundibulum est large et sa surface est arrondie. Les bandelettes et les nerfs optiques sont très-petits. Au-devant d'eux, les espaces appelés, chez l'Homme, champs olfactifs ou quadrilatères perforés, sont larges, saillants, et de forme arrondie. Ils sont circonscrits en avant par les racines des lobes olfactifs.
Telle est en général la physionomie de l'encéphale de l'Hippopotame; essayons maintenant de donner une idée de chacune de ses principales parties constituantes.
L'isthme de l'encéphale présente les particularités suivantes : Le bulbe, ainsi que nous l'avons dit, est de grandeur médiocre. On y distingue deux pyramides antérieures nettement limitées. Très-larges vers le point de leur entrecroisement, elles s'atténuent du côté du pont de Varole en deux petits cordons trèsnettement accusés. En dehors d'elle», on remarque les faisceaux
antérieurs; leur séparation est d'ailleurs très-peu accusée. Vers la région des olives, vers le bord postérieur de l'avant-pont, ils présentent une sorte de renflement ou de saillie qui correspond aux olives cachées dans la profondeur du bulbe. En dehors de ces renflements se voient les faisceaux moyens du bulbe dont les libres superficielles, après avoir traversé en partie les fibres de l'avant-pont, semblent se perdre dans les anses superficielles du pont de Varole. Cette disposition se retrouve dans un grand nombre d'animaux, et en particulier dans l'Homme, où M. Foville en a signalé l'existence.
Je crois devoir signaler ici une particularité qui mériterait d'être plus attentivement examinée. Elle consiste dans la pré» sence d'une petite bandelette oblique qui se dégage de la profondeur du bulbe entre la pyramide et le renflement olivaire, se porte obliquement en dehors en croisant les fibres del'avantpont, et plonge en quelque sorte sous le bord postérieur du pont de Varole. N'ayant pu disséquer à fond un cerveau unique dans les collections du Muséum, j'ai dû renoncer à suivre le trajet ultérieur des fibres de cette bandelette, mais j'ai cru devoir dès à présent appeler l'attention sur elle.
Les autres parties du bulbe, les bandelettes accessoires des faisceaux latéraux, les corps restiformes, les cordons médians postérieurs, ont leurs relations accoutumées. 11 en est de môme de la protubérance annulaire, des faisceaux triangulaires de l'isthme, des tubercules quadrijumeaux et des corps gehouillés externes. Les pédoncules cérébraux proprement dits sont grands, et le prolongement des pyramides antérieures forme à
320 ANATOM1E DE L'HIPPOPOTAME.
leur partie inférieure une colonne très-accusée. L'espace interpédonculaire est fort allongé et criblé de perforations nombreuses. Plus au-devant se voit le tubercule des éminences mamillaires bien saillant, avec un indice de division médiane. Le tuber cinereum est assez peu saillant, il Test en particulier beaucoup moins que dans le Cochon naissant. L'infundibulum et l'hypophyse ne présentent rien de remarquable.
Les bandelettes optiques sont extrêmement grêles, et elles aboutissent à un chiasma très-réduit, d'où partent des nerfs optiques à tel point réduits, qu'ils sont moins volumineux à leur racine que ceux d'un Cochon naissant. Au-devant de ces bandelettes, cette partie de l'étage inférieur des corps striés que l'on désigne dans l'Homme sous le nom de champs olfactifs ou de quadrilatères perforés, fait une grande saillie. Elle est convexe, arrondie, et, suivant l'usage, circonscrite par ce que l'on nomme si improprement les racines du lobe olfactif. Il ne m'a pas été donné d'étudier d'une manière approfondie les parties supérieures de l'isthme de l'encéphale, parce qu'il eût fallu pour cela détruire une pièce encore unique dans les collections du Muséum; mais ce que j'ai pu voir du corps calleux, de la voûte,, des couches optiques, de la glande pinéale et des 'corps striés, a suffi pour diminuer mes regrets à cet égard. Ces parties, en effet, m'ont semblé s'éloigner très-peu des formes qu'elles présentent dans les Pachydermes en général et dans les Suidés en particulier.
Le cervelet, relativement à sa largeur, est plus allongé d'avant en arrière que dans les Cochons du même Age, et ses
divisions sont en même temps beaucoup plus compliquées. Cette complication plus grande sera facilement expliquée, si Ton considère que dès sa naissance, l'Hippopotame accuse un développement relatif plus avancé et une plus grande liberté dans la coordination des mouvements que le Cochon naissant. Il y a, en effet, un rapport constant entre le développement et la liberté des actions musculaires et le développement de cet organe qui, petit et peu riche en plis au début de la vie, n'acquiert que vers l'âge adulte ses proportions définitives, au moment où l'animal atteint le tenue suprême de sa puissance musculaire. Cette règle est confirmée à la fois par l'étude de l'état normal et par les faits tératogéniques.
Les groupes formés par les lobules et les feuilles du cervelet ont assez d'analogie avec ceux que l'on découvre dans le cervelet du Cochon, mais avec quelques différences que j'indiquerai rapidement.
Le corps du cervelet médian est assez peu large, et divisé comme dans le Cochon en deux lobules. Les feuilles du lobule antérieur sont à peu près horizontales, mais celles du lobule postérieur décrivent des courbes concaves en avant, qui dans leur développement embrassent la partie postérieure du lobule antérieur. Cette partie du cervelet est assez saillante, et cette arête médiane que les anatomistes, depuis Reil, ont désignée sous le nom de culmen, y est sensiblement accusée.
Le vermis qui termine en arrière le cervelet médian de l'Hippopotame et celui du Cochon présentent dans leur enroulement des différences assez marquées. La série des petits
5» ANAT0M1E DU L'HIPtOTOTAME.
disqwes dont la chaîne compose ee venais est très-flexweuse dans ce dernier, et forme à droite «ne anse assez allongée qui dévie à gauche le lojbule formé par les pièces hasiknres de ce verrais. Les choses se passent, dans l'Hippopotame, d'une manière un peu différente, et, à cet égard encore, il semble se rapprocher des Pécaris plus que des Cochons. Le lobule basilaire du venais y est plus court,, plus globuleux ; toutefois ses feuilles, de même que dans le Cochon, sont fort inclinées de gauche à droite. Les différences sont plus marquées dans le verrais proprement dit. On n'y retrouve pas cette anse qui caractérise celui du Cochon, mais ses lobules sont groupés assez élégamment à la partie postérieure du cervelet, en une masse allongée que je ne saurais guère comparer qu'aune sorte de chignon symétrique.
0» trouve dans les cervelets latéraux des différences analogues. Leur corps, à peu près réduit à ce lobule qui, dMs l'Homme, porte depuis Reil le nom de seipMunaire, est beaucoup plus allongé de haut en bas dans l'Hippopotame que dans le Cochon. Un vermis latéral d'une richesse extrême leur liait suite. La série de ses feuilles forme d'abord trois lobules différemment inclinés, et se termine sur les côtés du cervelet en une spirale développée de haut en bas, dont l'enroulement rappelle assez bien celui d'une corne d'Ammon.
Cette richesse du vermis latéral ne peut en aucun cas être considérée comme une marque d'élévation sériale, et c'est au contraire un signe d'animalité. Mais on sait assez que la perfection d'un animal est tout à fait relative à l'idée typique de la
SYSTÈME NEBVfiUX. 325
constitution du genre auquel il appartient, et n'implique en aucune façon le passage aux formes d'un autre genre.
Quoi qu'il en soit, et quelque fastidieux que ces détails puissent paraître, il serait imprudent, dans l'état actuel de la science, d'en négliger un seul. Car, en toutes choses, l'analyse est la base nécessaire des progrès futurs de la science.
Les hémisphères cérébraux sont peu riches en plis. Il serait assez difficile de se faire dès l'abord une idée juste de leur disposition; L'analyse de ceux du Pécari et du Cochon sera pour nous, à cet égard, une introduction nécessaire.
Ces plis forment dans le Cochon deux étages principaux, séparés en avant par un petit étage ou lobule intermédiaire.
L'étage supérieur, fort grêle en avant, forme un petit coude à la partie supérieure du cerveau, sur les côtés de la scissure intermédiaire. En arrière de ce coude, il se dilate en un lobule triangulaire que divisent de son sommet à sa base deux ou trois anfractuosités longitudinales. Cette disposition est fort semblable au premier abord à celles que présentent les vrais Ruminants, mais elle est typique et constante chez ces animaux, tandis qu'elle est propre à quelques genres seulement dans la famille des Suidés.
L'étage inférieur est longitudinalement étendu au-dessus du lobule unciforme et du lobe olfactif, de l'extrémité antérieure de l'hémisphère à son extrémité occipitale. Une petite scissure verticale le divise en deux lobules, l'un antérieur, l'autre postérieur. Ce mode de division est fort semblable au premier abord à celui qu'on observe dans les vrais Ruminants. Toutefois,
324 ANATOMIB DE L'HIPPOPOTAME.
dans ces animaux, le lobule postérieur, chargé de plis, remporte singulièrement sur l'antérieur. Or, l'inverse a lieu dans les Cochons et dans les Pachydermes en général. Chez eux, c'est le lobe antérieur qui l'emporte sur le postérieur. Ce caractère est d'un emploi facile, et je le signale ici d'une manière toute particulière.
Les deux étages que nous venons de décrire régnent sur la surface de l'hémisphère dans toute sa longueur. Il n'en est pas de même de l'étage moyen. Celui-ci est réduit à un lobule qui se termine sur le cerveau vers le milieu de sa longueur. Cet étage, quelquefois divisé en deux plis par une anfractuosité secondaire, est légèrement flexueux ; il est propre au groupe des Suidés, et il fournit un caractère d'autant meilleur, qu'il n'y en a pas la moindre trace dans les vrais Ruminants.
Si donc le cerveau du Sanglier ressemble à celui des Ruminants par son étage supérieur, il en diffère sensiblement par tous les autres caractères.
Ce que nous venons de dire du Sanglier peut s'appliquer en général au Pécari, mais l'étage supérieur présente déjà dans ce groupe de grandes modifications. Le lobule triangulaire qui le termine en arrière dans le Sanglier est ici remplacé par une bande plus étroite qu'une scissure longitudinale, mais assez irrégulièrement flexueuse, divise en deux plis parallèles. Cette disposition coïncide dans le Pécari avec un allongement trèsmarqué de la forme générale du cerveau, et il nous conduit par une transition naturelle à la configuration que présente l'Hippopotame.
Ici, en effet, l'étage supérieur est réduit à sa plus simple expression. Ce n'est plus qu'une bande à peine flexueuse bordant à la partie supérieure du cerveau la grande scissure longitudinale.
On remarque dans l'étage inférieur et dans l'étage intermédiaire des modifications plus profondes encore, sur lesquelles je demande la permission d'insister. L'étage inférieur a, dans son ensemble, la disposition qu'il présente dans le Cochon, à très-peu de chose près, mais il semble au premier abord avoir une épaisseur singulière et occuper presque toute la hauteur de l'hémisphère ; d'autre part, l'étage moyen semble manquer. Un examen plus attentif permet de résoudre aisément cette anomalie apparente. Il est facile, en effet, de voir que nonseulement cet étage moyen existe, mais qu'il offre un développement inusité. En effet, au lieu de se terminer vers la partie moyenne de l'hémisphère, comme cela a lieu dans le Cochon et le Pécari, il s'étend dans toute la longueur de l'hémisphère au-dessus de l'étage inférieur. Il acquiert donc une importance exceptionnelle, et si son existence est au premier abord dissimulée, cela tient à la grande quantité de plis de passages verticaux qui lient cet étage supérieur à l'étage inférieur proprement dit.
J'insiste d'autant plus sur l'existence et sur la multiplicité de ces plis de passage, qu'ils semblent être dans l'encéphale des Mammifères un indice non équivoque de supériorité intellectuelle. Ils sont nombreux dans le cerveau de l'Homme, où M. Foville, qui en a parfaitement saisi l'importance, les a désignés sous le nom de circonvolutions du quatrième ordre; on
les retrouve dans le cerveau de l'Éléphant et des Phoques; et je ne pouvais ici les passer sous silence, d'autant plus qu'ils fourniront dans un instant quelques indications utiles.
En résumé, l'étage moyen est très-développé , mais il est attaché, pour ainsi dire, à l'état inférieur par tant de traverses, qu'il semble ne former avec lui qu'un seul étage chargé de plis compliqués et si grands, qu'à l'exception des bandes étroites qu'occupent, sur les faces opposées du cerveau, l'étage supérieur et la circonvolution du lobule unciforme, il semble former toute la surface de l'hémisphère.
Nous voici bien loin des formes des Ruminants, fait d'autant plus digne de remarque, que le mode de division des pieds et la tendance qu'a l'estomac à se diviser en plusieurs poches dans les Suidés avaient fait penser que ces animaux forment un passage naturel des Pachydermes aux Ruminants, en passant par les Chevrotains. Mais, évidemment, cette idée ne peut être acceptée. Car, plus l'estomac des Suidés se complique, plus ils diffèrent des Ruminants par les formes de leur encéphale. Ainsi, le cerveau du Sanglier, dont l'estomac est le plus simple, a quelque chose de la physionomie propre au cerveau des Ruminants. Mais cette ressemblance diminue déjà dans le cerveau du Pécari, dont l'estomac se complique dé deiff poches accessoires, et elle s'efface entièrement dans l'Hippopotame, dont l'estomac atteint au plus haut degré de complication. La comparaison attentive du squelette et des muscles dans ces animaux conduit aux mêmes conséquences. Ces faits nous semblent avoir une grande importance. Ils indiquent avec combien
de réserve il faut accepter ces idées de série et de passages qu'après les philosophes, de grands naturalistes ont préconisées (1).
J'ai déjà parlé de la petitesse des lobes olfactifs. Hs sont aplatis; leur face inférieure rt'ar point cette grande saiBie si remarquable dans les Suidés fouisseurs ; ils s'atténuent singulièrement en avant, et la coiffe de substance grise qui enveloppe leur extrémité et forme leur balbe terminal est pour ainsi dire atrophiée.
Cette atrophie des lobes olfactifs dans l'Hippopotame mérite
(4) Si les vues des philosophes qui ont défendu avec tant de hauteur l'idée de la série animale étaient aussi fondées qu'elles sont ingénieuses et poétiques, on devrait s'attendre à trouver entre les Pachydermes à doigts pairs et les vrais Remisants de* transitions et des passages insensibles. On passerait régulièrement des Cochons, qui ont l'estomac le plus simple, à ceux qui l'ont le plus compliqué, de ceux-ci aux Cne- VFOtains, ei enfin aux Ruminants les plus caractérisés. Les os, les dents, les muscles, le système nerveux, confirmeraient le premier aperçu ; les transitions s'exprimeraient parallèlement dans tous les systèmes organique, et dès lors ou devrait ^attendre à trouver le cerveau du Pécari et de L'Hippopotame plus semblable à celui des Ruminante que le cerveau des Cochons proprement dits, dont l'estomac est beaucoup plus simple; mais nous voyons qu'il n'en est point ainsi. Tout démontre, en effet, à ceu* qui observent la nature sans préjugée, que ces passages qu'on invoque n'ont aucune réalité dans la nature; nous croyons fermement à une hiérarchie des êtres, mais non à cette série régulière dont notre illustre maître, Henri de ttainvilte, a été le j»hi9 grand défenseur. Une telle idée suppose implicitement dans les animaux inférieurs une imperfection réelle dans un même ordre de faits; mais il nous semble beaucoup plus conforme à L*idée que nous- avons de la suprême sagesse d'admettre que chacune de ses créatures a été l'objet d'une intention particulière. Comme saint Augustin l'a dit: « Toutes les créatures de Dieu sont parfaites, mais leurs perfections sont de nature différante, t II ne peut donc y avoir de paBsage enttre elles, et do même coup sent vaincues les prétentions des partisans d'une série successive des créatures et celles des inventeurs des métamorphoses ascendantes. Le vrai naturaliste, qui n'admet rien, dans l'ordre des faits matériels, en dehors de ^observation, repolisse, avec Buffon, ce* classifications où, sous le prétexte de quelques ressemblances partielles, on rapproché les êtres les plus divers par l'ensemble de leur constitution organique.
328 ANAÏ0M1E DE L'HIPPOPOTAME.
de nous arrêter un instant, parce qu'on la retrouve à des degrés divers dans tous les Mammifères aquatiques. On pourrait même dire qu'elle est en raison directe des modifications que leur impose d'une manière plus exclusive ce milieu exceptionnel où leur instinct les attire. Ainsi, les Loutres, les Enhydris, les Phoques, les Castors, se font remarquer par la petitesse relative de leurs lobes olfactifs, et, quoi qu'on en ait dit, ils manquent absolument aux Cétacés armés de dents, tels que les Dauphins. Un fait aussi général mérite d'être attentivement examiné, et cet examen exige des précautions d'autant plus grandes, que l'atrophie des lobes olfactifs n'est cependant pas un caractère exclusif des Mammifères aquatiques, et qu'on la retrouve dans d'autres animaux essentiellement arboricoles et aériens : je veux parler des Primates et de l'Homme.
La reproduction d'un fait en apparence analogue dans des conditions si opposées a, au premier abord, quelque chose de paradoxal et d'extrêmement embarrassant. Il me semble en conséquence utile d'y insister ici, cette question ayant à mes yeux une grande importance, d'une part pour la physiologie des instincts et de l'intelligence, et d'autre part pour l'explication de certaines modifications très-remarquables de la tête des animaux aquatiques, modifications dont le sens est au premier abord assez difficile à saisir.
L'atrophie des lobes olfactifs dans l'Homme et dans les Singes est une atrophie normale et typique, liée à l'essence même de ces êtres, que ne détermine aucune cause extérieure, aucune raison biologique. Tout semble indiquer que les sensations
olfactives n'ont, dans le jeu normal de leur intelligence, qu'une influence secondaire. L'étude de la structure confirme cette vue ; la commissure antérieure du cerveau ne donne rien à ces lobes olfactifs, et s'irradie tout entière dans les lobes postérieurs de l'hémisphère, et spécialement dans les plis où s'irradient les racines cérébrales des nerfs optiques. Tout indique qu'ici l'instinct et l'intelligence prennent une forme supérieure où les sensations plus élevées de l'ouïe et de la vue joueront un rôle presque exclusif.
Mais, dans tous les Mammifères qui sont au-dessous des Singes, la scène change. Les lobes olfactifs acquièrent une importance singulière, et c'est dans leur intérieur que s'irradie presque en entier cette commissure antérieure, qui leur est étrangère, chez l'homme et chez les primates. Lémuriens, Insectivores, Carnassiers, Herbivores, Ruminants ou Pachydermes, tous ont des lobes olfactifs énormes. Leur importance s'accroît encore davantage dans les types inférieurs. Dans les Didelphes en particulier, ils égalent en grandeur les hémisphères cérébraux eux-mêmes. Tout semble donc indiquer ici une transformation commune d'autant plus accusée que l'animal s'abaisse davantage dans la série des êtres.
Les exceptions qu'on trouve à cette règle la confirment en quelque sorte, en tant qu'elles sont déterminées de la manière la plus intelligible par des raisons biologiques ; elles sont en effet exclusivement offertes par les Mammifères aquatiques. Observons que, dans ce milieu exceptionnel, les Mammifères dont l'olfaction est essentiellement liée à leur respiration
aérienne ne peuvent en aucune manière exercer cette fonction. Les narines sont closes ; l'animal en poursuivant sa proie dans ce milieu, en y choisissant sa nourriture, ne se laisse plus diriger par des sensations olfactives. L'œil et l'oreille, qui acquièrent dans son appareil moyen des dimensions énormes, viendront compenser sans doute cette pauvreté relative. Mais les lobes olfactifs s'atrophient, et cette atrophie sera d'autant plus accusée que les habitudes de l'animal seront plus exclusivement aquatiques. Équivalente à peu de chose près dans la Loutre et dans l'Hippopotame, elle sera plus accusée dans le Phoque; dans les Cétacés pourvus de dents, qui poursuivent exclusivement leur proie sous les eaux, elle ira jusqu'à un entier anéantissement de ces lobes, et cette réduction est si bien liée à une raison d'accommodation biologique, que les Cétacés à fanons, qui écument en quelque sorte la surface des mers et peuvent tirer quelque utilité de leurs sensations olfactives, ont des lobes olfactifs assez accusés, ainsi que je le tiens du célèbre cétologue de Copenhague, M. le professeur Eschricht. Il est fort à remarquer que cette réduction des lobes olfactifs, commandée par des raisons pour ainsi dire extérieures, n'affecte en aucune manière le type intérieur de l'organisation cérébrale. La commissure antérieure s'atténue avec les lobes olfactifs ; chez les Dauphins où ces lobes sont nuls, on en chercherait en vain la trace. Ainsi, cet anéantissement graduel, qui amène une sorte de similitude extérieure avec les Prw mates, n'implique au fond aucune ressemblance réelle, et tout semble nous dire que des types essentiellement différents ne
sauraient être ramenés l'un à l'autre par une sorte de métamorphose.
L'atrophie des lobes olfactifs chez les animaux monodelphes est intéressante à un autre point de vue ; elle nous semble n'être pas absolument étrangère aux modifications qu'éprouve r encéphale qui se dilate alors dans la vertèbre pariétale, et acquiert chez les Mammifères aquatiques une largeur énorme. Il nous semble que cette modification peut être aisément expliquée par l'absence même des sensations olfactives ; l'instinct perdant, si je puis ainsi dire, une de ses voies principales, l'animal doit trouver nécessairement une compensation à cette pauvreté relative dans une intelligence servie par des sensations supérieures, et les hémisphères cérébraux, organes des facultés supérieures, prennent chez eux un développement inusité. Ainsi s'expliquent la grandeur et le volume de ces organes.
Ici, tout justifie la pensée de mon illustre maître M. de Blainville, quand il qualifiait d'anormaux les Mammifères aquatiques. Car, tandis que la nature, dans son évolution régulière, n'abandonne aux milieux liquides que les types les plus dégradés, ces animaux ne descendent dans ce milieu exceptionnel qu'armés d'une intelligence qui devient parmi eux le principe de sociétés que les naturalistes ont à l'envie célébrées et qui les rendent éminemment propres à servir l'action de t homme si, las d'en faire sa proie, il prétendait un jour les prendre pour auxiliaires et les soumettre à son empire.
332 ANATOMIB DE L'HIPPOPOTAME.
Note communiquée a r Académie des oeleaeee dan* la eéaaee daU octobre IMI.
« Considéré en général, l'encéphale de l'Hippopotame présente la physionomie propre aux Pachydermes tétradactyles. Je vais essayer d'en décrire en quelques mots les formes extérieures.
» Le bulbe est de grandeur médiocre ; il en est de même du pont de Yarole et des autres parties qui constituent l'isthme de l'encéphale. Ces parties s'éloignent très-peu des conditions qui sont réalisées dans le Cochon et dans le Pécari. Les bandelettes optiques sont extrêmement grêles. Leur chiasma est fort étroit, et il en sort des nerfs optiques si menus, que, dans l'Hippopotame nouveau-né, ils égalent à peine ceux d'un Cochon de Siam naissant.
» Au-devant des bandelettes, cette partie découverte <le l'étage inférieur des corps striés, que l'on désigne dans l'homme sous le nom de champs olfactifs, fait une assez grande saillie ; elle est large en tous sens, convexe, arrondie, et, suivant l'usage, circonscrite par ces bandelettes que l'on décrit sous le nom de racines du lobe olfactif, et qui sont une dépendance du système des commissures propres des couches corticales. Les parties supérieures de l'isthme ne m'ont présenté aucune particularité remarquable.
» J'insisterai plus en détail sur les ganglions surajoutés à l'axe, et en particulier sur le cerveau. •
» Le cervelet est un peu plus allongé que dans le Cochon ; en revanche, sa largeur est moindre. Le corps du cervelet
médian est petit ; son vermis est autrement contourné que dans le Cochon : Au lieu de former à gauche une anse allongée, ses lobules se groupent en une sorte de chignon symétrique. Ces formes rappellent assez bien celles du Pécari.
» Le corps des cervelets latéraux est également très-réduit, mais leurs vermis sont énormes; ils s'enroulent sur les côtés du cervelet à la manière d'une corne d'Ammon. Le nombre des lobules et des feuilles dans ces vermis est digne d'être remarqué.
» Je passe sur les tubercules quadrijumeaux. Les hémisphères cérébraux méritent un examen plus attentif. Leur masse est fort petite relativement à celle de la tête et du corps ; mais elle est assez grande eu égard aux dimensions du bulbe ; ils sont d'ailleurs assez courts, et le diamètre longitudinal du cerveau égale à peine son diamètre transversal ; ils sont assez peu riches en plis, surtout dans leur région supérieure.
» Ces plis, comme dans le Cochon et le Pécari, composent dans l'aire formée par la circonvolution du corps calleux et ceux du lobule unciforme deux étages principaux séparés par un étage intermédiaire.
» On sait que l'étage supérieur, dans le Cochon, se dilate en arrière en un lobule triangulaire divisé de son sommet i\ sa base en deux ou trois plis, disposition qui rappelle assez bien les formes des Ruminants vrais. Ce lobule est plus étroit dans le Pécari, et se rétrécit encore davantage dans l'Hippopotame, où l'étage supérieur n'est qu'une bande étroite divisée en arrière en deux plis secondaires.
» L'étage supérieur s'étend au-dessus du lobe olfactif et du lobule unciforme, et se recourbe légèrement à son extrémité occipitale, cette extrémité recourbée est nettement distinguée de la partie antérieure par une petite scissure verticale, et il en résulte deux lobules distincts comme dans les Ruminants. Mais dans les Ruminants, le lobule postérieur est le plus grand ; il est le plus petit des deux dans le Cochon, dans le Pécari et dans l'Hippopotame.
» Cet étage inférieur semble avoir, au premier abord, dans l'Hippopotame, une importance extraordinaire; en revanche, l'étage intermédiaire, qui, dans le Cochon, le sépare de l'étage supérieur à la partie antérieure du cerveau, semble manquer. Mais un examen plus attentif semble résoudre cette anomalie apparente : non-seulement cet étage moyen existe, mais il occupe, en outre, dans l'Hippopotame, toute la longueur de l'hémisphère, et si son existence est au premier abord dissimulée, cela tient à la grande quantité de plis de passage verticaux qui l'unissent à l'étage inférieur.
» Ainsi modifié, le type de l'arrangement des plis cérébraux des Pachydermes à système digital pair n'a plus aucune ressemblance avec celui des Ruminants, fait d'autant plus remarquable, que ces différences dans l'organisation cérébrale semblent augmenter en raison même de cette complication de l'estomac, que quelques naturalistes avaient considérée comme indiquant un passage des Suidés aux formes des Ruminants.
» Les lobes olfactifs sont beaucoup plus réduits que dans les Suidés fouisseurs, ils s'atténuent en avant, et la coiffe de
Substance grise qui enveloppe leur extrémité et forme leur bulbe terminal est pour ainsi dire atrophiée.
») Cette atrophie mérite d'être signalée avec d'autant plus de soin qu'on la retrouve à des degrés divers dans tous les Mammifères aquatiques, où elle est en raison directe de l'étendue des modifications organiques qui leur imposent ce milieu exceptionnel ; elle tient à ce que ces Mammifères ne pouvant exercer l'olfaction dans l'eau, les lobes olfactifs leur deviennent moins nécessaires; elle est si bien liée à une raison d accommodation biologique, qu'elle est complète dans les Dauphins qui poursuivent leur proie dans la profondeur des eaux, tandis que les Cétacés à fanons qui en écument la surface, et maintiennent alors leur évent à fleur d'eau, ont des lobes olfactifs assez accusés» ainsi que je le tiens du célèbre cétologiste de Copenhague, M. le professeur Eschricht. 11 importe expressément de distinguer cette atrophie des lobes olfactifs, commandée par des motifs biologiques, de celle qu'on observe dans les Primates, et dans l'Homme, où elle est normale et sensiblement typique.
» La réduction des lobes olfactifs chez les Mammifères aquatiques est intéressante à un autre point de vue : elle semble en effet n'être pas absolument étrangère aux modifications qu'éprouve la forme du cerveau qu'on voit se dilater chez ces animaux et acquérir dans certains cas une largeur énorme. Ces modifications peuvent être en effet expliquées par l'absence même des sensations olfactives. L'instinct perdant ainsi l'une de ses voies principales, l'animal ne peut trouver une compen-
336 AXATOMIE DE L'HIPPOPOTAME.
sation à cette perte que dans un plus grand développement de son intelligence, en tant qu'elle est servie par des sensations d'un ordre supérieur ; dès lors, son cerveau s'accroît davantage, eu égard au volume de la moelle, et cet accroissement s'effectue surtout en largeur en dilatant la vertèbre pariétale, qui, chez les animaux qui sont au-dessous des Singes, est le domaine par excellence des hémisphères cérébraux. »