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Chez l'adulte

Les transformations que les progrès de l'âge amènent dans les formes des vertèbres cervicales, et dont le terme est donné par les formes de l'âge adulte, méritent d'être attentivement examinées ici. Cette comparaison seule peut donner quelque prix à la description que nous venons de tracer.

J'indiquerai les formes de l'âge adulte d'après trois Hippopotames de la collection (l'un du Cap, l'autre de Natal, le troisième du Sénégal), qui offrent entre eux les plus grandes ressemblances. Le squelette adulte de l'Hippopotame du Sénégal diffère cependant, à certains égards, des deux autres; nous dirons, en passant, quelques mots de ces différences.

La première modification, la plus essentielle, consiste dans une grande augmentation relative de la largeur des éléments vertébraux (1). Leur corps est à la fois plus épais et plus convexe en avant, les lames sont plus larges, les apophyses articulaires sont plus saillantes ; une différence, très-peu marquée dans le fœtus, se manifeste : l'apophyse articulaire antérieure {apophyse recouverte) est plus forte à sa base que la postérieure (apophyse recouvrante) ; la colonne qui les unit est plus saillante et mieux déterminée ; les sommets des apophyses transverses se prolongent en une tige distincte qui se porte horizontalement en dehors, et porte, à son extrémité, une épine postérieure bien distincte; les ailes costales, cartilagineuses dans

(4) J'entends ici par longueur la dimension du diamètre antéro-postérieur de la vertèbre, considérée comme partie intégrante de la chaîne vertébrale.

le fœtus, sont ici entièrement osseuses; une large vallée les sépare dès leur base d'avec l'apophyse transverse ; elles sont manifestement pédiculées. Leur forme générale est celle d'un fer de hache au tranchant rectiligne; l'angle postérieur de ce tranchant est fort aigu; l'antérieur est tronqué; les ailes sont très-inclinées et forment, avec le plan horizontal des apophyses transverses, un angle d'environ 24 degrés. La sixième vertèbre porte les ailes les plus longues : elles dépassent le niveau de toutes les autres; leur bord inférieur n'est point rectiligne, mais convexe; leur angle antérieur n'est pas seulement tronqué plus largement, cette troncature est manifestement concave. Enfin, l'aile manque à la septième dans les trois squelettes que nous examinons, et, sur deux d'entre eux, la base de l'apophyse transverse n'offre aucun vestige de trou.

Les deux premières vertèbres, c'est-à-dire l'atlas et Taxis, offrent des modifications analogues. La longueur de leur corps a augmenté; les tubercules qui distinguent la face inférieure de ces corps sont plus saillants; leurs dimensions se sont également accrues entre les deux condyles; les lames vertébrales sont définitivement soudées et portent des tubercules épineux; enfin des ponts osseux convertissent en trous, dans ces deux vertèbres, les échancrures antérieures de conjugaison.

Les ailes de l'atlas, cartilagineuses dans le fœtus, sont ici complètement ossifiées; elles se dilatent et s'étalent à tel point que la largeur de l'atlas égale la plus grande largeur de la tête, mesurée d'un arc zygomatique à l'autre. La fossette que fe face antérieure du noyau osseux des masses latérales présente dans

OBTÉOLOGIE. n

le fœtus, s'élargit iei en une vaste dépression qui envahit, pour ainsi dire, toute la face antérieure de l'aile; cette dépression est limitée par des bords réguliers, saillants, et légèrement renversés; la face postérieure est également un peu concave et présente quelques rugosités. Les contours de l'aile méritent plus particulièrement d'être décrits ici : d'un côté elle tient au corps de la vertèbre dans toute sa hauteur) son bord antérieur est court, le postérieur est deux fois plus long; en conséquence, l'angle qu'il forme avec le bord externe est de beaucoup le plus saillant; cet angle est légèrement tronqué et rugueux à son sommet, où il est sensiblement recourbé en arrière. Quant au bord externe, il est rectiligne et formé par une colonne lisse et régulière. Nous n'insisterons pas sur ces faits, les ayant déjà décrits fort au long.

L'axis présente aussi quelques modifications; le corps porte en avant, à sa partie inférieure, une apophyse médiane trèssaillante. La colonne des masses articulaires est plus longue. Les surfaces articulaires antérieures sont plu» obliques que dans le fœtus et montent vers la base de l'os odontoïde qui est, à cette époque, intimement soudé à Taxis. L'apophyse transverse est grêle, un peu couchée en arrière; Taile costale est soudée avec elle, dans toute sa longueur, et ne se distingue que par son sommet; enfin, l'apophyse épineuse a à peu près la forme d'un fer de hache au tranchant épais et rectiligne, dont la partie postérieure, saillante et rugueuse, a des contreforts latéraux chargés de tubercules irréguliers.

L'Hippopotame du Sénégal présente quelques dîfféreftces.

L'aile costale de l'atlas y est plus courte, son extrémité n'est point recourbée en arrière, mais en avant. Cette vertèbre présente une autre différence : l'échancrure antérieure de conjugaison y est, en effet, située non en arrière, mais au-devant de la masse articulaire ; ce n'est là, évidemment, qu'une anomalie individuelle, comme le prouve manifestement l'examen du fœtus d'Hippopotame du Sénégal, dont la collection possède le squelette, et qui a servi de type à notre description.

Les ailes des autres vertèbres présentent aussi dans ce squelette quelques différences; elles sont évidemment plus longues et moins hautes; enfin la base de l'apophyse transverse de la septième vertèbre y est percée d'un trou, bien qu'elle ne présente aucun vestige apparent de lame costale.

Ces différences, d'où résulte une physionomie assez tranchée, sont-elles spécifiques? Faisons remarquer que l'Hippopotame du Cap et de Natal se ressemblent parfaitement. Seul, celui du Sénégal présente ces particularités, mais il serait imprudent de conclure d'après l'examen d'un seul individu, et nous persistons à croire qu'il n'y a pas encore de raison suffisante pour distinguer spécifiquement YHippopotamus australis de YHippopotanins amphibius de Linné.

Les caractères génériques principaux des vertèbres cervicales dans les Hippopotames se tirent :

1° Du peu de convexité antérieure de leur corps ;

2* De la séparation parfaitement nette de leurs ailes costales et de leurs apophyses transverses à partir de la racine de ces éléments.

3° De l'horizontalité parfaite de ces apophyses transverses ;

4° De la régularité et du peu de saillie de la colonne qui relie entre elles les apophyses articulaires ;

5° De l'absence d'un tubercule au côté externe des apophyses articulaires antérieures.

Il est donc impossible de les confondre avec les vertèbres analogues:

1° Dans les tapirs, chez lesquels les apophyses transverses, très-courtes, sont recourbées en arrière ;

2° Dans les rhinocéros, chez lesquels les apophyses transverses et les lames costales sont confondues pour ainsi dire en un seul corps; chez lesquels, en outre, les apophyses articulaires sont plates, unies par une crête très-relevée, avec un tubercule très-marqué au côté externe des apophyses articulaires antérieures.

Enfin l'atlas et l'axis ne pourront pas être confondus avec ceux des rhinocéros. Plus étalées transversalement dans ces derniers animaux que dans l'Hippopotame, les ailes de l'atlas sont pour ainsi dire tronquées par un bord externe rugueux dans toute sa longueur. L'apophyse épineuse et la médiane inférieure y sont plus marquées. Enfin l'axis s'y distingue par une hauteur plus grande de son corps, par une apophyse épineuse plus rugueuse, par une apophyse'transverse plus longue et plus grêle, de laquelle la lame costale ne peut plus être distinguée.

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