L’ANATOMIE ET LES MÉTAMORPHOSES
DE j
Pou de mouton. PI. i, i, 3.
Cet insecte est un de ceux sur lesquels j’ai l’ait des essais, avant de me déterminer pour l’anatomie de la chenille, que j’ai
publiée. Je les eusse poussé plus loin, et peut-être fussent-ils devenus tôt ou tard un traité suivi, si je n’eusse compris qu’il convenoit quelquefois de se prêter aux préjugés vulgaires; que le nom ignoble de l’animal eût pu faire tort à l’ouvrage, et qu’ ainsi il valoit mieux débuter par un insecte d’un nom moins déplaisant. Je me contentai donc d’effleurer simplement ce premier sujet, qui, par sa singularité, ne déplaira peut-être pas à ceux qui portent leur attention plutôt sur les choses mêmes que sur les idées accessoires qui les accompagnent. Quoi qu’il en soit, l’animal dont on va parler est une des grandes espèces de sa classe. Il a deux lignes et demie
de long, sur une et demie de large. La fig. i de la première planche le fait voir de taille naturelle, et les fig. 2 et 3 le grossissent environ mille fois. Dans la fig. 2 on le voit du côté du dos, et fig. 3 du côté du ventre.
Sa tête, ses pâtes et son corselet, sont en dehors presque partout écailleux , et couleur de gomme commune. Son corps y est membraneux, à contours ondoyans, et d’un gris sale. La loupe le montre hérissé, de même que le corselet, et une partie du dessus de la tète, de piquans ou gros poils noirs très-courts. Ses pâtes en ont d’un peu plus longs. Son anusA, 3 » place clans un enfoncement sous le bas du corps, ne paroît à la loupe que comme entouré cl’un cercle écailleux noirâtre, rompu transversalement chez les uns, et entier chez les autres, dont celui des premiers semble accordé aux femelles, pour que ce cercle, en écartant ses bords, pût se prêter au passage des œufs ou des petits, dans la ponte. Ces cercles paroissent donner aux excrémens de l’insecte la forme de cylindres annelés qu’ils ont. Le corps de l’animal, au-dessus
de l’anus, offre un espace un peu creux, et presque sans poils
B,C , fig. 2.
Le dessus du corselet R, fig. 2 , paroît être d’une seule pièce écailleuse. Son dessous, d’où partent ses six pâtes, est composé de la réunion de plusieurs pièces écailleuses réunies. Ses pâtes y tiennent chacune par une courte articulation. Chaque pâte est écailleuse en dehors, et composée d’une cuisse à deux pièces, ou, si l’on veut, d’une double cuisse, d une jambe et d un pied. Les secondes cuisses des six pâtes ont chacune en dessous, vers leur articulation avec la jambe dans l’écaille dont elles sont revêtues, une grande échan-
DE DIFFÉRENTES ESPECES D’iNSECTES.
crure, couverte d’une membrane, D,D,D, fig. 3, ménagée, sans doute, pour que la jambe, E,E,E, n’y trouvant point la résistance de l’écaille, pût se replier davantage sur la cuisse, et c’est apparemment aussi pour cette raison que l’on voit en G,G, fig. 2, aux deux pâtes postérieures, sur le dessus de la première articulation de la cuisse, une échancrure pareille. Le pied, F, F, F, fig. 3, plus mince que la jambe, est composé, de plusieurs articulations ou pièces, dont la dernière, plus grande et plus grosse que les autres, est armée à l’extrémité d’un double angle noir et crochu.
Le dessus de la tête de l’animal paroît composé de plusieurs pièces réunies, et un peu différemment colorées. Deux sphéroïdes H, H, fig. 2 et 3, s’y distinguent sur le devant. Elles sont convexes, ovales, entourées cl’un cercle noir, et se terminent au-dessous de la tète. Leur situation les feroit d’abord prendre pour deux yeux, mais c’est un autre organe qu’on développera dans la suite. Le dessous de la tète est latéralement éehâncré, voyez fig. 3, et forme de part et d’autre une cavité propre à recevoir l’articulation par où la pâte antérieure tient au corselet, articulation qui y est souvent si étroitement appliquée, que la première paire de pâtes semble alors sortir de la tête. Celle-ci mérite d’être observée en dessous.
On y voit, fig. 3, une espèce- de mentonnière ou de prolongement blanchâtre , qui avance sur le corselet en se rétrécissant, et s’y enchâsse dans une coulisse assez profonde, qui y a été ménagée exprès. Quand l’insecte alonge le cou, la partie postérieure du creux de cette coulisse reste vide, comme on peut s’en apercevoir, fig. 3, au bas du prolongement de la tête, où ce vide a été réprésenté ; mais quand il
retire la tête vers le corselet, la mentonnière en remplit toute la cavité. On seroit d’abord tenté de croire que c’est de la pointe émoussée par où la mentonnière se termine sous le corselet, que l’insecte fait sortir l’instrument qui lui sert à prendre sa nourriture, mais on se tromperoit; la mentonnière y est entièrement fermée, et elle tient tellement au fond de sa coulisse, qu elle ne peut guere se porter en dehors. Aussi est-ce dans la trompe recourbée, I, fig. 2 et 3, qui part du devant de sa tête, qu’est renfermé cet instrument, et la mentonnière ne contient que les différentes pièces qui contribuent a former son jeu. Et, à parler exactement, I n’est pas proprement la trompe, c’est un étui attaché au devant de la tête, et composé de deux pièces garnies de poils trèsfins, K, K., fig. 5, qui, appliquées l’une contre l’autre, comme elles le sont fig. 4, renferment un espace à peu près cylindrique, où loge un second étui écailleux L, fig. 5.
Quand, en saisissant ce second étui avec une fine pince, on le tire jusqu’à le faire sortir environ du double de sa longueur appareute, on voit enfin paroître à sa racine un renflement écailleux, en forme de bulbe alongé, M, fig. 6 et 7 tenant par le bas à une manière de cylindre aplati, M,N qu’on peut faire avancer hors de la tète, jusqu’au niveau de l’étui de la trompe. On trouve alors ce cylindre soutenu vers sa racine par deux larges et courtes lames, O, N, O, N, fig. 7, qui l’environnent en partie. Dans son intérieur on entrevoit en même temps, vers le milieu de toute sa longueur, eh dessus et èn dessous, deux longues lames brunes écailleuses, parallèles et près 1 une de l’autre entre 0,0, fig. 6 et 7.
A mesure qu’en tirant le second étui, le bulbe (c’est ainsi
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que je continuerai de nommer ce renflement) et les parties qui le suivent commencent à paroître, on observe que celles qui sont renfermées dans la mentonnière l’abandonnent successivement, et qu’ainsi la mentonnière leur tenoit lieu d’étui, ce dont on peut encore mieux s’assurer, quand on fend longitudinalement la peau d’une mentonnière, comme il a été fait fig. 8; car alors on trouve le bulbe placé tout en bas en P, et la trompe P,Q, qui, sortant en Q du devant de la tête, s’introduit dans son fourreau KK, fig. 4 et 5. En continuant encore de tirer, on fait renverser les parties attachées au bas du bulbe, qui alors le suivent, jusqu’à ce quelles soient presque étendues en droite ligne, comme les représente la fig. io, où l’espace postérieur de la mentonnière R, S est resté vide, et où l’on voit, à la hauteur de R, S, sortir hors des parties qui accompagnent la trompe un filet blanc, qui est le bout antérieur de l’œsophage, lequel, entre R et S , perce la mentonnière, pour aller s’ouvrir dans l’estomac.
Après cet examen j’enlevai de la tète toutes les parties
R, S, T, fig, io, qui servent au mouvement de la trompe, pour en examiner mieux la structure; mais il n’y eut pas moyen d’abord. Une prodigieuse quantité de filainens blancs, assez forts quoique très-déliés, qui tenoient de toutes parts aux pièces écailleuses que je voulois connoître, m’empêchèrent d’en venir à bout. Je laissai donc tremper pendant quelques jours une autre tête dans de l’eau, et ensuite je parvins sans peine à en tirer la trompe, avec tout l’ensemble des pièces solides qui en forment le jeu, et qui, alors dégagées aisément des filets qui en offusquoient la vue, restèrent dans la situation remarquable où je les ai représentées au microscope ,
fig. 1 1 , situation que naturellement elles ont, ou à peu près, dans 1 insecte en repos, couché à la renverse, et vu de côté. A, B est le bout du fourreau, qui se montre couvert de son étui en I, fig. 2 et 3, au dehors de la tête; le reste y est renfermé. E,F est le bulbe qui pendant l’inaction de la trompe occupe 1 extrémité postérieure de la mentonnière en P, fig. 8. F?D, fig. 11, sont deux lames écailleuses, où. probablement les muscles ont été insérés, qui ont servi à darder la trompe. LL sont des sortes de traverses qui, appuyant contre le crâne, soutiennent le jeu du ressort de la double lame recourbée F,C,K, pour faire retourner le bulbe E, F en place après l’action. Entre ces lames, se trouve le canal qui porte la nourriture de la trompe à l’estomac, et qui suit pour cet effet la route circonflexe ABEFCK, fig. 1 1 , jusqu’à K, où la lame écailleuse et convexe K, H a une échancrure, pour laisser le passage libre à ce canal , qui de là va percer la mentonnière, comme il a été dit, entre Pi et S, fig. 10, et s’ouvrir dans l’estomac.
L’assemblage tracé dans sa situation naturelle et de côté, fig. 11 , se voit déplié en dessus et en dessous, fig. 12 et l3 Dans ces trois figures les mêmes lettres désignent les mêmes pièces écailleuses; mais on a supprimé dans la fig. 13 et j3 l’enveloppe du bulbe, pour faire paroître les pièces écailleuses qu’il renfermoit. H, KJ est une écaille convexe, dont la figure approche de celle d’un battant de bivalve. On voit que son milieu porte une tache ovalaire plus foncée que le reste. Les deux lames F,K,L, dans leur courbure naturelle, fig. 11, et redressées fig. j2 et i3, m’ont paru être un prolongement de l’étui de la trompe. Elles s’élargissent un peu
à mesure qu’elles approchent de K, bordent le côté inférieur de la pièce convexe H,I, et y sont intimement adhérentes. 11 est singulier que, bien que dans ce sujet-ci les deux lames EK, I K se soient trouvées entièrement séparées, je les aie vu reunies, et ne faisant qu’une seule pièce dans un autre sujet : et alois elles éloient percées dans toute leur longueur d’un canal, dont la coupe transversale est représentée fig. 14., et pai où passoit 1 oesophage. Il est à présumer que cette différence vient de l’àge plus ou moins avancé de l’animal. Quoi qu’il en soit, après que ces deux lames se sont écartées l’une de l’autre en ondoyant le long des deux bords latéraux de la plaque II, I, fig 12 et x3, elles se terminent chacune beaucoup au-dela par une traverse LL, qui leur donne un air de béquille. Ces deux traverses, dans leur situation naturelle, se touchent par une de leurs extrémités, tandis qu’elles appuient de 1 autre contre deux corps sphéroïdes écailleux, AA, pl. 2, fig. x, où est représenté le côté intérieur d’un crâne. BB y sont les traverses, qui se touchent d’un coté, et
appuient contre les deux corps AA de l’autre. On y voit, quoique peu distinctement, entre C et FF, le côté convexe de la plaque écailleuse H, K, pl. 1 , fig. 1 1. La situation de ces traverses paroît fournir un point d’appui pour soutenir l’action de la trompe.
L’assemblage écailleux N,E,P,0,F, pl. 1, fig. i2 et i3, forme une articulation naturellement renfermée dansle bulbe 1 1 - 11 est compose de quatre pièces écailleuses, une irrégulièrement triangulaire, ou plutôt en treille, F, N, O, d°nt la base se termine par deux apophyses, N et O, qui s emboîtent dans de petites cavités, dont les tètes des deux
lames N,D et 0,D, qui forment deux autres pièces de cet assemblage, sont pourvues, et enfin d’une lame écailleuse grossièrement ovalaire, E,P, qui tient en place les trois autres pièces, lesquelles sont étroitement rassemblées. C’est du milieu d’elles que sort l’étui FB, fig. 12, qui renferme la trompe jusqu’à son extrémité antérieure; étui dont on a fait disparoître ici un morceau intermédiaire, pour mettre une partie BMG de la trompe à découvert. Cet étui, représenté encore beaucoup plus en grand fig. 9, est fendu et ouvert dans toute sa longueur. Il laisse toujours à nu une partie de la trompe , qu’on peut faire sortir en dehors par la fente de l’étui, autant qu’on le voit fig. 9, sans que je l’en aie pu faire sortir entièrement, parce que la fente ne prêtoit pas assez pour cet effet.
Quand après avoir laissé sécher la trompe dans son étui on y fait parvenir une goutte d’eau, la transparence de l’étui permet de voir monter et descendre l’eau dans la trompe, et cela se voit encore mieux aux endroits où un bout de l’étui
a été emporté, ainsi qu’il l’a été depuis B jusqu’à G, fig. 12, où C et M marquent deux telles gouttes extrêmement petites, comme B en montre deux autres, viles au travers de l’étui même.
E,Q, fig. 12, est un vaisseau plus délié vers son origine que n’est la trompe. Il s’élargit à mesure qu’il descend vers Q , où probablement il a été rompu. Il m’a paru composé de la réunion d’anneaux cartilagineux. Je le crois l’œsophage, et vraisemblablement il sert à pomper le suc nourricier qui doit passer à l’estomac. J’ai cru entrevoir à sa partie anterieure E une petite opacité, qui pourroit bien être une soupape ou
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valvule, ce qui posé, et, qu elle ouvre d’E en Q, il arrivera que lorsque l’insecte tire le vaisseau E,Q, d’E en Q, il s’ a longera; et comme ses anneaux cartilagineux l’empecheront de se rétrécir en même temps, il s’y formera un plus grand vide qui fera ouvrir la soupape ou valvule à l’air, ou à la liqueur qui est dans la trompe, laquelle, trempée dans le suc nourricier, le fera monter le long de ce canal vers l’estomac, par un jeu semblable a celui ç]es pompes communes, excepté que le vide s’y forme en élevant ie piston, au lieu qu’il se lera ici en alongeant le tuyau de la pompe, qui permettra à la liqueur d’entrer, pendant que la soupape, en se fermant, l’empêchera de se retourner en arrière.
Curieux de connoître les deux parties qui s’étoient offertes sous l’apparence de sphéroïdes oblongs, pl. i, fig. 2 et 3, HH, que l’on aperçoit sur le devant de la tête, j’enlevai le crâne, où ces parties étoient enchâssées; et après l’avoir nettoyé, je le trouvai tel que je l’ai représenté fort en grand et vu du côté intérieur; pl. 2, fig. 1, AA, sont ces deux parties s’offrant
encore sous l’apparence de sphéroïdes oblongs. Ellessont trèssaillantes. Leur moitié postérieure est opaque, et passablement remplie; l’autre en partie vide, et un peu transparente, mais moins qu’elle ne l’est â son côté extérieur, qui a la lucidité et la couleur d’un verre jaunâtre.
Comme cet insecte est du nombre de ceux qui n’ont point d’antennes, et que ces parties AA, pl. 2, fig. 1 , s’y trouvent placées aux mêmes endroits où les autres en ont, il se pourroit qu’elles en fissent les fonctions. Leurs’.côtés postérieurs paraissent communiquer ensemble au moyen d’un canal éçailleux très-large, qui en renferme un autre un peu moins spacieux.
IO
Il rampe en arc de cercle appuyé dans l’intérieur du crâne , et est caché en partie par la plaque écailleuse C, pi. 2, fig. 1, qui, comme on l’a vu, est l’écaille HI, pl. 1, fig. 12 et i3, de même queBCB de cette deuxième planche en sont les deux branches écailleuses LHKKIL, vues dans un autre situation.
Ayant enlevé avec un instrument très -subtil ces deux parties HH, pl. 1, fig. 2 et 3, plus grossies en AA, pl. 2, fig r, pour les examiner au microscope, je trouvai d’abord que c’étoient deux vaisseaux écailleux, qui tenoient fort peu du sphéroïde ; qu’ils étoient obliquement arrondis par dessous, de la manière qu’on en a représenté un par le côté, pl. 2, fig. 2. On y entrevoyoit intérieurement un corps assez opaque, qui n’en remplissoit pas toute la capacité, et qui s’élevoit un peu en bosse sur la face supérieure AB du vaisseau qui le contenoit. Cette élévation étoit hérissée, vers A, de quelques poils longs, et dans le reste d’un très-grand nombre de poils extrêmement courts, et presque invisibles, même à l’aide des meilleurs microscopes. J’ouvris un des v aisseaux AB, fig. 2, et j’en tirai
un second vaisseau écailleux, fig. 3, CD, pourvu d’un appendice fibreux ou charnu, EC, au côté qui répond à celui de B fig. 2, et qui est apparemment le même qui perce à cet endroit ce vaisseau AB. La moitié supérieure de ce second vaisseau étoit très-hérissée de poils blancs, les mêmes, selon toute apparence, que ceux qu’on a vus un peu plus haut sur le dessus de la fig. 2. Sa moitié inférieure D, fig. 3, étoit rase.
J y crus voir intérieurement un troisième corps. J’ouvris le second pour m en assurer, et j’en tirai effectivement un troisième vaisseau écailleux, mais de forme très- différente des deux premiers. Il se terminoit en masse I, fig. ^ munie
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par devant d’un cou large et oblique, FG, qui aboutissoit par G à l’appendice charnu E, fig. 3, et B, fig. 2. Un ligament FH, qui me parut écailleux, y tenoit fortement. Je réussis encore à ouvrir la partie IF, fig. 4? et j en sortir une substance blanchâtre et charnue, remplie de quantité de grains sphériques, extrêmement transparens, assez durs, faciles à en séparer, et qui, vus à un microspope d’une demi-ligne de foyer, ne paraissoient pas plus grands qu’ils n’ont été représentés fig. 5.
Le peu de rapport que cet organe a avec ceux des sens dans les grands animaux ne nous permet pas d’en déterminer l’usage par l’analogie. S’il servoit à quelque sens que nous n’avons point, comme on seroit tenté de le croire, toutes nos conjectures là-dessus s eroient parfaitement inutiles et hasardées à pure perte.
La fig. 6 de la pl. 2 est un corps brun , un peu mou, oblong, grossièrement cylindrique, se terminant en pointe mousse et arrondie aux deux extrémités, d’où partent par un étranglement alongé deux appendices, AB, de la même couleur. Quantité de petits vaisseaux noirâtres rampent sur leur superficie. L’autre côté de ce corps paroît avoir tenu par nombre de membranes, C,C,C,C,C,C, au dedans de la tete, d où je 1 ai tiré. La substance qu’il renferme est muqueuse. On peut, avec quelque vraisemblance, le prendre pour le cerveau de l’animal, et en ce cas A et B en seroient probablement le cervelet.
La fig. 7 est une lame mince et tranparente, qui semble tenir le milieu entre la membrane et l’écaille, n’ayant ni la flexibilité de l’une, ni la fermeté de l’autre. Elle couvre le
AN ATOMIE
milieu du côté intérieur de la partie faite en battant de bivalve, pi. i , HI, fig. 1 2 et 1 3, dont il a déjà été parlé. La tache oblongue plus foncée qui se montre au milieu de fig. 7, pl. 2, est écailleuse et couleur d’ambre. C’est celle qui se fait apercevoir vers le milieu de la pièce IH, fig. 12 et 1 3, pl. î.
À côté des sphéroïdes irréguliers AA, pl. 2, fig. 1, on voit plus en dehors, DD, deux ovales longs et encadrés, couverts de grains blancs et polis. Ce sont deux assemblages d’yeux dans leur position naturelle. La bordure large qui les environne est écailleuse et relevée; elle descend du côté de l’occiput, par un prolongement jusqu’en E, puis elle remonte, en se dirigeant obliquement, vers le dessus de la tête, et après s’ètrebifurquée près de FF, elle va s’ouvrir dans le canal plus spacieux, par où les corps sphéroïdaux AA communiquent l’un avec 1 autre; ce qui peut taire soupçonner que ces deux corps sphéroïdaux ont quelque raport avec l’organe de la vue. Les deux espaces écailleux renfermés entre ce canal et les prolongemens EF se montrent, dans la figure, percés de nombre de
trous; ce sont des ouvertures, dans lesquelles des poils ont été implantés. Le dessus du corselet en est criblé pareillement.
La fig. 8 réprésente le côté extérieur d’un de ces assemblages, ou plutôt d’une des deux cornées où les yeux se trouvent rassemblés, suivant la disposition qu’en offre la figure. Ce n’est qu’après avoir vidé le dedans d’une tète, et en avoir examiné le crâne dans tous les sens, que je suis parvenu à les apercevoir. J’en ai compté environ cent à chaque cornée. Ils ne se trouvent pas placés chacun dans une facette hexagone, comme le sont ceux de la plupart des insectes ailés, mais
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ils y sont disposés d’une autre manière, et de la façon a peu près qu’on peut l’observer fig. 8.
Ayant mouillé d’une goutte d’eau une de ces cornées, et ayant passé un pinceau sur son côté intérieur, j’en ai détaché grand nombre degrains sphériques transparens, dont une partie étoient aussi petits environ que les yeux dont il vient d’être parlé, et d’autres paroissoient avoir le double de cette grandeur. Ces grains avoient de la consistance, etconservoient leur forme sans diminution sensible, après qu’on avoit fait évaporer l’eau dans laquelle ils trempoient. Si on confirme, après des examens répétés, que ces grains transparens de deux différentes grandeurs sont de véritables lentilles, il faudra supposer, vu qu’une seule cornée en a fourni beaucoup plus de cent, que chaque œil, ou plusieurs d’entre eux, ont au moins deux lentilles; alors il se pourroit que chacun de ces yeux fût une véritable lorgnette : chose qui après tout ne seroit pas une singularité aussi grande qu’on pourroit se l’imaginer, puisque j’ai trouvé, comme on le verra dans la suite, que les yeux
de la phalène, dont j’ai publié l’anatomie de la chenille, sont de véritables télescopes qui ont deux verres objectifs et un oculaire, et où il y en a encore probablement d’intermédiaires que leur extrême petitesse et leur emplacement dans les tubes opaques empêchent d’être découverts.
La fig. 9, pl. 2, représente un stigmate environné d’un morceau de peau du corps de l’animal, vu en dehors, au travers d’une lentille d’une demi-ligne de foyer. Ce stigmate se montre percé à jour, ainsi qu’on les trouve tous lorsqu’on en a détaché et enlevé, comme ici, la trachée-artère qui s’y ouvre, et les filamens par où elle y tient : douze poils roidesou
épines sortent de ce morceau de peau, et sont implantés chacun dans un tubercule écailleux percé pour cet effet, et environnés d'une membrane mince et flexible, dont aucun filet noir écailleux, semblable à ceux qui couvrent le reste de la peau, n'empêche la mobilité. Ces poils, ou plutôt ces épines, sont beaucoup trop clair-semés pour pouvoir servir de couverture à 1 animal j mais ils servent apparemment à rendre chez lui le sens du toucher plus délicat : du moins ai-je observé dans plusieurs autres sortes d’insectes chez qui les poils étoient également rares, qu’ils étoient aussi implantés, comme ici, dans un anneau écailleux , environné d’une membrane beaucoup plus mince et flexible que la peau ne l’étoit partout ailleurs, et qu’à la racine de chaque poil ou épine aboutissoit nn petit nerf qui y tenoit, au moyen de quoi nul corps ne pou voit heurter contre cette épine sans qu’elle ne cédât, et ne tirât, comme par une sorte de petit levier, le nerf attaché à sa racine, et n’imprimât ainsi un sentiment notable à l’animal.
Ayant adapté à mon verre d’une demi-ligne de foyer les pièces qu’il faut pour en faire un microscope double, et ayant ainsi rendu la superficie de l’objet, pl. 2, fig. 9, en apparence encore du moins seize fois plus étendue, les fils noirs qui se montroient d’abord comme faisant des réseaux irréguliers sur la peau de l’animal, se découvrirent être des nervures assez épaisses, toutes plissées enziz-zag, afin, très-vraisemblablement, que ces nervures n’empêchassent pas la peau de pouvoir aisément s’étendre au besoin en tous sens.
La fig. 10, qui offre une parcelle de la peau, fig. 9, grossie à ce double microscope, fait voir en A un anneau ou tubercule écailleux, dans lequel un de ces poils roides avoit
DE DIFFÉRENTES DEPECES D’iNSECTES. 1.5
été implanté. Son ouverture circulaire à jour marque l’épaisseur apparente du poil. On découvre dans cette figure comment les nervures sont pliées en zig-zag, et que toutes restent écartées à quelque distance de l’armeau A, tandis qu’elles touchent en grand nombre le stigmate fig. 9, et y paroissent même être plus amassées qu’ ailleurs : aussi les stigmates ne concourent-ils point à l’organe du tact, comme le lont, selon toute apparence, chaque poil ou épine.
La fig. 1 est celle d’un stigmate entier vu de profil : A en est le côté extérieur, qui paroît comme relévé en bouton sur le dessus de la peau, CD , de l’animal. On a d’abord de la peine à reconnoître que cet organe est effectivement convexe en dehors. Sa superficie extérieure un peu transparente, laissant entrevoir en B l’anneau concentrique qui borde son ouverture à l’opposite, et fait paroître le stigmate comme concave en dessus, et ce n’est qu’en parvenant à l’exposer au microscope par le côté, qu’on s’assure pleinement du contraire. Eu séparant sa moitié antérieure de la postérieure,
on trouve qu’il est creux en dedans, et garni de poils.
Cetinsecte a, ainsi que les chenilles, dix-huit stigmates, neuf de chaque côté. Ils sont écailleux. Leur emplacement n’est pas dans une même ligne latérale, comme celui des chenilles; mais ils se trouvent disposés comme le marquent, dans les fig. 2 et 3 de la pl. 1 , les nombres 1,2,3 jusqu’à 9. La première paire est sur les côtés du corselet , entre la première et la seconde paire de pâtes. La seconde paire de stigmates se trouve sur une pièce écailleuse, pl. 2, fig. 1 4, qui termine le corselet à l’endroit où il communique avec le corps, et où ces stigmates sont indiqués par les ouvertures B et G. La troi-
sièmeetla quatrième paire, sont placées très près l'une de l’autre, à la partie antérieure du corps, sur un assemblage écailleux, pi. 2, fig. 1 7, BA, AB, qui borde l'étranglement par lequel le corps tient au corselet : ils y sont marqués A et B, et beaucoup moins grossis que fig. n, 12, i3, i/p i5 et 16. Les cinq autres paires se trouvent aux endroits du corps désignés par les chiffres 5, 6, 7, 8 et 9, fig. 2 et 3, pl. 1. Les stigmates de la première paire sont bien quatre fois plus grands que ceux du corps. Ceux de la seconde paire, pl. 2, fig. i3, m’ont semblé ronds. Ils étoient couverts en dessus d’une membrane, sur laquelle paroissoieut nombre de nervures ondoyantes dirigées vers un centre commun. Les autres avoient la forme de sphéroïdes oblongs. Ils étoient aussi munis en dessus d’une membrane à nervures ondoyantes, mais avec cette différence qu’au lieu de tendre vers un centre commun (voyez pl. 2, fig. i3), ils se rapprochoient vers une ligne faisant partie du grand diamètre de l’ouverture, ainsi qu’il a été représenté pl. 2, fig. 12. Cette membrane sert à donner plus ou moins d’entrée
à la fois à l’air, ou à en exclure l’eau au besoin, comme quand on submerge le stigmate.
Leur forme étant, les uns sphériques, les autres sphéroïdes, ils sont creux en dedans, et garnis de poils dirigés vers l’ouverture supérieure, ainsi que le représente la fig. i5 de la pl. 2, qui en offre l’ouverture inférieure. Ces poils peuvent.servir, par leur direction vers le milieu de leur ouverture antérieure, à empêcher les corpuscules, qui flottent dans 1 air, d entrer par les stigmates dans les bronches où ils pourroient causer des obstructions, et à en faciliter aussi la sortie, si par hasard ils y étoient entrés.
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Une lame écailleuse et recourbée embrasse sous la peau une partie du stigmate, comme on le voit en A, fig. 12 et x5.
La fig. 16 y montre en AC le côté du stigmate qui est sous la peau. Deux anneaux écailleux concentriques bordent son ouverture postérieure, après quoi la trachée-artère y tient en C par une membrane, qui peut-être a été ici trop alongée par les tiraillemens que je puis avoir fait subir involontairement à ce vaisseau en le séparant du corps de l’animal. CDEFG-H est une partie très -considérable de la trachée exactement représentée d’après nature. Elle a été' rompue en H , et a fourni dans sa longueur, CH, quatre bronches, DI, EL, FM, GN, toutes tournées du même côté, et aussi grosses, ou peu s’en faut, qu’elle-même; ces bronches, qui se sont trouvées rompues, pourraient bien aussi avoir abouti chacune à un stigmate. Toute la trachée et ses grandes bronches étoient entourées, comme on l’a représenté dans la fig. 16, d’un fil tourné en ressort à boudin, incomparablement plus fin et plus serré qu’il ne l’est dans les bronches de même épaisseur des chenilles.
Une lentille d’une demi-ligne de foyer le rendoit à peine visible. 11 étoit impossible de l’apercevoir par ce même verre à des bronches plus minces : et ce qui est remarquable, .plus celles-ci étoient déliées, et moins elles- paroissoient blanches et transparentes; de sorte que celles qui ne paroissoient que capillaires à ce microscope, y sembloient presque noires.
Les bronches, tant grosses que déliées qu’on trouve en nombre prodigieux dans les chenilles, s’offroient à propor-
tion en beaucoup moindre quantité dans l’animai dont il s’agit ici. On les y distinguoit facilement d’une seconde sorte de vaisseaux très-blancs, clairs, et en quantité innombrable qui s’y trouvoient : ces derniers avoient moins de consistance, et au microscope on ne pouvOit démêler s’ils étoient formés d’un fil roide tourné comme celui des bronches, ou non. Deux ou trois jours de macération dans l’eau les réduisoient en bouillie, au lieu que ceux qui sont sûrement des bronches, s’y conservoieut plus long-temps sans se dissoudre.
Le corselet est extérieurement composé d’un assemblage d’au moins seize pièces écailleuses. La plus grande, pl. i fig. 2 , K , couvre à peu près tout son dessus. A l’opposite il y en a quatorze, et son extrémité postérieure se termine par une grande pièce écailleuse, pl. 2, fig. 14 : A, est l’ouverture par laquelle le corselet communique avec le corps; B et C sont des élévations convexes, creuses et percées à jour, qui m’ont paru être la seconde paire de stigmates. Je ne puis dire si l’ouverture D est absolument une ouverture, ou si elle a été
couverte, comme il est apparent, d’une membrane : son usage m’est inconnu. Onze poils ou épines occupoient les onze petits trous que l’on voit en E au-dessus de cette ouverture.
La partie antérieure du corps, celle qui, à l’ouverture A, fig i4, communique par un étranglement avec le corselet, est soutenue de deux pièces écailleuses, fig. 17, et d’une, fig. 18, qui y bordent cet étranglement. Ces trois pièces , dont deux, fig. 17, se voient par devant et presque aplomb, se joignent de façon que les apophyses E et F, fig. 18, s’appliquent aux apophyses G et D, fig. 17 AB et AB sont les stigmates de la troisième et quatrième paire. Les pièces, fig. 1
DE DIFFÉRENTES ESPECES D’iNSECTES. 19
occupent le dessus, et celles, fîg. 18, occupent le dessous de l’étranglement qui sépare le corps du corselet.
Comme cet insecte devoit pouvoir pénétrer au travers de la laine des moutons, sur la peau desquels il vit, ses pâtes ont été pourvues de pieds propres à lui en procurer les moyens. On en voit un , séparé de la jambe , et extrêmement grossi, pl. 3, fig. 1. Il a six articulations, dont les quatre premières A,B,C,D, quoique très-courtes, sont de grosseur et de longueur différentes; la cinquième E, beaucoup plus grosse qu’aucune des autres, est à peu près aussi longue que les quatre premières ensemble. Après elle suit le bout du pied H; il est armé de deux ongles ou crochets dentés E et F, pourvus en dessous d’une languette blanche, aplatie et pointue, dont la moitié antérieure B, 1,1, fig. 2, est garnie aux deux côtés d’une file de lames minces écailleuses, ou d’espèce d’arêtes blanches assez éminentes; l’autre moitié est hérissée de piquans très-courts : elle sort de l’extrémité de la cinquième articulation du pied, et elle y tient: A,I,K, fîg. r,
est à l’autre extrémité du pied un tronçon du bout de la jambe. On en voit sortir en I et R deux lames écailleuses, où étoient insérés des muscles moteurs du pied. Ce bout de jambe, et les bords de chaque articulation du pied, sont hérissés de très-fortes épines.
La fig. 2 de la même planche offre encore plus en grand, et dans une autre position en A, A, les deux ongles ou griffes du pied, et la languette B,I,G, qui naturellement y est placée dessous; mais qu’on voit ici en plein et à découvert, parce qu’ôn a renversé pour cet effet à droite et à gauche 1 un et l’autre des deux ongles, qui se montrent ici par
20 anatomie
leurs côtés naturellement tournés l’un vers l’autre. On y aperçoit distinctement la forme pyramidale de l’extrémité anterieure B, 1,1 de la languette, armée des espèces d’arêtes mentionnées un peu plus haut, .et son autre bout hérissé de petits piquans; cette languette y est placée par la racine, entre deux pièces écailleuses, dont l’une D, G, G, fig, 2, est cannelée de rainures obliques qui se rencontrent, et forment des angles à peu près droits sur la ligne où elles se brisent : 1 autre pièce écailleuse a beaucoup moins de largeur, et est représentée dans le milieu de la fig. 3 ; une petite écaille réunit ces deux pièces en E, fig. 3 et 3, par un fort ligament. On peut remarquer à la fig. 2 que les deux ongles de l’insecte sont armés de crochets. Chaque ongle tient à une forte piede écailleuse Fil, avec laquelle il forme un angle aigu immobile, A,L,F; cette pièce elle-même est articulée avec une autre pièce ecailleuse moins large et courbe, F, G, I, qui tient en G, par un ligament très-fort, aux deux pièces’écailleuses G,D,G, fig. 2 et 3.
Au reste, ou conçoit aisément que la languette écailleuse H, G, fig. 1 , placée à peu près comme le pouce à l’opposite des doigts d’une main, fournit à l’animal, par cette sorte de pince, un moyen d’autant plus aisé, soit de se cramponner à la laine du mouton, soit de se tirer au travers en la saisissant avec ces trois parties du pied, que les deux ongles sont garnis de crochets qui contribuent efficacement à favoriser ces procédés, en servant d’autant de points d’appui à l’animal, pour l’empêcher de glisser en arrière, ou de lâcher prise.
Les pâtes, au nombre de six, composées d’une double
de différentes espèces d’insectes.
cuisse L et D, pl. i, % 3, d’une jambe E, et d’an pied à cinq articulations F, sont intérieurement pourvues à leurs articulations de lames ou arêtes très- fortes, tenant chacune par l’une de leurs extrémités à 1 écaillé dont elle procède , et de l’autre à des muscles qui en sont les moteurs. Voici comme sont- faites et placées plusieurs de ces lames que j’en
A b endroit où le pied est articulé avec la jambe, deux lames, I et R, pl. 3, fig. 1 9 tiennent très-fortement, chacune par une épaisse tête, couleur de gomme, h cette articulation; de là elles entrent en forme de lame plate dans la
jambe, où elles reçoivent l’attache des muscles moteurs du pied.
J ai trouvé dans le fût de cette jambe une lame ou arête, pl. 3, fig. 6, fort déliée, cà l’extrémité de laquelle tenoit un filet AB, qui avoit la souplesse d’un nerf.
Au bout de la jambe, du côté de la cuisse, tient par un ligament très-fort, la tête A, fig. 5, d’une quatrième lame AB,
qui a environ le quart de la longueur de la jambe, et entre dans la cuisse.
La fig. 7 représente une cinquième lame écailleuse, qui, dans la cuisse, est attachée par sa tête A à l’endroit 'où la jambe s’y articule. Cette lame, environ d’un tiers plus courte que la cuisse n’est grosse, a plus de largeur qu’aucune autre de ces lames.
La fig. 8 offre une sixième lame écailleuse. Elle pénètre dans le corselet de l’animal, et tient par sa tête A à l’articulation courte qui divise la cuisse près du corselet.
Vuant au pied, pl. o, fig. i, AF, j’ai vu que sa dernière
articulation E tenoit par deux fils écailleux très-forts, mais déliés, à l’articulation qui la précérloit, et que les quatre autres articulations de ce pied tenoient ensemble de la même façon. Je n’ai pas démêlé si chacun de ces fils traversoit toutes les cinq articulations du pied, et les enfiloit ainsi, ou si chaque pièce étoit attachée à la précédente par deux nouveaux fils. Ce qui m’a paru certain, c'est que ces fils se bifurquoient dans chaque articulation , et y tenoient de la façon que je l’ai représenté fig. A, qui fait voir, presque aplomb, la pénultième pièce, pl. 3, fig. 1, D, d’un pied : on y aperçoit en dedans le fil A qui se bifurque, et tient à un autre fil courbé en cercle, et attaché à l’intérieur de l’écaille.
Les fig. g, io et ii sont trois lames tirées d’une pâte postérieure. Sur la première, qui étoit large, et de sa cuisse, s’élevoit une apophyse couleur de gomme, qui, se fléchissant près de son origine, se terminoit par un long filet écailleux A. La seconde, fig. io, étoit une lame effilée, qui me parut avoir aussi été dans la cuisse; et celle, fig. n, se trouva dans la pâte postérieure, au même endroit que celle fig. 5, à l’antérieure.
La différence la plus sensible que j’aie remarquée aux pâtes de cet insecte, c’est que celles de la troisième paire étoient les plus longues, et que leurs cuisses antérieures, celles qui tiennent au corselet, avoient en dessus, comme il a déjà été remarqué, une échancrure GG, pl. i, fig. 2, à l’écaille qui les couvre. Il m’a paru, au reste, singulier que toutes les cuisses et jambes de cet insecte, que j’ai ouvertes, se soient trouvées intérieurement doublées d’une écaille blanchâtre, moins dure que l’extérieure, et qui poüvoit en être séparée
par éclats : on y observoit les mêmes trous, dont Tecaille extérieure étoit percée, pour y recevoir ses poils ou épines. Je ne puis décider si les écailles de ces insectes sont constamment ainsi doublées , ou si elles ne l’ont été ici que parce que c’étoit le temps où l’animal se dispusoit à muer, auquel temps on sait que généralement les insectes ne quittent leur dépouille que lorsqu’il s’en est formé sous elle une autre toute prête à la remplacer.
Quand on suit le canal de l’œsophage qui, à la hauteur de R, S, pl. i, fîg. 10, disparoît en se plongeant au travers d’une ouverture ménagée pour cet effet dans la mentonnière, Ton trouve qu’à l’opposite il entre dans un fourreau qui, du corselet, le conduit dans l’estomac. C’est ce qui est représenté pl. 3, fig. ia, où AB est ce canal trèsdélié qui perce en B le bout ABC de la mentonnière, et reparoît en C plus épais, parce qu’il y est enveloppé du fourreau qui l’accompagne jusqu’à l’estomac CD, dans lequel l’œsophage seul s’ouvre, pendant que ce fourreau, à l’entrée
C de l’estomac, s’élargit en tous sens pour lui servir de tunique extérieure.
Ce viscère CD tient du sphéroïde plat. Il est couvert de nombre de petits vaisseaux de couleur foncée, et semblables à ceux qui se trouvent pl. 2, fig. 6, sur la partie que je crois être le cerveau.
On voit sortir de l’estomac sept canaux blanchâtres assez considérables, rompus en E,F,G,H,I,K,L, qui pourroient bien être autant d’intestins, mais dont j’ignore les aboutissans, parce qu’ils se sont rompus lorsque j’ai tiré ce viscère du corselet j et ce seroit alors une circonstance bien remarquable
(fil un estomac, ou pour me servir de son nom propre, quoique hors de mode, qu’un ventricule, avec sept pylores, au lieu d un qu’ont les grands animaux , et auxquels aboutiroient autant d’intestins séparés.
On trouve dans la région antérieure du corps de l’animal, à une petite distance de l’étranglement qui sépare le corps du corselet, un vaisseau en sphéroïde oblong, pl. 3, fig. 12, rempli dune substance pâteuse couleur marron. Deux queues minces, A et B, qui se terminent en pointe, sortent des deux extrémités de son grand axe. J’ignore absolument l’usage de ce viscère.
La fig. i3, pl. 3, représente un sac comme ii y en a quatre dans le corps de l’animal. Ils sont membraneux, fortifiés par des fibres qui les environnent en guise de filets à mailles irrégulières. Leur ouverture est maintenue dans la figure circulaire quelle a par un cercle roide et écailleux qui l’entoure. Tous quatre étoient fermés en dessus, chacun par un couvercle convexe, fig. i4, de mêftie nature, et pareillement environné et affermi par un cercle écailleux. Ces quatre sacs m’ont paru communiquer par un conduit large et membraneux A, fig. 1 3 , à une cavité plus spacieuse, qui aboutit à l’anus. Ils contenoient une substance brune, pâteuse, opaque et homogène, fig. i5, dans laquelle, après l’avoir dépurée, je n’ai découvert aucun vaisseau; ce qui me fait croire que cette substance pourroit bien n’être que de la matière fécale.
L anus de cet insecte , qui vu à la loupe ne me parut d’abord que comme entouré d’un anneau écailleux, entier; aux uns, fendu aux autres, examiné au microscope, se trouva fait tout autrement , mais ausssi de deux différentes façons ,
DE DIFFÉREIVTES ESPECES d’iNSECTES. 20
pl. 3, fig. 16 et 17, probablement suivant les sexes. Dans la fig. 17 tout est écailleux 5 sa partie A, B, G, hérissée de piquans, est la seule qui naturellement paroisse en dehors. Dans la fig. 16, cette ouverture est en partie bordée de deux écailles en forme de corne, A et B, hérissées d’épines tournées en dehors. C,D est une espèce de masse écailleuse, pareillement hérissée par son gros bout D, qui est le seul qui se montre en dehors, le reste disparaissant sous la peau. Ce gros bout occupe en grande partie l’espace supérieur que laissent entre elles les deux écailles, en forme de corne A et B. L’espace inférieur qui est entre leurs deux pointes n’est occupé que par une membrane; structure qui paroît indiquer que cet anus est celui de la femelle, destiné à devoir se prêter au passage des œufs ou des petits qu’elle met bas.
Quoique je n’eusse remarqué en dessinant cet insecte aucune autre ouverture à la partie postérieure que celle dont il vient d’être parlé, cependant ayant mis tremper son corps deux jours dans de l’eau, je vis paroitre immédiatement audessusde cette ouverture un corps qui sembloit grand comme la pointe d’une très- fine aiguille, et qui, vu en dessus avec une forte loupe, paroissoit tel qu’A, fig. 18, et de côté, comme A, fig. 19. Dans le premier sens, il se montroit blanc et membraneux; à l’opposite, il étoit écailleux et couleur de gomme commune. D’une ouverture placée sur le tubercule B, sortoit de part et d’autre une lame écailleuse, tant soit peu courbe, CC, de même couleur brune, qui sembloit destinée à lui servir de soutien. Une de ces lames est représentée fort en grand fig. 20; quantité de branches ou de fibres y étoiem adhérentes. A chaque côté de l’élévation en forme de
tubercule B, fig. 18 et 19, étoit placée une aigrette D de pi quan s noirs très-courts. .T'essayai, au moyen d’une pince, de faire sortir davantage ce corps A du tubercule B, mais ayant trouvé trop de résistance, j’ouvris le. ventre de l’insecte avec une fine aiguille aiguisée en couteau. J’en tirai celle partie, que je trouvai très-adhérente à une pièce écailleuse E,F,L,H, fig, 21 , avec laquelle elle faisoit en E un angle droit. Cette pièce étoit suivie de quelques gros vaisseaux, tellement enveloppés d’un nombre prodigieux de filamens, qu’il n’y eut pas moyen de les représenter.
La partie A, fig. 18 et ig, tracée plus en grand et de côté en A,E, fig. 21 , se voit par derrière fig. 22. Elle y est écailleuse dans toute sa longueur, et presque dans toute sa largeur. L’ayant rompue transversalement en G, je trouvai qu elle renfermait un large tuyau qui contenoit un conduit blanc membraneux plus délié. Ayant examiné la situation de cette partie, fig. 21, dans le corps de l’animal, je l’y ai vue telle qu’on l’aperçoit de côté fig. 23, et en dessus fig. 24. Elle s’y trouvoit en partie enveloppée par un assemblage écailleux, représenté à part fig. 2Ô, dans lequel elle étoit placée et assujétie comme le montrent en ces deux sens les fig. 2 3 et 24- Cette partie, qu’on ne fait qu’entrevoir en A,E,F,Tj,H, fig. 23, et qui se montre à nu, mais en sens presque contraire, fig. 21, y est placée dans un assemblage écailleux, ouvert depuis A jusqu’à I,-fig. 23 et 24, pour laisser le jeu libre à la pièce A,E,F,L,H, qui n’y tenoit que par un ligament très fort en H, sans empêcher, pour peu que l’on appuyât contre le coude E, de faire sortir en avant la partie E,A, fig. 2i, jusqu’à ce que E, élevé jusqu’au niveau de A,L,
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fig. 23, et ainsi ne faisant qu’une ligne droite, l’angle à peu près droit du coude A,E,L, fût entièrement effacé, et alors la partie E,A paroissoit presque toute hors du corps, comme elle se montre en A, fig. 18 et 19.
Au reste, on aperçoit en M,I, fig. 23, une suture qui montre que l’écaille fig. 2 5 n’est pas d’une seule pièce, mais qu’il s’est fait en M,I une réunion des deux cornes M,R, dont on en a représenté une à part fig. 20, avec la pièce M,R fig. 28, qui est marquée M,L,M fig. 2 5.
Quoiqu’il soit assez probable que la partie qui vient d’être décrite est celle qui caractérise le mâle, il faudroit d’autres recherches, pour pouvoir le décider, que celle que j’ai faites. Nombre d’insectes sont pourvus d’un conduit qu’ils savent alonger, et au travers duquel ils pondent leurs œufs, et ce conduit peut, au premier coup d’œil, aisément donner le change, et faire prendre des femelles pour des mâles.
Parvenu jusqu’ici, je n’ai pas poussé plus avant mes recherches sur cet insecte, qui peut encore fournir de l’ouvrage pour long-temps à ceux qui voudront les continuer, et qui, en attendant, nous a donné occasion de reconnoître qu’il est fait sur un plan bien différent de celui des insectes dont nous avons quelque connoissance.