‹ Recherches sur l'anatomie et les métamorphoses de différentes espèces d'insectesChapitre 4 sur 10 · DES POUX D’OISEAUX · texte numérisé non relu

DES POUX D’OISEAUX

L’insécte qui vient, de nous occuper pendant quelque temps m’ayant rappelé que j’avois trouvé dans mon Redi, sur fa génération des insectes, les figures de plusieurs poux d oiseaux et de quadrupèdes, j’eus la curiosité de jeter les yeux

sur cette partie de son ouvrage. Elle m’offrit trente-six de ces animaux représentés au microscope, mais d’une manière trop incertaine pour pouvoir être bien exacte. Aussi m’aperçus-je que je n’avois pas l’édition originale, mais une traduction latine imprimée à Amsterdam en 1671, dont les planches pouvoient bien avoir été un peu négligées. Quoiqu’il en soit, le manque de précision que m’offrirent ces figures m’ayant fait naître le désir de m’assurer par les objets mêmes de ce qui en étoit, me fournit l’occasion d’examiner, et de dessiner avec autant de vérité qu’il me fut possible , les figures des insectes de ce genre, que l’on va voir grossies au microscope, mais gravées d’une autre main que de la mienne.

Pour leur donner une grandeur relative un peu juste, j’eus recours aux cornées des yeux d’un de ces insectes ailés qn on nomme Demoiselles. J ai coupe au microscope un morceau de cornée de la longueur d’une ligne, suivant l’alignement des facettes hexagones dans lesquelles elles sont divisées. Ce procédé me procura une échelle d’une ligne, divisée en trente-quatre facettes ou parties égales, dont la nature avoit fait elle-même les frais.

Je collai cette espèce de micromètre sur uue découpure de glace de miroir des plus minces, et lorsqu’il s’agissoit de mesurer un très-petit objet, je l’y plaçai tout à côté, et comptant au travers d’un microscope combien cet objet et chacune de ses parties avoient de facettes de longueur, je m’en assurai ainsi exactement. M’ayant fait ensuite une seconde échelle, de deux pouces, divisés chacun en vingt parties égales, je donnai dans mon dessin à l’objet autant de ces vingtièmes parties de pouces de longueur que je lui en avois trouvé de

DE DIFFERENTES ESPECES D’iNSECTES. 2q

ti ente-quatrièmes d’une ligne au microscope; ce qui rendit i objet à peu près vingt fois plus long que dans la nature, donna à sa surface quatre cents fois plus d étendue, et le grossit environ huit mille fois 5 c’est-à-dire que si un animal pouvoit croître proportionnellement jusqu’à acquérir vingt fois plus que sa longueur, il auroit acquis huit mille fois plus de poids ou de substance qu’il n’en avoit eu auparavant.

Après ces petites dispositions, il ne restoit que de me procurer des objets; chose qui n’étoit pas sans difficulté. Les oiseaux vivaus 11e se laissent pas manier comme on veut, et les oiseaux morts, en se refroidissant, écartent tellement ces insectes, qu’ils y deviennent bientôt fort rares. Un expédient assez simple m’y fit pourtant réussir. C’éloit de mettre sur l’oiseau mort un papier blanc, de chauffer un mouchoir devant le feu, et de le mettre alors, rassemblé en pelotte, sur ce papier. La chaleur du mouchoir se répandant ainsi aux environs, et s’y faisant sentir aux insectes, les détermina bientôt à quitter l’oiseau froid, à s’avancer vers l’endroit d’où

venoit la chaleur, et à se rassembler petits et grands contre le dessous du papier, à l’endroit où son dessus étoit échauffé par le mouchoir. De cette manière je parvins à me procurer des sujets en abondance.

Ceux que je trouvai ainsi se distinguoient naturellement en deux classes. Il y en avoit à huit pâtes , mais en petit nombre ; il y en avoit d’autres en plus grand nombre à six ; et dans cette dernière classe on reconnoissoit aisément deux genres remarquables par la différence de leurs pâtes et de leurs têtes. Les premiers avoient la tète courte, et tenant plus ou moins de la figure d’un trèfle. Leurs pâtes étoient

pourvues d’un pied assez long et mince, dont l’articulation se fléchissant en dehors, fournissoit un appui a l’animal pour courir, et dont les deux ongles crochus, qui terminoient ses pieds, se tenant naturellement écartés, contribuoient à affermir ses pas, et à le rendre assez léger à la course.

Ceux du second genre marchoient d’un pas plus tardif; leur tète étoit plus alongée, et ils n’avoient pour tout pied qu’un crochet simple ou double, mais alors ordinairement appliqué contre son pareil. Ces crochets étoient articulés au bout de la jambe, élargie à cet endroit, afin que le crochet, ramené sur ce bout, pût mieux s’accrocher aux barbes des plumes pour s’y tenir.

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