DE LA CLASSE A HUIT JAMBES
Ceux de cette classe que j’ai vus étoient tous naturellement plus petits, et à proportion beaucoup plus courts, que
DE DIFFÉRENTES ESPECES d’iNSECTES. 4 3
ceux de la première. Leurs pâtes avoient un plus grand nombre d’articulations, et ne pouvoient admettre la division ordinaire en trois parties principales : la cuisse, la jambe et le pied. Et ce qui les distinguoit encore plus, c’est que pendant que ceux de la première classe avoient des têtes grandes et remarquables, on n’en voyoit point du tout à ceux-ci. Le premier insecte de cette classe que les oiseaux m’ont fourni fut le
Pou de pivoine. PI. 5, fig. n.
11 n’avoit que quinze facettes, c’est-à-dire une demi-ligne moins deux facettes de longueur. Le dessus de son corps et de son corselet étoit armé de lames écailleuses, hérissées de très-courtes épines. Ces lames étoient d’un brun -rougeâtre très-foncé, dont la forme et l’arrangement se voient d’un cou]» d’oeil plus distinctement dans la figure qu’on ne sauroit les faire connoître par une longue description. Tout le
reste de l’animal est en dessus grisâtre, excepté que les côtés du dessus de son corps, qui n’est point garni d’écailles, sont d’un blanc de lait, ce qui pourroit bien n’être que l’effet d’un corps graisseux, ordinairement de cette couleur dans les insectes, et que la transparence de la peau permet d’entrevoir. Les lames écailleuses et brunes qui environnent le dessus de son corps et en couvrent une partie, environnent une partie presque semblable de son dessous, dont le reste est aussi gfisâtre et blanc. Le milieu du dessous de son corselet m’a paru d un brun sale. Le bas de son corps rentrant par le milieu, se termine par deux éminences arrondies en forme de
cœur. Ses pâtes m’ont paru avoir au moins sept articulations, en comptant le pied pour une. Les deux pâtes antérieures m’ont semblé être les plus longues et les plus grosses des huit. Toutes sont transparentes 5 mais aux premières articulations des deux antérieures, on entrevoit dans l’intérieur un corps brun, opaque et alongé, qu’on n’aperçoit point aux trois autres paires.
Le corselet de cet insecte se termine, par devant, par deux antennes ou barbillons AA, entre lesquelles se trouve placé un étui longitudinalement fendu. En pressant un peu le dessus du corselet, on fait sortir par cet étui deux bras extrêmement déliés, dont la ténuité ne m’a pas permis d’apercevoir s’ils étoient armés chacun d’une pince par le bout, moins encore d’une pince dentée, comme j’en ai vu à un autre animal de cette classe, dont il sera parlé bientôt; mes meilleurs verres ne s’étant pas trouvés assez forts pour pouvoir m’en assurer dans ce sujet-ci.
Pou d’une sorte d’ émerillon. PI. 5, fig. 12.
Il est de la même classe, et n’a que douze facettes, ou un bon tiers de ligne de longueur. Vu au microscope, c’est un très-joli animal. Sa couleur est grisâtre ; mais les différentes grandes taches régulières et symétriques d’un brun très-foncé et noirâtre qui sont répandues sur le dessus, le font paroître avec avantage. La figure de son corps diffère beaucoup de celle de l’insecte précédent, comme on s’en apercevra aisément en comparant les gravures qui en ont été faites. Mais quant aux pâtes, aux poils, aux barbillons, et à
DE DIFFÉRENTES ESPECES DINSECTES. /jp
l’étui placé entre deux, sur le devant du corselet, leur différence n’est pas fort remarquable. Lorsque j’ai pressé le devant du corps de cet insecte, j’ai fait sortir de l’étui, qui semble lui tenir lieu de tète, deux bras aplatis, armés chacun à leur extrémité d’une pince, que j’ai bien fait ouvrir en pressant ces bras avec une aiguille très-fine; mais leur petitesse extrême ne m’a pas permis de découvrir si ce.< pinces étoient pourvues de dents ou non.
Puisque non-seulement les quadrupèdes et les oiseaux, mais l’homme même, l’être le plus orgueilleux de ceux qui rampent sur la terre, sont réduits à l’humiliation de se voir destinés à nourrir malgré eux de leur substance des animaux parasites, qui les harcellent, faudra-t-il s’étonner que les insectes mêmes ne soient pas exempts d’une pareille disgrâce , et qu’il n’y ait pas jusqu’aux chenilles et aux limaçons qui n’en aient à souffrir? Si l’on en doutoit, voici deux exemples entre plusieurs que l’on pourroit fournir, pour nous tirer de cette incertitude.
Pou de la chenille du bois de saule. PL 6, , fig. 1 1 .
Comme les deux précédens, il est de la seconde classe. Sa longueur n’est que de neuf facettes, ou d’un bon quart de ligne. Il paroîtici beaucoup plus grand, parce qu’au lieu de vingt fois, on lui a donné soixante fois sa longueur dans la gravure, afin de le faire mieux connoître; de sorte qu’il y est grossi de 216,000 fois.
Son corps est écailleux par dehors, du moins en dessus, et de couleur feuille-morte. Ses quatre paires de pâtes sont
si transparentes, qu’elles paroissent être de verre. Je leur ai compté huit articulations à chacune, mais on n’en voit 'que six dans la figure, parce que les deux autres sont cachées sous le corps. La pénultième est la plus longue, après suit la dernière ; l’antepénultième m’a paru la plus courte.
Le pied a une figure particulière qu’on ne sauroit distinguer qu’à la faveur d’un fort microscope, et dans un jour favorable. Il est représenté, fig. 12, grossi 5, 832, 000 fois. On y voit qu’il est pourvu de deux ongles crochus AA, au-delà desquels déborde une membrane qui y est adhérente , traversée de fibres qui se croisent. L’animal rapproche ses ongles, et plie ainsi cette membrane à volonté, jusqu’à la mettre en double, ou peu s’en faut, et c’est ce qui lui arrive ordinairement à chaque pas, quand il marche ou coure, ce qu’il fait avec beaucoup de vitesse.
On ne lui aperçoit à l’extrémité antérieure du corps ni corselet ni tète; mais pour toute tête rien qu’un double étui placé entre deux antennes ou barbillons BB, à six articulations, dont les trois dernières sont un peu brunes et opaques, et les premières claires et transparentes.
L’011 voit sortir de cet étui double l’extrémité antérieure d’un autre étui transparent A, fig. 11, où sont renfermés deux bras cylindriques également transparens, au bout de chacun desquels on voit une sorte de tenaille ou pince dentelée, de figure approchant de celles des écrevisses. Ces pinces servent vraisemblablement de bouche et de mâchoires à l’animal, auquel on n’en découvre point d’autres, de même qu’elles en tiennent lieu à plus d’une sorte d’insectes aquatiques et terrestres très-voraces qui sont dans le même cas,
mais sans avoir leurs pinces placées au bout de bras mobiles, que l’insecte peut faire avancer hors du devant du corps. On aperçoit à l’insecte dont il s’agit dans toute la longueur de ses deux bras, et même encore au travers de leurs fourreaux transparens, un vaisseau, qui est apparemment Je canal par où la nourriture passe dans son estomac.
Ces bras, munis de pinces, ne paroissent, au reste, que quand il plaît à l’animal de les faire sortir, et alors il les alonge plus ou moins, tantôt l’un, tantôt l’autre, et leur donne les inflexions que bon lui semble. Ordinairement il n’en paroît rien au dehors , comme dans la fig. 1 1 ; mais quand on presse le dessus du corps de l’insecte, on le contraint de les faire sortir, et alors on voit même souvent que ces pinces s’ouvrent et se ferment comme pour mordre. Il est trèsapparent que cet insecte, et les autres espèces munies de bras armés de semblables pinces, s’en servent pour les introduireau travers des pores de la peau des animaux dans leurs corps, et qu’ils les y enfoncent jusqu’à ce qu’ayant atteint la nourriture qu’il leur faut, ils en expriment le suc avec leurs pinces et l’avalent. La fig. i4 représente ces deux instrumens nourriciers poussés en dehors, différemment fléchis, et dont l’un ouvre sa pince pour mordre. Ils sont grossis 729,000 fois. AA est le double étui brun, que l’on prendroit d’abord pour la tête de 1 animal; BB sont deux fourreaux transparens, de l’extrémité desquels sortent les bras cylindriques BC , BC , qui dans leur situation de repos sont renfermés dans leurs fourreaux, et dans le corps de l’insecte; CC sont les deux pinces, l’une ouverte, l’autre fermée.
Au reste, l’animal pond ses œufs sur le corps et autour de
la tète de la chenille. Ils sont ronds et aplatis en forme de gâteaux. J’ai vu des chenilles qui en avoient bien le tiers du corps couvert. Leurs coques ont une consistance surprenante. J’ai vu éclore nombre de ces œufs peu après qu’ils avoient trempé plus de deux heures dans l’esprit-de-vin.
Pou de limaçon des jardins. PI . 5, fig. i3.
Il est de la seconde classe, et de la grosseur d’un petit grain de sable. Il a sa demeure dans la coquille des limaçons de nos jardins. Il court fort vite, et il est si délicat, qu’on ne peut guère le toucher sans l’écraser; ce qui, outre sa petitesse et son agilité, le rend difficile à être examiné. Il tient de la mite pour l’extérieur, mais il en diffère en ce qu’il est plus petit, et plus agile, que son corps est plus effilé par derrière, et qu’il n'est pas partout également blanc; mais étant grisâtre, une large raie ondoyante d’un blanc de lait assez vif parcourt longitudinalement son dos, depuis la hauteur de la seconde paire de jambes jusqu’à son extrémité postérieure. Ses poils, qui sont clair-semés, sont courts et extrêmement fins. Il à sur le devant, au lieu de tête, des parties qui semblent analogues à celles de l’insecte précédent; ce qui donne lieu de croire qu’il pourroit bien avoir aussi à son usage des pinces, ou quelque chose d’analogue, pour prendre sa nourriture. Les articulations de ces huit pâtes, armées de petits piquans , sont si courtes, qu’à voir ses pâtes séparément on les prendroit pour des antennes. L’extrémité de chaque pied est pourvue de deux ongles ou crochets séparés. Cet insecte court aisément à sec sur la surface de l’eau, comme je m’en suis aperçu,
DE DIFFÉRENTES ESPECES D’iNSECTES. 49
lorsque, voulant le fixer sous mon microscope pour le dessiner, je l’entourai d’un large cercle d’eau; car il franchit tout aussitôt cet obstacle en courant par dessus, sans s’y embarrasser ni se mouiller : qualité qui lui a apparemment été donnée pour l’empêcher d’être arrêté ou incommodé par l’eau et l’humidité, si nécessaires aux limaçons.
Troisième sorte de Pou de coq de bruyère. PI. 6, fig. 1 6.
Cette espèce, qui est aussi de la seconde classe, a, par sa couleurblanche uniforme, la disposition de ses pâtes en deux groupes de direction opposée, et par sa petitesse, du rapport avec les mites. Il n’a que 6 \ de facette de longueur; ce qui me l’a fait grossir huit fois plus qu’il l’auroit été suivant l’échelle qui m’a servi pour les autres poux d’oiseaux. Son museau m’a paru se terminer par d.eux crochets qui ont un mouvement alternatif et régulier, par lequel ils ne cessent de se porter en avant, et de se retirer l’umaprès l’autre, de sorte qu’ils ne restent jamais tranquilles et de niveau; c’est pourquoi l’un des deux a été représenté un peu plus alongé que l’autre dans la figure.
Ses pâtes sont aplaties. On les voit ici du côté large. Leur côté étroit n’en fait pas distinguer les articulations; et vues par le côté large, elles ne paroissent encore que comme des corps tortueux pourvus de divers renflemens. Les articulations n’en sont pourtant pas moins réelles, et je crois leur en avoir compté cinq. Leurs pieds m’ont paru plats, ronds, et pourvus au moins d’un ongle ou crochet.
On doute au premier coup d’oeil de quel côté est la partie
antérieure de l’animal. Son corps, qui vers le milieu est le plus gros, diminue presque dans le même genre, mais en sens contraire , vers ses deux extrémités opposées; et ses quatre paires de jambes, séparées en deux groupes, dont l’un paroît autant fléchi vers l’une des extrémités du corps que l’autre vers l’opposite , augmentent cette incertitude , qui ne cesse que par un examen bien attentif.
Son corps est pourvu de quelques poils de differentes grandeurs, dont il y en a deux plus longs que les autres à chaque côté de son extrémité postérieure. Ses pâtes ont aussi quelquels poils.