‹ Recherches sur l'anatomie et les métamorphoses de différentes espèces d'insectesChapitre 7 sur 10 · MITES · texte numérisé non relu

MITES

Les deux derniers insectes dont il vient d’être parlé ont tant de rapport avec les mites, que je n’aurois pas hésité de les ranger dans cette classe, si ce n’étoit qu’ils sont logés et nourris par des êtres animés vivans, et que pour cette raison l’autre nom paroît plutôt leur convenir.

Quoique l’on ne se soit peut-être pas avisé jusqu’ici de croire qu’il y eût plus d’une espèce de mites, je ne doute pourtant pas qu’il n’y en ait de bien des sortes, puisque les trois espèces suivantes se sont offertes d’elles-mêmes à mes regards, sans que j’aie pris la peine de les chercher. La première et la plus connue est

La Mite du fromage. PI. 6, fig. i5.

Elle a 6j de facette de longueur. Elle est blanche, et d’un poli brillant, excepté que son museau et ses pâtes m’ont

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l)aru avo*r une teinte de rouge. Son corps est presque cylindrique et arrondi par derrière; il commnuique avec le corselet sans étranglement fort sensible, et il a très-peu de poils, bes quatre paires de pâtes de l’animal sont naturellement séparées en deux groupes, dont l’antérieur est dirigé du côté de devant, et semble partir du corselet; l’autre est dirigé vers 1 opposite, et paroit tenir contre le dessous du corps. La derniere paire en est la plus mince et la plus courte. Elle a un seul long poil à chaque pâte, et quelques poils plus courts à chacune de leurs articulations, quiin ont paru être au nombre de six. Son museau est fendu. Elle l’alonge quand on lui presse le dos, et alors on voit distinctement qu’il est composé de deux pièces séparées.

Cet insecte m’a mis bas des petits vivans en été, et pondu des œufs en novembre; de sorte qu’à cet égard il pourroit bien tenir de la nature des pucerons, qui pendant tout l’été mettent bas des petits vivans sans s’accoupler, et qui vers la

lin ele 1 airiere-saison s accouplent, et pondent alors des œufs, qui n’éclosent qu’au printemps suivant. C’est un fait qu’on ne saut oit guere se dispenser d admettre, si les mites du fromage qui m’ont fourni cette observation ont été de la même espèce ; ce que je n’ai pas examiné assez attentivement pour pouvoir le garantir avec une entière certitude.

Seconde espèce de Mite . PI. 6, fig. 8.

Elle a huit facettes de longueur, et est ainsi plus longue que la précédente, mais sans être plus grosse. Son corps et son corselet sont séparés par un étranglement plus marqué;

ses pâtes sont placées dans le même ordre, et les quatre postérieures sont sensiblement les plus courtes; elles ont pareillement un long poil à une de leurs articulations, et quelques poils courts aux autres : je lui ai compté le meme nombre d’articulations à chaque pâte qu’au précédent. Le poil de son corps est aussi très-rare, et placé de la même façon; un renflement très-large parcourt la plus grande partie de la longueur de son corselet et de son corps ; l’animal est tout blanc, mais on lui entrevoit souvent deux taches brunes au travers de l’épaisseur du dos, qui ne sont vraisemblablement que des alimeus plus ou moins digérés. On lui aperçoit deux barbillons au museau, qui sortent d’une apparence de tète, et qui pourroit bien en être une en effet : cet insecte m a

pondu des œufs oblongs, fig. 7.

J’ai entrevu quelquefois les petits au travers de leur coque. Je n’ai pas eu occasion de remarquer si cet insecte, dans d’autres temps, est vivipare; il a été représenté, pl. 6, fig. 8, soixante fois plus long que nature ; et par conséquent grossi deux cent seize mille fois.

Troisième espèce de Mite. Pl. i\, fig. 10 et n.

Cette espèce, représentée vue sur le dos, fig. 10, et de côté, fig. 11, ressemble un peu à celle du fromage; mais elle n’a pas le museau et les pâtes rougeâtres : j’ai négligé de la mesurer. Elle ne m’a pas paru plus grande qu’un petit grain de sable; mais telle qu’elle est, elle ne laisse pas que de faire souvent bien du ravage dans nos cabinets d’histoire naturelle, surtout parmi les papillons, quand on a négligé de mettre du

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camphre ou d’autres préservatifs contre cette vermine dans les boîtes et les tiroirs où l’on garde ces sortes de curiosités; et quand on y trouve quelque papillon ou autre insecte tombe en poussière , on peut compter que c’est le plus souvent 1 ouvrage de ces mites; elles sont blanchâtres et un peu transparentes vues au microscope. Leur tête, si c’en est une, ce que je n’ai pas assez examiné dans les mites, se termine en pointe brune émoussée; leur corselet est fort petit; la partie antérieure de leur corps est plus renfl.ee que 1 autre. Cette mite a, comme les autres, huit pâtes séparées en deux groupes, dont les quatre premières se portent en avant, et les quatre autres en arrière : elle est distinguée par les longs poils noirs, quoique assez rares, dont elle est herisee, qui, grossis au microscope cent vingt-cinq mille fois, paroissent pourvus de barbes, et encore alors presque imperceptibles, tels qu’on en a représenté fig. 12*

TIQUE. PI. 6, fig. 1.

Parmi les insectes parasites de nos contrées qui infestent la peau des animaux vivans, la tique peut certainement passer pour un des plus remarquables pour la taille. Celle qui est représentée pl. 6, fig. 1 , a bien trois lignes de longueur; je l’ai trouvée sur une fouine, a la peau de laquelle elle tenoit si fortement par le devant de la tête, que, pour ne pas la lui arracher, je fus obligé d’emporter avec un instrument le morceau de peau auquel elle tenoit. Il m’a semblé que cette tique étoit d’une autre espèce que celle que j’ai quelquefois trouvée attachée à la peau de l’homme et du chien; mais n ayant pas

eu occasion de les comparer ensemble, et n’ayant examiné et dessiné que celle-ci, je ne puis rien décider là-dessus. Quoi qu’il en soit, la tique dont il s’agit ici a été représentée à la loupe, fig. 2, vue sur le dos, et fig. 3, du côté opposé. Son corps est d’un blanc qui approche du blanc de lait; la peau en est épaisse et dure; au microscope, on la trouve parcourue de sillons parallèles très-serrés, et également dis— tans les uns des autres, dans le genre de ceux que la loupe nous fait apercevoir au bout des doigts. Le corps de cette tique a de plus en dessus et en dessous quelques plis assez profonds, dont l’arrangement différent paroît assez dans la figure pour n’avoir pas besoin d’explication ultérieure. Je n’ai trouvé que deux stigmates à cet animal; ils sont placés dans un petit enfoncement sur les côtés du corps, à peu prés à égale distance de ses extrémités, et un peu plus près de la ligne inférieure que de la supérieure. On les aperçoit en CC, fig. 3, comme on y voit aussi l’emplacement de ses huit jambes qui sont brunes, et composées, à ce qu’il m’a paru, chacune de sept articulations. Elle a sur le dessus du corps, tout près de la tête, une plaque brune écailleuse qu’on aperçoit fig. i et 2. Sa tête, qui est fort petite, écailleuse et de la même couleur brune, est plus large vers son front que par derrière; de son front partent deux antennes AA, fig. 2 et 3 , entre lesquelles est placé un instrument B qui lui tient lieu de trompe ou de bouche.

I/anus, fig. 3 , D , de cet insecte n’est pas placé, comme ordinairement, au bout postérieur du corps, mais à la ligne inférieure, environ à un quart de distance de cette extrémité , à l’endroit où deux grands plis de son corps se rencontrent.

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Curieux de connoître plus en détail la structure extérieure de cette dernière partie, ainsi que du pied, du stigmate, et surtout de la trompe de cet insecte, où la loupe paroissoit m’annoncer quelques singularités, j’exposai ces quatre parties successivement au microscope, et je vis, quant à l’anus, qu’il étoit formé comme le représente la fig. 6; qu’environné d’une manière de cercle écailleux brun A, B, son ouverture se iermoit par deux larges lames écailleuses circulaires, C et D, qui se séparoient pour donner passage aux excrérnens, et. ensuite retournant l’une vers l’autre, se réunissoient par leurs bords, et interceptoieut ainsi toute communication extérieure.

Le pied, quand la tique appuyoit dessus, me parut tel qu’il se voit fig. 7 ; il étoit blanc. Sa plante A est plate et ronde. Elle étoit pourvue de deux ongles crochus très-séparés l’un de l’autre, B etC, qui y tenoient. Quand l’animal lève le pied pour faire un pas, sa plante se resserre et se gonfle, ou plie de façon qu’elle n’a guère que le tiers de sa largeur; les deux ongles se rapprochent en se fléchissant en dedans, et vont se joindre vers le devant du pied : ils se séparent ensuite, le pied reprend sa forme, fig. 7, l’insecte se pose à terre, et le pas est fait. Lorsque dans son repos il tient quelque pâte en l’air, attitude qui lui est fort familière, il renverse le pied, en applique les deux ongles l’un contre l’autre, et le place dans une échancrure qui semble avoir été ménagée au bas de la pâte tout exprès pour que l’animal y pût mettre son pied en sûreté lorsqu’il n’en use point; et dans eette position le pied se fait si peu remarquer, qu’on croiroit d abord qu’il a été emporté. La fig. 8, qui représente la der-

nière articulation A d’une pâte, où la tique renverse son pied B, pour le faire entrer avec les ongles joints G, dans l’échancrure D , peut donner une idée de cet arrangement.

Le stigmate est représenté très en grand fig. 5. Il n’est ni parfaitement rond, et son ouverture n’est pas placée précisément à son centre. Il est plus élevé d’un côté que de l’autre sur la peau de la tique. Il paroît brun , et comme chagriné de petits grains ronds; mais quand on a emporté un stigmate, et qu’on l’a bien lavé par dedans, tous ces grains paroissent percés à jour, et on les prendroit aisément pour un assemblage d’yeux s’ils étoient placés à la tête; mais on se refuse a 1 idee qu’un animal les ait placés contre les côtés du corps, quoique ce soit un fait qui, malgré son invraisemblance, ne seroit peut-être pas entièrement indigne d’être éclairci. L’insecte, quand il a le museau enfoncé dans la peau de quelque animal, comme il l’a souvent pendant quelques jours de suite, ne sauroit guère alors faire usage de ses yeux s’ils étoient à la tète; mais placés à ses deux côtés, comme il a naturellement alors le corps en lair, et qu il se tient sur la tète, ses yeux, ainsi placés, pourroient alors lui servir à observer ce qui l’-environne. Ce qu’il y a de certain , c’est qu’aucune trachée n’y aboutit; mais que toutes les bronches se réunissent en un tronc commun, qui s’ouvre dans le gros tubercule qui s’élève presque au centre du corps, fig. j , et qui se montre tantôt ouvert, tantôt fermé; de sorte que le tubercule seul pourroit bien faire les fonctions de stigmate, pendant que le corps qui l’environne auroit eu une destination toute différente.

Enfin, quant à la partie B, fig. 2 et 3, placée au devant de

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la tète, entre les deux antennes A, A, et qui paroit devoir tenir lieu de bouche ou de trompe à l’animal , je fus d autant plus curieux de voir sa structure, que j’avois admire plus d’une plus fois la force avec laquelle cet insecte, au moyeu de ce petit instrument, s’attache aux animaux, de façon qu il est plus aisé d’arracher la tète à la tique que lui faire lâcher prise; et que le plus souvent, quand on veut user de violence pour l’ôter de l’endroit où elle s’est fixée, son corps seul reste entre les doigts, et la trompe avec la tête, séparées du corps de l’insecte, demeurent attachées a la peau de 1 animal, où la tique a plongé sa trompe.

Ayant donc examiné cet instrument au microscope, je le trouvai tel que le représente la / ig. 4 de la pl. 6. Il étoit couvert par dessus de deux lames écailleuses CD, CD, années chacune, près du bout de leur côté extérieur, de deux barbes ou crochetsC. Ces lames ont été un peu amenées vers les côtés dans la ligure pour les rendre plus visibles ; l’instrument même est percé tout du long d’un canal BD, par où les ali— mens passent pour entrer dans l’estomac. On le voit ici pourvu de quatre rangs de dents ou crochets alignés suivant sa longueur, et dont les pointes sont obliquement dirigées vers le corps de l’animal, et je ne doute pas qu’il n’y en ait encore deux autres rangs pour le moins à l’opposite, quoique j’aie négligé de m’en assurer. On conçoit aisément que des dents ainsi taillées en dards permettent à l’instrument BD de s’introduire avec facilité daus la peau, mais très-difficilement d’en être retiré : voilà pourquoi, quand on veut le faire brusquement, et avec quelque effort, ou ne manque pas, au lieu d y réussir, d’arracher la tête de l’insecte; mais on ne sauroit

douter que quand on lui en laisse le temps il ne sache fléchir, et faire rentrer les dents de sa trompe de façon, lorsqu’il veut se dégager, que leur direction ne s y oppose plus, ce qu’il ne peut exécuter quand on le tire par le corps, et qu’on l’empêche ainsi de pouvoir se décrocher.

Mouche de Saint-Marc (i). PI. 7.

Cette mouche est fort connue dans ce pays par le dommage qu’elle fait aux boutons des arbres fruitiers dès qu’au printemps leurs feuilles commencent à s’épanouir. L’on voit souvent alors ces mouches rassemblées en quantité sur les arbres, autour de leurs boutons, qu elles paioisseut sucer, après quoi le bouton languit, ne produisant que des feuilles récoquevillées et contrefaites, et l’arbredevient souvent stérile pour cette année-là. Une mouche aussi nuisible n’a pas manqué de recevoir un nom dans ces provinces, comme on lui en adonné un en France, ou elle porte celui de mouche de Saint- Marc, parce que c’est aux approches de la Saint-]\Iarc que cette mouche y paroît communément. Ici on l’appelle la mouche noire ( zwarte vlieg), à cause que le noir est sa couleur dominante, et quelle est plus noire que ne le sont les mouches ordinairement. Le peuple, qui est peuple chez nous

(1) La Mouche de Saiut-Marc est le vrai Bibio Marci Meig. Lyonet est le premier qui ait découvert que c’est à elle que nous devons le dégât des arbres fruitiers au printemps, et qui ait trouvé vingt stigmates sur les larves, et seize sur les nymphes. C’est de même à lui que nous devons la première description détaillée

des parties de la bouche.

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comme ailleurs, a sur l’origine de ces insectes une idée bien étrange, et qui semble encore un reste de la folle opinion dont on a été si long-temps entiché autrefois, touchant les générations équivoques que l’on attribuoit aux insectes, faute de les avoir étudiés, et qu’un de nos antiphilosophes modernes n’a pas rougi d’étendre même à tout ce qui croît et vit sur notre globe. Le peuple chez nous, dis-je, croit que, comme il arrive souvent qu’après un vent froid du nord nos arbres sont le plus infectés de ces mouches, c’est ce vent même qui les produit, quoiqu’il ne fasse autre chose que de les engourdir plus ou moins, ce qui, les empêchant de s’élever bien haut, les oblige de s’abattre sur les arbres voisins. Aussi n’est-ce pas dans l’air, mais sous nos pieds qu’il faut chercher leur origine ; c’est là que les femelles ayant pondu leurs oeufs, il en naît des nichées de vers qui après avoir passé, comme presque toutes les espèces d’insectes ailés, par un état moyen, deviennent des mouches de Saint-Marc comme furent celles qui les avoient produits.

Un hasard m’éclaircit sur leur origine. En novembre, un de mes gens sentit, dans une allée de mon jardin, sous ses pieds un endroit mou; il le découvrit, et trouva un nid de quelques centaines de vers rassemblés en un tas. 11 m’en avertit. Je mis dans une boîte de plomb ce nid, où n’ayant trouvé tout autour aucun aliment que le tan répandu dans cette allée, j’en mêlai avec de la terre dont je les couvris. Ils avoient déjà alors acquis toute leur taille ou peu s’en faut. Je leur offris aussi du bois pourri; ils en mangèrent jusqu’à la fin de décembre, après quoi je n’ai pas remarqué qu’ils aient pris de nourriture. Le 20 mars, je trouvai qu’ils avoient com-

mencé à se changer en nymphes, et comprenant par là qu’ils avoient tout leur développement, je me mis à les examiner et à les dessiner.

C’est ainsi que j’en ai l’eprésenté un de grandeur naturelle, pl. 7, fig. 4- Leur tète est noire et écailleuse; leur corps est grisâtre : ils ont douze anneaux séparés par des étrauglemens très-sensibles. On leur remarque, sans le secours d’aucun verre, plusieurs piquans feuille-morte à chaque anneau. Vus avec une loupe d’un demi-pouce de loyer, ces piquans paroissent lisses; mais examinés avec un verre d’un foyer de demi-ligne, on les trouve tout hérissés de pointes très-serrées , dirigées obliquement vers l’extrémité du piquant , où ils sont implantés. J’en ai représenté un excessivement grossi,

fig. 9, pour en donner une idée.

La loupe fait paroître le corps de cet animal comme tout parsemé de petits points feuille-morte; mais au moyen de verres beaucoup plus forts, on trouve que ces points sont de vraies épines, et qu’entre celles-là il y eu a encore un très-grand nombre de plus petites, qui couvrent tout leur corps, et dont la direction est oblique et en arrière. La fig. 20, qui est celle du dernier anneau de l’insecte trèsgrossi, peut en donner une idée. On voit qu’il se termine par un mamelon BC, charnu, fendu, et hérissé d’épines encore plus petites que celles qui couvrent le corps. L’insecte, privé de jambes, peut faire rentrer à son gré cette partie charnue, et en faire usage, comme de jambes, pour se pousser en avant, ce à quoi les piquans, dirigés obliquement vers la partie postérieure dont son corps est couvert, contribuent principalement.

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J’ai compté vingt stigmates à ce ver. On ne les aperçoit guère qu’à la loupe. Tous les anneaux, excepté le second et le pénultième, en ont un à chaque côté. Les dix -huit premiers sont placés sur la ligne latérale, la dernière paire l’est aux lignes intermédiaires supérieures; ils sont plus grands que les autres. On en voit un représenté fig. 20 en A.

A cette dernière paire de stigmates aboutissent intérieurement de très-gros vaisseaux, qui m’ont paru être environ de la longueur du corps de l’animal. Ils sembloient composes d’uue file d’anneaux assez larges, qui n’avoient nullement la roideur du fil tourné en ressort à boudin qui environne ordinairement les bronches des insectes. C’étoit vers le temps que ces vers se changeoient en nymphes que j’examinai ces vaisseaux : peut-être avoient-ils alors déjà perdu de leur consistance, par la révolution intérieure que les insectes subissent dans cette crise. C’est un point dont il sera aisé de s’éclaircir, en examinant ces vaisseaux dans un sujet moins près de se transformer. La paire de stigmates du premier anneau, quoique moins grands que ceux de la dernière paire, le sont pourtant davantage que ceux des huit autres paires. Leur proportion relative est exprimée par la fig. 20 A, et les fig. i5 et 16.

La nymphe de cet insecte est tracée de grandeur naturelle, fig. 5. Elle est blanchâtre; ses deux derniers stigmates y ont disparu , et on ne lui trouve plus ceux de son troisième anneau : soit que l’animal les ait perdus en changeant de forme, ou bien qu’alors les étuis des ailes les cachent.

J ai trouvé sur ce ver deux sortes d’insectes. Je ne puis dire s ils sont parasites, ou si le hasard les y a fait rencontrer.

Le premier avoit environ une ligne de longueur. Il étoit blanc, plat et extrêmement mince. C’ étoit une espèce de Taenia sans articulations. L’un de ses bouts me parut rompu. Il se donna beaucoup de mouvemens, mais sans avancer ni reculer. La fig. 14 en fait voir la forme très en grand, et la fig. 3 trace assez grossièrement celle de l’autre insecte, que je ne pus bien représenter, parce qu’il m’échappa lorsque je commençai à en dessiner les contours. Il étoit plus petit qu’une mite, avoit huit jambes, et l’extrémité de son corps étoit fourchue, dans le sens que la figure le fait voir.

Le ver de la mouche de Saint- Marc, pour changer en nymphe, se fait en terre de petites loges en sphéroïdes alongés, qui m’ont paru construites aussi légèrement que si l’insecte n’y avoit employé ni soie ni gomme. Plusieurs s’en firent dans des morceaux de bois pourri, qu’ils avoient creusés pour cet effet; mais elles n’avoient aussi presque point de consistance.

Le 1 5 avril mes nymphes commencèrent à me fournir des mouches. Le mâle et la femelle ont été représentés pl 7 , fig. 2 et 6, dans leur situation de repos, et fig. 1 et 7 avec les ailes déployées. La femelle est plus grande que le mâle. Elle a le corps plus renflé, et l’extrémité est terminée plus en pointe; mais sa tête est beaucoup plus petite et plus effilée. Les fig. 19 et 3i, qui montrent en dessus la tète de l’un et de l’autre grossies dans la même proportion, font voir qu’elles sont d’une structure si différente , qu on ne les croiroit pas de la même espèce. Dans les mâles les yeux à réseaux ED,ED, fig. 19, en couvrent tout le dessus, au heu que dans la femelle, E, fig. 3i , à peine ils en occupent le tiers. La tête du

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Diale est plus large que longue, et s’élargit un peu vers l’occiput. Celle de la femelle est au contraire bien plus longue que large, et se rétrécit considérablement vers ce côté-là, et y est garnie de poils beaucoup plus longs. Ce n’est guère que par les antennes et les barbillons qu’elles paroissent se ressembler.

La fig. io offre le devant de la tête du mâle bien plus grossie que dans la fig. 19. A est un bec ou museau qui avance, et qu’on peut regarder comme la bouche de l’animal. Elle est fendue le long de la ligne supérieure, et paroît dans le mâle transversalement divisée en quatre pièces, chacune garnie tout autour de bandes noirâtres écailleuses. Avec le secours d’un bon microscope, on la trouve, de même que les deux barbillons BB qui l’accompagnent, et ses deux antennes CC, garnie d’un grand nombre de poils, et entre ces poils d’une plus grande quantité encore de piquans très-courts, que l’on ne distingue que difficillement en A, B et C, fig. 10. La partie de la bouche A, qui, joignant la tête, est un peu plus blanche que le reste, est transparente, de même que le sont les endroits blanchâtres qu’on aperçoit sur le devant de chacune des cinq articulations de ses barbillons BB. La fig. 12 montre cette bouche ouverte et un peu plus en grand.

La fig. 8 est la bouche de la femelle. Elle est plus large que celle du mâle, et de figure très-différente. On n’y voit point ces lames écailleuses qui semblent diviser transversalement les lèvres de l’autre en trois ou quatre parties; mais les lèvres des deux sexes s’ouvrent dans le même sens.

Les deux grandes cornées du mâle, qui occupent presque tout le dessus de sa tête et y forment l’assemblage de ses yeux

à réseaux, A,E,D,A,E,D, fig. 19, sont garnies de poils plantés dans les angles de leurs facettes hexagones. On sait que ces facettes, qui sont plusieurs milliers en nombre, portent chacune une lentille très-transparente, qui constitue chacune la partie antérieure d’un œil, et peut-être même d’un télescope.

Quand on détache ces cornées de la tête pour en voir le dedans, on n’y découvre d’abord qu’une substance brune opaque où l’on ne distingue rien; mais au microscope on la trouve composée de corps oblongs appliqués les uns contre les autres suivant leur longueur. Ce sont vraisemblablement autant de tubes optiques, au moyen desquels l’animal distingue de loin les objets. Ce qui confirme cette idée, c’est que quand on frotte avec un pinceau cet assemblage de tubes dans une goutte d’eau, on trouve ensuite au lond grand nombre de lentilles ou de corps convexes très-transparens, au moins de deux différentes grandeurs, qui conservent leur forme et leur transparence après que l’eau s’est entièrement évaporée, et que tout est parfaitement sec, et dont les plus grands égalent environ la capacité des tubes auxquels il y a tout lieu de soupçonner qu’ils ont servi de lentilles optiques. Comme ce fait mérite d’être mieux éclairci qu’il n’a été jusqu’à présent, nous nous proposons d’y revenir, et de communiquer au lecteur le résultat de nos recherches.

Quand on examine la tête du mâle par dessus, ainsi quelle a été représentée fig. 7 , on est surpris lorsqu’on ignore que cela est assez commun aux mouches, de lui trouver, vers le devant des deux côtés 0,0, encore deux autres cornées beaucoup plus petites, et à réseaux plus serrés que ceux qui

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€n occupent le dessus. Ces cornées, que je n’ai point remarquées à la femelle, y forment une convexité plus courbe, et elles se trouvent latéralement réunies aux grandes par harmonie. Une de ces plus petites cornées se voit en plein fig. 28; son côté arrondi est l’antérieur. On ne les aperçoit que peu distinctement fig. 27, où AA sont les antennes, BB les barbillons, D l’ouverture du gosier, où EE terminent par leurs contours le bord inférieur des deux grandes cornées , et où, en 0,0, on entrevoit les deux petites, mais peu distinctement, tant h cause de leur position oblique, que parce quelles se trouvent placées dans l’ombre. Quand on les expose bien nettoyées, et dégagées de tout ce qui les offusque en dedans et en dehors, à un microscope, on les trouve plus claires et plus transparentes que les grandes cornées, qui conservent toujours une teinte brune que celles-ci n’ont point, et qui paroi t avoir été donnée aux autres, parce qu’étant exposées sans paupières aux rayons du soleil, il sembloit nécessaire que leur force fût tempérée par une moindre transparence de la cornée, au travers de laquelle ils doivent passer pour frapper le nerf optique. Ne devroit-on pas croire que tant d’yeux à réseaux, et même de deux sortes différentes, ne fussent plus que suffisans pour perfectionner la vue d’un si petit animal? Cependant on s’abuseroit, puisque l’auteur de la nature lui a donné une troisième sorte d’yeux plus semblables aux nôtres. Ces yeux sont au nombre de trois, et quantité d’autres espèces de mouches en ont de pareils. Ils n ont point cet apparat télescopique des yeux à réseaux, et n occupent qu’un très-petit endroit de l’occiput marqué D , iig. 19 et3i , où ils sont posés dans la femelle sur la con-

\ exilé écailleuse de son crâne; au mâle sur une crête enfoncée, qui le long de la ligne supérieure partage le dessus de la tête longitudinalement en deux hémisphères. Comme cette crête, vu sa profondeur, n’y sauroit être aperçue, l’on en a enlevé un morceau qu’on a représenté fort grossie fig. 3o. On y peut observer comment ces trois yeux A,B,C sont encadrés dans un double cercle écailleux, qui paroît chagriné; qu’ils y sont placés en trèfle, tant soit peu élevés sur leur plan de position, et pointés un peu en élévation, le premier B en avant, et les deux autres A et C vers les cotes. La crête sur laquelle ils sont posés m’a paru creuse, et propre par là à donner passage à leurs nerfs optiques; elle avance jusqu’au devant de la tête, et les grandes cornées y sont inarticulées

le long de la ligne supérieure.

Quant aux femelles, leurs yeux m’ont paru différer de ceux du mâle, en ce que les deux petites cornées du mâle leur manquent, en ce que les deux cornées qu’elles ont sont beaucoup plus petites que les grandes du mâle, et en ce que ces dernières ont les facettes plus grandes que ne les ont celles des femelles, quoique les facettes de celles-ci surpassent en grandeur celles des petites cornées de 1 autre sexe.

Les barbillons BB, fig. io, 19 et 3i de cette mouche, ne m’ont rien offert qui m’ait frappé, si se n’est qu’ils sont beaucoup plus longs que ses antennes. Chaque barbillon est composé de cinq pièces écailleuses, imparfaitement cylindriques, placées à la file les unes des autres, herissees de poils, et réunies pour en faciliter les mouvemens par des intervalles membraneux qui se distinguent dans les figures, en ce qu’ils y forment des interstices blancnatres.

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Les antennes CC,fig. io, et AÀ, fig. 19 et 3i, du mâle et de la femelle paroissent de la même forme.' Je n’ai pas examiné si au microscope on y découvre des différences. Les antennes du mâle se voient fort grossies fig. 175 elles paroissent alors d’une forme très-élégante, et ne ressemblent pas mal à des pyramides d’ifs artistemont taillées. On voit que chacune est composée de neuf pièces séparées par des intervalles : que la plus haute a la forme d’un gland; les autres celle de vases et de disques de différentes grandeurs et épaisseurs; que toutes environnent une tige commune assez déliée; que chacune des pièces est en dehors composée d’un très-grand nombre d’épines ou filets très-courts, serrés les uns contre les autres, outre lesquels on aperçoit que l’antenne est encore garnie de nombre de poils plus longuets et beaucoup plus rares.

Il est difficile de s’imaginer qu’une partie extérieurement si composée ne soit uniquement donnée à cet insecte que pour lui servir d’ornement. Tant d’apparat n’y étoit pas non

plus fort nécessaire, si elle ne devoit servir que pour pouvoir juger par le tact des objets qu’il rencontre de trop près pour pouvoir être distingués par ses yeux; car outre que ses barbillons, comme plus longs et plus mobiles, semblent propres de reste pour cet usage, quel emploi assignera-t-on alors à l’organe intérieur que le pou de mouton, privé, comme nous l’avons vu d’antennes, paroît avoir en leur place? Ce n’y sauroit être un ornement, puisqu’il est caché dans la tête, ni par cette raison non plus un instrument pour tâtonner les corps voisins extérieurs. Ce n’est donc vraisemblement dans les insectes que l’une de ces deux choses, savoir I organe

de l’ouïe ou de l’odorat, déguisé sous une forme méconnoissable; ou bien, comme je serois tenté de le croire, l’organe de quelque sens que nous n’avons pas, et qu’il nous est par conséquent impossible de deviner.

Cette mouche est de la classe de celles à deux ailes. Ses ailes sont d’une teinte un peu noirâtre; ce qui provient moins de leurs nervures noires, que du grand nombre de piquans de cette couleur dont elles sont semées, et qui ont été représentés dans la fig. 18, où l’on en voit un petit morceau tel qu’il paroît au microscope. Les ailes de la femelle sont un peu plus grandes et plus foncées en couleur que celles du mâle.

Cette mouche, comme le commun de celles à deux ailes, a latéralement vers le bas du corselet, de part et d’autre, un balancier, qui se trouve représenté exactement et en grand fig. ii. Son bout antérieur A se termine en forme de cuilleron, et est rempli en dessus par une convexité ovale. Sa base B est composée d’un assemblage singulier de pièces écailleuses noires, réunies par des membranes blanchâtres. Avec un fort microscope on le trouve couvert aussi d’un très-grand nombre de piquans, alors même presque invisibles, et de poils plus longs et plus rares.

Le dedans du balancier renferme un grand vaisseau membraneux. Sous sa base il contient un assez gros vaisseau, dont la forme approche de la triangulaire. Il paroît se partager en trois ou quatre branches , qui pourroient bien être des bronches, puisque, comme elles, un fil roide tourné en ressort à boudin les environne. Ce balancier, sur lequel les ailes en frappant causent assez vraisemblablement le bour-

DE DIFFÉRENTES ESPÈCES d’iNSECTES. 69

donnement que les mouches font quand elles volent, semble devoir aussi contribuer par ses mouvemens à diriger leur vol.

L’extrémité du corps du mâle ne se termine pas en pointe comme celle de la femelle. Elle s’élargit au contraire un peu, et est d’une structure singulière, comme le montre la fig. 21 , où elle est représentée assez en grand pour Faire voir qu’elle est latéralement pourvue de deux prolongemens terminés par deux crochets AA, tournés en dedans, et l’un vers l’autre. Ils sont écailleux 5 l’extrémité de leur pointe est un peu émoussée 5 ils servent dans l’accouplement à tenir la femelle, et pour cet effet ils sont capables de divers mouvemeus, mais dans leur état de repos l’animal les tient recourbés en dedans, de la façon que l’exprime la figure. Deux mamelons, dont j’ignore l’usage, terminent le corps de l’animal.

Le pied de cette mouche est composé , comme ordinairement, de quelques articulations, dont la dernière, qu’on peut nommer la plante , est grossie au moyen d’une forte loupe, fig. 24. On l’y voit en dessus. Elle se termine par trois sortes d’orteils écartés les uns des autres. Des côtés de la racine de celui du milieu sortent deux crochets, au moyen desquels la plante s’accroche aux corps sur lesquels elle pose. A peu près du même endroit sortent deux filets roides et courbes, qui passent par dessus l’orteil du milieu.

Quand à l’aide d’un bon microscope on examine la plante du pied en dessous, comme on le voit fig. 29, on trouve que ses orteils y sont aplatis , blanchâtres et hérissés d’un trèsgrand nombre de petits crochets, qui servent à l’animal pour se cramponner et grimper contre des corps lisses. A,B,C re-

présentent les orteils, E et D les deux crochets, et sous l’orteil du milieu on voit les deux filets roides. Dans la fig. 29, ses orteils sont rapprochés, et placés comme ils se trouvent dans leur état d’inaction, et fig. 24, ils sont écartés, comme quand l’insecte court.

Après avoir éclairci l’origine de cet insecte , et fait connoître en gros ses parties extérieures, on doit naturellement être curieux de savoir comment il s’y prend pour causer le dommage qu’il fait aux boutons des arbres , et avec d’autant plus de raison, qu’011 ne remarque pas qu’il soit armé de dents comme le sont plusieurs autres espèces de mouches.

Pour éclaircir ce mystère, qui n’est pas si difficile à dévoiler qu’il le paroît, il faut considérer que ces mouches se montrent au même temps que les boutons des arbres fruitiers ne font que commencer à se développer; qu’ alors les feuilles n’en sont que comme ébauchées, très-petites et fort tendres; qu’ainsi le moindre raclement , s’il m’est permis d’user de ce terme, suffit pour en déchirer les fibres, et mettre en désordre toute leur structure; après quoi le suc nourricier, arrêté dans un entroit, détourné dans un autre, et mal distribué partout, 11e peut que troubler le dévoleppernment régulier de la feuille, empêcher sa croissance, et la faire recoqueviller; et qu’à plus forte raison la branche ébauchée, ou la fleur renfermée dans ce bouton, comme étant alors encore plus délicate que les feuilles, en doivent souffrir un désordre irréparable pour cette année. Cela posé, il faut remarquer que bien que la mouche de Saint-Marc soit privée de dents , elle ne laisse pas que d’avoir dans labouche une sorte de langue écailleuse ou d’instrumeut, au moyen duquel elle est de reste

DE DIFFEKENTES ESPECES D’iNSECTES. 7 I

en état de causer le dommage qu’on lui attribue. Cet instrument est composé de deux lames de différentes formes, mais assez élégantes, appliquées l’une sur l’autre, et qui différent encore dans les deux sexes. Les lames de la langue du mâle sont représentées en plein, et fort grossies fig. 23 et 2.5, et cette dernière l’est un peu plus que l’autre. Fig. 23 est la supérieure ; elle est écailleuse, noire, effilée, plus claire, et couleur de gomme vers sa pointe, qui est armée de filets écailleux. Sa lame inférieure, fi g. 2 5, est latéralement garnie d’une plus longue suite de filets écailleux, plus serrés et plus fins, se séparant vers la pointe. Ce qui est le plus foncé dans la lame même est écailleux; le reste m’en a semblé moins solide. Ces deux lames sont réunies par le bas de leur côtés en CD, fig. 26, où A marque la lame supérieure et B l’inférieure.

La fig. 22 est celle de la lame supérieure de la langue de la femelle. En la comparant avec celle du mâle, fig. 23, 011 voit quelle est non-seulement plus courte, mais autrement figurée et colorée.

La fig. i3 représente en C la lame inférieure de la langue de la femelle. D est une écaille noire qu’on peut envisager comme sa racine, et EE sont les bases des antennes de la mouche. En comparant cette lame avec celle du mâle, fig. 2 5. on remarque aisément en quoi elles diffèrent, soit pour la forme, soit pour la figure de ses écailles noires.

Quoi qu’il en soit, on voit donc qu’au lieu de dents, cette mouche a la bouche pourvue d’une double lame écailleuse, aimée de pointes suffisantes pour entamer les boutons tendres des arbres qui à peine commencent à se développer, dont

ensuite elle peut facilement exprimer par ses lèvres écailleuses le suc et s’en nourrir, et qu’ainsi quand une nuée de ces insectes tombe au printemps sur les arbres, ils les doivent rendre stériles pour cette année-là. D’où il résulte que dans l’histoire de cette mouche, et dans les dégâts qu’elle fait, il n’y a rien que de fort naturel.

Araignées. PI. 8.

L’adversion qu’on nous inspire dès le bas âge pour les animaux venimeux, et entre autres pour les araignées, est vraisemblablement la cause qu’on ne les a pas examinées de si près que plusieurs autres sortes d’insectes. Aussi n’est-ce pas, je l’avoue, un animal qui nous y invite fort par sa figure, son caractère, ni par l’utilité qu’on en peut tirer pour les usages de la vie. Sa figure est ordinairement assez hideuse; son caractère est méchant, et sa soie, outre qu’elle est fort difficile à recueillir, ne vaut pas à beaucoup près celle du ver qui nous en fournit. Faut-il après cela s’étonner si messieurs les académiciens de Paris, qui furent chargés de la part de leur roi d’étudier cette sorte d’insecte, pour voir si l’on pourrait tirer parti de leur soie, n’y aient pas découvert ce qu’elle avoit peut-être de plus remarquable, et qui fait exception à une des règles les plus générales de la nature, savoir: que les mâles, au moins d’un très-grand nombre d’espèces, ont les parties qui les caractérisent placées près du bout de leurs antennes, au-delà de leur tète, et que, ce qui est encore plus singulier, et dont on ne connoissoit pas d’exemple, que je sache, ces parties sont, à tous égards,

DE DIFFERENTES ESPECES d’inSECTES. 'j 3

parfaitement séparées et doubles; deux singularités qui peuvent bien avoir ete en partie la cause que , quoique d autres naturalistes eussent bien aussi remarqué que les mâles avaient au bout de leurs antennes des boutons dont celles des femelles étoient privées, ils ne se sont point avisés de soupçonner que ces boutons renfermassent des pièces aussi essentielles.

De pareilles singularités me déterminèrent, sur la mention que Lesser, dans sa Théologie des Insectes, avoit faite de ces boutons, qu’il y nomme des nœuds, mais dont il ne connoissoit pas 1 usage, d’y ajouter par forme de note, tome I, pag. 184, édition de La Haye, la remarque suivante : « Que « ces nœuds étoient plus dignes d’attention qu’ils ne le pa- « roissoient d’abord, et peut-être, y ajoutai-je, aura-t-on <( Peiue a me croire, si je dis que ce sont les instrumens de la k genéiation du male. Je puis cependant, y poursuis-je, <x assurer, pour lavoir vu plus d’une fois, que certaines cc espèces d’araignées s’accouplent par là. Les mâles de ce « genre ont le corps plus mince et les jambes plus longues « que les femelles. C’est un spectacle assez risible que de les voir faire 1 amour. L une et 1 autre, montées sur des tapis « de toile, s’approchent avec circonspection et à pas me- <( surés. Elles alongent les jambes, secouent un peu la toile, se tâtonnent du bout du pied, comme n’osant s’approcher : (c après s’être touchées, souvent la frayeur les saisit; elles « se laissent tomber avec précipitation, et demeurent quelque temps suspendues a leurs lils. Le courage ensuite leur revient; elles remontent, et poursuivent leur premier ma- C< nebe- Après s’être tàtonnées assez long-temps, avec une

« égale défiance de part et d’autre , elle commencent à s ap- « p rocher davantage et à devenir plus familières. Alors, les « tâtonnemens réciproques deviennent aussi plus fréquens « et plus hardis. Toute crainte cesse, et enfin, de privautés « en privautés , le mâle parvient à être prêt à conclure. Un « des deux boutons de ses antennes s’ouvre tout d’un coup,

« et comme par ressort. 11 fût paroître à découvert un corps « blanc (ou d’autre couleur, suivant les espèces), l’antenne « se plie par un mouvement tortueux, ce corps se joint au « ventre de la femelle, un peu plus bas que son corselet,

« et fait la fonction à laquelle la nature l’a destiné.

« Quand on ignore, poursuit cette note, que les arai-

« gnées (j enteüds les adultes) s’entrehaïssent naturellement,

« et se tuent en toute autre rencontre que lorsqu’il s’agit de « s’accoupler, on ne peut qu’être surpris de voir la manière « bizarre dont elles font l’amour; mais quand on connoît le « principe qui les fait agir de la sorte, rien n’y paraît « étrange, et l’on ne peut qu’admirer l’attention quelles c< ont à ne pas se livrer trop aveuglément à une passion ou « une démarche imprudente pourroit leur devenir fatale. « C’est un avis quelles donnent au lecteur. »

Ce que je marquai, dans cette note, sur le danger que l’araignée me semblait courir eu faisant l’amour, n’étoit alors qu’un simple soupçon tiré de son mauvais caractère et des précautions dont elle m’avoit en conséquence paru faire usage en amour; mais je n’avois pas encore pu m’assurer de la vérité du fait par mes yeux. Quelques années après, j’en eus l’occasion, et je puis aujourd’hui assurer très-positivement que le danger que les araignées, au moins les mâles,

de différentes espèces d’insectes. 7-5

paroissent craindre en pareil cas n’est aucunement chimérique.

Dans un des beaux jours de l’arrière-saison, je vis une grosse araignée de vigne, suspendue au centre de sa toile, à une treille qui étoit vers ma fenêtre. J’aperçus, sur le bord de la même toile, une araignée mâle d’assez maigre apparence, dont les filets étoient tout près de là, qui, au moyen de petits tîraillemens de la toile de la femelle , auxquels elle répondoit de son côté, paroissoient coqueter ensemble. Après quelque temps, le mâle paroissant craindre d approcher la femelle , elle se détermina à faire elle-même des avances; elle quitta le centre de ses filets, s’approcha du galant timide, et, placée à très-peu de distance de lui, elle fit mille petites minauderies et agaceries comiques pour l’attirer, et elle y réussit enfin, au point que le mâle, ne pouvant résister à tant cle séduction, succomba, et s’avança pour témoigner à sa belle par des effets réels combien il étoit sensible à ses prévenances; mais la perfide, levant tout à coup le masque, saisit le galant désastreux, l’enveloppa dans ses rets, et le perça apparemment d’un de ses dards empoisonnés, car m’étant pressé de voler à son secours, je l’enlevai bien de la toile, et le dégageai de la filasse qui l’enveloppoit, mais trop tard; la Parque avoit déjà tranché le fil de ses jours, et il ne me seroit resté d’autre satisfaction que celle d’apaiser les mânes du défunt en vengeant sa mort, si la scélérate, comme par honte de sa trahison, ne se fât promptement allé cacher sous des feuilles, où elle échappa aux effets de ma vengeance.

Un événement aussi tragique, et apparemment fort ordi-

naire, arrivé sous mes yeux, fît naître en moi la curiosité de connoître mieux cette méchante race d’animaux. Le premier sujet qui m’eu fournit l’occasion fut le mâle qui, dans la planche 8, est représenté, fig. 2, de grandeur naturelle, et, fig. g, très-grossi, mutilé, et couché à la renverse. Il est de ceux qui se nichent dans les coins des murailles. Sa couleur est d’un brun sale et désagréable. Le dessus de son corselet et de son corps a des nuances et des taches d’un brun plus foncé, distribuées symétriquement, mais avec un peu de netteté. L’insecte est extrêmement velu, et comme son poil est roide et cassant, il cause aisément des éruptions à la peau, par les bouts qui en restent dans ses pores, lorsque l’insecte nous tombe sur le visage ou sur la main, ce qui fait croire à tort que leur attouchement même est venimeux, quoiqu’il ne le soit pas davantage que celui des chenilles velues et des orties, qui sans être venimeuses, par une cause toute pareille, produisent le même effet. Les jambes longues de l’araignée dont il s’agit, son corps mince, et surtout les boutons de ses antennes AA , fig. 2, et DD, fig. 9, qu’on ne trouve point à celles des femelles, annoncent que c’est un mâle. Je le trouvai vers la mi-août, et le suffoquai par la vapeur du soufre. On distingue aisément, fig. 9, où il est fort grossi, et vu à la renverse, les parties extérieures qui le composent, excepté sa tète, qui, enchâssée dans le dossier du corselet, n’est visible qu’à l’opposite. A, A sont ses deux paturons, armés chacun du crochet fatal C, dont il blesse, empoisonne, et tue sa capture. Ces paturons et leurs crochets sont écailleux en dehors, excepté que le dessus, obliquement tronqué, est membraneux, et bordé, sur le trau-

DE DIFFÉRENTES ESPECES D'iNSECTES. 77

chant de l’écaille qui l’entoure , d’un certain nombre de dents pointues. L’insecte, en ramenant ses crochets sur ce côté tronqué, écrase sa proie au moyen des dents qu’elle y rencontre, et la rend par là plus propre à être mangée. DM, DM sont deux bras ou antennes à cinq articulations, tout d’une venue dans la femelle, mais plus composées, et terminées par un bouton, D,D, dans le mâle. F est la lèvre inférieure, accompagnée de deux lames écailleuses JE,E. Le dessous du corselet, marqué G, est aussi écailleux ; il a en gros la figure d’un écusson, et est échancré à chaque origine de ses huit pâtes, pour en laisser le jeu plus libre. H, H, H,.... sont les premières de leurs cinq articulations. 1,1 est le corps de l’insecte. R, K sont les deux mamelons ou filières, qui en cachent encore deux autres , et L,L sont deux queues articulées dont l’extrémité postérieure du corps de l’insecte est pourvue. Je n’ai proprement examiné avec un peu d’attention à ce mâle que ses antennes ou bras, avec leurs boutons, ses paturons et leurs crochets, ses mamelons ou filières, et la position de ses yeux, et c’est par conséquent à quoi il faudra que je borne mes observations dans ce sujet.

Les araignées portent naturellement leurs deux antennes courbées vers le plan de position. On en voit une de profil, un peu fléchie en cercle, et fort grossie, fig. 4- Elles partent chacune d’un côté de la tète, à la hauteur des endroits où les paturons AA, et la lèvre F, fig. 9, avec ses deux accompagnemens EE, en dérivent. La première articulation A, fig. 4 y des cinq de l’antenne dont il s’agit, et la troisième, B, sont fort courtes; la seconde est la plus longue. Toutes sont extérieurement écailleuses, et réunies bout à bout par de forteSs

’ATV ATOMIE

membranes, qui leur permettent de se mouvoir en bien des sens. Le bout antérieur de la quatrième articulation D, fig. 1, 4, 8 et 10 , est irrégulièrement renflé par le côté extérieur, et d’un endroit où ce renflement paroît comme tronqué ' en dessus, fig. 10, partent deux grosses épines, l’une plus longue que l’autre, E et F. La cinquième articulation, ou bien le bouton de l’antenne, est renflé vers sa base, et terminé en pointe émoussée. C’est la partie la plus remarquable de l’insecte, en ce quelle a au côté intérieur, un peu en dessous, une cavité membraneuse ÀF , fig. 1 , dans laquelle tiennent et sont placées Un peu à découvert, comme ou le voit dans les fig. 8 et 10, en H,I, les parties qui caractérisent le mâle, et qui, dans diverses autres espèces, y sont renfermées par un couvercle. Elles sont d’une conformation si irrégulière et si bizarre, qu’il est bien difficile de les démêler, lors même quou les a sous les yeux. H,I, fig. 1 , 4> 8 et 10, en est une écaille, par laquelle leur assemblage se termine. Elle a ordinairement, plus ou moins, suivant les espèces, une figure qui tient de la faux, étant concave en dedans, convexe h l’opposite, et se terminant, dans cette espèce, par un crochet pointu H, fig. 1, 4 et 8. Je la nommerai le conducteur, parce quelle m’a paru servir de point d’appui et de conducteur au pénis, qui étant courbe, mince, long, et même très-long quelquefois, a besoin d’être conduit et soutenu. L, fig. 1 et 8, est le pénis, qui, clans cette espèce, est des plus courts. On voit cju il est conique et arqué. En le touchant avec une aiguille, on le trouve écailleux et élastique. Sa figure se reconnoit plus distinctement, fig. 3, où il est représenté à part, et beaucoup plus en grand. On y

DE DIFFÉRENTES ESPECES d’iNSECTES. 79

aperçoit que son extrémité antérieure a est pereee, et qu il est en dedans pourvu d’un conduit membraneux, dont une petite partie se montre en b. Il appuie Ordinairement, par le devant do sa courbure, contre le côté intérieur du conducteur, ce qui, outre l’usage dont il est parlé, contribue encore à le garantir du choc des corps étrangers. Du reste, tout l’assemblage des autres parties > qui accompagnent celles dont on vient de parler est si bizarre et si singulièrement réuni, qu’à moins d’y donner un temps ires-considérable, et de les anatomiser et suivre minutieusement et en détail, ce que je n’ai pas fait, je doute qu’il soit possible de s’en faire une juste idée ; mais ce dont on peut plus aisément s’assurer, lorsqu’on les presse, c’est qu’elles se portent naturellement à sortir du bouton par un mouvement spiral, et que leur ressort les y fait rentrer d’elles-mêmes par un mouvement pareil, mais en sens contraire.

La lèvre inférieure F, fig. 9, et ses accompagnemens E,E, y cachent un peu le bas des deux paturons de l'araignée. On en voit un, fig. 1 5, représenté en entier, et un peu plus grossi que fig. 9. Son endroit obliquement tronqué C,H, y paroît distinctement. Le fond, comme il a été dit, en est membraneux. On voit que ses bords sont garnis, d’un côté, de huit dents, et de l’autre de trois. Le crochet A, G, articulé sur le bout du paturon en C, peut se mouvoir depuis A jusqu’en H, et écraser ainsi sur ces dents l’insecte qu’il a percé.

Le crochet dont chacun des deux paturons est armé a quelque chose d’élégant, comme on le voit par la fig. i4? d111 le représente grossi au microscope. Son côté intérieur 13, b, A, a , depuis B jusqu’en A, une rainure assez profonde, qui dis-

8o anatomie

paroit en B sous une membrane, laquelle réunit un assemblage noir, écailleux, BCEDB, qui entoure et fortifie le crochet, et est muni en C d’une plaque noire, convexe, écailleuse, et d’un poli luisant. Assez près de la pointe du crochet, on lui trouve en A, sur le côté, une ouverture, et la transparence du crochet laisse entrevoir qu’à cette ouverture aboutit intérieurement un canal cylindrique assez étroit, qui, vers F, entre dans un tuyau plus large, et qui, plus bas, dis— paroît sous l’enveloppe opaque DE, et parcourt toute la longueur du paturon jusqu’à la tête de l’araignée , où il s’ouvre dans un réservoir, que l’on aura occasion de faire connaître dans la suite, et qui contient le poison dont l’araignée tue les insectes qu’elle a blessés.

La fig. i3 représente un peu à la renverse le dessus de la tête et du corselet de cette araignée j mais comme elle n’a pas été dessinée aussitôt après sa mort, si les nuances de ses couleurs se sont trouvées un peu effacées, ce que j’ignore, et qui peut bien avoir aussi été le cas de la fig. 9, cela n’importera guère, parce que les foi blés nuances de ses sales couleurs attirent peu notre attention. Quoi qu’il en soit, DE, fig. i3, est son corselet; BAO est sa tête. Elle n’a point du tout de cou; mais elle est enchâssée jusqu’à O dans le corselet avec lequel elle est coarticulée, et où elle se termine en pointe émoussée. Les deux élévations oblongues qui, l’une joignant l’autre le long de la ligne supérieure, occupent bien les trois quarts de la longueur de la tête, m’ont paru désigner l’emplacement des deux réservoirs du poison.

On voit à la hauteur de BA comment ses huit yeux sont disposés sur le devant de la tête, et on le montrera plus clai-

I)E D1FFÉREÎNTES ESPECES D’iNSECTES. Bt

rement dans un autre sujet. Leur cornée est écailleuse et polie. Quand sur une araignée vivante on regarde ses yeux en certain sens, ils paraissent étincelans comme du feu. CC sont les deux paturons, dont l’un montre son crochet, et l’autre l’a ramené sur lui de façon qu’on ne 1 aperçoit qu avec peine. La fîg. 7 offre à la loupe la partie postérieure de cette araignée , vue du côté du ventre. On y remarque deux mamelons, BB, dans leur situation naturelle. Ce sont deux des quatre filières d’où l’insecte tire le fil de sa toile. Plus bas cette partie est pourvue de deux queues, a deux articulations chacune. L’usage ne m’en est pas connu : peut-être servent- elles à l’animal pour chercher en tâtonnant les endroits les plus propres à y attacher son fil. L anus se trouve placé entre ces deux queues. Quand on soulevé les deux mamelons BB, fig. 7, on trouve quils en couvrent deux autres un peu plus petits, qui sont aussi des filières. Dans la fig. 1 1 la première paire de mamelons a été soulevée, afin de faire paraître la seconde dans sa situation naturelle , comme elle se montre en C. La fig. 5 offre de profil le bout cl un des deux premiers mamelons, fort grossi. Après avoir commencé à diminuer en s’arrondissant, depuis C jusqu a B, il est rehaussé d’une élévation ou bourrelet, AB, qu on n aperçoit que peu distinctement dans la figure, à cause du cercle d épines ou poils qui l’entoure et le cache.

Le dessus de ce bourrelet, placé obliquement, foiblemeut arrondi, et entouré de poils ou d’épines assez serrées et recourbées en dedans, est criblé de quantité de petits trous, faits pour ouvrir passage et servir de moule aux fils dont 1 insecte fait ses toiles. Ce bourrelet est entouré d un second,

pareillement criblé de trous et environné de poils, mais moins longs et plus rares que le premier. La fig. 16 fait voir en dessus, et plus en grand, la disposition de ces deux bourrelets et des poils qui les environnent. Quand on a coupé le bout antérieur du mamelon, et qu’après en avoir vidé l’intérieur on le regarde au microscope , on aperçoit aisément les trous dont il est criblé , et c’est ainsi qu’on le représente

fig. 16.

Comme ces bourrelets sont membraneux, et peuvent aisément céder à la pression, on conçoit qu’à proportion que l’araignée presse plus ou moins fort avec ses mamelons sur le plan d’appui, ou avec ses pâtes sur le mamelon, un nombre plus ou moins grand des trous dont il est percé, et qui sont remplis de matière soyeuse, toucheront l’endroit contre lequel ils appuient, et fourniront ainsi un ou plusieurs fils à la fois à l’araignée, suivant ses besoins, et suivant qu’elle a appuyé plus ou moins fort.

La fig. 6 trace la forme du bout d’un des deux mamelons naturellement cachés, ctu de l’autre paire fort grossie et vue de côté. Son extrémité arrondie ABC est pareillement un peu oblique, et criblée de petits trous difficiles à être aperçus dans la figure; mais ce qui le distingue fort de l’autre paire, c’est que non-seulement cette extrémité est plus alongée,mais que, comme on le voit dans la fig. 5, bon nombre de petites filières saillantes, terminées chacune par un tuyau, s’élèvent de toutes parts sur son dessus. Il y a apparence que ces tuyaux servent à mouler une autre sorte de soie plus épaisse que celle qui part immédiatement des cribles du mamelon, qui pourroit bien être gluante, tandis que celle de ces petits

de différentes espèces d’insectes. 83

mamelons ne l’est pas. Au moins voit-on, en jetant du sable dans une toile d’araignée, qu’il ne s’attache pas aux fils qui en forment les rayons, et qui sont les plus épais, mais bien à ceux qui en composent la spirale. Ce qu’il y a de bien certain, c’est que ces petites filières sont creuses, ainsi que leurs tuyaux, et que ces tuyaux sont ouverts par leurs deux extrémités, comme je m’en suis assuré, en séparant du bout de la seconde paire de mamelons un morceau contenant trois petites filières, A, B et C, fig. 12, et l’examinant d’abord à ■sec et ensuite dans de l’eau. A sec, ses trois petites filières, représentées ici fort grossies au microscope, me parurent dune çouleur assez sombre. Les ayant ensuite mouillées, elles conservèrent encore un moment cette teinte; mais un peu après elles devinrent claires, d’abord par l’extrémité antérieure de leurs tuyaux, et ensuite cette clarté descendit assez lentement jusque tout au bas de chaque filière, qui restèrent claires et transparentes aussi long-temps qu’elles continuèrent à être mouillées; ce qu’on ne peut guère attribuer qu’à l’effet de l’eau, qui entrant lentement par le bout des tuyaux, remplit enfin successivement toute la filière, et la fit ainsi paroître claire, jusqu’à ce quelle fût de nouveau séchée.

Seconde espèce d’ Araignée mâle. PI. 9. ^

Gomme il y auroit de la témérité à vouloir établir sur une seule expérience un fait quelconque d’histoire naturelle, et à plus forte raison de vouloir le faire par rapport à un point aussi smgulier et aussi nouveau que celui dont il vient d’être fait mention, quant à ce qui caractérise le mâle de ces insectes,

j’ai cm devoir encore examiner les antennes d’araignées mâles de quelques autres espèces, pour voir s’il en seroit de même. La première qui s’offrit fut pareillement une araignée de coin de muraille ou de cloison. Je la trouvai en mars. On la voit de grandeur naturelle, pT. 9, fig. 5. Elle est d’un jaune cendré, nuancé de noir. Ses jambes sont annelées de raies noires transversales. Le long de la ligne supérieure son corps est marqué d’une grande tache noire symétriquement dentée, placée sur un fond jaune, et suivie d’une double ligne de points jaunes et noirs alternatifs, ce qui la rend assez reconnoissable.

Les parties que renferme le bouton de chaque antenne sont à proportion plus grandes dans cette araignée que dans la précédente 5 et comme les pièces qui en composent l’assemblage sont moins transparentes, on les distingue plus aisément.

L’antenne vue de côté avec son bouton, et la faux ou le conducteur AF qui en déborde, même dans leur état de repos, comme ici, sont représentés fort grossis, fig . 1. L’antenne s’y voit dans sa courbure naturelle. Elle est composée, ainsi qu’à l’ordinaire, de cinq pièces articulées, dont la première B, et ^troisième D, sont très-courtes; et la dernière, qui constitue le bouton, est fort grosse. C, fig., 1, 2, 3 et 4, est un crochet écailleux, mobile, dont on ne voit que le bout, fig. 1, 2 et 3, et qui paroit en entier fig. 4. Il tient à la racine du pénis, et ne s’est point trouve à l’araignée précédente. L, fig. 1 , est une lame écailleuse fourchue, noire et concave, qui tient à l’avant-dernière articulation, et dont l’usage m’est inconnu.

La fig. 2 offre à plomb, mais encore plus en grand, ces mêmes parties dans leur état de repos, à la réserve seulement que le pénis PBAE, pour le faire mieux apercevoir, y a été tiré un peu de côté, et n’appuie pas, comme il le fait naturellement, contre la concavité du conducteur F, A.

Tout cet assemblage, ainsi qu’il a déjà été remarqué par rapport à l’araignée précédente, sort, s’alonge, et agit par un mouvement de rotation très-singulier, qui fait qu’en tournant autour de son centre il s’alonge à mesure, et sort hors du bouton, où il étoit en partie renfermé. Pour s en assurer on n’a qu’à appuyer tant soit peu, avec une aiguille, contre l’endroit sur l’extrémité duquel le conducteur et le pénis se trouvent placés. On fait alors très-aisément tourner tout cet assemblage, en poussant le conducteur à reculons, et alors le pénis se porte en avant, et toutes les parties qui l’accompagnent sortent du bouton, sans perdre leurs situations respectives 5 et l’on peut ainsi leur faire faire un tour et demi sans aucun effort. Mais dans leur situation de repos, il n'y a pas moyen de les faire ainsi tourner en sens contraire sans tout rompre. Aussi est-ce par ce premier mouvement de rotation que le pénis, écailleux, élastique, naturellement fort recourbé, et souvent très-mince et long, comme il l’est dans ce sujet, moyennant la direction du conducteur, remplit les fonctions auxquelles il est destiné.

Les fig. 3 et 4 montrent, l’une par le côté et l’autre par devant, ces parties, auxquelles on a fait ainsi faire un tour et demi; de sorte que l’extrémité antérieure A du conducteur AF, est ici tournée en bas, pendant que dans la situation de repos elle a une position toute contraire, comme on l’a vu fig. i et 2.

Parties d’une troisième espèce d’ Araignée mâle.

Une araignée d’une autre espèce, mais aussi du nombre de celles qui se nichent dans les coins de muraille et de cloison, et que j’ai négligé de représenter au naturel, parce que se disposant h changer de peau elle n’avoit pas sa couleur fixe, m’offrit, quant au bouton de ses antennes, pour singularité, qu’il cachoit totalement tout l’ensemble des parties qui constituent son sexe, lesquelles y étoient renfermées comme dans une boîte ( AB, pl. 9, fig. 6), sans qu’il en parût rien au dehors, pendant que les boutons des araignées précédentes étoient ouverts par devant, et sembloient manquer de capacité pour en pouvoir contenir tout l’assemblage; ce qui est cause que le conducteur en débordoit toujours et se montroit à nu. De prime abord on seroit porté à croire que cette différence d’avoir le bouton ouvert ou fermé fût une distinction d’espèce, mais il me paroit que quelquefois^ n’en est qu’une cl âge, et que de porter les parties du bouton à découvert est alors une marque de pleine puberté, tandis que le bouton fermé en est une du contraire; car outre qu’il peut être nécessaire à des espèces que ces parties, avant le temps de pouvoir servir, et pendant qu’elles se forment, et n’ont pas encore acquis leur consistance, soient renfermées et à fabri de toute atteinte, le bouton fermé, même de 1 araignée dont il s’agit, me paroit favoriser ma conjecture; car cet insecte n’étoit point encore adulte. Peur l’être en effet il devoit mettre bas sa dernière dépouille et paraître sous une nouvelle peau, et alors ses boutons ne se seraient point montrés fermés, comme

DK DIFFERENTES ESPECES D’iNSECTES. 87

avam cette mue, mais ouverts, comme ceux des deux araignées précédentes, ainsi que je m’en suis assuré, en enlevant au bouton , fig. 6, la peau qui le couvroit par devant; car je n’ai pas trouvé que la nouvelle peau, qui le couvroit visiblement par derrière, le couvrît aussi a Fopposite; mais j’y ai vu paroître entièrement à nu les parties dont il s’agit, tout comme elles se sont montrées dans les deux premières araignées, qui étoient adultes.

Quoi qu’il en soit, ayant enlevé le devant ACB de la peau du bouton, fig. 6, les parties qu’il cachoit se sont offertes à nu, et vues à plomb, d’une façon aussi peu distincte que le montre la fig. 8, quoiqu’on y reconnut pourtant fort aisément le conducteur F, G et le pénis C,D,E; mais ayant mis le bouton sur son côté, et fait sortir entièrement les parties qu’il renfermoit, elles se sont fait voir de la façon que je les ai représentées fig. 7, c’est-à-dire pas aussi terminées et distinctes que si elles avoient pris toute leur consistance, mais assez pour en faire distinguer passablement l’assemblage. A y est la

vieille peau qui avoit couvert le côté postérieur du bouton; B le bouton qui en est entièrement dégagé; FG le conducteur, armé près de F d’une écaille noire fourchue; P la racine du pénis, munie, vers C, d’un crochet noir écailleux, et P,E,N, le pénis dans sa courbure ordinaire , mais dégagé du conducteur, contre le côté intérieur duquel il appuie naturellement. | ■

La fig. 9 représente ce conducteur grossi environ huit mille fois. Il m’a paru d’une consistance de cartilage. Son bord extérieur est recourbé en forme d’ourlet, qui s’élargit depuis son origine, et se termine en s’arrondissant en pointe

mousse. 11 est sillonné de rainures obliquement transversales, qui lui donnent une apparence de cordon.

La fig. io est celle du pénis grossi vingt-sept mille fois. Il est creux, écailleux, très-mince, naturellement recourbé, et plus large qu’épais. A quelque distance de son origine il a un renflement alongé, A, d’une couleur plus foncée en dehors qu’à l’opposite. 11 s’élargit et diminue insensiblement. Le pénis même s’élargit un peu vers son extrémité, et s’y termine d’une façon assez élégante, comme on le voit en B.

Yoici donc trois sortes d’araignées dont on vient de montrer à l’oeil que le mâle a les parties qui constituent son sexe placées au bout de ses antennes , et qu’elles sont à tous égards doubles; ce qui, joint aux deux espèces dont il a été parlé plus haut, nous offre cinq espèces d’araignées qui sont dans le même cas; et comme je n’ai examiné que ces cinq espèces, qui se sont toutes trouvées telles, il y a bien lieu de présumer que ce cas est commun aux araignées en général, et que s’il s’en trouve des espèces dont les parties mâles ne soient pas doubles, ou qui les aient placées ailleurs, ce que j’ignore, elles devront vraisemblablement être considérées comme faisant exception à la règle.

Cette troisième espèce d’araignée , celle qui n’avoit pas encore quitté sa dernière dépouille, m’ayant donné lieu de faire quelques autres observations microscopiques à son sujet, je vais les joindre ici, quoiqu’elles ne soient pas du même ordre que les précédentes.

La fig. ii est la partie supérieure du devant de sa tète, grossie trois mille trois cent soixante-quinze fois, à dessein d’y faire remarquer la direction et l’emplacement de ses huit

DE DIFFÉRENTES ESPECES D’iNSECTES. 89

yeux. A et B sont les deux endroits où les antennes ont été articulées. On voit dans cette figure que chaque œil est pointé différemment; que les quatre supérieurs regardent obliquement en haut, vers des points opposés, dont deux portent en avant et deux en arrière; que deux autres visent directement de côté, l’un à droite l’autre à gauche, et que les deux qui restent regardent obliquement en avant. Ces yeux sont transparens et convexes, le fond en est blanc. Ils sont enchâssés chacun dans un anneau noir, écailleux et assez large. Les cornées ne m’en ont pas paru parfaitement lisses, ce qui pourroit bien avoir été l’effet de son état de mue.

Ayant tiré un de ces yeux de son anneau, fet placé de profil comme il l’est fig. 12, où il se trouve grossi environ cent vingt-cinq mille fois, j’ai remarqué que du côté extérieur C,A,D, qui est celui qui paroît au dehors de la tête, il étoit plus convexe que du côté opposé C,B,D; mais que sur le milieu de ce dernier côté s’élevoit la portion d’une sphère beaucoup plus petite, qui, vraisemblement, y avoit tenu lieu de cristallin. Quand on en regardoit le centre B aplomb, en sorte que notre prunelle se trouvoit dans une même ligne avec les points A et B, le centre B paroissoit beaucoup plus clair et transparent que tout le reste ; et lorsqu’il étoit ainsi exposé à un bon microscope , on pouvoit voir tout au travers de cet endroit les objets que l’on plaçoit dans une juste distance à l’opposite.

La fig. i3 est celle d’un bout de pied du même insecte, grossi vingt-sept mille fois. On lui a ôté les épines dont il étoit hérissé, pour mieux faire paroître le crochet A, et les deux griffes B dont il est armé. Les points qu’on y aperçoit

9° anatomie

marquent les endroits où ont été implantées des épines qui, emportées, ont laissé naturellement ces marques après elles. On découvre au dedans de ce bout de pied que le nouveau crochet D, et les deux nouvelles griffes G, dont l’araignée auroit fait usage après sa mue, ne se moulent pas dans l’intérieur du vieux crochet et des vieilles griffes, mais se forment plus haut dans 1 intérieur du bout du pied, et que ces parties y sont beaucoup plus grandes que cçlles qu’elles sont destinées à remplacer. Ces griffes, qui sont doubles, et placées l une à côté de l’autre, comme on le remarque en B, sont d une forme très-singulière : on en voit une extrêmement grossie fig. 14. «Elles sont noires, irrégulièrement arquées, ainsi que le montre leur contour A,B,C, et sont pourvues au côté inférieur d’une douzaine de crochets rangés en file, et diminuant successivement de grandeur et de courbure depuis le premier jusqu’au dernier.

C’est probablement au moyen de ce crochet A, fig. i3 , et des deux griffes armées de crochets, que l’araignée porte à l’extrémité de ses pieds, quelle sait tirer la toile de ses mamelons, l’arranger avec adresse, et s’y suspendre ou en descendre comme il lui plaît; car si elle n’avoit pas la faculté d’arrêter ou diminuer l’effet du poids de son corps sur le fil qui sort de ses filières, elle se verroit souvent d’abord portée par terre lorsqu’elle ne voudroit que se suspendre. Ce qui ne lui arrive pourtant pas, demeurant au contraire suspendue, ou descendant par reprises, tantôt vite, tantôt lentement , tout autant de fois qu elle le trouve à propos.

Je ne suis pas en état de décider précisément comment ces procédés s’exécutent, mais je conçois que cela peut se

DE DIFFÉRENTES ESPECES D’iNSECTES. 91

fôire au moyen du crochet et des deux griffes d’une de ses pâtes, de la manière suivante: supposons que l’araignée, après avoir attaché un fil à quelque corps fixe, comme A, fig. i5, s’y fut suspendue par un des mamelons M, dont elle tire sa toile, et se sentît par le poids de son corps entraînée vers la terre, ce qu elle voulut prévenir; supposons encore que E et D fussent les deux griffes, et G le crochet de la pâte dont elle vouloir se servir pour cet effet. D’abord elle pourroit appuyer d’un autre pied contre le fil en IJ, le faire passer sous le crochet C, et l’en écarter obliquement plus ou moins, comme elle le trouveroit nécessaire, ce qu’on suppose avoir été fait ici jusqu’à B. De cette façon , le mamelon M ne soutiendroit pas seul tout le poids de 1 araignée, mais le crochet C en portera avec lui une partie plus ou moins sensible, suivant que cet autre pied aura soulevé plus ou moins le point B; et si cela ne suffit pas pour rallentir la descente, ou bien pour l’arrêter au besoin tout-àfait, elle n’aura qu’à faire faire un, deux ou trois zig-zags ou allées et venues à son fil sur les crochets E et D des deux griffes du pied, pour faire soutenir à ces griffes en grande partie, et même presque tout-à-fait lorsqu’il le faut, le poids de son corps, et en délivrer le mamelon M. C’est ainsi que l’araignée sera pleinement en état de descendre plus ou moins vite, et de rester suspendue à son fil tout autant de fois qu’il lui plaira; sans que je prétende pourtant décider que la chose s’exécute précisément, ainsi que je viens d’en montrer la possibilité.

Quant aux réservoirs que je m’étois proposé de faire concoure, et où se prépare et se conserve le suc venimeux dont 1 araignée tue les insectes qu’elle a blessés en faisant couler de

ce suc dans les plaies par le trou A du crochet de ses paturons, pl. 8, fig. 1 4 ? on parvient, en ouvrant d’abord tout le crochet A,C,fig. i5, ensuite le paturon C,D, et enfin le devant de la tête de l’insecte jusqu au-delà des yeux, on parvient, dis-je, ainsi jusqu’à ces réservoirs, qui s’y trouvent au nombre de deux placés auprès des yeux, l’un à côté de l’autre, à droite et à gauche de la supérieure, ainsi qu’on l’aperçoit entre G et les yeux, pl. 8, fig. i3. La fig. 16, pl. 9, représente un de ces réservoirs séparément et fprt grossi : AB est le réservoir même dont le canal AE s’ouvre par E dans la blessure de l’insecte meurtri, et DE est la partie du canal renfermée dans le crochet.

On entrevoit dans ce réservoir AB un second vaisseau de moitié plus étroit; c’est apparemment entre leurs deux enveloppes que se filtre et se prépare le poison. L’enveloppe du réservoir extérieur est garnie d’une couche de fibres à direction oblique, dont la construction, en raccourcissant et resserrant le réservoir, oblige apparemment le poison à monter par le canal AE, pour aller se répandre par le trou À, pl. 8, fig. 14, dans l’insecte blessé. Ces fibres de direction oblique, examinées au microscope, paroissent coordonnées chacune comme on l’entrevoit déjà pl. 9, fig. 16; mais elles se montrent plus distinctement fig. 17, qui trace un fragment de ce vaisseau beaucoup plus grossi, et ou plusieurs de ces fibres se voient rompues et séparées les unes des autres. Ces fibres, quand, après les avoir laissé sécher, on les examine avec un fort microscope , paroissent composées de deux substances, l’une charnue qui se retire en séchant, et l’autre écail leuse qui est tournée en ressort à boudin, ou plutôt en vis

DE DIFFÉRENTES ESPECES D’iNSECTES. 9^

d’Archimède, et qui demeure toujours dans le même état, comme on l’a représentée fig. 18.

Araignée femelle du meme genre. PI. io, fig. 1—27.

Après avoir ainsi légèrement passé en revue plusieurs parties d’araignées mâles, on ne me saura peut-être pas mauvais gré que j’en fasse de même par rapport à leurs femelles; et que, comme j’ai pris ces mâles du nombre de ceux qui se nichent dans les coins de mur ou de cloison, je prenne aussi

du même endroit la femelle, sur laquelle je vais donner quelques essais.

Elle se voit de grandeur naturelle, pl. 10, fig. 1 ; elle est couverte de poils très-courts; sa couleur est grisâtre, marquée de taches d’un brun foncé. Je l’ai prise et dessinée en mars, et ainsi vers la fin d’une saison où vraisemblablement elles n’ont de long-temps pas trouvé beaucoup à manger; cependant celle-ci avoit encore le corps sensiblement plus gros que ne l’ont les mâles de sa taille, mais elle avoit les pâtes plus courtes; deux caractères, outre celui des boutons aux antennes, par où l’on peut généralement distinguer du premier coup d’œil un mâle d’une femelle. Du reste, à l’extérieur, on n’aperçoit pas de différence fort sensible entre le mâle et la femelle, par rapport à la forme de la tête, du corselet, des pâtes, des paturons, de leur crochet, de la lèvre inférieure et de ses aecompagnemens, des deux mamelons ou filières visibles et des deux queues; de sorte que ce qui a été dit ou se dira d’une des deux à tous ces égards, pourra être censé avoir ete dit de l’autre, et par ce qu’on en voit pl. 8, fig. 9,

qui représente un mâle couché à la renverse, on se rappellera aisément ces mêmes parties dans la femelle couchée au même sens, pi. io, fig. 2, mais tracée plus en petit, et l’on reconnoîtra que AA sont ses bras ou antennes, BB ses paturons, DD leurs crochets , C ses huit pâtes tronquées à la pre-

mière articulation, K. l’étranglement qui sépare le corselet du corps, FF les deux mamelons ou filières visibles, et GG les deux queues de l’insecte. Les bras ou antennes de la femelle, A, A, fig. 1 et 2, et A,B,C, fig. 3, sont composées, comme celles du mâle , de cinq articulations dont la première et la troisième sont fort courtes, et dont celles-ci et la seconde sont d’une couleur beaucoup plus claire que le reste j mais ce qui distingue essentiellement les bras de la femelle de ceux du mâle, c’est que pendant que ceux du mâle se terminent par un bouton qui contient, comme on l’a déjà remarqué, ce qui caractérise son sexe, ceux de la femelle sont tout d’une venue, et ne renferment quoi que ce soit qui caractérise le sien , mais se terminent sans renflement par un bout arrondi fort velu ou épineux, dont, quand au moyen de quelque instrument subtil on emporte les épines, on trouve le bout pourvu d’un ongle ou crochet mobile denté, pareil à ceux qu’on trouve doubles à chaque pâte d’araignées, et qui peut bien l’avoir été aussi à ses bras, où quelque manque d’attention, joint à la difficulté qu’il y a d’emporter les épines du bout du bras même sans rompre et emporter la griffe, m’ont empêché de m’assurer si l’antenne n’est munie que d’une griffe, ou si elle en a deux comme les pieds de cet insecte.

Ses deux paturons BB, et leurs crochets D,D fig. 2, m’ont

DE DIFFÉRENTES ESPECES D’iNSECTES. g5

I aî' u laits à tous égards comme ceux du mâle, si ce n’est que

e paturon de la femelle me sembla un peu- plus gros et plus court. 10 1

fja lèvre inférieure, flanquée de ses deux accompagnemens tient avec eux à une membrane qui borde par devant ecai le inférieure du corselet sur laquelle ils peuvent se mouvoir. Ces accompagnemens sont plus grands que la lèvre tme, et a pioportion aussi que ceux des mâles précédens. Cn les a représentés à part et en dehors, fi g. 2Ô. Leur bord antérieur est blanchâtre, et le reste de ce côté est d’une couleur qui, comme celle de ses pâtes, de la plus grande partie de ses bras et de son corselet, approche de celle de la gomme commune. M est la lèvre inférieure , SS en sont les accompagnemens. Outre que ces parties, comme le reste des parties extérieures de l’araignée , sont presque toutes hérissées de poils, elles sont à leur bord antérieur pourvues de poils

plus serres et plus longs qui y forment comme de petits pinceaux.

Quand on renverse cette lèvre et ses accompagnemens sur le coiselet, et les paturons sur le côté opposé, ce qui se fait sans effort, on met à découvert un espace membraneux blanchâtre dont il ne paroît autrement rien au dehors, et qui est représenté, fig. 24, en C,A,S,L,S,A,C, où les paturons BC,BC sont articulés d’un côté, et la lèvre supérieure L et ses deux accompagnemens S, S, qui sont les mêmes que l’on voit du côté opposé en S, S, fig. 25, mais un peu plus en grand, le sont de l’autre. A, A, y marquent la première articulation des bras, dont on a retranché le reste.

Lorsque j eus mis tout cet espace à découvert, et que je

n’y vis point l’ouverture de la bouche que je comptois d’y voir à nu, je soupçonnai d’abord que les araignées se nourrissoient comme le fourmilion, et d’autres insectes voraces, par l’ouverture qu’ils ont vers le bout de leurs crochets, au travers de laquelle ils sucent la substance des animaux qui leur servent de pâture; mais ayant ensuite découvert que cette ouverture ne communiquoit pas avec l’estomac, mais avec le réservoir du poison, je chaugeai d’idée, et je n’eus pas plus tôt soulevé la partie renflée charnue L , fig. 24, que je vis quelle étoit la lèvre supérieure dont la continuité

avec l’œsophage est représentée par A,X, fig. 27, et qui, appliquée sur l’inférieure, m’avoit d’abord rendu 1 ouverture de la bouche entièrement invisible. Cette ouverture se voit fig. 23, où M la représente, et où tout s’offre plus aplomb pour cet effet.

Quand on retranche la lèvre inférieure, on met à découvert le palais dont la forme s’offre a plein, et plus en grand, fig. 20. I est l’entrée de l’œsophage; I,K est une sorte de gouttière ou canal par lequel les alimens se portent vers l’estomac. Je n ai point examiné dans ce sujet la partie large et brune qui borde de part et d’autre cette gouttière; mais l’ayant fait à l’araignée mâle d’une autre espèce, je l’ai trouvée telle que la représente fort en grand, avec son œsophage, la fig. 4-

Sa structure est très-remarquable. AC est la gouttière par laquelle les ahmens descendent dans 1 estomac; les parois de cette gouttière sont écailleuses et de couleur sombre ; elles s’épaississent insensiblement un peu depuis A jusqu h B, et elles sont bordées chacune d’une aile de couleur plus claire, qui s’élargit également de part et d’autre en approchant de

DE DIFFÉRENTES ESPECES D’iNSECTES. 97

1 œsophage, et qui donne au tout la forme d’une truelle alongee A, h, B, G, A.

Ces deux ailes sont obliquement traversées d’une centaine de barres pour le moins, dont la direction vers l’estomac se voit entre F et G. Avec un verre de deux cinquièmes de ligne de foyer, j’ai trouvé que ces barres étoient écailleuses et garnies de dents extrêmement petites. Les barres les plus Ion- • gués en avoient chacune une douzaine, les autres me parurent en avoir moins, h proportion chacune de leur longueur. La fig. 5 est la coupe transversale du palais dont AC marque la cavité du canal ou de la gouttière.

L’œsophage a naturellement la courbure qu’on lui voit en B,C,D, fig. 4, et qui est l’effet de deux lames écailleuses parallèles, naturellement ainsi fléchies, qui en parcourent la longueur. Elles se touchent, mais ne peuvent aisément s’écarter pour donner passage aux alimens. Au bout de ces lames on trouve dans l’œsophage une pièce, en partie écailleuse, en partie membraneuse et en partie charnue, D,E,

fig. 4 5 et N, fig. 27 , qui représente en droite ligne le canal qui descend de la bouche A jusqu’à l’entrée de l’estomac, dont l’usage n’est pas facile à déterminer. Elle pourroit bien être une sorte de machine pneumatique dont les parois, en s’écartant, formeroient un vide propre à faire passer, parla pression de l’air extérieur, les alimens de la bouche dans l’estomac. Quoi qu’il en soit, ce qu’il y a d’écailleux dans cette partie est composé de deux lames recourbées, appliquées l’une contre l’autre, qui laissent un petit vide entre elles, et forment par leur rencontre un contour de cœur alongé que l’on remarque en N, fig. 27; mais qui paroît

beaucoup plus grand, et dégagé de ce qui l’environnoit en dessus, fig. 18, en perspective, fig. 17 , et de côté, fig. i5.

Quant au corselet, son dessus est composé de deux pièces égales, presque écailleuses , et réunies le long de la ligne supérieure. Son dessous, qui paroît fig. 2, est pareillement écailleux, ou peu s’en faut. Il a la figure d’un écusson, et est longitudinalement traversé de deux raies d’un brun plus foncé que le reste. Des côtés de cet écusson partent les huit pâtes, qui, comme les antennes, ni ont paru chacune composées de cinq pièces écailleuses, articulées par des membranes, Les pâtes sont hérissées d’épines noires , de différentes grosseur et longueur. Le corps et le corselet de l’araignée sont aussi garnis d’épines, dont les unes sont noires , et les autres blanchâtres. Elles contribuent à former la diversité des taches que l’on voit à cet' animal: mais ce qui les constitue principalement est une seconde peau qui se trouve sous la supérieure, et qui est teinte de ces diverses couleurs que la transparence de la peau supérieure, quoique très-forte, coriace, et tenant de l’écaille, permet d’entrevoir.

Lorsqu’on racle et qu’on emporte le poil ou les épines de cet insecte, on voit que le fond de sa couleur est d un feuillemorte jaunâtre, rehaussé de taches noires, et piqué de points blanchâtres.

La peau supérieure, trempée quelque temps dans l’eau, et ensuite examinée au microscope par son coté intérieur, ma paru double, quoique je n’en aie pu séparer les deux lames 5 car je l’ai trouvée criblée d’un grand nombre d ouvertures trèssensibles, au travers desquelles il étoit aisé d’apercev oir l’autre du plicature qu’on pouvoit envisager comme l’épiderme, et

alors cette partie criblée seroit la peau, et la tunique colorée et mollasse qui est dessous pourroit être envisagée comme la membrane adipeuse, ou bien comme le panicule charnu de l’animal, suivant que ce tégument sera trouvé graisseux ou non , ce que j’ai négligé d’examiner.

Quand on a enlevé le dessus du corselet, avec la tete qui y est enchâssée, on met en vue le cerveau composé de deux masses assez petites, blanches, à peu près sphériques, A et B, fig. 22, avec la moelle épinière qui en est comme une continuation très-volumineuse. Ce cerveau se trouve placé à la hauteur de l’endroit où la tête s’enchâsse dans le corselet. Les deux lobes du cerveau sont séparés; mais la moelle épinière qui en procède forme deux troncs épais qui d’abord se touchent, ensuite se séparent, parcourent chacun une courbe irrégulière, et vont se réunir et se confondre plus bas sous la ligne supérieure, et renferment ainsi un espace qui tient de la forme du corselet. A mesure que la moelle épinière décrit de part et d’autre la courbe dont il vient d’être parlé , elle fournit neuf branches, C,D,E,F,G,H,I,K, etL, qui, â la réserve de la dernière, s’introduisent chacune dans la première articulation de la pâte qui lui est la plus voisine. La dernière branche L, se dirigeant perpendiculairement vers le corps, atteint l’écaille qui le sépare du corselet.

Le cerveau, le tronc et les branches de la moelle épinière, ont plusieurs renflemens et inégalités irrégulières, comme le montre la fig. 22. La substance en est molle et blanchâtre, mais picotée à plusieurs endroits de petits points bruns, comme on le voit représenté dans cette figure.

On aperçoit dans l’espace que renferment les deux troncs

de cette moelle, directement au-dessous de leur séparation antérieure, un corps pointu M, un peu plus sombre que le reste. C’est l’assemblage écailleux, que j’ai dit, que je soupçonnois être une espèce de machine servant à pomper les alimens de la bouche vers l’estomac. Elle ne paroît pas fort distinctement ici, parce qu’elle est couverte de chairs qui remplissent cet espace, et qui sont mollasses, blanchâtres et peu transparentes.

Lorsque, laissant l’araignée dans la même position, on enlève le cerveau et toute la moelle épinière, avec les parties qui les environnent, on met à découvert un assemblage solide et blanc, qui, par sa fermeté, tient de l'arête et est d’une figure assez élégante. Il peut être considéré comme le sternum de l’insecte ; cet assemblage se voit fig. 26. Il ne représente pas mal un corset travaillé à jour et criblé de quantité d’ouvertures irrégulières, dont celles du milieu sont moins grandes que les autres. De ses côtés partent plusieurs paquets ou faisceaux de lames fibreuses B, B, B, B, dont la substance tient de la fermeté d’un cartilage, et paroît se ramollir à mesure qu’elles s’éloignent de l’endroit d’où elles partent. Les muscles de la tête et des pâtes y ont été probablement insérés. Sur le devant A de ce sternum repose la partie D,E, fig. 4? ou N, fig. 27, qui est la meme, différemment grossie et exposée en vue, dont il a déjà été parlé, et qui se trouve au bas de l’oesophage. Cette partie est suivie d’un conduit membraneux qui, traversant la longueur du sternum et le dépassant, s’introduit dans le corps, au travers de l’étranglement qui le sépare du corselet, où vraisemblablement il va s’ouvrir dans l’estomac.

IOI

DE DIFFÉRENTES ESPECES D’iNSECTES.

On voit a la région antérieure du dessous du ventre de ta femelle en V, fig. 2, une pièce écailleuse, couleur de gomme commune, quel’on ne trouve point au mâle. C’est parta que se fait l’accouplement. Ces parties sont placées sur le bord anténeui d un sillon très-profond K, H qui, à quelque distance de ta ligne inférieure, remonte vers le corselet, et qu’on expose en vue lorsqu on soulève et tourne en dehors l’écaille Y. A droite et à gauche ce sillon est en dessus bordé de deux raies d’un jaune pâle, et différant de la couleur des autres parties extérieures de l’animal. La fig. 21 représente séparément, plus en detail et plus en grand, 1 écaillé Y, fig. 2. Yue aussi en dehors, 011 n’y aperçoit dans cette situation aucune ouverture. La fig. 19 en ofîre aplomb le côté qui borde le sillon E,IÎ, fig. 2. J’y ai cru apercevoir en V une ouverture trèspetite et proportionnée au pénis du mâle; aussi est-ce par ta que je l’ai vu s’accoupler en d’autres espèces. La fig. 16 est 1a même pièce écailleuse, présentée du côté opposé ou intérieur. Ses contours y paroissent différens de ceux qu’elle a fig. 21 , ce qui vient de deux branches écailleuses circonflexes Q,R et S, T qui bordent en dessous cette écaille, et s’élèvent en arcade vers leur milieu, ce qu’on n’a pu bien exprimer dans 1a fig. 16.

Cet insecte est hérissé de deux sortes d’épines, les unes Enguettes et lisses, ou peu barbues comme fig. 7, les autres très-courtes, fines et à grandes barbes. Ces barbes sont trèslongues au bas de l’épine, et diminuent en longueur à mesure qu elles approchent de sa pointe. Le nombre de ces barbes varie beaucoup. La fig. 6 représente une de celles qui en a voient le plus.

AN ATOMIE

' La fig. 1 1 montre aplomb l’extrémité postérieure clu corps de cette araignée, et beaucoup plus en grand quon ne la voit F, G, G, F, fig. 2. J y ai soulevé et écarté les quatre mamelons, ou libères , et les deux queues G, G, fig. 2, ou Y, Z, fig. 1 1 5 afin de taire remarquer comment ces parties se trouvent placées sur une membrane blanchâtre elliptique, qui ne paroit point quand elles sont dans leur état de repos. Toutes sont rases et blanchâtres aussi loin qu elles ne se montrent pas alors : le reste en est épineux et cl’une couleur plus foncee. FF, fig. 1 1, sont les mamelons extérieurs, ceux qui sont toujours en vue. Au dessous de ces mamelons on en découvre deux autres plus petits , qui sont ordinairement caches pax les precedens. Comme la structure de ces deux paires de mamelons a déjà été détaillée ci-dessus par rapport à une autre araignée, on se dispensera ici de s’étendre là-dessus davantage.

On voit en A, fig. 1 1 , deux traits courbes en arc, qui ren-, ferment un espace étroit et oblong. .Te soupçonne que c est l’anus j mais j’ai négligé de m’en assurer.

Lorsqu’on ouvre le corps de cette araignée, on trouve que ses entrailles sont entièrement couvertes d’une enveloppe très-épaisse , composée de substance graisseuse ou huileuse , rassemblée par grumeaux de forme très-variée, et qui laissent entre eux de fort profonds sillons. Au microscope on aperçoit que tous ces grumeaux sont enveloppés de vaisseaux blancs, fort déliés, et tous à peu près de même capacité, qui communiquent les uns avec les autres, et forment à 1 entour de ces grumeaux, en dessous et en dessus, un tissu réticulaire assez curieux; et lorsqu’on essaie d’enlever les grumeaux anfractueux dont cette enveloppe est composée, on voit que ce

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même tissu s’y insinue et communique par ses ramifications avec le tissu opposé. Aussi, quand avec un pinceau l’on bat légèrement pendant quelque temps un morceau de cette enveloppe dans une goutte d’eau, et qu’on a ainsi dégagé le tissu réticulaire de la substance graisseuse qui l’environne, on est surpris du grand nombre de vaisseaux dont on voit alors qu’il est composé; mais ce qui m’a encore surpris davantage, c’est que ces vaisseaux ne me parurent point des bronches , quoique leur grand nombre et leur couleur sembloient devoir le faire penser; car les ayant examinés avec un très-fort microscope, je les trouvai remplis en plusieurs endroits, et non vides, comme le sont les bronches, et je ne leur aperçus point ce fil roide tourné en ressort à boudin, qui caractérise les bronches des insectes. Aussi n’ai-je trouvé dans cette araignée aucun vaisseau de cet ordre, chose remarquable, si effectivement elles n’en avoient point, ou que leurs bronches fussent autrement faites, ou bien que la finesse de leur fil le fût au point de le rendre imperceptible aux meilleurs microscopes.

Dans cette incertitude, je cherchai avec attention si je ne clécouvrirois point à cette araignée quelques stigmates, et je trouvai sur les côtés de son ventre, aubord du sillon E, H, fig. 2, deux élévations paraboliques, écailleuses, fig. 8, extrêmement grossies, fig. 10. Leur grand diamètre avoit environ le tiere de détendue d’un crochet de paturon de cet animal. Ces élévations écailleuses étoient criblées d’un très-grand nombre de

trous ronds, extrêmement petits, ce qui pouvoit rendre cette • • pâme propre à faire les fonctions d’un stigmate. Je trouvai

bien encore sur la peau du corps de cet insecte des élévations

écailleuses, de figure pareille, mais si petites que leur grand diamètre ne faisoit que Je tiers du court diamètre des précédens. Aussi n’ai-je pu m’apercevoir s’ils étoient pareillement criblés de trous, et je n’ai pas fait assez attention aux endroits du corps où je les ai vus, ni si des bronches s’abouchoient intérieurement aux unes et aux autres; de sorte que ne pouvant décider si ces élévations ovalaires sont des stigmates ou non, ce point reste encore à éclaircir.

Lorsqu’après avoir ouvert le ventre de l’araignée le long de sa ligne inférieure, depuis ses queues G, G, fig. 2, jusqu’au sillon E,H, on sépare le corps graisseux en deux masses et qu’on les couche à droite et à gauche, comme on l’a fait enA,H,D,B,I,E, fig. i3, avec les tégumens qui l’ont couvert, on met en vue les parties représentées fig. i3, où l’on aperçoit d’abord après l’écaille G qui caractérise la femelle, l’ovaire A,D,B,E. Il s’étend depuis le sillon E,H, fig. 2, jusqu’à une petite distance des mamelons F, F, et occupe une grande partie du ventre. Cet ovaire est blanc; on y entrevoit distinctement les œufs au travers des membranes qui les enveloppent : on aperçoit de plus, dans la fig. i3, qu’il est partagé en deux lobes qui se touchent, et que, du côté de 1 écaille C, un appendice encore plus blanc, terminé en pointe émoussée, et de la largeur environ de cette écaille, occupant à peu près le tiers de la longueur de lovaire, en couvre une partie. C’est un lacis d’un très-grand nombre de vaisseaux blancs, extrêmement déliés, qui semblent pareils à ceux qui forment un tissu réticulaire autour du corps graisseux.

Quand on tire l’ovaire du corps de l’araignée, on trouve qu’il est composé de deux lobes séparés, dont chacun est un

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sac membraneux très-transparent, fig. i4? sur le dehois duquel tous les œufs sont séparément logés; que ce sac se termine antérieurement par un canal court et assez large, A, qui d abord se partage en deux branches, G et B, dont 1 une, G, aboutit et tient à l’écaille G, fig. i3 , et 1 autre, B, monte veis le corselet. C’est apparemment par la première de ces branches que les œufs, moyennant le coït, reçoivent leur fécondité, et que par l’autre ils tirent leur nourriture, et reçoivent leur accroissement.

Le lobe, fig. i4, de l’ovaire a été représenté en sens opposé à celui où il s’offre fig. i3, où les œufs paroissent tous à peu près également gros et formés, pendant quils se montrent plus petits fig. i4, à mesure quils approchent de la ligne supérieure : aussi n’occupoient-ils pas tout ce coté du sac de l’ovaire; mais ils en laissoient un espace assez grand, dégarni comme on le voit dans cette fig. x4, où les grands œufs qu’on entrevoit dans cet espace sont ceux du côté opposé, que la transparence de la membrane qui constitue le sac de l’ovaire

permet d’apercevoir.

Ayant examiné comment les œufs tiennent à ce sac, j ai trouvé que chaque œuf étoit renfermé dans un sachet particulier, qui avoit un cou, par lequel il communiquoit et s’ouvroit dans le grand sac commun. Je n’ai pu compter au juste le nombre des œufs de chacun des deux lobes, ou sacs communs; mais il m’a paru qu’il alloit bien à trois cents pour le moins. La fig. 12 peut donner une idée de la manière dont les oeufs, renfermés chacun dans son sachet particulier, comm

niquent avec le sac commun de l’ovaire. On y voit six œu s,

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fort grossis, qui, renfermés chacun dans un tel sachet, tiennent par lui à une membrane A,e, qui est un morceau du sac commun, où l’on voit eneore en B un de ces sachets particuliers déchiré dont on a tiré l’œuf.

Entre l’extrémité de l’ovaire et celle du corps, aux environs des mamelons, ou trouve quantité de vaisseaux blancs, formant un lacis confus assez considérable, D,F,G,E, fig. i3. Ce sont les vaisseaux soyeux où se filtre et se préparé la substance glutineuse de deux sortes, qui, se moulant dans les ouvertures des filières, prennent consistance à l’air, et forment deux sortes de fils assez forts pour porter le poids de l’araignée, et dont les uns restent toujours gluans, et les autres cessent de l’être presque aussitôt qu’ils sont attachés quelque part. Je n’ai pas développé le lacis impliqué que forment ces vaisseaux, qui semblent se séparer en trois masses. Tout ce que j’y ai aperçu, c’est qu’ils sont fort nombreux-, qu’ils ne sont pas de même grandeur; que chacun d’eux est composé de deux tuyaux renfermés l’un dans l’autre, dont l’extérieur a beaucoup plus de calibre que l’intérieur j que l’espace entre les deux est en grande partie rempli d’une substance blanche et opaque, et que le tuyau intérieur renferme une liqueur transparente, qui vraisemblablement est la matière soyeuse toute filtrée, et propre à être mise en œuvre. Chacun de ces vaisseaux tient à une espèce de pédicule membraneux, qui n’est qu’une continuation des tuyaux intérieur et extérieur, qui se rétrécissent à cet endroit. On voit, fig. 9, un paquet de quatre de ces vaisseaux, avec leurs pédicules fort grossis au microscope.

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Ayant borné ici mes recherches sur les araignées, je laisse encore un vaste champ, à ceux qui voudront s’y exercer apres moi, et je passe à d’autres espèces d’insectes.

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