IV. — Note communiquée à l'Académie des sciences
le 7 janvier 1878.
En faisant passer à travers une préparation de sang de grenouille coagulé un courant de sérum iodé, on voit que les hématies, disposées en rosaces autour des amas d'hématcblastes, sont fixées dans cette situation par des filaments fins partant du centre des rosaces. Cette sorte de lavage entraîne un certain nombre d'éléments, et il devient facile de constater que les hématoblastes se sont transformés en corpuscules irréguliers, anguleux, étoiles, et que, de la surface de ces éléments et de leurs prolongements, partent des fibrilles extrêmement fines et délicates, qui se divisent et s'entrecroisent en formant un réseau dont les derniers filaments extrêmement ténus, ne se voient bien que lorsqu'ils ont été colorés par l'iode.
Les fibrilles principales et les plus épaisses relient entre eux les hématoblastes qui occupent le centre des rosaces; la plupart des autres rattachent les hématies autour de ce même centre, à l'aide de fibrilles qui les déforment de diverses
manières ^ Les hématoblastes, d'où émane le réseau de fibrilles, sont faciles à reconnaître, malgré lès altérations qu'ils ont subies ; on en distingue souvent encore le noyau unique et volumineiix ^.
On observe une série de faits analogues chez les animaux supérieurs. Le sang de Thomme est particulièrement favorable à celte étude, à cause de l'étendue relativement considérable des espaces que laissent entre elles les piles de globules rouges.
De même que les hématoblastes du sang des ovipares, ceux de l'homme et des vertébrés supérieurs éprouvent des modifications rapides qu'il est impossible de décrire ici en détail. Quelques minutes après que la préparation vient d'être faite, ces éléments sont déjà très^altérés, et on les aperçoit, dans les intervalles régnant entre les piles d'hématies, sous la forme de très-petits corpuscules, le plus souvent épineux, isolés, ou groupés de façon à constituer de petits chapelets, puis de petits amas irréguliers, anguleux, dont les éléments constituants deviennent de plus en plus confus. Ces petits corpuscules et ces amas sont, en général, plus réfringents que les hématoblastes qui les ont formés, et souvent ils possèdent encore une légère coloration jaune verdâtre. La surface de ces petits éléments est hérissée de prolongements fins et nombreux qui bientôt deviennent le point de départ d'un réseau de filaments traversant toute la préparation ^ .
1 M. Ranviera déjà décrit ces déformations des globules. {Comptes rendus de la Soc, de bioL 1873, et Tecbn. hist. fasc. 2.)
* Quand on lave avec de l'eau distillée une préparation de sang de grenouille coagulé, et il en est de même pour le sang des autres ovipares que j'ai examinés, les globules rouges sont entraînés et détruits ainsi que les hématoblastes et il est impossible de voir le réseau fibrineux bien que la fibrine ne soit pas dissoute par l'eau.
s La disposition des globules rouges sous la forme de piles m'a paru plus manife&te chez l'homme que ch«z les autres animaux supérieurs. Elle ne se produit convenablement que lorsque le sang est préparé en couche mince. Quand la couche du sang est épaisse, et cette particularité s'observe mieux chez les animaux que chez l'homme, les globules rouges pressés les uns contre les autres sont disposés à peu près comme dans le sang des ovipares, ils sont groupés autour d'espaces clairs et à contours curvilignes, de formes et de dimensions variables. Ces espaces présentent deux parties distinctes: une centrale arrondie, formée par un amas confus de grosses granulations grisâtres; une périphérique plus claire, translucide, comme mucilagineuse.
La partie centrale est constituée par de nombreux hématoblastes pressés
RECHERCHES SUR l'aNATOUIE NORMALE ET PATHOLOGIQUE DU SANG. 1^7
AU début de la coagulation du sang, ce réseau est à peine distinct, puis il se dessine peu à peu, par suite de Tépaississem^nt progressif des fibrilles qui le constituent ^ .
Quand on étend le sang, pris sur le vivant , avec une quantité de sérum iodé suffisante pour empêcher la coagulation, les hématoblastes restent presque tous isolés, et sont fixés dans leur forme normale ; mais, au bout d un certain nombre d'heures, ils présentent de petits prolongements courts, parfois divisés, qui paraissent émanés de leur propre substance.
Lorsque la quantité de sérum iodé utilisé retarde la coagulation sans l'empêcher, les hématoblastes s'altèrent plus lentement que dans le sang pur, et il est plus facile d'en suivre les modifications et d'en voir partir le réseau de fibrine.
Dans le sang défibriné on ne trouve plus ni les hématoblastes, ni les corpuscules et les amas formés par ces éléments altérés; il en est de même dans le sang recueilli sur le cadavre après la coagulation posl mortem.
L'ensemble de ces faits, qu'il nous est impossible de décrire ici plus longuement, montre que le phénomène de la coagulation du sang paraît avoir pour origine les actes physico-chimiques qui accompagnent la décomposition d'un des éléments figurés du sang, décomposition qui commence instan-
tes uns contre les autres et superposés, la partie claire est due sans doute à une matière issue de ces éléments délicats, déjà en voie d'altération. Ces faits rappellent tout à fait ceux que nous avons décrits dans le sang des ovipares.
D'ailleurs, quand on poursuit pendant plusieurs heures l'examen d*uDe préparation de sang pris sur un vivipare, on voit que les hématoblastes isolés ou groupés en amas d'où partent le réseau fibrineux continuent à s'altérer de plus en plus en subissant des modifications analogues à celles que nous avons décrites dans le sang des. ovipares.
1 Le réliculum Ûbrineux du sang de l'homme a été bien décrit par M. Ranvier dans le travail que nous venons de citer (p. 136). Geréticulum résiste au lavage avec de l'eau et se colore très-bien, ainsi que l'a vu M. Ranvier, par l'iode et par la fuchsine. Après ce lavage les hématoblastes isolés ou en amas, situés au niveau des carrefours, ont perdu une partie de leur substance, mais ne sont pas complètement détruits ; ils contiennent encore le plus souvent de petits grains réfringents, inattaquables par l'eau et se colorant par l'iode, par la fuchsine et mieux encore par le rose de Magdala. D'après ces faits on peut affirmer que la constitution chimique des hématoblastes n'est pas tout à fait la même que celle des globules rouges..
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tanément dès que cet élément ne se trouve plus dans les conditions nécessaires à Tentretien de sa vitalité *.
Les hématoblastes, bien qu'ils soient destinés à devenir des globules rouges adultes, possèdent donc des propriétés particulières et, à ce point de vue, on peut les considérer, en quelque sorte, comme une troisième espèce d'éléments figurés du sang.
A rétat normal, chez Thomme, lorsque le sang étalé en couche mince est coagulé, les plus petits corpuscules hématoblastîques ont environ 1 fx, et les plus gros amas dépassent rarement 8 fx dans leur plus grand diamètre : mais les hématoblastes peuvent être plus ou moins développés et abondants suivant certaines circonstances qu'il sera nécessaire de préciser ; il est probable qu'on trouvera des relations plus ou
* Le froid agît sur les hématoblastes des vivipares comme sur ceux des ovipares, il en ralentit les altérations ; et ce fait est d'autant plus intéressant que lefroidrelardeégalement, comme on le sait, la coagulation du sang. Lorsqu'on examine une préparation de sang humain à la température de 0^, les globules rouges se groupent en piles comme à l'ordinaire, mais dans l'intervalle de ces piles on aperçoit des hématoblastes isolés ou disposés par petits groupes de 2, 3, 4, 5 et Jusqu'à 12-15 éléments. Dans ces petits amas, les éléments restent nets, distincts les uns des autres et l'on peut en reconnaître facilement les caractères.
Ils se présentent sous l'apparence de petits corpuscules à contour net, mais très-fin, corpuscules homogènes, peu réfringents et souvent d'un aspect vitreux. La plupart d'entre eux sont légèrement colorés; il ont une forme variable, mais il est facile de s'assurer que celle-ci dépend surtout de la manière dont l'élément se présente ; lorsqu'il est à plat, elle est presque toujours discoïde. Quelques hématoblastes ont cependant une forme d'amande ou de poire; d'autres possèdent, comme nous l'avons déjà dit, une sorte de pédicule plus ou moins long et délié.
Malgré l'action du froid, ces petits éléments s'altèrent au bout d'un certain temps: ils pâlissent et deviennent épineux, anguleux, comme plissés. A 0* ou un peu au-dessus ils changent encore de forme et émettent de petits prolongements courts dont la disposition peut se modifier. On peut donc admettre que ces éléments .possèdent, comme ceux des ovipares, une sorte de contractilité agonique, et que les modifications qu'ils subissent hors de l'organisme ne sont pas entièrement passives.
A cette température le réticulum fibrineux ne devient visible qii'au bout de deux heures environ et il n'est constitué que par l'addition aux épines d'une partie seulement des hématoblastes,' de petits filaments fins, plus ou moins longs, qui cessent d'être visibles à une faible distance des éléments. A !• ou 1*, 5 au-dessous de zéro , lés altérations des hématoblastes sont encore plus lentçs à s'effectuer et le réticulum fibrineux n'apparaît plus.
moins étroites entre les diverses modifications de ces éléments et les variations qu'on observe dans Tacte de la coagulation ot la richesse du réseau fibrineux.
Dans l'anémie intense, surtout lorsqu'elle est liée à un état cachectique, on voit se former des amas hématoblastiques très-volumineux, parfois même considérables, pouvant atteindre jusqu'à 60 et 70H-%dans leur plus grand diamètre, mais le plus souvent le réseau fibrineux qui en part est moins riche et moins net qu'à l'état normal.
Dans les maladies aiguës, et notamment dans les phlegmasies, les hématoblastes m'ont paru très-abondants, et les amas qu'ils forment sont plus volumineux qu'à Tétat normal ; mais, contrairement à ce qu'on observe dans les cachexies, la fibrine qui en émane forme un réseau riche et à fibrilles épaisses *.
L'étude de ces différents points promet d'être fertile en déductions pathologiques.
1 M. Vulpian a fait connaître à la Société de biologie un certain nombre de faits qui me paraissent se rattacher à l'histoire des hématoblastes, (Comptas rendus de la Soc. de biologie y p. 49, 1873). Il a vu dans le sang normal et dans celui d'un grand nombre de malades do petits corpuscules isolés et d'autres réunis en amas. Les petits corpuscules isolés présentaient des expansions sarcodiques pouvant rentrer dans la masse principale pour se reformer sur d'autres points. Les corpuscules agminés étalent comme englués dans une substance qui présentait sur le bord, au bout de quelques minutes, de courts prolongements n'existant pas au début de l'observation. Lorsque la coagulation du sang avait lieu, on voyait quelquefois des filaments partir des prolongements des corpuscules isolés, ou du bord des plaques d'agglomérats.
Ces corpuscules étaient plus nombreux chez les individus affectés de maladies zymo tiques (fièvre typhoïde, érysipèle) que chez d'autres malades et que chez l'homme sain. lis paraissaient également plus abondants une heure et demie ou deux heures après les repas, même peu copieux (bouillon, potage) qu'à d'autres moments.