‹ Recherches sur l'anatomie normale et pathologique du sangChapitre 13 sur 15 · T PATHOLOGIQUE DU SANS · texte numérisé non relu

T PATHOLOGIQUE DU SANS

sang préparé avec le sérum iodé, les hématoblastes le plus développés sont presque toujours encore fort imparfaits; ils ont un disque régulier ou piriforme légèrement coloré par de l'hémoglobine; mais ils sont encore peu consistants et se comportent dans le sang pur comme les autres hématoblastes, c'est-à-dire qu'ils se réunissent aux amas et s'altèrent.

Cependant ils sont déjà un peu moins vulnérables que les plus petits hématoblastes, et les modifications qu'ils éprouvent, hors des vaisseaux, s'effectuent plus lentement.

Pour étudier facilement les formes intermédiaires entre les hématoblastes et les hématies, il faut faire subir aux animaux des pertes de sang plus ou moins fortes, de manière à activer la régénération des hématies.

Dans ce but, nous avons pratiqué, suivant l'exemple de M. Vulpian {loc. cit., p. 109), l'amputation d'un membre chez diverses grenouilles ; de plus, nous avons produit, chez plu-

bules blancs du triton, représentées ici, ; analogues dans le sang de tous les ovipai'e;

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Ce genre de préparation montre que les nojaux appartenaol aux grands globules blancs à Unes granulations sont réellement multiples et compliqués, et qu'ils sa monlient tels sacis.l'iotervonlion des réactifs.

sieurs triions, une forte hémorrhagie en sectionnant la queue à la base, et nous avons fait perdre à une tortue grecque une grande quantité de sang en lui faisant aux quatre pattes de profondes incisions. Chez tous les animaux rencius ainsi anémiques, le sang se régénère, au bout d'un temps qui varie avec Tabondance de l'hémorrhagie, et Ton peut constater, à un certain moment, que cette régénération se fait à Taide du développement progressif et de plus en plus complet des hématoblastes.

Le disque plus ou moins régulier de ces éléments s'accroît et acquiert, en général, en même temps, une quantité de plus en plus grande d'hémoglobine, mais il reste pendant longtemps plus pauvre en matière colorante que celui des globules rouges normaux. Quand les animaux ont perdu une quantité de sang considérable, ainsi que cela a lieu chez les grenouilles lorsqu'on se met dans les mêmes conditions que M. Vulpian, c'est-à-dire lorsqu'on leur ampute la cuisse à la partie supérieure, les hématoblastes se développent sans acquérir une quantité notable d'hémoglobine, et le sang est alors rempli de corpuscules incolores ou à peine colorés, qui ont été parfaitement décrits par M. Vulpian dans la note précédemment citée. Le noyau de ces corpuscules est très- volumineux, beaucoup plus gros que celui des hématies, le contenu en est granuleux, souvent trouble et comme nuageux ; en présence de l'éosine, il se colore plus fortement que celui des petits hématoblastes. Chez les grenouilles qui ont perdu moins de sang et auxquelles on a fait la section de la patte au niveau du mollet ou du genou, les hématoblastes, qui se transforment en hématies, deviennent plus facilement colores, et souvent ils contiennent déjà une forte proportion d'hémoglobine avant d'être complètement développés.

Pendant tout le cours de cette régénération, le sang pur présente deux variétés de globules rouges incomplètement développés : les uns se réunissent en amas et s'altèrent : ce sont encore des hématoblastes somme ceux du sang normal, bien que quelques-uns soient déjà volumineux et manifestement colorés ; les autres restent disséminés au miheu des hématies adultes et sont devenus résistants, bien que, dans certains cas, ils soient encore incolores ou à peine colorés ; ce sont déjà, à

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cet égard, de véritables globules rouges. On voit donc que les hématoblastes, en se perfectionnant, perdent, à un certain moment, cette vulnérabilité excessive qui les distingue lorsqu'ils sont encore tout à fait jeunes ; ils entrent alors, pour ainsi dire, dans une seconde phase d'évolution et possèdent à peu près la même résistance aux agents extérieurs que les hématies adultes. Quelque imparfaits et incolores qu'ils puissent être encore, ils ont acquis, dès cette époque, une composition chimique probablement différente de celle des héma^ toblastes de la première phase ou hématoblastes proprement dits; ils correspondent à ces globules petits et souvent pâles que nous avons signalés chez Thomme, dans le sang des anémiques.

En faisant le dénombrement des hématoblastes successivement chez les individus sains, puis chez les mêmes individus anémiques, nous avons constaté une sorte de balancement entre les hématoblastes de la deuxième phase et ceux de la première. Ces derniers sont devenus de moins en moins abonHants au fur et à mesure que les hématoblastes arrivés à la deuxième phase de leur évolution ont augmenté de nombre. C'est encore là un fait en faveur de l'opinion que nous, avons émise relativement à la nature des hématoblastes.

II. — Note complémentaire commnniqaée à la Société de biologie

dans la s^nce du ±*^ décembre 1877.

Chacun sait qu'il est très-facile d'observer, chez la grenouille, le sang circulant dans les vaisseaux. On peut utiliser, pour cette étude, la membrane natatoire de la Rana temporaria, le mésentère, la langue, etc. Les hématoblastes que nous avons décrits récemment étant des éléments normaux du sang, nous avons pensé qu'il serait possible de les voir circuler au milieu des hématies, dans les vaisseaux de la grenouille. Les faits ont répondu à notre attente.

Lorsque le mésentère d'une grenouille curarisée a été exposé à l'air, le sang ne tarde pas à se ralentir dans un grand nombre de capillaires; on voit alors, au milieu des globules rouges, à des distances irrégulières, des éléments qui diffèrent notablement des globules blancs.

Les plus petits sont arrondis, plus petits que les globules blancs, et d'un aspect plus sombre, moins argentin ; mais la nature de ces très-petits éléments peut, à la rigueur, être considérée comme douteuse. La présence d'éléments allongés, piriformes, légèrement discoïdes , vient établir d'une façon irréfutable l'existence, dans le sang de la grenouille, d'éléments incolores autres que les blancs. Ces derniers sont globuleux dans le sang en circulation ; quand ils s'arrêtent dans les capillaires, ils se fixent fortement contre la paroi et envoient une série de pointes qui la traversent. Les hématoblastes sont allongés, plus plats que les globules blancs, plus grisâtres, et parfois ils laissent apercevoir au centre de leur petite masse une tache obscure qui indique la place du noyau. Entraînés par les hématies, ils possèdent comme ces éléments une certaine souplesse qui leur permet de s'insinuer, en changeant de forme, à travers les obstacles qu'ils rencontrent, et assez d'élasticité pour reprendre, dès qu'ils le peuvent, leur forme typique.

On peut faire les mêmes observations sur la membrane natatoire dont la circulation a été préalablement modifiée par une ligature temporaire de la veine principale du membre ; ou bien encore, sur la langue exposée à Taîr depuis quelques heures.

Ces faits démontrent que les hématoblastes n'ont aucune tendance, lorsqu'ils sont dans le sang en circulation, à s'agglutiner et à se détruire comme dans le sang sorti de l'organisme. Les propriétés que nous leur avons reconnues dans nos préparations de sang pur paraissent donc bien être, en quelque sorte, d'ordre cadavérique \

< Nous nous servons, faute de mieux, de l'expression : phénomènes cadavériques, pour désigner les altérations particulières que subissent les hématoblastes hors de l'organisme. Mais, nous tenons à le répéter, ces phénomènes complexes qui jouent un rôle si actif dans la formation de la fibrine conservent en partie les caractères des phénomènes vitaux {voir plus haut la note sur la contractilité des hématoblastes). Pour bien traduire notre conception, nous dirions volontiers que les modifications que nous avons cherché à décrire le plus exactement possible constituent des pbAnomèûes agoniques. Tant que les hématoblastes se déforment, perdent par exsudation une partie de leur substance, ils ne paraissent pas encore être de véritables cadavres ; ot bien qu'ils soient le siège d'altérations chimiques profondes et destructives, leurs modifications incessantes de forme, d'aspect, leur diffluence, puis leur

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m. — Note communiquée & l'Académie des sciences,

le 3i décembre 1877.

Les hématoblastes du sang de F homme et des vertébrés vivipares sont des éléments très-petils, très-délicats, peu réfringents et à contour peu visible.

Leur diamètre est, en moyenne, chez l'homme, de lti.,5 à 3 [L ; ces éléments sont donc beaucoup plus petits que les hématies adultes; et, pour les voir convenablement, il est nécessaire d'employer des grossissements assez forts \*

Il est possible qu'il y ait des hématoblastes plus petits encore, mais les corpuscules n'atteignant pas 1(jl,5 de diamètre me paraissent d'une détermination difficile et douteuse.

Ces éléments se distinguent, chez les animaux supérieurs, aussi bien que chez les ovipares, par leur grande altérabilité. Dans le s^ng pur, immédiatement après qu'ils sont sortis des vaisseaux, ils deviennent épineux, se plissent et ont une tendance à se grouper sous forme d'amas (cette tendance est moins prononcée chez certains animaux) ; puis ils subissent plus ou moins rapidement, et d'une manière continue, toute une série de transformations physico-chimiques qui jouent un rôle important dans la formation de la fibrine.

Pour en faire facilement l'étude, il suffit de diluer le sang avec du sérum iodé (liquide amniotique iodé), dont on laisse préalablement évaporer l'excès d'iode.

On aperçoit ainsi, dans la préparation du sang, isolés ou disposés par petits groupes, des éléments très-exigus et délicats, qui tout d'abord deviennent épineux sous l'influence de llode, puis reprennent presque tous leur forme normale,

rétraction active, semblent bien indiquer un reste de vie. Ces différents actes aboutissent, il est vrai, à la mort ou même à la désogpégatiqn de l'élément, mais ils n'en sont pas moins évidemment différents des phénomènes physicochimiques d'ordre commun que présentent les éléments morts. Les hématoblastes ne deviennent à proprement parler des cadavres qu'après la coagula < lion complète du sang et la rétraction ou la dissolution du caillot.

t Dans les préparations faites par dessiccation les hématoblastes de l'homme mesurent de 2 (& à 5(i,7. Les plus nombreux ont, en général, de S\t. à 4{a,5 de diamètre.

qui est déjà le plus souvent nettement discoïde et biconcave.

La biconcavité n'est douteuse que pour les plus petits, et je Tai constatée chez Thomme sur des éléments qui n'avaient pas plus de l[x,5 de diamètre environ. Cette biconcavité est donc un caractère précoce, en quelque sorte typique, paraissant correspondre, dans les hématies des animaux supérieurs, à la présence du noyau dans celles des vertébrés ovipares.

Vus de champ, les hématoblastes ressemblent à un petit bâtonnet et paraissent brillants et réfringents ; mais, comme ils sont agités, dans le sérum iodé, d'un mouvement moléculaire (brownien), il est très-facile de voir le même élément changer d'aspect suivant la face sous laquelle il se présente, et d'un bâtonnet devenir un disque biconcave.

Dans le sang pur ou dilué avec du sérum iodé, la plupart de ces éléments paraissent incolores ou d'un gris verdâtre pâle. Un certain nombre d'entre eux, et en général les plus gros, sont cependant déjà plus ou moins nettement colorés par de l'hémoglobine ; de sorte qu'il existe ainsi des éléments intermédiaires entre les hématoblastes incolores et les globules rouges.

Parmi les hématoblastes, et surtout parmi ces éléments mtermédiaires, on en trouve souvent qui ont une forme irrégulière : ils sont alors allongés et terminés à l'une de leurs , extrémités, rarement à leurs deux pôles, par une pointe plus ou moins longue ; mais les éléments pointus sont toujours beaucoup plus rares que dans le sang des vertébrés ovipares ^ .

En se développant, les hématoblastes deviennent plus colorés, et bientôt ils se comportent comme des globules rouges adultes, dont ils ne diffèrent que par la taille. Quel- .

4 On peut, obtenir avec le sang des vivipares aussi bien qu'avec celui des ovipares de bonnes préparations des hématoblastes en faisant dessécher rapidement le sang sur une lame de verre. Un grand nombre de ces corpuscules incolores dans le sang liquide sont nettement colorés à l'état sec ; les plus petits sont en général incolores ou d'une teinte verdâtre à peine sensible. Chez Thomme les hématoblastes desséchés sont nettement discoïdes, biconcaves et colorés. Un grand nombre d'entre eux sont crénelés sur le bord, même dans les meilleures préparations, ce qui leur donne souvent l'apparence de petites étoiles.

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ques-uns d'entre eux acquièrent les caractères de véritables globules rouges avant de grossir notablement, et forment ces hématies extrêmement petites que nous avons décrites sous le nom de globules nains * .

Les hématoblastes constituent, chez les animaux supérieurs aussi bien que chez les ovipares, des éléments normaux du sang. Ils m'ont toujours paru très-abondants et notablement plus nombreux que les globules blancs ^.

A rétat pathologique, et en particulier dans l'anémie, ils présentent des modifications importantes.

On trouve, en effet, très-fréquemment, dans le sang des anémiques, outre les petits globules rouges dont j'ai parlé dans mes Notes antérieures, un grand nombre de petits éléments qui atteignent jusqu'à 4 et 5 fx de diamètre et se comportent encore, dans le sang pur, comme les hématoblastes proprement dits. Ce sont des éléments intermédiaires, encore très- faiblement colorés, présentant souvent un petit prolongement pointu, qui persiste quelquefois quand les éléments sont devenus des hématies adultes, et dont la présence explique les déformations des globules que nous avons décrites dansTanéraie.

Ces faits pathologiques, que nous devons nous borner à

1 Avant de constituer des globules rouges ordinaires, les hématoblastes du sang des animaux supérieurs passent donc, comme ceux des ovipares, par deux phases successives. Dans une première phase, ils constituent les hématoblastes proprement dits, éléments très-altérables, se modifiant rapidement dans le sang pur au point de devenir en peu de temps méconnaissables. Dans une seconde phase, ils sont plus résistants et possèdent les caractères que nous avons assignés aux globules nains ; mais, à ce degré de développement, ils diffèrent encore un peu des globules adultes; ils ne paraissent pas participer à la formation des piles et ils conservent encore une certaine vulnérabilité qui se traduit par la facilité avec laquelle ils se transforment en mlcrocytes. (Sur la nature et la signification des petits globules rouges du sang, Comptes rendus de r Académie des sciences, 28 mai 1877.)

* Je suis parvenu, en faisant modifier le dispositif de l'appareil dont je me sers pour faire la numération des globules, à compter les hématoblastes du sang de l'homme. Les chiffres que j'ai trouvés en opérant avec du sang d'individus d'âges différents, à jeun ou pendant la période de digestion, varient de 130 000 à 300 000. Les chiffres trouvés ont donné une moyenne d'environ 250 000. La moyenne des globules blancs prise dans les mêmes conditions ayant été d'environ 6 000, on voit que les hématoblastes sont chez l'homme environ 40 fois plus nombreux quelles globules blancs et à peu près 20 fois moins abondants que les rouges.

signaler, correspondent à ceux qu'on observe chez les grenouilles rendues anémiques par le procédé de M. Vulpian (loc. cit. y p. 109).

En résumé, révolution des globules rouges, étudiée dans le sang lui-même et chez Tadulte, est soumise à une sorte de loi générale qui est la même dans toute lasérie des vertébrés, et qu'on peut formuler ainsi :

1° Les globules rouges proviennent du développement plus ou moins régulier de petits éléments incolores, délicats, Irèsaltérables, se modifiant rapidement dès qu'ils sont sortis des vaisseaux ;

2° Ces éléments, que j'ai proposé de désigner sous le nom d'hématoblasteSy passent par une phase intermédiaire (dont Fétude est facilitée par Tanémie), dans laquelle ils se perfectionnent, grossissent et se colorent jusqu'à ce qu'ils acquièrent,, souvent avant d'avoir atteint leur diamètre normal, les caractères des hématies.

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