Orsos, loc. cit
dants (ou relativement indépendants de fibres élastiques) : le système respiratoire et le système vasculaire.
a) Charpente élastique respiratoire. — On trouve autour des bronches de tout calibre une lame élastique continue et résistante qui les accompagne dans le poumon sur tout leur trajet et les amène au seuil du lobule. À ce niveau les fibres élastiques qui étaient encore régulièrement réparties jusque-là en une membrane d'apparence continue se dispersent et l’on peut seulement sur une coupe en voir des fragments coupés dans tous les sens au hasard de l'orientation de la coupe. Immédiatement d’ailleurs le feutrage devient moins dense, il laisse des interstices au niveau desquels le revêtement intérieur des acini pulmonaires s’évagine. (est ainsi que l'on peut concevoir, par rapport à la disposition du réseau élastique, celle des alvéoles pulmonaires. Il s’agit donc d’un entrecroisement de faisceaux de grosses fibres, sous tous les angles, avec, au niveau des croisements, échange de fibres arciformes qui passent en s’arrondissant d’un faisceau à l’autre, comme on peut s'en rendre compte par nos figures. Des fibres isolées et des faisceaux entiers s’échappent des faisceaux principaux et forment la charpente des alvéoles évaginés, si bien qu’on à un squelette élastique encadrant l'ouverture des alvéoles, et un squelette dépendant du précédent formées d’anses plus ou moins rapprochées qui en soutiennent le fond. Ce quiest particulier c'est que jamais ces fibres ne se terminent librement : elles forment un tout continu, et les plus grosses d’entre elles se ramifient. Tantôt c'est une ramification par division terminale en branches qui s'éloignent à angle aigu ; le plus souvent il s'agit d'émission de collatérales, laquelle se fait suivant le curieux mécanisme que voici : de plusieurs points de la fibre principale partent des fibrilles qui s’incurvent et confluent vers un même point où elles se soudent pour former une collatérale. Cela et les échanges de fibres arciformes est, comme le montrent les figures d’Orsos, une disposition éminemment favorable à la production d'alternatives de distension et de rétraction. Voici en effet ce qui se passe au moment des inspirations : au début il y a élargissement passif des alvéoles et ten-
sion plus forte des fibres élastiques qui courent dans leurs parois ; la distension s’accentuant, l’incurvation des fibres élastiques au niveau des points d'union et de croisement diminue; les fibres se tendent, s'écartent, et les faisceaux sont allongés déjà avant la mise en jeu de leur élasticité.
Enfin il est évident que les faisceaux élastiques ne sont pas régulièrement répartis entre tous les alvéoles: certains en sont bien pourvus, d'autres n'en ont qu'un petit nombre; peut-être est-ce dû à des conditions mécaniques différentes.
b) Réseau élastique circulatoire. — Si comme pour Le précédent nous remontons à l'origine, nous voyons dans la série des vaisseaux du poumon, au fur et à mesure que leur calibre diminue d’ampleur, diminuer l'importance de lélément élastique dans leur paroi. Sur une coupe on verra des artères assez volumineuses, avec double membrane élastique, des artérioles avec une seule tunique élastique très festonnée. Ranvier a montré aussi existence de nombreuses fibrilles élastiques très grêles, très menues entre la tunique élastique interne et l’endothélium, elles ne manquent pas au niveau du poumon, et les fibres du réseau capillaire nous apparaissent comme leur continuation naturelle.
La plupart abordent les alvéoles en faisceaux parallèles, plaqués contre les capillaires ; mais quelques-unes s’en dégagent, très fines ; elles arrivent aux alvéoles, seules, et retrouvent là les capillaires. Orsos a vu qu’au niveaude l'entrée des vaisseaux, près de la bronchiole, il y a de gros capillaires tassés les uns contre les autres ; ils sont entourés de fibres longitudinales qui s’envoient des anastomoses. Là où les capillaires forment un réseau épais, à mailles longitudinales, les fibres élastiques en forment un analogue qui enveloppe le précédent. Enfin, là où les mailles sont polygonales, le réseau élastique formé de fines fibrilles l’est aussi, et ses points nodaux sont dans les espaces intercapillaires. Les points nodaux intercapillaires montrent des épaississements d'apparence variable, particulièrement nets dans les poumons emphysémateux où ces fibres intercapillaires seraient même augmentées de nombre. On peut distinguer des points nodaux fusiformes, étoilés, annulaires.
Fait important c’est que, à un faible grossissement, les fibres paraissent avoir dans leur continuité des épaississements, des nouures. À un fort grossissement tout cela se décompose en fibrilles plus fines qui s’entrecroisent. Quelquefois l’analyse microscopique ne permet pas de mettre en évidence la multiplieité des fibres en un point d'apparence grossièrement variqueuse. Cela peut tenir à plusieurs raisons : 1° Il y a eu rupture à peu de distance des extrémités d'une fibrille entrecroisée qui s’est ratatinée et est venue au contact des deux côtés de la fibre prineipale ; 2 Par un artifice de fixation les pièces sont tellement rétractées (séjour trop long dans la paraffine à une température trop élevée par exemple) que l’on ne voit pas la structure fibrillaire de leur masse sur une certaine étendue ; 3° la différenciation n’ayantpas été poussée assez loin, ou ayant été trop brutale, ou ayant mal réussi sur certains points. il y a une adhérence massive de la matière colorante qui gêne l'observation. Cela nous à paru se produire en particulier lorsqu'on fait la décoloration rapide à l'alcool chlorhydrique, et c'est pour cela que nous préférons la décoloration lente à l’alcool absolu.
Onsos s'étend avec raison sur les rapports des fibres élastiques avec des faisceaux conjonctifs. Il montre que ces fibres collagènes dont nous avons parlé précédemment sont à peine indiquées par les auteurs ; que certains d’entre eux même (Esner dans le traité de KôzLirer) en nient l’existence. Orsos a montré qu'elles sont nombreuses, fréquentes et en rapport de distribution étroit avec les fibres élastiques. [ les à étudiées à l’aide du liquide de Van Gieson. Nous avons trouvé que ce colorant donnait aux fibres une opacité qui ne permet pas de les suivre et de les analyser très finement. Nous avons préféré le picro-bleu d'après Dubreuil qui donne une finesse de détails bien supérieure à celle du Van Gieson, mais a l’inconvénient de ne pouvoir s'associer à la fuchseline. Quel que soit le procédé on vérifie la superposition parfaite du réseau conjonctif et élastique, le premier formé de mailles à limites rectilignes, celles du second étant plus sinueuses.
Lorsqu'on examine une coupe, comment voit-on ces éléments ?
1° Si la coupe est épaisse (Orsos prétend en avoir monté de 500 u, soit un demi-millimètre) on verrait presque tous les détails que nous venons d'énumérer, en faisant varier le point. Nous en doutons et voici pourquoi : dès que la coupe est épaisse, c'est-à-dire dépasse 20 où 95 y d'épaisseur il est impossible de bien différencier le collagène des fibres élastiques, et même de bien décolorer le fond. D'autre part pour voir les détails que nous énumérons (réseau capillaire, ete.), il faut employer des grossissements qui ne s'accommodent pas de coupes épaisses. C'est pour cette raison que nous avons renoncé à colorer et examiner des coupes supérieures à 15 1.
2 La coupe est suffisamment mince. On peut alors avoir la chance d'être tombé sur une partie de squelette élastique assez complète pour qu’on puisse voir tous les détails précités. Aussi sera-t-il bon d'examiner un certain nombre de coupes de la même pièce. En général on n’apercevra que des fragments de fibres élastiques. Comme point de repère il sera bon de prendre d’abord une artériole ou une bronche dont la tunique élastique, constante et nette, servira de repère et de point de comparaison. On cherchera alors dans les cloisons interalvéolaires, où l’on ne trouvera le plus souvent que des fragments de fibres. Tantôt la fibre sera une ligne noire, un peu courbe, tranchée net aux deux bouts : c'est qu’elle allait continuer son trajet dans un étage supérieur ou inférieur. Tantôt on aura la figure de cet étage correspondant, c’est-à-dire une fibre à continuité interrompue brusquement en un point de son étendue. La fibre formait une anse dans l'étage voisin. Enfin on peut observer une ligne en quelque sorte pointillée, ressemblant un peu aux bandes de transmission du télégraphe Morse. On peut l'expliquer ou bien par une coupe abrasant les sommets des sinuosités d’une fibre élastique, ou bien de la facon suivante : les fibres fournissent leurs collatérales en se divisant. Très souvent à l'entrecroisement de deux fibres il n’y à pas entrecroisement vrai, mais bifurcation des quatre extrémités en présence et anastomoses des quatre extrémités deux à deux, ce qui donne l'aspect d’un quadrilatère curviligne. De semblables entrecroisements peuvent se repéter plu-
sieurs fois sur le parcours d’une même fibre, si bien qu’une coupe sectionnant les sommets des quadrilatères successifs donnera un aspect pointillé. Cette notion est importante ; elle nous permet d'expliquer certaines apparences de fragmentation des fibres élastiques décrites d’ailleurs comme fragmentation vraie par d’excellents histologistes.
On voit maintenant quelles sont les conditions du problème : Il s’agit de comparer l’état normal avec l’état du poumon emphysémateux au point de vue du nombre, de l’épaisseur, de lagencement et de l'apparence des fibres. Dans les cloisons épaisses des poumons normaux, dans les crêtes alvéolaires qui se présentent assez fréquemment par une de leurs faces à l’état normal, on à quelque peine à voir les fibres élastiques et leur trajet. Combien cela sera-t-il plus difficile sur un poumon emphysémateux, qui ne fournira à l'étude que des cloisons raréfiées, amincies et se présentant toujours par leur coupe, sans parler de l’anthracose pulmonaire qui ne manquera pas de masquer dans bon nombre de cas des détails intéressants.
4° Les FIBRES ÉLASTIQUES DANS L'EMPHYSÈME.
Pour les étudier nous les prendrons successivement dans un cas d'emphysème aigu, dans un cas d’emphysème de sujet jeune, du type emphysème asthmatique et dans un cas d'emphysème du type sénile.
a) Emphysème aigu. — Les pièces provenant d'enfants morts de bronchopneumonie sont les plus instructives.
Elles montrent au niveau des nodules bronchopneumoniques et aussi au niveau des parties atelectasiées, de très beaux fragments de charpente élastique, très complets. C’est sur des points de ce genre qu'ont été dessinées nos figures représentant le réseau respiratoire et le réseau vasculaire. En d’autres points les alvéoles libres contiennent un peu d’air ; leur paroi non distendue, relativement épaisse, permet de voir des vaisseaux, un épithélium de chaque côté, et des fibres élastiques dont nous avons énuméré tout à l'heure les aspects possibles, et qui se
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répartissent assez facilement entre le réseau respiratoire et le réseau capillaire. Enfin nous trouvons les parties dilatées. Les alvéoles distendues au maximum ont une paroi mince, avec des vaisseaux plus espacés, les noyaux de l’épithélium à ce point confondus sur la travée qu’on se demande au revêtement de quel côté ils appartiennent, une mince bande de tissu conjoncüf, de-c1, de-là, un fragment de fibre élastique.
Fait-on une coupe sur une pièce provenant d’un emphysémateux jeune, à gros poumons, on trouve toutes les cavités aériennes dilatées, à peu près régulièrement ; toutes les cloisons interalvéolaires sont infiniment minces, présentant très exactement l'aspect des cloisons du poumon d’emphysème aigu au maximum de dilatation. En dehors de la plus grande rareté des vaisseaux, il n'y a pas de différence d’aspect ; on observe les fibres élastiques dans des conditions analogues. Il est rare qu’on tombe sur une cloison prise de face : les fibres élastiques y sont visibles, mais ne forment plus d’aussi beaux ensembles que sur le poumon d’emphysème aigu.
Enfin si l’on s'adresse à un poumon très ppreux, du genre emphysème dit sénile, et qui n'est tout simplement qu’une forme d’emphysème plus avancée, comme nous avons dit, ayant évolué plus longtemps et moins vite en général, on est encore frappé de la minceur des cloisons ; mais ici elles sont raréfiées au maximum, et ce qu'on observe fréquemment ce sont des cloisons incomplètes, extrêmement minces, terminées à leur extrémité par une coupe de vaisseaux qui servait vraisemblablement d'encadrement à une énorme déhiscence, et qui peut montrer parfois autour de lui un très beau réseau élastique. Du reste cet état de porose avec rareté des cloisons n'est pas l'apanage exclusif des formes anciennes ; nous en avons vu de toutes semblables sur des poumons provenant de sujets emphysémateux asthmatiques (l’un deux avait 42 ans).
Le degré le plus avancé de cette porose est constitué par la formation de vastes cavités aériennes dans la base ou au sommet du poumon, en tous cas en plein parenchyme, ou bien de vas-
tes cavités sous pleurales. Dans le premier cas, la paroi continue Ameuille 4
présente les mêmes caractères qu'une paroi mince de grand alvéole emphysémateux. Elle présente des vaisseaux, des fibres élastiques, un épithélium. Dans le second, du côté pulmonaire on trouve une structure analogue. Du côté pleural la paroi est formée presque exclusivement par la plèvre, c’est-à-dire par du tissu conjonctif lamellaire, supporté par une énorme lame élastique.
En y regardant de très près, peut-on observer d’autres varia tions ? Onsos prétend que les altérations des réseaux capillaire et respiratoire varient d'un type à l’autre, et même d’un cas d’un même type à l’autre. Il estime que dans l’emphysème atrophique senile il y a régression et disparition de fibrilles de l'un et l’autre réseau, tandis que dans l’emphysème idiopathique il y aurait régénération des fibres élastiques et collagènes.
Pour la régénération des fibres le fait nous paraît encore très hypothétique et d’une démonstration actuellement malaisée.
Quant à leur raréfaction, elle est évidente, et nous aurons à nous expliquer bientôt à son sujet. Mais c’est sur les processus histologiques dé cette raréfaction qu'il convient de s'expliquer.
1° On observe assez souvent sur la continuité d’une fibre des amincissements alternant avec des parties plus épaisses. Nous avons dit précédemment quels artifices de préparation pouvaient être l’origine de cette apparence. Néanmoins lorsqu'on les à tous éliminés, on peut se demander si elle ne présente pas un stade régressif de la fibre élastique, d’autant plus qu'elle ne se rencontre pas sur des poumons normaux ; en revanche on la trouve quelquefois dans l’'emphysème. |
2 On observe aussi sur le trajet d’une même fibre, à de forts grossissements, des irrégularités de coloration, des espaces clairs alternant avec des espaces sombres, des points tachetés plutôt que franchement colorés. Notre matériel des poumons normaux n'est pas suffisant pour que nous puissions affirmer -— vu l’absence de cette apparence dans le poumon normal — qu'il s'agit là d’un fait pathologique.
3° On a décrit des ruptures de fibres caractérisées non seulement par la solution de continuité, mais encore par l’enroulement
de l'extrémité fibrillaire, ce qui démontrerait une rupture antérieure à la manipulation. Sur nos poumons fixés in sifu nous n'avons Jamais rien observé de pareil, et nous pensons que ces ruptures sont produites par la manipulation antérieure à la fixation (pression par la pince, par les doigts, débit en morceaux minces pour la fixation, ete.).
4° On a décrit un état fragmentaire de la fibre élastique caractérisé par l'état pointillé, en lignes de transmission télégraphique. Nous avons dit plus haut ce qu'il faut en penser. Dans des poumons d'ouvriers afteints de chalicose, Davipsonx (1) a trouvé des apparences qui s'expliquent ainsi et que nous avons retrouvé sur plusieurs de nos coupes (2).
En somme que deviennent les fibres élastiques dans l'emphysème ? Elles disparaissent peu à peu, vraisemblablement sous l'influence de la distension continue et exagérée. Mais elles disparaissent en même temps que tous les autres éléments, sans qu'on puisse dire duquel la disparition a influencé celle des autres : car, malgré le nombre imposant et l'autorité de ceux qui ont essayé d'assigner un ordre à la succession de ces phénomènes, nous les eroyons tellement contemporains qu’on ne peut dire lequel a commencé. À
Dans les cloisons qui restent, il y a encore des fibres élastiques. Peut-être sont-elles plus espacées\(du fait de la distension),peutêtre sont-elles plus minces (en raison de leur tension) ; mais il est aussi très difficile de démontrer qu’elles ont diminué de force et de vigueur.
Le résultat total est d’ailleurs une diminution de lélasticité
1. Davipssoun. Fragmentation der elastischen Fasern. Virchow’s Arch., 1900, t. CLX, p. 538.