DES OPINIONS ET DES IDEES GENERALES
Il y a des phrases d'un bel effet contre les préjugés, mais il faudrait d'abord démontrer que l'ordre social peut être basé sur autre chose. Ensuite il y a une question embarrassante : ceux qui crient contre les préjugés consentiraient-ils à ce qu'ils fussent tous détruits? On peut leur démontrer qu'ils en vivent.
Il y a sur la politique, sur la religion, sur la morale, sur les gouvernants, des manières de voir courantes, traditionnelles, une menue monnaie de jugements, de théories, de critiques qui forment comme un second élément de notions générales sur la nature humaine. Pour éviter des longueurs on peut procéder par voie de nomenclature.
On croit que le mérite est le plus sûr moyen de faire son chemin.
On croit qu'il faut de la capacité pour arriver aux emplois.
On s'imagine que l'opinion publique gouverne le monde.
On croit que la politique consiste dans la science des affaires.
On croit que les hommes publics croient ce qu'ils
disent à la tribune ou ce qu'ils mettent dans leurs livres.
On croit au progrès indéfini de l'humanité.
Le peuple croit que quand il fait une révolution il en profitera.
On croit que pour établir un gouvernement il suffit de faire une constitution.
On croit que le monde est conduit par des idées.
On croit que les peuples se corrigent.
On croit qu'il y a des théories philosophiques ou sociales nouvelles.
On croit qu'il viendra un temps où les nations ne se feront plus la guerre.
On croit qu'on ne peut pas être un ignonuit et un sot quand on fait un livre.
On croit que ceux qui demandent des réformes les désirent.
On croit que ceux qui soutiennent aujourd'hui un
gouvernement parce qu'il est fort ne seront pas les
premiers à le jeter à bas s'il s'avise de chanceler.
I Eh bien que Ton soit de bon compte, parmi ceux
I c[ui s'attaquent aux préjugés, en est-il beaucoup qui
ne voudraient pas de ceux-ci? Que l'on se demande
, ce que deviendrait l'ordre social si ces vulgarités-là
I n'étaient pas en circulation.
) I/iugénuilé des sociétés à travers leur corruption est une bien UcWc matière à gouvernement. On a beau voir dans les ii\res (|ue les plus grands événements tiennent à de petites causes, (jue la politique
n'est qu'un jeu de passions et d'intérêts privés, par un bonheur providentiel pour les hommes d'Etat, les premiers ministres, les princes et les hommes de génie qui, grâce à Dieu, ne manquent guère, le gros du public n'ea veut rien croire. Les révolutions sont
/ pour lui des explosions de principes. 11 répète doctement qu'on n'arrête pas les révolutions ; par Dieu cela dépend de la main, braves gens ! Il veut qu'il y ait une idée nationale, internationale, philosophique ou humanitaire dans toute guerre qui peut engager la vie d'une génération. Le sang féconde, pense-t-on. Certainement si on sème du chanvre ou de la bet-
\ terave dans le champ où s'est livrée la bataille.