DU CARACTERE
On avertit qu'il ne s'agit point ici du plus ou moins de vigueur de l'àmo ou de l'esprit, mais de cet en- i semble de qualités et de défauts, de vices et de vertus, qui constitue chaque homme en particulier et le distingue essentiellement des autres. Ce sera encore, si l'on veut, le trait dominant quisedégage de sa nature morale. De même qu'il y a des hommes sans volonté, il en est dont le caractère est indéterminé : c'est le genre neutre, genre varié dans son genre, car l'inépuisable variété de la nature ne s'arrête en rien.
Ce n'est pas un mince avantage que de naître avec un caracière à soi, car tous les hommes dont le naturel est en relief agissent avec plus ou moins de puissance sur les neutres ou demi-neutres; et voici une observation (|ui est à retenir au point de vue de l'éducation dont il n'est pas parlé rians ce livre
parce que ce sujet rentre plus particulièrement dans le domaine de la littérature ennuyeuse. Voici l'observation :
I S'il est presque toujours utile dans le monde de ; dissimuler sa pensée^ il faut montrer son caractère. ( L'immense habitude que les hommes ont les uns des autres fait que tout homme nouveau avec qui ils se trouvent en contact est immédiatement l'objet de leur analyse. Il faut qu'ils le classent dans une des espèces qu'ils connaissent, ou que, s'il a une effigie nouvelle pour eux, ils puissent clairement la distinguer; autrement ils s'éloignent, se refroidissent ou se défient. I Or, tous les hommes qui ont le caractère frappé au j coin de la force ou de l'originalité ne p««^«»t pas ' le montrer. La vraie nature rentre chez ceux dont l'âme a manqué de culture ; ils ne paraissent pas extérieurement ce qu'ils sont en réalité. Leur démon familier ne sort pas. Les formes qui sont le moyen de se mettre en dehors font défaut.
L'immense avantage de l'éducation c'est qu'elle retient le type originel en l'épurant et donne à un caractère vivement doué des moyens de manifestation.