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DE LA DOMINATION ET DE SES SECRETS

Il se soulève à ce propos une question intéressante, c'est de savoir si la domination en général est plutôt fondée sur les vices des hommes que sur leurs qualités. Chose étonnante, et cependant certaine, la domination est fondée sur ce qu'il y a de plus pur et de plus élevé dans l'âme humaine. Au premier ahord on ne le croirait pas. Sans doute, les supériorités sociales vivent de la bêtise humaine. L'ignorance, l'incapacité, la faiblesse, le servilisme et la bassesse expliquent les gouvernements, les princes, les hommes d'État qui exploitent les peuples au profit de leurs ambitions; mais on ne gouvernerait pas sans les beaux côtés de l'âme humaine^ les politiques de quelque profondeur le savent bien. Il y a en effet, chez les hommes des passions purement idéales, comme l'enthousiasme, l'amour de la gloire, le sentiment de la discipline, de l'obéissance , du dévouement et du devoir. On exploite mieux les hommes avec cela qu'avec leurs instincts les plus pervers. Voici par exemple des phénomènes sur lesquels on ne saurait trop méditer :

Deux États sont en guerre. Le jeu coûtera la vie à deux cent mille hommes au bas mot. Parmi ceux qui vont ainsi à la mort combien en est-il qui puissent se rendre compte des motifs delà querelle pour laquelle ils se font tuer! Pas un, et s'il y en avait d'aventure, ils ne se feraient pas moins tuer, ce qui est encore plus extraordinaire. Il n'en est pas non plus qui aient personnellement le moindre motif de

haine contre ceux qu'il tueai. Se peut-il concevoir quelque chose de plus désintéressé que cette ma-

I nière d agir? 11 y a là dedans un spiritualisme qu'on appelle l'honneur, la patrie, l'amour de la gloire;

■ proposez des mobiles purement matériels à ces

I braves gens, vous n'en ferez rien.

Il y a deux cents ans , les hommes se battaient pour une religion dont ils ne comprenaient pas les dogmes et dont le plus souvent ils ne suivaient pas les préceptes; on se battait pour la foi! Qu'on le sache bien^ il ne faut pas moins de spiritualisme pour se battre aujourd'hui.

Au seizième siècle on vit se constituer, sous la protection du Saint-Siège, ime société formidable qui existe encore , quoi(ju'elle soit déchue de sa puissance. Cette société comptait à peine cent ans d'existence, que déjà elle remplissait le monde du souvenir des grandes choses qu'elle avait faites, et des épreuves qu'elle avait subies, ^'ul ordre religieux ne produisit autant d'hommes distingués dans tous les genres, aucun n étendit ses travaux sur un plus vaste espace, et cependant jamais on ne vit une plus parfaite unité d'action et de sentiment.

Dans toutes k^s régions du globe, dans toutes les carrières ouvertes à la vie active ou intellectuelle, on rencontrait des Jcsuiles ; ils dirigeaient les conseils des rois, décliiifraient les inscriptions latines, observaient les mouvements des satellites de .lupiter, et remplissaient les bibliothèques du monde d'ouvra-

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