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DE LA VOLONTE

On a pu remarquer dans les premiers chapitres une théorie de la force morale dont la j)récision laisse peu de chose à désirer.

Cette théorie est tout à lait décisive en politicpie et rien ne serait plus aisé que de lui donner ici un très-i^rand développement; mais qui ne comprend que dans un tel ouvrai^e la synthèse est fort au-dessus du détail?

Lîi nature sociale est un état de i^uerre dans le(|uel le j( u de la force morale domine le jeu de la force physique. Même à la i^uerre, les défaites ne sont (|ue des déperditions de force morale. Quand deu\ aimées se heurtent sur un champ de hatailleet qu'elles jonchc^nt le sol de trente ou quarante mille morts ou

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blessés, ce n'est pas la différence des pertes entre les deux armées qui décide de la victoire ; mais d'un côté l'audace, la confiance^ le courage qui vont croissant et multiplient le^ forces, tandis que de l'autre côté tous ces éléments moraux en se désorganisant entraînent la déroute.

Les résultats d'une victoire seraient presque toujours annulés si l'armée, qui a perdu son champ de bataille , pouvait recommencer l'affaire un peu plus loin avec la même somme d'énergie qu'au commencement.

Cette force morale a de tout temps défendu les petits peuples et les petits armées contre la supériorité du nombre et des masses. Les peuplades grecques^ divisées, déchirées par des dissensions intestines, sans armées permanentes^ sans unité de commandement, ont tenu en échec pendant des siècles toutes les forces militaires de la civilisation asiatique qui ne put jamais soumettre ces indomptables populations. On a vu en 1814 les légions du premier Empire, victorieuses sur tous les champs de bataille de l'Europe, fondre comme neige en Espagne devant des bandes de guérillas. De nos jours , une poignée de soldats anglo- français sont entrés en vainqueurs dans la capitale d'un royaume asiatique de cent millions d'hommes.

La politique a inventé en ce temps-ci une théorie qui consiste à conquérir les petits peuples sous prétexte de les défendre. Si ces petits peuples savaient

faire une guerre de feu et de sang sur leur territoire ils se défendraient bien tout seuls.

La force morale qui est la richesse des nations est aussi la richesse des individus. En politique, n'avoir pas de volonté, c'est n'avoir point de puissance et point de liberté.

Jean-Jacques Rousseau a écrit quelque part : Quiconque veut être libre l'est en effet. Comme la volonté d'être libre en suppose la force, il eût été plus exact de dire : Quiconque est né fort est né libre.

La liberté, c'est la force morale, la force morale produit la liberté. Elle seule donne à un homme le pouvoir de s'égaler à ses désirs et à ses ambitions. Réciproquement, la faiblesse c'est l'esclavage, une sorte d'esclavage naturel, incurable, qui fera toujours dépendre une moitié de l'humanité de l'autre.

Les droits n'existent en réalité que pour qui peut les exercer.

DU FOYF.n JNTERIErn.

On crée ce nom pour caractériser une certaine disposition de Tàme, dont le rôle n'a pas été assez aperçu chez les ambitieux. 11 s'ai;il d'un état normal de surexcitation (|ui porte sans cesse à agir, à entreprendre, qui tient sans cesse en éveil les désirs, les passions. Tous les hommes ont, à leur heure, des moments d'action et d'entrain (jui leur font illusion

sur leurs forces, mais cette chaleur est intermittente. Bientôt leurs idées pâlissent, leurs projets se refroidissent. Le foyer intérieur s'est éteint; ils ne savent pas quand il se rallumera. Il leur faudra attendre quelque excitation physique, un caprice de leur tempérament, quelque choc d'idée imprévu.

Chez les ambitieux bien doués, le foyer brûle tou> jours; ils sont toujours excités. Leur esprit est toujours tendu, leur âme toujours en mouvement, dans tous les temps. C'est le continuas aninii motus dont il est question dans un passage de Salluste en parlant de César, qu'on nous représente toujours agité, toujours brûlant de faire quelque chose de nouveau. Les grands hommes ne sont pas autrement. Le foyer intérieur se traduit chez eux par des villes prises, des batailles livréeS;, des contributions frappées, des intrigues, machinations, combinaisons et inventions de toutes sortes, ils ne peuvent pas apaiser à moins l'ardeur de leurs excitations internes, et l'histoire des peuples est généralement l'histoire de ces expansions de chaleur naturelle.

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